MICROBES ANAËROBIES DES PROCESSUS FÉTIDES ET GANGRENEUX
Les processus fétides et gangréneux sont dus à la pullulation de microbes anaérobies.
Ces processus répondent à deux ordres de faits notablement différents.
Les uns sont consécutifs aux plaies externes, telles que plaies de guerre, traumatismes de rues, etc. Ils sont alors provoqués par les agents habituels de la gangrène gazeuse, déjà étudiés ci-dessus et sur lesquels nous n’avons pas à revenir. Signalons simplementqu’au point de vue clinique, ces processus ont pour caractère de ne pas présenter de tendance à l’envahissement des lissus, et de ne pas manifester de signes importants d'intoxication générale, contrairement à ce qu'on voit dans la gangrène gazeuse. Les agents Les plus habituels sont le Bac. perfringens, le Bac. sporogenes, le Bac. putrificus.
D'autres sont « spontanés », ou tout au moins surviennent sans plaie extérieure. Le rôle des anaérobies dans bon nombre de lésions médicales a été en effet nettement démontré dans ces dernières années par d'importants travaux à la suite de Veillon et Zuber.
On a successivement mis en évidence leur intervention dans l’appendicite (Veillon et Zuber, Grigoroff), dans les pleurésies putrides (Guillemot, Rist et Hallé), la gangrène pulmonaire (Guillemot), lesinfections urinaires (Veillon, Albarran etCottet, Jungano), les bartholinites (Hallé), les infections puerpérales (Jeannin), les phlegmons gazeux (Veillon, Frænkel), les suppurations des voies biliaires et du foie (Gilbert et Lippmann), etc.
Les processus pathologiques réalisés par les espèces anaérobies sont des plus variés. Ils présentent volontiers la forme clinique de suppurations gangréneuses (pleurésie putride, phlegmon gazeux, etc.), mais ils évoluent souvent aussi sous dés aspects qui ne rappellent en rien la gangrène.
Les microbes anaérobies que nous étudions dans ce chapitre pré-
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sentent cette particularité d’être couramment Plusieurs associés dans une même lésion.
Plusieurs agents patho ènes de la gangrène gazeuse peuvent êlre rencontrés dans les processus gangréneux médicaux, spécialement le Bac. perfringens (un des plus fréquents), le Brice. sporogen e et le Bac. putrificus.
BACILLUS RAMOSUS,
Le Bacillus ramosus (Veillon et Zuber), rencontré parfois dans diverses suppurations et dans les sinusites, est un des agents les plus ordinaires des gangrènes pulmonaires, des pleurésies putrides, des otites et des appendicites.
C’est un Bacille long, le plus souvent isolé, parfois disposé en V ou en petits amas (comme le Bacille de Lôffler) ou en courtes chaînettes, parfois filamenteux. Il présente assez souvent en cultures des ramifications latérales ou terminales, |
Immobile, non sporulé, il se colore surtout par le violet de gentiane ; il prend le Gram.
Les cultures, exclusivement anaéëérobies, se font bien sur les milieux ordinaires. Elles répandent une odeur fétide, aigrelette. Les colonies, isolées sur gélose en profondeur, sont petites, grisâtres: d’abord rondes, au deuxième ou troisième jour, elles prennent ensuite la forme de cube, de trièdre ou de tétraëdre ; elles sont hérissées de filaments fins ét courts. En bouillon, on constate un trouble uniforme, Le lait est coagulé. Il n'y a pas de culture sur gélatine.
En cultures, la vitalité persiste pendant un mois.
Inoculé sous la peau du cobaye, le B. ramosus provoque la formation d’un abcès. 11 agit de même chez le lapin, qu'il tue en huit à dix jours,
BACILLUS FUNDULIFORMIS.
Le Bacillus funduliformis (Hallé)\ PRE ER parfois appelé B. thetoides (Rist, Guil ; lémot}), a été signalé dans le pus des otites, des abcès du foie, des abcès urineux, des bartholinites, dans la gangrène pulmonaire et les pleurésies putrides. Hallé l’a en outre isolé du vagin normal.
Très polymorphe (fig. 264), il se présente le plus souvent sous forme d'un bâtonnet effilé aux éxtrémités; mais d’autres formes ne sont pas rares :
iorimes filäménteuses, tantôt régulières, tantôt renflées en boule ou en poire en certains points; formes bifurquées.
Le B. funduli/ormis est immobile et ne donne pas de spores. Il se colore Fig. 264. — Bacillus funduliformis. assez mal, et souvent la coloratiof | prédomine au centre, ce qui donne un aspect rappelant la lettre grecqué 6.
Doprer et SAcQuÉPÉE. — Bactériologie, 2e édit, 46
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Il ne prend pas le Gram.
Les cultures, exclusivement anaérobies, sont surtout abondantes sur gélose de Veillon. Les culonies isolées en profondeur, apparues en quarante-huit heures, sont punctiformes (environ 1 millimètre), transparentes, homogènes, de coloration jaunàtre. En bouillon sucré, trouble léger. Pas de développement sur gélatine. |
Les cultures dégagent peu de gaz; elles exhalent une odeur fétide.
Leur vitalité est faible, huit jours environ.
Le Bacille téthoïde, inoculé sous la peau du cobaye, provoque la formation soit d’un abcès localisé, soit d’un abcès gangréneux entraînant la mort.
BACILLUS FRAGILIS.
Le B. fragilis (Veillon et Zuber\, signalé dans les abcès du foie, les sinusites, la carie dentaire, parfois dans les calculs biliaires, est souvent présent au cours des appendicites, des abcès urineux, des gangrènes pulmonaires et des pleurésies putrides. |
C’est un Bacille fin dans le pus, plus épais en culture, difficile à colorer, souvent plus coloré aux extrémités, ce qui le fait ressembler à un diplocoque. Il ne prend pasle Gram. Il est immobile.
Les cultures, lentes, débutent après trois à quatre jours. En gélose de Veillon, les colonies sont petites, jaune brunâtre, parfois müûriformes. Pas ou peu de gaz, odeur fétide. En gélatine, les colonies sont arrondies; le milieu n’est pas liquéfié.
La vitalité, faible, s'éteint après une semaine.
Le B. fragilis est pathogène pour le cobaye et pour le lapin ‘abcès, souvent mortels).