Ann. Inst. Past., juin
POUVOIR BACTÉRICIDE 279
du liquide péritonéal et du choléra-sérum. Puis il émet l'opinion, appuyée sur certains faits, que la substance bactéricide provient des leucocytes avariés. Enfin il prouve que la phagocytose intervient pour débarrasser le péritoine des vibrions injectés. En effet, si au bout de trente minutes après Tinjection de vibrions et de choléra-sérum, on trouve peu de leucocytes dans le liquide péritonéal, ceux-ci, au bout d'une heure, arrivent en foule (hyperleucocytose), et s'incorporent les granules et les vibrions non encore transformés. 11 prouve de plus que, quoique transformés en granules libres, les vibrions ne sont pas morts^ attendu que ces granules peuvent reprendre leur forme primitive; que la destruction ne se produit que dans l'intérieur des phagocytes. Au surplus la destruction extra-cellulaire des vibrions n'est pas indispensable à l'immunité. En effet si l'on injecte, vingt-quatre heures avant l'expérience, 3 ce. de bouillon stérile dans le péritoine du cobaye qui recevra le mélange de culture et de choléra-sérum, il ne se produit pas d'hypoleucocytose, les vibrions sont en cinq minutes captés par les leucocytes, la transformation en granules s'opère dans les phagocytes et non en dehors.
Il résulte de ces expériences que la transformation extra-cellulaire des vibrions en granules est parfaitement exacte ; mais que c'est encore à la phagocytose qu'est due la destruction des vibrions et l'immunité.
280 LES BACTÉRIES DANS l'ORGANISME
Salimbeni * a constaté du reste que chez les chevaux hypervaccinés contre la diphtérie, le streptocoque, le choléra, et injectés avec des cultures virulentes, le phénomène de Pfeilîer ne se produit pas dans l'exsudat sous-cutané. Il observe seulement la phagocytose. Le rat est fréquemment réfractaire au charbon, son sérum est très bactéricide, il transforme la bactéridie en granules in vitro et dans le péritoine. Or Sawtschenko ^ a reconnu que bon nombre de rats qui succombaient au charbon avaient ce môme pouvoir bactéricide. Sawtschenko a constaté également que chez le rat l'œdème sous-cutané n'est pas bactéricide.
Origine de la substance bactéricide. — Metchnikoff a émis dès 1887 l'hypothèse que la substance bactéricide provenait du corps des leucocytes altérés ou détruits.
Donys (de Louvain) ^ en a fourni la démonstration. Il injecte des cultures de staphylocoque, sous la peau de lapins, puis retire l'exsudat chargé de leucocytes. On centrifuge et, par décantation, on sépare le liquide du culot de globules. Le liquide est énergiquement bactéricide. Si on le chauffe à 60° la substance bactéricide est détruite, mais il suffît d'ajouter des globules blancs provenant du culot pour que le pouvoir bactéricide réapparaisse.