CHAPITRE III
DES CAUSES D'ERREUR QUE L'ON PEUT COMMETTRE, AU POINT DE VUE BACTÉRIOLOGIQUE, A L'AUTOPSIE
On sait depuis les mémorables recherches de M. Pasteur que le sang et les organes de l'homme sain ne contiennent aucun micro-organisme, et que les phénomènes de la putréfaction sont provoqués par la pénétration de germes dans les tissus après la mort. Ces germes sont d'origine intestinale pour la plupart et leur envahissement est favorisé par certaines circonstances, la chaleur et l'humidité. On est donc sûr de trouver des bactéries dans les organes, à l'autopsie, à un moment donné.
Trombetta a étudié la putréfaction chez les animaux sains qu'il tuait brusquement. La putréfaction, d'après cet auteur, se fait d'une façon irrégulière. Tantôt les organes sont envahis les premiers, tandis que le sang reste stérile, tantôt le sang et les organes sont envahis simultanément. La putréfaction débute tantôt par la rate, tantôt parle foie, tantôt par la rate, le foie et les reins.
Lorsque, à l'autopsie, dans un organe quelconque, ou dans le sang du cœur, on constate la présence d'un micro-organisme donné, est- on en droit d'attribuer à ce micro-organisme les causes de la maladie et de la mort?
DES CAUSES D'ERREUR A L'AUTOPSIE. 21 Pour pouvoir répondre à celte question par l'affirmative, il est un certain nombre de causes d'erreurs qu'il importe de signaler, et sur lesquelles on ne saurait trop insister.
On sait que les microbes qui habitent normalement les cavités naturelles envahissent le cadavre après la mort; dans certains cas même, cet envahissement commence pendant l'agonie.
Comme, en général, l'autopsie ne peut être pratiquée que dans le délai légal de vingt-quatre heures, on est donc exposé, dans certains cas, à attribuer aux microbes de la putréfaction un rôle pathogénique qu'ils ne possèdent pas.
M. Herman et moi avons les premiers attiré l'attention sur ce fait. Nous avons étudié systématiquement, au point de vue bactériologique, le foie, la rate et les reins de trente-deux cadavres. Seize fois sur trentedeux nous avons trouvé le bacterium coli soit dans les trois organes sus-mentionnés, soit dans deux de ces organes ou dans un seulement. Les autopsies étaient faites de vingt-quatre à trente-six heures après la mort, en été. La température élevée favorise, on le sait, la putréfaction ; aussi les observateurs qui ont repris nos recherches ont-ils trouvé une proportion notablement moins élevée. Lesage et Macaigne ont montré que la pénétration des cadavres par le bacterium coli est beaucoup moins fréquente pendant les périodes de froid. IMarfan et Nanu n'ont trouvé dans les organes que cinq fois le bacterium coli, et toujours chez des sujets atteints de diarrhées graves, et Marfan, dans une seconde statistique, quatre fois sur vingt-deux sujets ayant succombé avec des troubles digestifs.
Pendant l'agonie, les microbes des cavités naturelles