CHAPITRE LXVI
En 1868, Obermeier, à Berlin, examinant le sang de sujets atteints de typhus récurrent, y découvrait un spirille, auquel il attribua un rôle spécifique dans l’étiologie de cette affection.
Cette découverte fut confirmée par de nombreux auteurs, qui
Fig. 311, — Spirilles d'Obermeier dans le sang.
observèrent des fièvres récurrentes eu maintes régions du globe; en Europe (Russie, Allemagne, Turquie, Irlande); en Asie (Perse, Inde, Chine, Indo-Chine); en Afrique orientale, où Dutton, Todd, Koch lui donnèrent le nom de tick fever, car, au lieu d’être propagée par les insectes cuticoles comme dans les régions précédentes, elle l'était par l'intermédiaire des tiques ; en Afrique septentrionale (Lafforgue,
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en Tunisie ; Ed. Sergent et Foley, en Algérie) ; en Amérique (Etats- Unis, surtout). où
Mais à la faveur des nombreuses recherches dont cette maladie fut l’objet on décrivit des différences entre les parasites observés, différences minimes, il est vrai, qui n’arrivèrent pas à en faire des espèces distinctes, mais des races d’une seule et même espèce.
On à ainsi distingué : Spirillum Obermeieri (virus russe) ; Spirillum Carteri (virus de Bombay); Spirillum de la tick-fever (virus de Koch, de Dutton, etc.); Spirillum Novyi (virus de New-York) ; Spirillum du Tonkin (Mathis et Léger) ; Spirillum berbera (virus d'Algérie, Sergent et Foley). |
MORPHOLOGIE
Aspect microscopique. — Les divers échantillons de spirilles observés sont des filaments délicats, à extrémités effilées, spiralés, présentant entre quatre et quinze spires. Ils sont longs de 8 à 40 y,
“sur environ 0 u,25 à 0 u.,30 de large. Les formes plus longues qui ont été décrites paraissent résulter de l’accolement bout à bout de plusieurs parasites. La longueur d’un tour de spire varie de 24,5 à 31.
Dans le sang examiné à l’éfat frais, ces spirilles sont très mobiles et repoussent les globules rouges; ils présentent des mouvements divers: mouvements de translation, mouvements de vrille, quand les tours de spires sont resserrés, mouvements d’ondulation et de flexion quand ils sont relâchés, ce qui se produit, d'après Ed. Sergent et Foley, vers la fin des accès fébriles, alors que les parasites semblent subir un stade dégénératif. Ces divers mouvements peuvent s’observer, entre lame et lamelle, pendantplus de vingt-quatre heures à une température moyenne de 14° à 150.
La coloration permet d'étudier davantage leur morphologie et Les figures de division.
Quand ils ne sont pas altérés, leur substance est uniforme. Vers
la fin des accès, ils présentent parfois un aspect granuleux ou vacuolaire.
D'après MetchnikoffetKoch, ilsse divisenttransversalement. Quand Is deviennent abondants dans le sang du malade, on les voit s’aggluiner (fig. 312). Ils s’enchevôtrent, s’entortillent par deux ou trois ndividus; parfois même il s’agit d’amas, de véritables paquets.
Deux spirilles peuvent se présenter accolés, les spires de l’un s’en< ‘avant dans les spires de l’autre, et faire croire ainsi à une division ongitudinale qui n'existe pas.
Carlinski a décrit des cils vibratiles siégeant aux extrémités, sous
Dopren et SACQUÉPÉE. — Bactériologie, 2° édit. 86
forme de bouquets de deux cils; Zettnow a vu, sur le Spirillum Duttoni, des cils insérés sur toute sa surface. D’après Novy et Knapp, on ne percevrait sur le Spirillum Obermeieri qu'un seul cil et à une seule extrémité. On n’est pas d'accord, actueilement, sur l'existence. de ces cils.
Les spirilles d'Obermeier ne sont perceptibles que pendant les accès fébriles; pendant l’apyrexie qui sépare deux de ces derniers, ils disparaissent. Cependant Edm. Sergent et Foley ont constaté que, même pendant cette période, le sang possédait un pouvoir infectant vis-à-vis du singe. Le virus existerait donc, mais subirait alors une évolution à caractère périodique de huit à dix jours, au cours de laquelle il prendrait une forme plus petite.
Coloration. — Elle peut s’opérer sur les lames de sang étalé et sur les coupes.
Lames de sang étalé. — Les spirilles de la fièvre récurrente se
colorent difficilement. On emploie avec avantage le violet aniliné d'Ehrlich, mais en ayant soin de dissoudre préalablement l’'hémoglobine. Pour cela : 1° verser sur la préparation de l’eau acétisée à 5 p. 100; laisser en contact pendant trente secondes ; 29 faire agir pendant quelques secondes des vapeurs d’ammoniaque et laver à l'eau distillée. Ne
Les spirilles sont colorés en violet, nettement visibles, Les globules blancs de même ; les hématies sont incolores.
La coloration par leliquide de Giemsa (V6Ÿ. Paludisme et syphilis) donne de très bonnes préparations.
Coupes. — Nikirof a indiqué un bon procédé de coloration du spirille dans les coupes (de préférence les coupes de rate).
On trempe les coupes pendant vingt-quatre heures dans Le colorant suivant :
Solution aqueuse de bleu de méthylène...... 10 cent. cubes. — alcoolique de tropéoline à 1 p. 100.. 1 cent. cube. — dépotasse AID. AU ere IV gouttes.
Eau distillée ec RE EU A 10 cent. cubes.
Laver à l’eau, puis à l’alcool-éther; xylol, puis monter.
La culture des spirilles de la fièvre récurrente n’a pu être obtenue que dans certaines conditions.
Signalons les tentatives de Norris, Pappenheimer et Flourney : ils ensemencèrent du sang de rat infecté dans du sangcitraté humain
ou de rat; après vingt-quatre heures les spirilles s'étaient multipliés; mais, après la deuxième génération, les repiquages restèrent négatifs.
Les essais les plus nets sont ceux de Levaditi; dans des sacs de collodion remplis de sang de macaque chauffé à 700, il ensemence le virus de la tick-fever ; ilinsère le sac dansle péritoine d’un lapin ; les cultures sont abondantes. Ces faits furent confirmés par Novy, qui, avec le virusindien, a pu obtenir vingt générations ; les cultures étaient virulentes pour le rat.
Les propriétés biologiques sont mal connues. On ne possède de renseignements que sur la façon dont se comportent les divers spirilles vis-à-vis du sérum d'animaux immunisés.
Séroréaction. — Mis en présence du sérum d’un animal vacciné contre un spirille, ce spirille, examiné dans un mélange in vitro, subit l’agglutination (fig. 312). In vivo, dans le péritoine, il subit une fonte granuleuse ; on réalise ainsi un véritable phénomène de Pfeiffer.
Edm. Sergent, Foley, Gillot et Béguet ont suivi presque quotidiennement les variations de ces propriétés aux différentes périodes de la maladie. Ils ont noté que :
19 Pendant l'accès (premier ou deuxième), le pouvoir agglutinant et spirillicide du sérum (recherché in vitro) est nul.
2° Pendant la première apyrexie Fig. 312. — Spirilles agglutinés (d’après (entre le premier et le deuxième Ed. Sergent et Foley), accès), les pouvoirs agglutinant et spirillicide apparaissent, mais le pouvoir spirillicide est moins fort pendant les derniers jours de l'apyrexie que dans les premiers.
30 Après le deuxième accès, ils sont plus marqués qu'après le premier.
40 Enfin le pouvoir agglutinant peut être indépendant du pouvoir spirillicide.
D'après Uhlenhuth et Händel, ces réactions sont spécifiques; en effet, elles ne sont positives que si le spirille employé pour l'expérience est le même que celu qui a servi d'antigène pour la vaccina-
tion de l’animal ; un spirille de race différente donne une réaction négative.
Ce sont ces constatations qui ont surtout contribué à opérer les différenciations entre les diverses races de spirilles.
Sergent et Foley ont constaté les mêmes différences entre le virus européen (russe) et le virus sud-oranais; en effet: le virus russe est agglutiné, puis détruit en présence de sérum d'animaux immunisés contre ce même virus, mais nullement par le sérum d'animaux immunisés contre le virus sud-oranais, et réciproque ment.
Ils ont pu conclure que le spirille sud-oranais était différent du spirille européen, et l'ont désigné sous le nom de Sp. berbera.
Immunité croisée. — Ces différences individuelles s’observent encore, mais moins neltement, dans les expériences d’immunité croisée.
Breinl a montré en effet que des rats immunisés contre le spirille d'Obermeier étaient néanmoins sensibles, dans la moitié des cas, au spirille africain de Dutton. D’après Strong, des rats vaccinés contre les spirilles d'Obermeier et Le spirille de Novy sont réfractaires au spirille de Carter (Bombay), mais sontinfectables parceluide Dutton.
Frænkel signale l'absence d’immunité croisée entre deux échantillons de spirilles de la tick-fever, l'un isolé par Koch, l’autre par Dulton. Ed. Sergent et Foley ont fait les mêmes constatations pour les virus sud-oranais et russe.
Il est facile de conférer expérimentalement la fièvre récurrente au singe, au rat et à la souris; maisil existe, à cet égard, quelques différences de réceptivité suivant l’origine du virus utilisé. Le lapin elle cobaye sont presque réfractaires.
Chez le singe, le cercopithèque notamment, qui est le plus réceptif, l’inoculation sous-cutanée ou intrapéritonéale du sang d'un homme atteint de fièvre récurrente provoque, après trente-six heures à cinq jours d’incubalion, l’éclosion d’accidenis fébriles infectieux, en tout comparables à ceux que l'on observe en clinique humaine. Certains de ces animaux présentent le cycle évolutif habituel de la maladie humaine, mais la rechute n’est pas constante ; la guérison est la règle.
Mais, pour que l’inoculation soit positive, le prélèvement du sang chez l’homme doit être effectué au cours des accès fébriles, pendant lesquels le spirille existe dans le sang circulant. Pendant les périodes