Zeitsch. f. hyg
POUVOIR ANTITOXIQUE. — SEROTHERAPIE 287
autrement. L'injection du sérum d'un vacciné à un animal réceptif procure à ce dernier une immunité dont nous allons préciser la valeur.
La vaccination en vue de la sérothérapie peut se faire soit par inoculation de cultures vivantes, soit par injection de toxines. Les propriétés du sérum diffèrent dans ces deux cas.
Le sérum d'un animal vacciné par cultures vivantes n'immunise un autre animal que contre l'injection de cultures vivantes et nullement contre les toxines (sérum antimicrobien). Nous savons du reste qu'un animal vacciné par cultures vivantes succombe quand on lui injecte les toxines du microbe vaccinant; le fait a été démontré pour le bacille typhique (Sanarelli), le bacille pyocyanique (Charrin, Gamaleia), le hog-choléra (Metchnikoff), le vibrion avicidc (Sanarelli), le pneumocoque (Issaef).
Puisque l'organisme des animaux ainsi vaccinés est impuissant à se défendre contre les toxines, il n'est pas étonnant que leur sérum soit également impuissant à immuniser contre les toxines.
Lorsqu'un animal a été vacciné par injection de toxines il résiste à l'infection et à l'intoxication d'épreuve et son sérum est capable d'immuniser un autre animal à la fois contre l'infection et contre l'intoxication (sérum antitoxique).
Ceci prouve qu'il y a dans le sérum deux propriétés, oli deux substances différentes. L'une existe seule dans le sérum antimicrobien. C'est une stimulinc qui a pour effet de stimuler la phagocytose et
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do la rendre si intense que l'agent pathogène est détruit en quelques heures. L'autre existe à côté de la stimuline dans le sérum antitoxique, c'est Vantitoxine, Vanticorps. Elle a pour effet de défendre l'organisme contre les poisons. Nous verrons comment.
La stimuline et l'antitoxine ne sont pas même chose que la substance bactéricide (alexine) car elles résistent à la température de GO*» qui détruit cette dernière.
L'existence et le rôle de la stimuline sont démontrées par tout ce que nous avons dit au sujet de la phagocytose (voir p. 263).
L'expérience fondamentale de Behring et Kitasato démontrant le pouvoir antitoxique est celle-ci.
On mélange le sérum à des doses plusieurs foiîi mortelles de toxine, on injecte ce mélange à un animal et celui-ci résiste.
Buchner pensait que l'innocuité du mélange était due à la neutralisation de la toxine par l'antitoxine au moyen d'une sorte de combinaison.
Plusieurs expériences prouvent qu'il n'en est rien. Tout d'abord, si l'on injecte le sérum vingt-quatre heures avant la toxine, l'animal n'en est pas moins préservé. Il est vrai qu'on peut objecter que la rencontre et la neutralisation se sont effectuées dans l'organisme.
Le mélange de sérum antivenimeux et de venin injecté aux animaux n'est pas mortel; si on le chauffe à 70° il devient mortel. Le chauffage a
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détruit l'antitoxine et non le venin (Calmette, Phizalix et Bertrand). Donc le venin n'était pas combiné. Mais, répond Buchner, le chauffage a pu démolir la combinaison. Cette objection n'est pas recevable dans l'expérience suivante. Soit un cobaye injecté de sérum antitétanique et de toxine tétanique, il survit. Si au bout de plusieurs jours, on lui injecte des toxines de coli-bacille, de bacille typhique, de bacille diphtérique, il succombe au tétanos (Roux et Vaillard).
Enfin le mélange de sérum et de toxine, inoffensif pour un animal sain, est mortel pour un animal ayant eu auparavant une maladie infectieuse (Roux) ; ce mélange sans action sur le cobaye fait périr la souris ; ce mélange, indifférent à la dose de 1 ce, sera mortel à 3 ce.
Erlich * admet que les toxines et les antitoxines se neutralisent suivant la loi des équivalents. Il admet aussi que dans la toxine il existe, à côté du poison spécifique, des poisons modifiés qui ne tuent pas les animaux, mais qui fixent néanmoins l'antitoxine, ce sont les toxoïdes. Il y en aurait plusieurs :
10 Les protoxoïdeSy qui ont une avidité pour l'antitoxine plus grande que la toxine spécifique ;
20 Les syntoxoîdeSy possédant pour l'antitoxine une avidité égale à celle de la toxine ;
3° Les épitoxoldes ou toxoneSy qui ont une avidité moindre que celle de la toxine.
1. Klinisch. Jahrbuch., 1897; Deutsch. med. Woch., 1898. Berlioz. — Bactériologie. v^
Les expériences délicates sur lesquelles est basée la théorie d'Erlich assimilent l'organisme animal à un vase à expérience. Nous savons qu'il n'en est rien, et qu'il faut compter avec la résistance variable de chaque individu, cet individu fût-il un cobaye.
L'antitoxine proviendrait-elle d'une transformation de la toxine? Les expériences suivantes montrent que non. Si l'on saigne à plusieurs reprises un lapin vacciné, de façon à renouveler la majeure partie de son sang, le sérum après la dernière saignée est aussi antitoxique qu'après la première (Roux). Salomonsen et Madsen * saignent des chèvres immunisées contre la diphtérie et leur enlèvent en plusieurs fois la presque totalité de leur sang, qu'on remplace par du sérum artificiel ou du sérum de chèvre non vaccinée, de telle sorte qu'il ne reste à la chèvre qu'un douzième de son sang primitif. L'antitoxine, qui avait baissé les premiers jours, remonte bientôt près de la normale.
Ce qui prouve encore que l'antitoxine ne provient pas de la toxine, c'est qu'elle n'est pas proportionnelle à la dose de toxine injectée. Deux lapins ont reçu 103 ce. de toxine tétanique, l'un par petites doses, l'autre par doses massives ; le sérum du premier est préventif à un cent-milliardième, celui du second à un cinq-cent-millième (Roux et Vaillard). Il résulte de ces faits que l'antitoxine est élaborée par l'organisme lui-môme.