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SIÈGE ET TOPOGRAPHIE DU TRÉPONÈME

Les nombreuses recherches qui ont été poursuivies depuis la découverte de Schaudinn ont contribué à faire connaître l'habitat du Tréponème dans l'organisme du syphilitique aux différentes phases de l'infection.

Syphilis acquise. — Le Tréponème de Schaudinn existe tout d'abord dans le chancre pr mitif, ainsi qu’il résulte des travaux initiaux de Schaudinn et Hoffmann, de Metchnikoff et Roux, etc. Il est abondant et siège, de préférence, dans les papilles voisines de l’ulcère, et dans les faisceaux conjonctifs sous-épidermiques. Il y provoque une réaction mononucléaire.

À la période du chancre, Schaudinn, Bertarelli et Volpino, Thibierge, etc., ont montré que le parasite siégeait encore dans Îles ganglions qui accompagnent son évolution.

Les lésions de la période secondaire sont encore envahies par le Tréponème ; les plaques muqueuses, les syphilides secondaires le recèlent d’une façon constante; mais, dans ces altérations, surtout dans les coupes, il est plus difficile à mettre en évidence : il ay trouve en moins grande abondance. Dans les taches de roséole, Veillon et Girard l'ont décelé de préférence, dans les capillaires dilatés: terminaux des papilles et dans quelques vaisseaux sous-

SE “urt) SPIROCHÈTE DE LA SYPHILIS.

papillaires. On en rencontre quelques échantillons dans les nodules périvasculaires. IL existe encore dans le sang de la circulation générale, mais en minime quantité, si bien que nombre d’auteurs ont nié sa présence et, par conséquent, la virulence du sang à cette période. Néanmoins les inoculations positives au chimpanzé et des procédés de technique plus perfectionnés qu’au début de ces recherches permettent d'affirmer la présence du Spirochète dans ce liquide.

Dans les organes, on l’a rarement décelé.

Dans les lésions tertiaires, le Tréponème est assez peu abondant pour qu’en certains cas on ne puisse pas le mettre en évidence. Néanmoins les constatations directes et l’expérimentation ont permis de le déceler dans les gommes, les lésions papuleuses, etc., quelquefois, mais rarement, dans le sang ; on a pu le trouver dans des coupes d’aortite spécifique (Reuter).

Dans les sommes, il se rencontre uniquement dans les parois.

Enfin, le Tréponème pâle a été mis en évidence dans les coupes de cerveau de paralytiques généraux par Noguchi et Moore, découverte d'importance capitale qui a apporté la preuve indiscutable de la nature spirochétienne de la paralysie générale, et confirmant la conception d'Esmarck et Jessen et surtout de Fournier. Le résultat de ces recherches fut confirmé par Marinesco et Meinéa, puis Levaditi, Marie et Bankowski qui arrivèrent à déceler le parasite dans le cerveau de presque tous les paralytiques généraux morts en état d’ictus(8 fois sur 9). Les examens microscopiques montrent sa présence dans la substance grise corticale sous forme de foyers plus ou moins circonscrits.

En 1918, Valente le met en évidence, non plus sur le cadavre, mais sur le vivant au moyen de ponctions cérébrales après trépanation (70 p. 100 des cas).

Enfin en 1918, Levaditi et Danulesco, puis Volket Pappenheim ont montré sa présence dans le sang et le liquide céphalo-rachidien de cette catégorie de malades, à la suite d’inoculations au lapin. Graves avait fait la même constatation sur le sang de deux tabétiques.

Hérédo-syphilis. — Le Tréponèmeexiste en grand nombre dans les organes de nouveau-nés hérédo-syphilitiques ; l'examen des frottis, des coupes le décèle en grande abondancedans les organes. On a reconnu qu'il envahissait le foie (fig. 306), la rate, le poumon, les capsules surrénales. 11 fourmille dans le liquide des bulles de pemphigus syphilitique ; on l’a retrouvé dans les parois gastriques, dans les parois de la vessie, de la vésicule biliaire, dans les troncs nér-

ACTION PATIIOGÈNE EXPÉRIMENTALE. 845

veux (Schimpert), le cerveau, l’exsudat méningé(Ravautet Ponselle), l'ovaire et même les ovocystes. 11 envahit la circulation beaucoup

Fig. 306, — Treponema pallidum dans une coupe de foie d'enfant hérédo-syphilitique.

plus fréquemment que chez l'adulte ; enfin Levaditi et Sauvage ont montré que le placenta de la mère s’infiltre de Spirochètes quand l'enfant présente des lésions d'hérédo-syphilis.

Klebs, Martineau et Hamonic, M. et Ch. Nicolle avaient déjà tenté l’inoculation de la syphilis au singe; lesrésultats deleurs expériences s'étaient montrés si inconstants qu'ils n’entraïînèrent pas la conviction. La question prit de l'importance le jour où, en 1903, Roux et Metchnikoff obtinrent régulièrement l'infection syphilitique expérimentale chez les singes anthropoïdes; ces recherches furent le point de départ de multiples travaux sur ce sujet.

Syphilis expérimentale du chimpanzé. — Roux et Metchnikoff montrèrent que le chimpanzé était très sensible, aussi sensible que l’homme, à l’infection syphilitique.

L'inoculation de produits syphilitiques (chancre, lésions secondaires, sang, parois de certaines gommes) s'effectue au niveau des

téguments ou des muqueuses ; on opère, de préférence, au niveau du sourcil ou sur le sillon balano-préputial.

À l’aide d'un petit scarificateur, on gratte la surface d'une lésion syphilitique ; puis on pratique chez l'animal en expérience une série de petites incisions, que l’on recouvre du virus recueilli.

Lésion initiale. — Au point d'inoculation, on voit apparaître dans les quatre à cinq premiers jours une légère rougeur, qui disparait totalement au bout d'une semaine. Puis, quinze à vingt jours après l'inoculation, se développe une zone congestive qui s’indure et revêt l'aspect d’une papule exulcérée, qui se recouvre d'une croûtelle. Ce véritable chancre induré s'accompagne d'une adénopathie, dont le volume augmente dans la suite et présente le caractère d’indolence connu en syphilis humaine. Ce chancre guérit spontanément au bout de quelques semaines.

Lésions de la période secondaire. — Environ un à deux mois après l'apparition du chancre, on note, dans un certain nombre de cas (66 p.100 environ), le développement de plaques muqueuses, de papules, ressemblant aux syphilides humaines de la période secondaire.

A cette période, Roux et Metchnikoff ont même constaté des paraplégies transitoires. |

Le chimpanzé vit trop peu sous nos climats pour qu'on ait pu observer des accidents tertiaires.

Les lésions provoquées chez le chimpanzé sont virulentes et inoculables à d'autres chimpanzés. Ce fait, ajouté à cet autre que le Treponema pallidum y est décelable, constitue la preuve la plus évidente de la nature syphilitique de ces altérations.

Syphilis expérimentale de l’orang-outang. — L'inoculation de virus syphilitique chez l’orang-outang détermine la production d’un chancre initial ; il est toutefois moins net que chez le chimpanzé ; d'autre part, on n'assiste jamais à l’évolution de la période secondaire.

Singes inférieurs. — Lessinges inférieurs (macaques et cynocéphales) sont beaucoup moins sensibles à la syphilis expérimentale que le chimpanzé(50 p. 100 de résultats positifs, d'après Roux et Metchnikoff).

La proportion des succès varie beaucoup suivant la région que l’on soumet à l'inoculation. On s'adresse, de préférence, à l’arcade sourcilière ou aux muqueuses génitales.

Thibierge et Ravaut ont obtenu des résultats positifs constants en pratiquant les inoculations surle bord libre de la paupière supérieure des macaques : après une incubation de vingt-trois jours en

moyenne, le bord libre de la paupière devient œdémateux,; l’'infiltration augmente les jours suivants etpeut s'étendre à tout le bord libre, qui se transforme en un véritable bourrelet. En d’autres cas, l’œdème est pluslimité, et, au point inoculé, se forme un nodule nflammatoire au niveau duquel la surface cutanée prend une teinte rouge foncé cuivré. La consistance est augmentée, mais on n'observe pas l’induration spéciale si caractéristique du chancre induré. L'étude des coupes de cette lésion montre une infiltration périvasculaire, analogue à celle du chancre humain. Néanmoins, on ne note ni ulcération, ni adénopathie, et les lésions de la période secondaire sont absentes.

En réalité, cette lésion ne saurait être superposable à la lésion syphilitique initiale de l’homme ou duchimpanzé. Elle estnéanmoins spécifique, et Thibierge et Ravaut en ont tiré profit pour établir un diagnostic expérimental d’une lésion, dont la nature syphilitique peut seulement être suspectée.

Syphilis expérimentale chez le lapin. — Le virus syphilitique est inoculable au lapin par plusieurs voies.

Voie oculaire (Bertarelli). — On prélève un fragment de tissu syphilitique : paroi de chancre, papule, ou produit de grattage de ces lésions. L'inoculation peut s'effectuer de trois façons :

19 Après cocaïnisation de l'œil du lapin, une lancette pratique une petite kératotomie ; par la plaie produite, on introduit, à laide dune spatule, dans la chambre antérieure, un fragment du tissu.

20 Les paupières étant écartées, on trace sur la cornée une série de scarificalions parallèles ; à leur niveau, on frotte le fragment de tissu.

39 On peut encore broyer dansl’eau physiologique stérile la pulpe ou le fragment prélevé et l’injecter dans la chambre antérieure.

. Quel que soit le mode d’inoculation, il se produit parfois, dans les

premiers jours, une légère réaction oculairebanale, due aux germes associés ; elle ne dure que quelques jours. Ce n’est qu'après deux à sept semaines que se montre la réaction spécifique. Celle-ci consiste dans l'apparition de petites granulations, ayant le volume d’une tête d'épingle, occupant le bord de l'iris, puis dans une opalescence diffuse de la cornéé, symptomatique d’une kératite parenchymateuse. Milian et Roussel ont décrit plusieurs variétés de ces kératites syphilitiques chez lelapin : kératite ponctuée, khératite chancriforme simulant un chancre érosif; k’ratite diffuse pouvant devenir ulcéreuse.

L'examen des coupes de cette cornée ainsi atteinte montre l’existence de nombreux Tréponèmes, qui se trouvent en amas considérables à la limite des lésions d'infiltration,

Enfin, d'après Bertarelli, des fragments de cette cornée ainsi atteinte, inoculés de la même manière dans la chambre antérieure de lapins neufs, reproduisent les mêmes lésions; de plus, le virus de lapin ainsi traité est inoculable au singe.

Les expériences de Bertarelli furent confirmées par Scherber, Greet et Clausen, etc.

Voie génitale. — Uhlenhuth et Mulzer ont inoculé avec succès le virus syphilitique humain dans le testicule du lapin.

Après une incubation de trente à cinquante jours, le testicule et l’épididyme formentune masse unique, du volume d’un œufde pigeon, à surface irrégulière, indolore, de consistance élastique. La ponction de cette masse ramène un liquideclair avec de nombreux Spirochètes, sans adjonction d'aucun autre microbe étranger. Les auteurs ont ainsi obtenu 10 résultats positifs sur 17 lapins inoculés. Chez cet animal, les lésions se résument dans cette orchite syphilitique, sans infection générale.

Hoffmann a reproduit lesmêèmeslésions chez le cobaye en injectant dans le testicule des fragments de testicule syphilitique de lapin.

Tomasczewski a obtenu chez le lapin une lésion primitive; après incision de la peau du scrotum, on pratique une poche sous-cutanée, où l’on insère un fragment de kératite spécifique ou de chancre humain. Il se produit toutd’abord une inflammation suppurée, puis, dix à treize jours après, au-dessous du fragment transplanté, se forme une infiltration bien localisée, dont le centre est occupé par une mince croûte, recouvrant une érosion où puilulent les Spirochètes. Sur #5 lapins, il obtint 39 résultats positifs.

Bruckner et Galasesko déterminèrent l’orchite spécifique en injectant des cultures de Tréponème dans le testicule du lapin:le testicule devint volumineux; deux mois après, on notait un œdème mou, gélatineux, enveloppantles deux testicules. La sérosité citrine de cet œædème renfermait de nombreux Tréponèmes.

Voie sanguine. — Uhlenhuthet Mulzer sont arrivés, par passages successifs du virus syphilitique chez le lapin, à en exalter la virulence. Ce virus exalté, introduit dans la circulation, provoque une infection générale.

Chez des lapins jeunes, l’inoculation intracardiaque de doses massives est suivie, au bout d’un certain temps, de tuméfactions du nez et de la queue, ressemblant à des gommes; les animaux maigrissent, ont du coryza, présentent des syphilis papulo-ulcéreuses. Dans toutes ces lésions, on constate la présence du Tréponème ; ce dernier se trouve parfois dans le sang.

Sowade a reproduit l'infection syphilitique générale chez Le lapin

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