POUVOIR PATHOGÈNE SPÉCIFIQUE CHEZ L'HOMME
La spécificité du Vibrion cholérique dans l'éliologie du choléra épidémique est incontestable. Elle est prouvée non seulement par les pro riétés connues (agglutination, phénomène de Pfeiffer) que possède le sérum des malades, mais aussi par les expériences tentées par plusieurs observateurs.
Pettenkoffer et Emmerich essayèrent de réaliser le choléra expérimental humain, en ingérant des cultures pures de Vibrions cholériques après neutralisation du suc gastrique par abeorption de bicarbonate de soude. Ils ne réussirent qu’à provoquer une diarrhée cholériforme ; il en fut de même dans les essais de Ferran. Les expériences ne furent réellement positives qu'entre les mains de Metchnikoff et de ses élèves. Après avoir absorbé 1 gramme de
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bicarbonate de soude, ils ingérèrent des cultures de Vibrions cholériques sur gélose. Des diarrhées d'aspect riziforme se déclarèrent ain-i. et l’un des expérimentateurs contracta un véritable choléra avec les symptômes classiques au grand complet. Enfin on connaît plusieurs exemples de bactériologistes qui furent atteints de choléra, en dehors de toute période épidémique, après s'être infectés accidentellement en maniant des cultures de Bacille virgule.
L'animal réagit d’une façon différente suivant la voie d’introduction du virus.
L'injection sous-cutanée provoque chez le cobaye, le lapin et surtout le spermophile une septicémie vibrionienne à laquelle ils ne tardent pas à succomber après avoir présenté de l’hypothermie, des convulsions et du collapsus. A l’autopsie, on retrouve le Vibrion dans le sang et les viscères.
On obtient les mêmes résultats, mais plus facilement encore, en pratiquant les inoculations dans les masses musculaires. Gamaléia, puis Metchnikoff les ont utilisées pour vaincre la résistance des pigeons. Par la voie sous-cutanée, en effet, le pigeon paraît réfractaire à l'infection cholérique. Pour certains mêmes, le fait qu'un Vibrion n'était pas pathogène pour un animal constituait un caractère importaut en faveur de la nature cholérique du Vibrion employé. Les résultats obtenus par les auteurs précédents avec les injections intramusculaires écartent ce moyen de diagnostic.
Signalons ici que la virulence de: Vibrions est très variable: certains d’entre eux, provenant même de selles cholériues, restent inoffensifs pour l'animal. Aussi la virulence est-elle considérée comme un caractère trop contingent pour l'identification du Vibrion spécifique; d'autant que certains Vibrions sûrement non cholériques sont plus virulents que le Vibrion de Koch.
L’injection intrapériton-ale chez le cobaye provoque rapidement une péritonite vibrionienne mortelle (Hueppe et Pfeiffer). Quelques heures après l'inoculation, le poil de l’animal se hérisse, la température fléchit, des convulsions se produisent, puis le collapsus survient, et l'animal succombe.
A l’autopsie, on constate que la cavité péritonéale renferme un exsudat louche ou purulent, contenant des Vibrions cholériques ; l'intestin présente une teinte hortensia; enfin, dans son contenu, des vibrions sont perceptibles ; ils se généralisent parfois en déterminant une septicémie.
Dans cette épreuve, les Vibrions cholériques manifestent encore une virulence très variable suivant les échantillons utilisés. Pour être mortelle, la dose employée doit varier avec chacun d’eux.
Quoi qu'il en soit, sous l'influence de ces inoculations diverses, l’animal contracte l'infection cholérique, mais lessymptômes observés ne présentent aucune analogie avec le choléra intestinal tel qu’il se présente chez l'homme. Seules les expériences tentées par la voie digestive ont pu atteindre ce but.
Inoculation par les voies digestives. — Choléra expérimental. — Nicatiet Rietsch paraissent avoir été les premiers à provoquer un véritable choléra intestinal chez le cobaye, en injectant, après laparotomie, des cultures de vibrions de Koch dans l’intestin grêle. Depuis lors, des essais ont été tentés par Koch, puis Metchnikoff, en utilisant une technique différente.
Expériences de Koch sur le cobaye. — Koch introduit tout d’abord dans l’estomac du cobaye, par une sonde, une solution de bicarbonate de soude à 5 p. 100, puis une culture de Vibrions cholériques. Immédiatement après, pour immobiliser l'intestin, il injecte dans le péritoine 1 centimètre cube de teinture d’opium.
Au bout de dix à vingt heures, l'animal perd l'appétit et présente de la faiblesse du train postérieur; la respiration se ralentit, puis le collapsus s'établit, la température baisse et il succombe. A l’autopsie, l'intestin grêle est fortement tuméfié, et son contenu est constitué par un liquide aqueux, incolore, floconneux, où des Vibrions cholériques pullulent en abondance.
Expériences de Metchnikoff sur les jeunes lapins. — Metchnikoff, pensant que la difficulté de réaliser le choléra intestinal provenait de l'influence nocive exercée par certains germes de l'intestin, s’adressa au jeune lapin d’un à quatre jours, encore à la mamelle, sans employer les artifices imaginés par Koch. Pour lui. le lapin de cet âge devait se prêter mieux que tout autre à l’expérience, car il se nourrit exclusivement à cette époque du lait de sa mère, et sa flore intestinale est pauvre en bactéries.
Il infecte les animaux en leur faisant ingérer une culture d’agar raclée. Dans ces conditions, 50 p. 100 des animaux en expérience présentent de la diarrhée avec hypothermie et collapsus terminal. L'intestin grêle est Le siège de lésions identiques à celles du choléra humain ; le liquide qu’il contient fourmille de Vibrions cholériques.
Les résultats positifs sont beaucoup plus nombreux et plus nets (20 sur 22), quand, à la culture du Vibrion cholérique, on ajoute des microbes favorisants (torula, sarcine, un bacille coliforme).
L'importance de ces derniers faits expérimentaux est à souligner
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particuièrement, ear ils sont de nature à expliquer certaines obscurités régnant sur l’étiologie du choléra. Tous les épidémiologistes ont remarqué en effet que, dans un groupe de sujets exposés au même foyer de contagion cholérique, certains contractaient Le choléra, d'autres restaient indemnes ou restaient simplement porteurs sains. [l est fort vraisemblable, d'après les données de Metchnikoff, que, chez les premiers, l'éclosion des symptômes cholériques s'est effectuée grâce à la présence de microbes intestinaux qui ont favorisé la pullulation et la virulence du germe spécifique; chez les autres, ou bien ces germes favorisants n’existaient pas, ou bien le vibrion a éprouvé, au contraire, l’action néfaste de germes dont la nature «empêchante» a été démontrée par Metchnikoff sur les cullures en plaques.
Expériences de Zabolotny sur ies spermophiles. — Sur les sperimophiles, très réceptifs, Zabolotny à réalisé des expériences d’ingestion qui se rapprochent davantage des conditions de l'infection humaine. IL leur fait ingérer des aliments arrosés de cultures de Vibrion de Koch. 50 p. 100 des animaux succombent en présentant les symptômes du choléra, disrrhe, hypothermie, crampes, cyanose du nez et de la langue; l’autopsie montre les lésions typiques du choléra humain.
La proportion des atteintes et de la mortal:té est plus élevée si, à la nourriture spécifiquement contaminée, on ajoute une petite quantité d'un sel alcalin.
Expériences sur les singes. — Pottevin et Violle ont pu reproduire chez le singe le choléra expérimental avec les symptômes et les lésions du choléra humain.
Ces auteurs ont commencé par faire absorber à ces animaux 7 à 8 grammes de sulfate de soide pour mettre leur intestin en état de moindre résistance; dès que la diarrhée apparaît, Ls leur donnent à ingérer des cultures de Vibrion cholérique sur agar, âgées de vingt-quatre heures: tubes de cullure émulsionnée dans 21 centimètres cubes d’eau ; quand la dose de culture ingérée atteint le contenu d’une boîte de Petri de 9 centimètres de diamètre, les animaux meurenten dix-huit à quarante-huit heures; s’ils n'absorbent qe 4/5 ou 1/10 de boîte, la mort survient en trois à quatre jours.
Ils présentent tout d’abord de la diarrhée jaunâtre, puis des selles aqueuses, blanchâtres, contenant des grains riziformes comme dans le choléra humain ; le Vibrion cholérique y est abondant.
L'’autopsie montre les mêmes lésions que chez l'homme.
Cantacuzène et A. Marie l'ont également reproduit chez des cobayes auxquels ils donnèrent à ingérer préalablement de la podophylle pour provoquer une irritation intestinale. Des cobayes neufs