CHAPITRE LIV
BACILLES ACIDO-RÉSISTANTS PSEUDO-TUBERCULOSES
BACILLES ACIDO-RÉSISTANTS.
En dehors du Bacille tuberculeux et du Bacille de la lèpre, il
existe un grand nombre d’autres bacilles, qui présentent des caractères de coloration analogues ouidentiques ; ils sont acido-résistants, comme le Bacille de Koch et le Bacille de Hansen. On les appelle encore Bacilles paratuberculeux.
Ces Bacilles, signalés exceptionnellement jusque-là, ont été étu-
diés surtout depuis les recherches de Koch et Petri sur le beurre
Au point de vue pratique, il convient d’accepter la séparation.
établie par Bezançon et Philibert: ces auteurs distinguent des Bacilles tuberculoïdes (que nous appellerons Bacilles acido-résistants vrais, pour ne pas préjuger de leurs relations avec le Bacille tuberculeux) ; et des Bacilles accidentellement acido-résistants. Nous verrons en effet que les premiers ne peuvent souvent être différenciés des Bacilles de Koch ou de Hansen que par des procédés longs ou délicats, mais se rencontrent rarement chez l’homme ou l’animal malades ; à ces deux points de vue, pratiquement les plus importants, les
Bacilles accidentellement acido-résistants se comportent d’une ma-
-nière opposée.
Bacilles acido-résistants vrais. — 1° Ces Bacilles sont très
répandus dans la nature; on ne les trouve que très rarement chez l’homme ou chez l'animal.
a. Dans le beurre. ils ont été rencontrés par nombre d'observateurs : Bacille de Petri-Rabinowitsch, de Binot, de Korn (deux variétés), de Tobler (cinq variétés), d'Aujeszky, de Beck, ete.
b. Moeller les signale dans le lait.
c. Quelques-uns existent dans le fumier (Mistbacillus de Moeller), sur la ftéole (Timotheebacillus de Moeller).
MONMORE À
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d. Chez les animaux, les mêmes bacilles sont signalés par Moeller dans certaines pommelières des bovidés.
e. Chez l’homme, on compte les observations : deux cas de Ginsberg (conjonctivite chronique), un cas de Rabinowitsch (gangrène pulmonaire), un cas de Beck (amygdale) et quelques autres.
2° Au point de vue de leurs réactions colorantes, ces bacilles se comportent exactement comme le Bacille tuberculeux; en parti-
- culier, ils restent colorés en rouge par le procédé de Ziehl-Neelsen ;
ils sont donc non seulement acido-résistants, mais encore alcoolorésistants.
3° Mais les conditions de culture sont très différentes. Les acidorésistants se développent facilement en un ou deux jours sur les mi. lieux habituels. Ils poussent sur gélatine, sans la liquéfier. En bouillon ordinaire ou glycériné, ils donnent rapidement un voile exubérant. Sur gélose, la culture est tantôt sèche et plissée, tantôt grasse et crémeuse.
Les cultures prennent fréquemment une teinte jaune d’or, jaunâtre ou rougeâtre.
49 Ces bacilles sont douës de quelque virulence. Inoculés sous la peau du cobaye, ils provoquent un abcès caséeux, sans généralisation; inoculés dans le péritoine, soit à dose massive, soit à dose faible en mélange avec du beurre stérile, ils déterminent une péritonite fibrino-caséeuse, qui constitue au foie et à la rate une véritable carapace; maïs les lésions demeurent presque toujours superficielles : il est tout à fait exceptionnel que le foie soit lésé dans la profondeur; il est encore plus exceptionnel de trouver des lésions à distance. Ces diverses lésions sont très riches en bacilles (beaucoup plus riches que les lésions tuberculeuses vraies). Elles ne présentent pas de cellules géant s. Elles ne sont pas indéfiniment réino-
- culables en série.
Les relalions exactes des Bacilles acido-résistants avec le Bacille tuberculeux sont mal établies. Ils différent surtoutdu Bacille de Koch par la facilité avec laquelle ils s'adaptent aux milieux artificiels et par les caractères particuliers des lésions qu'ils provoquent expérimentalement, Certains auteurs les considèrent comme représentant la forme saprophytique du Bacille de Koch; mais ce n’est là pour le moment qu’une simple hypothèse.
Bacilles accidentellement acido-résistants.— 1° Contrairement aux précédents, ces bacilles ne sont pas rares chez l’homme à l’état normal ou à l’état pathologique.
a. Ils sont fréquents dans le smegma, et ces bacilles passent souvent dans l'urine. Ce sont les Bacilles dits du smegma (Alvarez et Tavel, Czaplewski, Lubarsch), Rappelons que Lustgarten avait considéré un moment le Bacille du smegma comme étant l'agent de la syphilis.
b. On les trouve très souvent aussi dans le sébum, les comédons, les sécrétions interdigitales des orteils, de même que dans le cérumen (Laabs,
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Gottstein), parfois dans le tartre dentaire (Rabinowitseh}, parfois dans le contenu intestinal.
c. Dans le mucus nasal, à l’état normal ou pathologique (surtout chez les ozéneux), on trouve des bacilles du même groupe (Mycobacterium putricolens de Marchoux et Halphen).
d. Ils ont été signalés parfois dans certaines affections pulmonaires 5 gangrène pulmonaire (Pappenheim) ou dilatation des bronches (Zahn).
e. Tout à fait exceptionnellement, on les a rencontrés dans certaines
suppurations (otites surtout, Cima).
f. Dans les liquides pleurétiques ou le sang, prélevés par ponction et abandonnés à eux-mêmes, les Bacilles acido-résistants accidentels pullulent très souvent (Bezançon et Philibert).
g. On les a signalés sur le cadavre.
20 Ces bacilles, en raison de leurs localisations, prêtent à confusion avec le Bacille tuberculeux. Mais ils se distinguent de ce
dernier par un caractère capital : ils ne sont pas alcoolo-résistants ; en
outre, ils résistent beaucoup moins que le Bacille tubereüleux à la —
décoloration par les acides. Enfin ils se colorent par les solutions
colorantes habituelles, ce que ne fait pas le Bacille tuberculeux. Le diagnostic avec le Bacille tuberculeux sera donc fait sans difficulté, à la seule condition d'employer une technique appropriée. Par le procédé de Ziehl-Neelsen ces bacilles perdent la coloration rouge et se recolorent en bleu, alors que le Bacille de Koch reste
coloré en rouge. Avec la plupart des méthodes, d’ailleurs, une.
simple décoloration complémentaire par l'alcool suffira à décolorer les pseudo acido-résistants.
30 Au point de vue pratique,: il faut penser aux acido-résistants
dans les diverses circonstances que nous avons signalées (urines, crachats fétides, etc.). II suffit, d’ailleurs, d'y penser pour éviter une “erreur grossière d'interprétation. .
40 La plupart d’entre ces microbes n'ont pas été cultivés. Quelques-uns d’entre eux ont été ensemencés avec succès sur des milieux organiques. Leurs caractères d’inoculation sont peu connus ; il est seulement établi qu'ils ne provoquent jamais chez le cobaye de lésions prêtant à confusion avec la tuberculose.
5° I1-est manifeste que les bacilles accidentellement acido-résistants
empruntent leur acido-résistance aux conditions spéciales des milieux où
ils vivent. Ceux qui peuvent être cultivés perdent généralement leur acido-
résistance dans les cultures sur milieux artificiels. D'autre part, Bienstock, Bezançon et Philibert ont montré qu’on peut conférer les mêmes propriétés acido-résistantes à bien d’autres bactéries : Bacille diphtérique, Bactéridiecharbonneuse, B. subtilis, enles cultivant sur milieux additionnés de beurre ou de lanoline. Cette expérience démontre élégamment la cause de l’acido-résistance accidentelle.
PSEUDO-TUBERCULOSES MICROBIENNES. 789
PSEUDO-TUBERCULOSES.
Le tubercule n’est pas pathognomonique de la tuberculose. On peut en effet rencontrer des tubercules dans nombre de circonstances où n'intervient pas le Bacille tuberculeux.
19 Certaines formes de tubercules ne sont pas réinoculables en série, caractère fondamental. Il faut citer dans ce groupe :
a. Les tubercules développés autour de corps étrangers introduits dans les tissus. Expérimentalem :nt, ils apparaissent après injection de poudres diverses : poudre de lycopode, poudre de cantharide (Hipp, Martin), encre de Chine, etc. Cliniquement, on les observe parfois chez l'homme, en particulier dans l'iris ou la conjonctive, après moculation accidentelle de plomb, de verre ;
b. Les tubercules des pseudo-tuberculoses vermineuses, développés en particulier dans le poumon du chien autour de Siérongylus filaria (Laulanié).
20 Les vraies pseudo-tuberculoses sont réinoculables en série. Citons :
a. Les pseudo-tuberculoses dues à des parasites relativement élevés : aspergillose, oïdiose, sporotrichose, lésions provoquées par des oosporoses ;
b. Les pseudo-tuberculoses microbiennes.
Ces dernières sont de beaucoup les plus importantes à connaître. Nous les étudierons exclusivement dans ce chapitre.
PSEUDO-TUBERCULOSES MICROBIENNES.
L'histoire des pseudo-tuberculoses microbiennes est encore bien confuse. Il paraît seulement établi, d’une part, que les pseudotuberculoses, rares chez l’homme, le sont moins chez l'animal; d'autre part, que bon nombre d’entre elles sont provoquées soit par le Bacille de La tuberculose zoogléique de Malassez et Vignal (ou Bacille de la pseudo-tuberculose des rongeurs de Pfeiffer), soit par le Bacille de Preisz et Nocard.
Coccobacille de la pseudo-tuberculose zoogléique (Malassez et Vignal). — Morphologie. — Dans les tissus, le Bacille de Malassez et Vignal se présente souvent en amas, formés d'éléments isolés ou disposés en chaînettes, noyés dans une sorte de gangue amorphe.
En cultures, laspect est polymorphe : Coccobacilles en amas, en chaînettes ou isolés.
Ge Coccobacille se colore facilement; il ne prend pas le Gram et n'est pas acido-résistant.
Il est plus ou moins mobile; il ne donne pas de spores.
7C0 BACILLES ACIDO-RÉSISTANTS. — PSEUDO-TUBERCULOSES.
Cultures. — Les cultures ‘s'obtiennent facilement, en partant soit des tubercules, soit du sang, au contact de l'air, à 20° ou 370.
Bouillon. — Trouble rapide, souvent léger voile.
Gélose. — Culture abondante, blanc grisâtre.
Sérum coagulé. — Comme sur gélose,
Gélatine. — Enduit demi-transparent, blanchôtre, non liquéfiant.
Pomme de terre. — Enduit d’abord blanc, jaunâtre, puis brunûtre.
Lait. — Non coagulé.
Milieux lactosés. — Non fermentés.
Propriétés biologiques. — La vitalité est assez grande ,unmois environ en culture à 57°, plusieurs mois à 200,
Action pathogène, dans les conditions naturelles. — a. Chez l'homme. — C'est dans un tubercule sous-cutané que Malassez et Vignal ont tout d’abord isolé leur microbe, Depuis lors, le même germe, ou des espèces singulièrement voisines, ont été signalés exceptionnellement (P. Courmont et Tixier, J. Courmont et Nicolas).
b. Chez l'animal. — Avec Preisz, il faut également rapporter à la même espèce les microbes rencontrés au cours d’affections caractérisées anatoiniquement par des tubercules, chez le cobaye (Eberth, Charrin et Roger), le lapin (Eberth; Charrin et Gouget, dans des tubercules de l’appendice), chez la vache (J: Courmon: et Nicolas), chez la poule (Nocard), chez le cheval (Pfeiffer).
En ce qui concerne en particulier le cobaye, la pseudo-tuberculose zoogléique n’est pas exceptionnelle et se comporte parfois comme une épizootie.
Action pathogène expérimentale. — Cobaye. — L'inoculation sous-cutanée provoque un abcès local qui s'ouvre à l'extérieur; l'animal succombe en une à deux semaines. A l’autopsie : tuméfaction et parfois caséification des ganglions; tubercules dans les divers organes. |
L'inoculation intrapéritonéale tue en trois à quatre jours; péritonile, tubercules surtout dans le faie et la rate.
Par ingestion : tubercules généralisés.
Lapin. — Par inoculation intraveineuse, une cullure jeune détermine une septicémie mortelle, sans lésion; une culture de quinze à vingt jours lue en trois semaines environ, en déterminant une éruption généralisée de tubercules.
Autres animaux. — Moins régulièrement sensibles que les précédents. La souris et le rat b'anc sont sensibles à certains virus.
Siège. — Le bacille se retrouve dans les diverses lésions signalées. En plus, on l’a rencontré dans l'air (Chantemesse), sur la terre, etc.
Agglutination. — Le sérum des animaux inoculés est agelutinant (Ledoux Lebard, de Blasi).
Importance pratique de la pseudo-tuberculose zoogléique.— En dehors de l'intérêt qui s'attache à son étude, la pseudo-tubercu-
lose zoogléique est surtout importante à connailre parce qu'elle
PSEUDO-TUBERCULOSES MICROBIENNES 791
peut préter à confusion avec la tuberculose vraie, à Bacilles de Koch, particulièrement chez le cobaye.
On comprend, en effet, que, si un cobaye inoculé avec un produit suspect de tuberculose succombe dans la suite et présente à l’autopsie des tubercules généralisés, il devient nécessaire de s'assurer de la nature de ces tubercules. Quand la mort survient peu après l’inoculation sous-cutanée, en huit à dix jours, il ne s’agit certainement pas de tuberculose. Quand la mort est tardive, après un mois ou plus, elle peut être due ou bien à une infection par le Bacille de Koch, ou bien à une pseudo-tuberculose spontanée. On établira facilement le diagnostic :
Dans la tuberculose vraie, les tubercules renferment des Bacilles tuberculeux, colorables par les procédés spéciaux, et les cultures sur milieux d'usage courant demeurent stériles;
Dans la pseudo-tuberculose, les tubercules ne renferment pas de Bacilles tuberculeux; on réussira souvent (pas toujours) à déceler les Coccobacilles par examen direct; on en obtiendra toujours très facilement des cultures sur milieux habituels.
Bacille de Du Cazal et Vaïllard. — Isolé à l'autopsie d’un homme présentant une éruption de nodules caséiformes, le Bacille de Du Cazal et Vaillard présente la plupart des caractères du Coccobacille de Malassez et Vignal, mais il diffère de ce derni r par deux propriétés importantes :
Il liquéfie la gélatine ;
Il est pathogène seulement pour le lapin, non pour le cobaye.
Bacille de Preisz-Nocard. — Ce bacille, très répandu en pathologie animale, a fait l'objet d’études PARÉRMERNES des plus intéressantes.
Morphologie. — Éléments polymorphes : tantôt isolés, tantôt réunis en amas irréguliers; nettement bacillaires le plus souvent, parfois coccobacillaires et même franchement arrondis; renflements fréquents aux extrémités (comme le Bacille diphtérique). Immobiles.
Ils se colorent facilement et prennent le Gram.
Cultures. — Le développement est surtout aérob'e.
Bouillon. — Le milieu reste clair; dépôt au fond, avec voile sec. Culture plus abondante en bouillon-sérum.
Gélose. — Traînée blanchâtre, mince, sèche, chagrinée.
Sérum coagulé. — Colonies blanches ou jaunes, arrondies.
Pomme de terre. — Trainée pulvérulente, blanchôtre.
Gélatine. — Pas de développement à la température ambiante.
Action pathogène, dans les conditions naturelles. — Le Bacillede Prei:z-Nocard est pathogène pour le cheval, le mouton, le porc, le bœuf, et probablement bien d'autres espèces.
792 BACILLES ACIDO-RÉSISTANTS. — PSEUDO-TUBERCULOSES.
Chez le cheval : agent de la dermite pustuleuse (ou acné contagieuse), d’une forme épizootique de lymphangite suppurée. (Nocard).
Chez le mouton : agent de pseudo-tuberculoses, localisées surtout au foie, au rein, au poumon, aux ganglions thoraciques (Preisz); agent des eaux rousses, infection aiguë, et de la cachexie aqueuse, infection chronique (Carré).
Action pathogène expérimentale. — La virulence est variable, le plus souvent très marquée.
CoBAYE. — Par inoculation sous-cutanée, il se produit un abcès
caséeux; l'animal succombe souvent avec des abcès multiples à distance.
L’inoculation intrapéritonéale au cobaye mâle donne une orchite suppurée (Nocard).
L'inoculation dans les voies circulatoires détermine rapidement : une éruption pustuleuse au point rasé ou épilé, puis aux aines, au scrotum, au nez; des ostéo-arthrites des extrémités; des abcès sous-cutanés. Mort en quelques jours avec granulations dans le foie, la rate, les poumons et le péritoine (Panisset).
Le lapin et la souris sont un peu plus résistants; mêmes réactions que le cobaye, avec des doses plus fortes.
Le mouton est très réceptif.
Toxines. — Le bacille sécrète une toxine soluble très active (Carré). L® filirat de cultures, inoculé au cobaye, sous la peau, à dose de 2 à 5 centimètres cubes, tue en dix à quinze heures après avoir provoqué de l'æœdème très marqué; à dose non mortelle, il se produit une escarre (M. Nicolle, Loiseau et Forgeot).
Vaccination. — On peut combattre l’épizootie des moutons par vaccination avec virus chauffés ; deux inoculations (Carré).
Sérothérapie. — Le sérum obtenu chez les animaux neutralise la toxine, mais n’a pas d'action sur la maladie naturelle (Carré).
Diagnostic. — D'après Forgeot et Césari, on peut déceler l'infection chez le cheval en étudiant les propriétés du sérum : l'injection préventive de 2 centimètres cubes de sérum d’animalinfecté prémunisele cobaye contre
l'inoculation, faite vingt-quatre heures après, d’une dose sûrement mortelle de bacilles.