‹ Précis de bactériologieChapitre 109 sur 197 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

SPIROCHÈTE DU PIAN

(Treponema pallidulum-Castellani).

En 1905, Castellani décela l'existence d’un Spirochète sur les frottis de la sérosité provenant des lésions papillomateuses qui caractérisent le pian. Il le désigna tout d’abord sous le nom de Sp. pertenuis, puis de Sp. pallidula, en raison de sa ressemblance avec Le Spirochète de la syphilis.

Morphologie. — Au point de vue morphologique, en effet, ces deux parasites se montrent très voisins, sinon identiques. C’est l'opinion exprimée par la plupart des auteurs qui les ont étudiés. Cependant d’après Mayer, Sp. pallidula serait plus fin et moins facilement colorable que Tr. pallidum. Prowazek estime que ses

ondulations sont plus lâches et plus irrégulières et que ses extrémités se terminent souvent par une boucle.

Les recherches de Castellani et d’une foule d'auteurs (Wellman, Powell, Borne, Neisser, Baerman et Halberstädter, etc.) ont établi le rôle indiscutable de ce parasite dans la production du pian; Castellani l’a trouvé en effet constamment dans le chancre pianique, 70 fois sur 76 dans les éléments secondaires, moins souvent dans les papules ulcérées ; on le rencontre également dans la rate et les ganglions lymphatiques; il est absent dans la circulation et le iquide céphalo-rachidien.

Dans les coupes des lésions pianiques, il existe abondamment (Spronck, Schüffner, etc.).

Le parasite se colore de la même façon et par les mêmes procédés que celui de la syphilis.

Action pathogène expérimentale. — Le pian est inoculable expérimentalement à diverses espèces de singes. Neisser, Baerman et Halberstädter obtinrent des résultats positifs chez le gibbon, l'orang-outang, chez M. cynomolqus, M. nemestrinus, etc. Au bout de quinze à quatre-vingt-seize jours après l'inoculation,se déveloPpe le chancre pianique sous forme d’une ulcération päpillomateuse,

SPIROCHÈTE DU PIAN. 879

irrégulière, recouverte d’une croûte épaisse ; on observe des récidives locales, mais, sauf chez l’ourang-outang, aucune manifestation secondaire. Dans Les lésions observées, Tr. pallidulum peut être aisément mis en évidence.

Diférenciation du Tr. pallidulum et du Tr. pallidum. —— On à vu plus haut que les deux parasites ne se différencient que très difficilement l’un de l’autre par le seul aspect morphologique; ainsi a-t-on pu penser que leur nature était identique. On a cherché la solution du problème dans les résultats fournis par l’immunité et surtout l’immunité croisée.

Il résulte des travaux de Neisser, Castellani, etc., qu’une première inoculation de pian confère au singe une immunité plus ou moins définitive. De plus les singes syphilisés expérimentalement peuvent prendre le pian; enfin les singes inoculés du pian peuvent prendre la syphilis. Ces deux infections seraient donc nettement différentes, ce qui entraîne une différenciation indiscutable entre les deux Spirochètes, si voisins cependant. Il est vrai que Levaditi et Naltan- Larrier, opérant dans desconditions d’expérimentation plusfavorables, et attendant, plus que les auteurs précédents, que la syphilis ait donné un certain degré d’immunité, n’ont pas pu transmettre le pian aux singes syphilitiques. Ils admettent cependant les résultats positifs de syphilis expérimentale sur les animaux pianiques. Pour eux, s’il existe une différence appréciable et incontestabie entre Tr. pallidum et Tr. pallidulum, les nuances ne sont pas assez tranchées pour qu’on puisse les séparer complètement ; il existerait entre eux une certaine parenté, et Le pian se présenterait comme une variété atténuée de la syphilis.

Page 1