INTESTIN
Le nombre des variétés microbiennes contenues dans l'intestin de l'homme n'est pas aussi grand qu'on pourrait le croire, d'après un simple examen microscopique de matières fécales. Ce sont les microbes alimentaires qui, quand on fait une analyse qualitative, au point de vue bactériologique, fournissent un grand nombre de diverses espèces, dont les colonies ne sont représentées que par quelques rai'es spécimens, un seul parfois. On n'est pas en droit d'attribuer une origine intestinale à ces bactéries lorsqu'elles se trouvent en petit nombre dans les selles que l'on examine. Elles n'ont aucune importance dans la flore intestinale. Si l'on sème dans du bouillon une trace de matières fécales, qu'on le mette à l'étuve à 37o, et que l'on fasse, quelques heures après, un examen microscopique ou des plaques, on sera frappé de la diversité prodigieuse des espèces microbiennes contenues dans le bouillon. Si l'on répète ce même examen deux jours après, on ne trouvera, dans la grande majorité des cas, que du bacterium coli en culture presque pure.
Ce qui s'est passé dans le tube de bouillon se passe également, jusqu'à un certain point, dans l'intestin (1). 11 est donc un certain nombre de bactéries intestinales, le bacterium coli en tète, qui détruisent les microbes banals, apportésincessammentdansl'intestinparladéglutition. Ce sont ces bactéries, qui ne sont pas peutêtre aussi nomijreuses qu'on le croit généralement, qu'il est seulement intéressant d'étudier ici.
(I) Lorsqu'on examine clos selles, cliez les cadavres, on constate qu'il So,,6>-c une soi-te de réduction du nombre des espèces bactériennes une sorte dumfioat.on de la Hore microbienne de l'intestin, après là mor
cndant les deux ou Iro.s jours qui suivent la mort, e'estle bacille du colon qu onune, pu.s ,1 est remplacé par les microbes de la putrélaction, le bactéries du genre Proleus (Dallemagne). •
APPAREIL DIGESTIF
Les premières bactéries apparaissent dans les selles du nouveau-né quelque temps après la naissance et, au bout de vingt-quatre heures, ces selles en contiennent déjà une quantité considérable (Escherich). Les espèces qui se montrent en premier sont des cocci et des levures, venues de l'air et dégluties avec la salive, puis le bacterium coli, puis les bactéries du lait, le bacille lactique et ses congénères, le bacillus mesentericus, divers microcoques, un streptocoque à gros grains, assez fréquent, et les bacilles fluorescents, l'un liquéfiant, l'autre ne liquéfiant pas la gélatine.
Le bacterium coli est, alors déjà, l'espèce la plus abondante. Le milieu intestinal, le lait lui fournissent un terrain de culture extrèmeuient favorable (1).
Toutes les parties du tube digestif ne sont pas également riches en microbes. C'est le duodénum qui en contiendraitlemoins(GilbertetDominici).On ne trouve pas également les mêmes espèces microbiennes tout le long du tube intestinal. Certaines espèces prédominent à certains points; par exemple, dans le côlon, le bacterium coli,
Tous les microbes pathogènes ont été isolés dans l'intestin, normal ou pathologique. Chez l'adulte comme chez le nouveau-né, c'est le bacterium colique l'on y trouve, avec la plus grande fréquence. Il y vit
(1) Il n'exisle dans l'intestin des nouveaii-nés bien iioi-tants que peu de bactéries d'espèces déterminées. Scl.midt, enexaminanl les selles des nouveau-nés a trouvé que le B. coli y prenait des réactions colorantes spéciales. Ceci est dù aux milieux de culture de ces baclcr.es, mdieux qui contiennent beaucoup de graisse. En cultivant le lî. coli sur des milieux additionnés de benrre, l'auteur est arrivé à lu. do.mer les mêmes propriétés biologiques que dans les selles dos nouveau-nes II se cob e alo.'s par la méthode de Weigcrt (employée pour colorer la l.bnne; (andis qu'habituellement, il est décoloré.
ENTÉRITES.
en saprophyte, mais dans denombreuses circonstances il peut devenir patlaogène et déterminer des lésions, d'étendue et degravité variables. II en est de même du proteus vulgaris, de Hauser. Nous donnons (p. 218 et 220) les principales propriétés de ces micro-organismes.
Pour la nomenclature complète de la flore intestinale, qui ne rentre pas dans le cadre de ce manuel, nous renvoyons le lecteur à ÏAtlas bactériologique d'Eisenberg (1).
Entérites.
Consulter : Thiercelin, De l'infection gastro-iiitesLinale chez le nourrisson. Th. Paris, 1894.
Entérites des nourrissons. — L'infection gastro-intestinale aiguë des nourrissons, au point de vue clinique, comprend deux formes, la forme pyrétique et la forme algide. Ces deux formes ont été surtout étudiées, au point de vue bactériologique, par Lesage, Booker, Sevestre, et par Thiercelin qui en a donné une bonne étude. 11 n'existe pas de bacille spécifique ni pour la forme pyrétique, ni pour la forme algide. Plusieurs espèces microbiennes peuvent les déterminer.
Forme pyrétique. — Dans la forme pyrétique, Thiercelin a isolé par ordre de fréquence : Le bacterium coli ;
Un microbe du genre lyrothrix (Lesage), qui se rencontre également dans la forme algide ;
Le bacille de la diarrhée verte (Clado, Daniaschino, Lesage) ;
(I) Eisenbcrg, Ha/,-lcriologische Diannontik. llaniburg uaj Leinzi»-
ÂPPA.REIL DIGESTIl'.
Le bacille pyocyanique.
Le microbe qui se rencontre le plus souvent après le B. coli est un bacille polymorphe, qui se présente sous forme d'un filament allongé, en forme de cheveu, mais aussi parfois à l'état de microcoque ou de bâtonnets plus ou moins longs. 11 se colore par le Gram. line liquéfie pas la gélatine, où il se développe difficilement, etjiousse bien sur gélose.
Il coagule le lait, dont il dissout ensuite la caséine, en milieu alcalin, line fait pas fermenter le sucre de lait.
Choléra infantile. — C'est surtout le bacterium coli que l'on a isolé dans le choléra infantile.
Wyss, chezun nouveau-né de quelques jours atteint d'une entérite légère et mort brusquement de fièvre, isola des différents viscères, des plaques de Peyer et des ganglions mésenlériques, le bacterium coli.
Baginsky, dans les selles d'enfants atteints de choléra infantile, a trouvé le bacillus lactis aerogenes, le bacterium coli, le proteus, les staphylocoques blanc et doré, décrits déjà par Escherich, le proteus vulgaris de Hauser, le bacille rouge du lait, un bacille fluorescent, deux espèces mal déterminées et trois levures.
Macé et Simon ont publié trois cas d'entérite infantile produits par le bacterium coli.
Lesage, dans vingt-deux cas dediarrhéesinfectieuses, a conclu également que ce microbe était l'agent de ces entérites.
Rossi Doria a étudié vingt cas mortels de diarrhée épidémique chez les enfants âgés de quelques jours à vingt mois. 11 a trouvé, dans les selles et les frottis d'organes, des cultures pures de B. coli.
PourBooker, le proteus vulgaris joue un rôle pathogénique important dans la production du clioléra
ENTÉRITES.
infanlile.il a isolé ce micro-organisme clans les selles des enfants cholériques clans un grand nombre de cas, et jamais dans les selles d'enfants bien portants. D'après l'auteur, le tableau de la maladie, clans les cas où le proteus existait clans les selles, avait ciuekiue chose de spécial.
Enfin, pour Epstein (1), la diarrhée infantile serait due au monocercomonashominis. Il en a observé vingt-six cas et a isolé deux formes différentes. Dans cinq de ces vingt-six cas il a isolé l'amibe de Loesch.
Choléra nostras. — Hueppe, examinant les selles d'un enfant atteint de choléra nostras, y trouva en prédominance un bacille cpi, cultivé sur gélatine, ressemblait au bacille typhic[ue, au bacille napolitain d'Emmerich et au bacterium coli. Il coagulait le lait et était mobile comme le bacille d'Emmerich, dont il ne se distinguait c[ue par une action pathogène beaucoup moins considérable pour le cobaye.
Gilbert et Girode ont les premiers démontré avec certitude la présence du bacterium coli dans certains cas de choléra nostras. Dans trois cas de choléra nostras, chez des malades ayant présenté les accidents caractéristiques du choléra vrai, les selles ont fourni des cultures presque pures de B. coli. Une heure après la mort, on ensemença du suc de poumon, du foie, de la rate, et de l'épanchement pleurétique. Ces ensemencements donnèrent le même résultat. Tous ces organes contenaient le B. coli à l'état de pureté. Gilbert et Girode ont reproduit un choléra expérimental en faisant ingérer à un cobaye 2 centimètres cubes et demi de culture dans le bouillon de bacillus
(1) Epstein, Praij. med. Woch., 1803, n° 3S-iO.
ir
APPABEIL DIGESTIF.
coli, isolé desselles riziformes de leur premier malade. Les cobayes moururent après avoir eu la diarrhée, et à l'aulopsie on conslaLa toutes les lésions d'un véritable choléra expérimental.
Widal, Chantemesse etLegry ont publié un cas de choléra nostras avec autopsie faite six heures après la mort. Le sang du cœur et les parenchymes des différents viscères ensemencés ne donnèrent lieu à aucun développement. Les selles, la bile, les parois intestinales contenaient en grande abondance le bacterium coli. La cavité péritonéale le contenait en moins grande quantité. Les cultures se montrèrent d'une extrême virulence.
Rénon a trouvé deux fois, sur quatre cas de choléra ayant présenté tous les symptômes du choléra asiatique, le bacterium coli. Dans un cas, il était associé au staphylococcus pyogenes aureus ; dans le second cas, au bacille virgule.
Diarrhée cholériforme. — Dans les épidémies de choléra de 1892 et 1893, on a pu constater un grand nombre de faits semblables. M. Netter, dans l'examen de vingt cas de diarrhée cholériforme, avec six morts, a trouvé constamment le bacterium coli, soit seul, soit associé à d'autres espèces, en particulier au bacille de Friedlaender et au streptocoque. M. Netter n'a jamais constaté, dans des diarrhées cholériformes, la présence du bacille virgule. 11 conclut donc que ces diarrhées sont complètement indépendantes du choléra asiatique.
Appendicite. — Le rôle actif des microbes dans la production de l'appendicite a été indiqué pour la première fois par Talamon (1), sans spécihcation de l'espèce pathogène.
(l)Talamoii, Appendicite et Périiyphlile, Bibl. Cliarcot-Dcbovc. p. SI.
DYSENTERIE
Aclenot (I) a trouvé le bacLerium coli clans des cas d'appendicite sans perforation, ayant amené une péritonite généralisée. Dans un cas, il y avait association du baclerium coli et du staphylococcus pyogenes aureus. Barbacci a également constaté ce micro-organisme dans une pérityphlite suppurée.
Ainsi que le fait remarquer justement Talamon, le bacterium coli joue un rôle important, mais non exclusif, dans la pathogénie des lésions péri-appendiculaires. D'autres microbes intestinaux peuvent lui être associés, ou même jouer un rôle prédominant dans la production des inflammations du cœcum et de son appendice.
Dysenterie.
Consulter : Schuberg, Les amibes parasiles de l'intesUn de l'homme [CenlralblaH f. Bakl., 1893, t. XIII, p. 054 et 701). — Kruse et Pasquale, Recherches sur la dysenlérie et les abcès du foie [Ze'dsch. f. llt/g., t. XVI, 1894).
Malgré de nombreux travaux, on n'est actuellement pas lixé d'une façon certaine sur l'agent pathogène de la dysenterie.
Les parasites qu'on a trouvés dans les selles des dysentériques, et auxquels on a attribué une action spécifique, appartiennent à trois ordres de parasites différents: des vers intestinaux; des protozoaires; des Miicrobes.
A. Vers. — Normand a trouvé, dans les selles de dysentériques de Cochinchine, un ver fusiforme, de la famille des nématodes, que Bavay et lui nom- Ci) Adenot;5'oe. de biol., 7 nov, 1891.
APPAREIL DIGESTIF
mèrent anguillula stercoralis. Ce parasite est fort analogue comme aspect et comme dimension à la filaire du sang; il a environ 1 millimètre de longueur sur 30-40 [j. de large. Il est un peu aminci en avant, et s'effile en pointe en arrière. Des rcclierches ultérieures ont montré que la présence de l'anguillule, dans les selles des dysentériques, est loin d'être constante.
B. Amibes du côlon. — Il existe à l'état normal, dans l'intestin de l'homme, des amibes appartenant à de nombreuses variétés.
Ils ont été vus pour la première fois par Lambel, puis par Loesch sur la muqueuse enflammée du gros intestin.
Ce sont des masses ovalaires, ou en forme de section d'une lentille biconvexe, assez semblables à la coccidie du lapin, et mesurant en moyenne de 20 à SO A l'état de locomotion et avec leur maximum d'allongement, elles peuvent atteindre jusqu'à 60 p.. Leur protoplasma est très granuleux et renferme souvent jusqu'à six ou huit vacuoles arrondies. Pour déceler la présence des amibes dans le contenu intestinal, il suffit de prendre des matières fécales, de les délayer, lorsqu'elles ont un peu trop de consistance, dans un peu d'eau distillée et de les examiner sans coloration. [Oc. 1, obj. 7 (Verick)]. Les détails apparaissent plus nettement lorsque l'on fait agir une trace de picro-carmin ou de couleurs d'aniline en solution aqueuse très étendue.
On voit alors, au milieu de détritus organiques de toute espèce, des cellules de dimension variable, qui ont de 20 à 120 de diamètre et sont généralement eUiptiques. Elles sont un peu mobiles et, en raison des
DYSENTERIE
mouvements d'expansion du proLoplasma, leur contour peut être irrégulier. [1 n'existe pas de membrane d'enveloppe. Le protoplasman'est pas homogène; il est parsemé de granulations réfringentes excessivement fines. De plus, dans l'intérieurdu protoplasma, on voitdes zo-
ttg. 17. — 1, Pus d'un abcès du foie consécutif à la dysenterie, amibes de dilVércntes grosseurs. — 2, Culture de ces amibes dans le bouillon gélatine. (D'après Kartulis.)
nés hyalines, au nombre del ,2,ou3, qui sont les vacuoles.
Enfin l'intérieur du protoplasma peut contenir des particules de corps étrangers que le protozoaire a englobées.
Le centre de la cellule est occupé par un volumineux noyau, qui contient des granulations et des nucléoles en quantités variables.
APPAREIL DIGESTIF
D'après Celli , l'examen direct, avecousans coloration , donne des résultats très douteux. 11 conseille les cultures, en goutte suspendue, et dans des milieux très alcalins, qui gênent le développement des bactéries. On peut ainsi, d'après lui, obtenir des cultures presque pures d'amibes.
Koch, lUaya retrouvèrent les amibes de Loesch dans l'intestin d'individus morts de la dysenterie.
Kartulis d'Alexandrie les rencontra, dix-huit fois sur trente-cinq cas, chez les dysentériques, el les considère comme l'agent pathogène de la maladie. Dans un travail ultérieur, il est parvenu à cultiver les amibes en se servant, comme milieu de culture, d'une décoction de paille fraîche. Ce liquide, ensemencé avec des parcelles de mucus dysentérique, mis àl'étuve à SS^-SS", se recouvre au bout d'un jour ou deux d'une mince pellicule semblable à une toiie d'araignée. Getle pellicule contient les amibes mélangés à des bactéries intestinales. Il est d'après Kartulis extrêmement difficile d'obtenir une culture pure d'amibes du côlon. Elles sont plus petites en culture que celles de l'intestin, très mobiles, sans expansions. Rovaes n'a pu réussir à obtenir des cultures.
Kartulis a reproduit une diarrhée sanguinolente chez le chat par injection rectale d'une culture d'amibes.
Kovaes a eu le même résultat chez le chat (I), en injectant les selles d'un malade.
(I) D'api-cs Casser, la dclerniinatioii expérimentale d'ulcères intesUnaux, chez le clial, par injection de selles dysentériques, ne constitue pas une preuve du rôle pathogène des amibes, car l'injection rectale de substances stérilisées produit chez cet animal des ulcérations analogues. De plus, le chat parait être assez souvent atteint d'une colite ulcéreuse dyscntérifonne.
DYSENTERIE. 2^1
11 a retrouvé ce parasite dans le pus d'abcès dysentériques du foie. Osier, Dock, Ilarold ont fait. la même constatation.
Nasse a trouvé, dans le pus d'abcès multiples du foie, probablement consécutifs à la dysenterie, des amibes semblables à ceux décrits par Karlulis. 11 y étaient moins nombreux que dans l'intestin.
Councilman et Lafleur considèrent également la dysenterie comme causée par les amibes de Kartulis.
Par contre, Quincke et Roos (1) ont publié récemment deux cas d'entérite chronique à amibes. Ils en ont isolé deux espèces différentes ; dans un des cas, celle deLoesch (Amœba coli sive felis, Loesch), pathogène pour le chat; dans le second, l'Amœba coli mitis.
De plus, neuf fois sur vingt-quatre, chez l'homme sain, ils isolèrent, après action d'un purgatif salin, l'Amœba vulgaris intestini, qui n'est pas pathogène pour le chat.
Massiutin a trouvé également l'amibe du côlon dans d'autres affections que la dysenterie.
Zancarol a reproduit expérimentalement la dysenterie chez les chats, en leur injectant dans le rectum des selles de dysentériques avec amibes, ou du pus d'abcès du foie, ainsi que des cultures de streptocoques. Il arrive à cette conclusion que les amibes ne jouent qu'un rôle secondaire dans la pathogénie de la dysenterie. Dans le sang de trois individus atteints d'abcès du foie il a isolé le streptocoque. Ce microbe existait dans le pus de neuf abcès. Ce serait le strepto-
(I) Quincke cl Roos, Centralblatt f. Bakt., 18!)i, l. XV, p. 405.
APPAREIL DIGESTIF
coque qui serait, d'après Zanoarol, l'agenl patiiogène de la dysenterie.
D'autre part, Laveran (I) n'a trouvé qu'une fois sur dix cas de dysenterie, et en petit nombre, des organismes répondant à la description de l'amœha coli. Les bacilles isolés en même temps correspondaient à la description du bacterium coli.
Laveran pense qu'il existe une dysenterie amibienne mais qu'elle est spécialeaux pays chauds. Quant au microbe pathogène de la dysenterie d'Europe, il est, d'après lui, actuellement inconnu.
Kruse et Pasquale, dans une étude très complète, n'ont trouvé, en Égypte et en Italie, que deux fois, sur trente-huit affections de l'intestin autres que la dysenterie, les amibes de Kartulis. Sur cinquante cas de dysenterie, ils les ont trouvé dix fois, et les considèrent cependant comme spécifiques; les micro-organismes isolés étaient différentes espèces de streptocoques, des bacilles pseudo-typhiques, fréquemment le bacillus clavalus, six fois le bacille pyocyanique et unstreptothrix.
Celli a isolé, dans trente-quatre cas de dysenterie, douze fois des amibes, de cinq variétés différentes.
Tout récemment, à Oran, Casser a trouvé, quarantecinq fois sur cent cinq cas de dysenterie aiguë, et treize fois sur trente-quatre cas de dysenterie chronique, des amibes.
Chez des individus parfaitement sains, il a isolé les mêmes parasites une fois sur cinq.
La remarquable étude de Schuberg permet de croire que la présence d'amibes, dans l'intestin des dysenté-
(1) Laveran, Soc. de biot., A novembre 1893.
DYSENTERIE
riques, île peut entraîner aucune conclusion au point de vue de la pathogénie de cette maladie.
C. Microbes. — Chantemesse et Widal ont isolé dans cinq cas de dysenterie, contractée dans les pays chauds, un hacille, très voisin du bacterium coli, mais ayant des caractères de culture sur gélatine un peu difl'érents.
Grigoriew, dans dix cas de dysenterie, a retrouvé le bacille de Chantemesse et Widal, qu'il considère comme non identique au bacterium coli.
C'est ce dernier organisme qu'un certain nombre d'auteurs considèrent comme l'agent spécifique de la dysenterie.
Marfan et Lion ont publié deux observations d'enlérite dysentériforme, caractérisées anatomiquement par des ulcérations du gros intestin et, cliniquement, par de la diarrhée, l'absence de fièvre, de tout symptôme typhique et par un collapsus algide terminal. Le bacterium coli se retrouva dansles ganglions méseniériques, dans le liquide péricardique, et, une fois sur deux, dans le sang du cœur.
Maggiora a observé une épidémie de dysenterie, dont il étudia vingt cas au point de vue bactériologique; il rencontra le bacterium coli dans tous les cas, en grande quantité, parfois en culture pure ; d'autres microbes : le proteus vulgaris, le bacillus fluorescens liquefaciens, le bacille de Gessard, les staphylococcus aureus et albus lui étaient associés. Le bacterium coli se montra très virulent pour les cobayes. L'auteur attribue les cas de dysenterie qu'il a observés à l'aclion du bacterium coli. On peut faire cependant quelques réserves sur cette conclusion.
Péré, onze fois sur dix-huit observations, a pu isoler
APPAREIL DIGESTIF
le bacterium coli dans les urines de dysentériques du Tonkin, très sévèrement frappés. Il considère cette invasion desorganespar le bacterium coli, commeune infection secondaire.
Arnaud a étudié soixante cas de dysenterie aiguë des pays chauds. Il considère le bacterium coli, ou du moins un bacille très analogue, comme étant l'agent pathogène de cette entérite. Cet organisme posséderait, dans ces cas, une virulence extrême.
L'injection rectale, faite à des chiens, a reproduit les symptômes et les lésions de la dysenterie.
Chaltin n'a trouvé, dans les selles et sur la muqueuse intestinale de trois cent vingt-cinq dysentériques, que le bacterium coli et le Proteus vulgaris. Le bacillus fluorescens liquefaciens a été isolé par lui, quatre fois ; le staphylococcus aureus, une fois. 11 n'a jamais vu d'amibes.
On a enfin décrit, dans les selles de dysentériques, diverses espèces de micro-organismes, dont quelquesuns ne sont pas déterminés.
Ogata (i) a examiné les selles de treize malades atteints de dysenterie, au Japon. 11 a isolé un bacille particulier, fin et court, qui se trouve souvent dans le protoplasma des cellules, ou entre elles, et dans les coupes. Ce bacille était pathogène pour la souris et le lapin.
Massalongo a isolé le pneumocoque dans les selles et les fausses membranes d'un malade atteint de pneumonie, et chez qui on observa à la période de résolution une entérite dysentériforme. Marchiafava, Weichselbaum ont vu deux cas analogues.
(1) Ogala, Centralbtatt f. Bakt., 1893, t. XI, p. 361.