CHAPITRE LIL
Villemin découvrit d'abord que la tuberculose est une maladie infectieuse inoculable. L'agent pathogène fut décrit et étudié par Robert Koch (1882) ; aussi l'appelle-t-on communément Bacille de Ko:h.
On connaît actuellement quatre types de Bacilles tuberculeux, identiques les uns aux autres dans leurs caractères fondamentaux, mais différenciés par certaines particularitésbiologiques:cesontles Bacilles humain, bovin, aviaire et pisciaire. Faut-ilconsidérer ces quatre types comme autant d'espèces différentes, fixées dans leurs propriétés, spécialement dans leur électivité pathogène à l’égard de l’espèce animale indiquée par leur désignalion ; ou bien comme de simples variétés d’une espèce unique, variétés susceplibles de se transformer les unes dans les autres ? Le problème, important au point de vue doctrinal, est capital au point de vue pratique, car il commande toute la prophylaxie humaine à l'égard de la tuberculose animale, extrêmement répandue. Aussi devons-nous le discuter brièvement.
1. BacitLe HUMAIN Er BaciLze Bovix. — Il est incontestable que ces deux bacilles diffèrent l’un de l’autre par plusieurs propriétés ; le second est très pathogène pour le lapin et pour lesbovidés ; il n’acidifie pas Le bouillon glycériné ; il s’y développe péniblement, contrairement au Bacille humain. ll existe d’autres différences que nous signalerons plus loin.
Ces différences suffisent-elles à séparer les deux bacilles, malgré l'identité de leurs caractères fondamentaux ? Jamais cette opinion n'avait élé soutenue sérieusement, lorsque Koch (1901) vint déclarer que le Bacille bovin estfoncièrement distinct du Bacille humain, et qu'il est incapable d’infecter l'homme. |
A ce moment, les savants se partagent en deux groupes : les dualistes, Schutz, Th. Smith, acceptentla nouvelle formule de Koch: les unicistes, No ard, Arloing, Vallée, et avec eux la grande majorité des observateurs, inaintiennent l'unité de l’espèce et ne reconnaissent aux caractères différentiels qu’une valeur très contingente.
Depuis, l’expérimentalion et l'observation ont fait justice du dualisme. Citons les faits essentiels :
a. Les caractères de culture n’ontrien d'absolu. Il existe des échantillons intermédiaires entre les deux lypes.
b. 1l en est de même des différences de virulence. À la suite de passages par le bœuf (Eber) ou la chèvre (de Jong), le Bacille humain acquiert une virulence exaltée pour les bovidés.
c. L’inoculation de bacilles humains peut vacciner lesbœufscontre la tuberculose bovine (bovo-vaccin de Behring, p. 774).
d. Les tuberculines obtenues avec les deux bacilles sont identiques.
e. Certaines affections humaines, spécialement chez les enfants (ostéites, adénites, méningites, granulies), sont provoquées par un bacille du type bovin, dans 25 à 30 p. 100 des cas (moyenne de diverses évaluations : Weber et Taute, Orth ; Commission anglaise, ete.).
f. Inversement, le Bacille humain peut infecler les bovidés.
” De tout cela, on peut conclure que les Bacilles humain et bovin constituent deux types appartenant à une même espèce.
Il existe un Bacille type humain et un Bacille‘type bovin ; linfection humaine est provoquée généralement par lé Bacille type humain, mais parois aussi par le Bacille type bovin ; il en est de même, mutatis mutandis, des infections tuberculeuses des bovidés.
11. BACILLE DES MAMMIFÈRES ET BACILLE AVIAIRE. — Le Bacille aviaire se sépare des précédents par diverses particularités, bien mises en lumitre par Straus et Würtz, Straus et Gamaleia. Ici encore, le dualisme a été soutenu. Principaux arguments : le Bacille aviaire donne descultures plus abondantes, épaisses, molles; il pousse bien à 430 ; il est pathogène pour la poule ; il n’est pas virulent pour le chien ; iltuele lapin et le cobaye sans provoquer de lésions apparentes, autant de propriétés qui feraient défaut au Bacille des mammifères.
Mais {outes ces propriétés sont contingentes. Nocard, à la suite de cultures successives en sacs de collodion dans le péritoine de la poule, et Fischer, par cultures successives dans l'œuf, ont transformé complètement le Bacille humain en Bacille aviaire. D'autre part,après plusieurs passages en milieuxartificiels, le Bacille aviaire produit chez le lapin etle cobaye les mêmes lésions apparentes que le Bacille humain (Cadiot, Gilbert et Roger, Courmont et Dor). H est parfois pathogène pour le chien (Richet et Héricourt), pour le veau (Bang).
On doit donc conclure que le Bacille aviaire, comme le Bacille
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bovin, app trlient à la méme espèce que le Bacille humain ; il constitue un type, Bacille type aviaire, adapté à l'organisme des oiseaux, mais susceptible de perdre, en dehors de cet organisme, tous ses attributs différentiels.
IT. Bacizce pisciuiRe. — Il est beaucoup moins étudié, et d’ailleurs beaucoup moôinsimporlantcen pratique. Ses relations avec les autres Bacilles tuberculeux sont encore imprécises.
IV. Nous étudierons ensemble les Bacillestype humain, type bovin
Fig. 272. — Crachats tuberculeux.
Bacilles tuberculeux, colorès en rouge, accompagnés d'autres microbes colorés en bleu. Coloration par le procédé de Ziehl-Neelsen.
et type aviaire, en indiquant au moment voulu leurs partic ularilés respectives.
Le Bacille pisciaire sera décrit séparément.
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Caractères microscopiques.— Le Bacille tuberculeux représente en généralun bâlonnet, de largeuruniforme, maisde longueur plus variable (fig. 272 et 277). Dans les cultures jeunes ou dans les produits pathologiques, et après coloration, les bâtonnets mesurent en moyenne 12,5 à 3 ou 4 y de long sur 0,3 de large ; ils sont
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droits ou un peu incurvés, plus rarement comme brisés (L. Straus).
Les bacilles colorés présentent parfois des espaces clairs, ovoïdes, échelonnés régulièrement le long du bâtonnet ; malgré l'opinion de Koch, il ne semble pas que ces espacesclairsreprésententdesspores.
Après coloration par le Gram modifié (Voy. p. 746, procédé de Much), les bacilles sont généralement formés de granulations séparées par des espaces clairs, de manière à simuler une chaînette de cocci. Cet aspect particulier, décrit depuis longtemps par Straus, a retenu l'attention depuis quelques années; Much a montré, en effet, que certaines lésions tuberculeuses renferment des bacilles colorables par son procédé, alors que les autres méthodes de coloration ne permettent pas de les déceler.
Dans certaines circonstances, spécialement dans les cultures agées (Metchnikoff, Nocard et Roux) ct dans les cultures amenées à végéter à 459 (Arloing), on rencontre des formes plus longues, et surtout des formes qui rappellent les champignons (fig. 273) : formes ftilamen-
sue, avec prolongements ] latéraux également terminés en massue. La même disposition a été retrouvée dans les cavernes (Coppen Jones); dans les lésions provoquées chez le lapin par divers modes d’inoculation, Babès et Levaditi, Schutz signalent des formes Fig. 273. — Bacille de Koch, formes ramifiées et renflées, ra PE elant l'actinomycuse (fig. 274), masse filamenteuse centrale avec massues périphériques. On a pris prétexte de cesformes particulières pour rapprocher le Bacille de Koch des Streptothricés ; Metchnikoff a proposé de l'appeler Sclerothrix Kochii. Jusqu'à plus ample informé, ces conclusions ne peuvent être admises qu'avec réserves.
Le plus souvent isolés, parfois réunis bout à bout par deux ou groupés en petits amas dans les tissus, les Bacilles se disposent dans les m'lieux solides en véritables bancs, dans chacun desquels ils sont imbriqués les uns sur les autres, réalisant un aspect d’épi ou de « moustache tordue », suivant l'expression classique. Gelte disposition est ren lue visible en exéculant une préparation par impression (Koch) : on appuie légèrement une lamelle sur la surface du milieu; la lamelle enlevéeest fixée etcolorée (fig. 275).
Mobilité. — Le Baciile de Koch est généralement immobile. Cependant dans Les cultures homogènes (p. 751), il est légèrement mobile (Arloing).
Cils. — Inconnus (non colorés jusqu'ici). ‘
Spores. — On ne sait encore si le Bacille de Koch est ou non sporulé.
teuses terminées en mas-.