CHAPITRE LV
ACTINOMYCES BOVIS
L'A ctinomyces bovis est l'agent pathogène d’une affection qui sévit de préférence chez les bovidés. se traduisant par la production de tumeurs envahissant les téguments et les tissus sous-jacents et aboutissant à la fonte purulente; elles siègent chez ces animaux particulièrement au niveau des os maxillaires et de la langue.
Cette affection, dile actinomycose, sévit aussi chez l’homme (Israël et Wolff, Poncet et ses élèves, etc.).
Il semble que ce parasite ait été vu en 1868 par Rivolta, qui, dans le pus de ces lésions, observa des « corpuscules discoïdes composés de bâtons rameux ». En 1877, Bollinger les décrit sous l'aspect de champignons qui reçoivent de Harz la dénomination qu'ils portent aujourd'hui.
MORPHOLOGIE
Aspect microscopique. — Le microscope montre l’Actinomyces bovis sous des aspects différents, suivant qu’on l’observe dans les tissus ou les cultures.
Dans les tissus. — Dans les foyers suppurés, on trouve d’une
facon constante des grains jaunâtres, de dimensions variables : ce sont les grains actinomycosiques.
Chaque grain est constilué par une agglomération de corps müriformes; on peut y distinguer nettement deux zones (fig. 271) : l'une, centrale, est occupée par le mycélium; l’autre, périphérique, est représentée par les éléments, en forme de massues ou de crosses, disposés tout autour de la zone mycélienne centrale.
Le mycélium est composé d’un feutrage de filaments enchevêtrés les uns dans les autres ; ces filaments sont des bâtonnets rectilignes, ou incurvés ou spiralés, longs de 3 à 12 y sur 1 à 2 & de large. De ce feutrage central, ceriains rayonnent dans les massues ou entre elles.
Les massues représentent en réalité une phase de transformation des filaments. On voit, en effet, l'extrémité du filament se renfler,
MOR PHOLOGIE. | 195
puis la membrane d’enveloppe de ce dernier se gonfle, alors qu’à l'intérieur de la massue de nouvelle formation le filament persiste, mais pour disparaître ultérieurement.
Ces massues correspondent sans doute à une forme de dégénérescence, à une forme d’involution du parasite, qui subit l'influence défensive de l'organisme. Quand l'affection évolue vers la guérison, il n’est pas rare de voir le grain actinomycosique constitué unique-
Fig. 281, — Grain d'actinomycose (coloration par le Gram et l’éosine). Mycélium (violet). Massues (roses), globules pyoïdes.
ment par des massues. Elles subissent parfois la dégénérescence calcaire ou bien une désintégration progressive.
Dans le tubercule actinomycosique qui précède le processus suppuratif, le parasite présente les mêmes caractères, mais il est entouré d'une zone de cellules épithélioïdes, provenant de leucocytes mononucléaires et de cellules fixes conjonctives, jouant un rôle phagocylaire accusé vis-à-vis des filaments mycéliens; ces cellules épithélioïdes peuvent se réunir pour former des cellules géantes.
Dans les cultures. — Mis en culture artificielle, l’Actinomyces bovis se montre seulement sous la forme filamenteuse. Les filaments, ramifiés irrégulièrement, sont longs de 60 à 100 w. Les massues et les crosses sont absentes.
Quand les cultures sont âgées, ces filaments se segmentent pour
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former comme des chaîneltes de bacilles, voire même de cocci. Sur les filaments aériens, se développent des chapelets de fructifications conidiennes, se détachant avec une grande facilité : ce sont les filaments sporifères, Quand les cultures sont vieilles, les spores sont seules perceptibles.
Coloration, — La propriété de fixer les colorants est différente, suivant qu’on envisage le mycélium et les massues.
Les filaments mycéliens restent colorés par le Gram; les massues se décolorent par cette méthode (fig. 281).
On obtient de bonnes préparations par la technique suivante :
Écraser un grain jaune sur une lame; laisser sécher, fixer par l’alcool-éther. Colorer ensuite par le procédé de Gram; après action de l'alcool absolu, laver à l'eau, puis recolorer par l’éosine, la safranine : Les filaments mycéliens sont colorés en violet, les massues en rose. Avec le picrocarmin, employé pour la deuxième coloration, les massues prennent une teinte jaunâtre.
Le mycélium possède encore la propriété de retenir assez fortement la fuchsine de Ziehl, malgré l’action décolorante des acides; toutefois, celte acido-résistance est moins marquée que pour le Bacille tuberculeux.
Ce procédé convient bien à la colora‘ion des coupes :
Faire agir la fuchsine de Ziehl pendant quarante à cinquante minutes ; décolorer ensuite par l'acide sulfurique à 1 p. 100, puis par l'alcool. Laver à l’eau, et colorer le fond à l’aide d’une solution
de bleu de méthylène.
L'Actinomyces bovis se cultive indifféremment en milieu aérobie ou anaérobie. Il commence à se développer à 20°; la température optima est 279; 1l pousse encore jusque vers 500.
Tous les milieux artificiels lui conviennent, mais de préférence ceux auxquels on ajoute du sérum ou de la glycérine.
Bouillon glycériné.— La culture se montre vers le cinquième ou le sixième jour, sous l'aspect de grains arrondis, durs, blanchâtres, qui ne tardent pas à Lomber au fond du tube, laissant le milieu clair et limpide. |
Gélose glycérinée. — On observe, au bout de {rois à quatre jours, des colonies (fig. 282) sèches, rugueuses, blanc jaunâtre, puis jaunes, qui adhèrent fortement au milieu sous-jacent, Quand elles sont abondantes, elles finissent par confluer.
Gélatine.— Les colonies isolées sont petites, grisâtres, à contours
fes
irréguliers ; le centre est jaune. La liquéfaction du milieu se produit assez tardivement; elle n’est d’ailleurs jamais très intense.
Sérum coagulé. — Grains deteinte blanc jaunâtre, d'aspect sec et rugueux.
Pomme de terre glycérinée. — Les coloniesn ‘apparaissent que vers la fin de la première semaine ; incolores tout d’abord, elles deviennent ensuite grisâtres, puis jaunâtres. Au fur et à mesure du développement, elles s’épaississent, deviennent confluentes; il se forme une culture mamelonnée, rugueuse, à contours irréguliers (fig. 283). Autour de la culture, le milieu prend une teinte brunâtre.
Graines de céréales. — Sur les graines de blé, avoine, orge, etc., soit fraîches, soit sèches, mais alors ramollies préalablement dans l'eau, l’Actinomyces cultive; la culture apparaît vers le deuxième ou troisième jour, sous l’aspect d'un enduit pulvérulent, de teinte jaunâtre, qui pénètre dans l’intérieur de la graine.
Vitalité et virulence. — Le parasite résiste assez bien aux
Dr Eu Qi Fig. 282. — Culture sur Fig 283. — Culture sur Intuences HOCIVES. gelose glycérinée, pomme de terre glycéles cultures sont tuées rinée.
en dix minutes par une
température de 759, le parasite issu de l’organisme paraît beaucoup plus résistant, car on l’a retrouvé vivant après plusieurs années (Poncet et Bérard); la spore pourrait vivre quatre ans. L'action des
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antiseptiques usuels est peu marquée; celle de l'acide phénique à
5 p. 100 est nulle; le sublimé à 1 p. 1000 ne détruit le parasite qu’au bout de cinq minutes.
Liebmann a montré que la virulence du parasite s’atténuait rapidement par les divers passages sur l’homme et l'animal; mais il serait facile de lui faire récupérer sa végétabilité et sa virulence en le faisant cultiver sur une plante.
Production de toxine. — On peut mettre en évidence la production d’une toxine en utilisant le filtrat d’une culture en bouillon glycériné. Deléarde a ainsi obtenu une streptothricine assez semblable, dans ses effets, à la tuberculine. [njectée à des animaux actinomycosiques, elle détermine une réaction fébrile; l'injection reste sans effet chez les animaux sains.
Réaction vis-à-vis des sérums de sujets atteints de mycoses. — L'agglutination de l'Actinomyces ne peut être recherchée en raison de sa morphologie particulière; les milieux de culture ne peuvent, en effet, fournir des spores isolées; quand on filtre une émulsion, on n'obtient guère que des filaments mycéliens, réfractaires à l’agglutination.
Par contre, le s‘rum des actinomycosiques agglutine fortement les spores de Sporotrichum Beurmanni (Widal, Abrami, Joltrain et Brissaud).
La fixation du complément s'obtient d'une façon constante quand on met en contact le sérum d’actinomycosique avec les cultures d’Actinomyces. Il en est de même encore quand l’Actinomyces est mis en présence du sérum de sporotrichosique ou de sujets atteints de muguet.
De même encore, les cultures de sporotrichose et de muguet fixent le complément en présence du sérum d'actinomycosique.
Il s'agit là assurément de phénomènes de fixation et de cofixation réversibles, comme il s'agissait, dans les précédents, de phénomènes coagglutinants.
L’Actinomyces bovis se rencontre dans l'organisme malade, dans toutes les lésions caractéristiques de l'actinomycose : nodules, abcès et tumeurs suppurées.
IL exerce son action pathogène chez l’homme, mais surtout chez
l'animal. On observe l'actinomycose principalement chezles bovidés, :
qui sont atteints parfois, en certaines régions, d’une manière enzootique. Chez le cheval et le mouton, elle est assez rare; chez le porc, elle sévit assez exceptionnellement.
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L'Actinomyces est essentiellement un parasite des végétaux, sur lesquèls il se trouve sans doute à l’état de spores, qui résistent à l'influence des agents physiques extérieurs. Les céréales en sont les véhicules fréquents.
Leur rôle inoculateur est indéniable. Piana, dans un cas d’actinomycose linguale du veau, a constaté la présence d’une barbule d'orge couverte de parasites, siégeant dans le trajet fistuleux de la lésion. Denombreuses observations recueillies chez l’homme plaident dans le même sens: cas de Soltmann, concernant un enfant ayant avalé un épi d'orge ; un abcès actinomycosique du dos se déclara, où l’on retrouva l’épi chargé d’Actinomyces. Wolfler, Bostrüm, Guermonprez et Augier, etc., firent des constatations analogues.
La pénétration de l’Actinomyces dans l’organisme s’effectuele plus souvent dans les premières voies digestives par les épis porteurs du parasite, qui s’implantent dans la langue, au niveau des muqueuses gingivale, buccale, pharyngée, etc., ou bien ils se logent entreles dents, pénétrant ensuite dans les alvéoles.
Le parasite peutaussi, mais plus rarement, traverser la muqueuse gastriqueou intestinale (Chiari). L'infection peut se produire encore par le poumon, à la suite de l’inhalation de poussières provenant du battage du blé.
On suppose enfin qu'elle peut à ftectuer par des excoriations cutanées.
ACTION PATHOGÊNE EXPÉRIMENTALE.
Les inoculations expérimentales ont donné, entre les mains des divers auteurs, des résultats assez variables.
On peut réussir cependant, en employant comme matériel d’inoculation les produits pathologiques. Israël, Rotter, Dor et Bérard introduisirent dans le péritoine de lapin des fongosités d’actinomycose humaine ; ils conférèrent une infection, à évolution très lente: sacrifié six mois après, l’animal présentait dans la cavité abdominale (épiploon, mésentère) une série de tumeurs pouvant acquérir les dimensions d’une noisette. Les mêmes résultats ont été obtenus par Ponfick chez le veau.
L'inoculation de cultures est le plus souvent Nuit Le lapin cependant a pu être infecté de cette manière par plusieurs auteurs (Mosselmann et Liénaux, Wolf et Israël) par la voie péritonéale.
Inoculées dans la chambre antérieure de l’œil (Dor), les cultures donnent naissance à des granulations qui disparaissent bientôt sans laisser de traces. Par inoculation dans le corps vitré, au contraire, Dor a vu la lésion progresser, l'œil être envahi par un noyau
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caséeux ; enfin l'autopsie montre des lésions pulmonaires etosseuses, avec les parasites caractéristiques.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE L'ACTINOMYCOSE.
Le diagnostic bactériologique de l’actinomycose peut être assuré par la recherche directe de l’Actinomyces dans les lésions, ou, sices lésions sont inaccessibles à un prélèvement, par les épreuves du sérodiagnostic.
Recherche du parasite. — Examen microscopique. — Pré-
lever un grain jaune dans le pus fraîchement recueilli, l'écraser
entre lame et lamelle dans une goutte de glycérine. Le microscope montre l'aspect de la figure 281.
On peut verser sur la lame une goutte de picrocarmin dans . laquelle on dissocie le grain jaune. Après environ dix minutes de contact, on l'écrase avec une lamelle. Au microscope, le parasite apparaît avec sa forme caractéristique ; les massues sont teintées en jaune; Les cellules sont roses.
On peut encore observer le parasite après coloration : écraser lé grain sur une lame, laisser sécher, fixer par l'alcool-éther et colorer par le Gram composé ou la méthode de Ziehl. :
Habituellement, le seul examen microscopique, en montrant:
l'existence de l’Actinomyces, assure le diagnostic. ?
Culture. — Si l'on veut recourir à la culture, il faut employer
un arlifice qui permet d'éliminer les bactéries banales de la suppuration, associées à l'Actinomyces :
Ensemencer des grains jaunes sur un tube de gélose ou de gélatine inclinée. Après deux jours d’étuve, les colonies apparaissent autour de certains grains ensemencés: d’autres, au contraire, ne sont entourés d'aucune colonie satellite ; à l'aide d’une üse forte, on recueille ces derniers et on les reporte sur un tube de sérum coagulé. Après cinq à six jours d’étuve à 370, la culture se développe, habituellement pure.
Sérodiagnostic. — Quand on soupconne une actinomyco-e viscérale profonde, inaccessible au prélèvement, le diagnostic peut être éclaiié par l’agglutinetion et la réaction de fixation:
Agglutination. — L'agglutination, on l’a vu plus haut, peut être recherchée avec une culture d’Actinomyces ; on utilise alors le pouvoir coagglutinant du sérum d'actinomycosique sur les spores de Sporotrichum Beurmunni ; le taux d’agglutination peut s'élever à 17100 et 1/250.
Fixation du complément. — On peut encore, suivant la tech-
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nique exposée plus haut, mettre en présence le sérum du malade et une culture broyée d’Actinomyces conservée au laboratoire. Pour Widal et ses élèves, cette réaction est constamment positive dans toutes les atteintes en pleine évolution.
On sait qu’elle s'obtient encore avec l’Actinomyces et le sérum de sporotrichosique. |
ACTINOBACILLOSE.
L'actinobacillose sévit chez les bovidés de la République Argentine. Elle se manifeste sous la forme d’abcès froids siégeant au niveau de la gorge et de la langue, et donnant issue à un pus blanc laiteux, parfois verdâtre, véhiculant de petits grumeaux blanc grisâtre.
Cette affection reconnaît pour cause un germe voisin de l'actinomycose, découvert par Lignières et Spitz. Ce germe peut infecter l'homme (Ravaut et Pinoy).
Ce parasite, examiné dans le pus, se montre sous l’aspect d’amas coccobacillaires et de formes en massue. Il se colore de préférence par une couleur basique (thionine, bleu de méthylène, fuchsine).
Dans les cultures, il prend la forme d’un coccobacille ou d’un diplocoque ; en bouillon, il donne souvent des chaïnettes.
L’Actinobacille se développe à 37° dans les milieux artificiels.
En bouillon, culture maigre; trouble léger, puis dépôt léger au fond du tube. Quand la culture est ancienne, un voile se forme à la surface.
Sur gélose, au bout de vingt-quatre heures, colonies petites, bleuâtres, translucides, devenant opaques dans la suite.
L'inoculation reproduit l'infection chez le bœuf et le mouton, sous la forme d'abcès multiples où les formes massuées abondent.
Doprer et SACQUÉPÉE. — Bactériologie, 2 édit. 51