Ann. Inst. Past
et aussi des venins, ainsi qu'en témoignent les analyses suivantes :
Carbone
Tub^rculine (Brieger).
Nuolcinc
du lait
(Lubavinc).
Trypsinc (Hûffncr).
Non dosé
Venin
de cobra
(H. Armstrong).
Cendres phospli.
Hydrogène..
Azote
Soufre
Phosphore...
. Environ i p. 100
Ces analyses sont intéressantes, mais n'ont qu'une valeur relative, attendu que, en chimie organique, ce qu'il importe de connaître ce n'est pas tant la composition centésimale que le groupement des molécules.
11 est certain que les toxines se rapprochent beaucoup des diastases par leur altérabilité à la chaleur, leur solubilité dans l'eau, leur précipitation par l'alcool, nitrate d'argent, le mercure, les substances colloïdes, leur adhérence aux filtres, leur dialyse difficile; elles s'en rapprochent encore bien plus par leurs propriétés biologiques.
Propriétés biologiques. — Nous avons dit que les phénomènes produits dans l'organisme par l'infection étaient l'effet des toxines. On réalise elîectivement les symptômes et les lésions de la maladie infectieuse en injectant aux animaux les toxines pyocyanique, cholérique, diphtérique, tétanique, typhique, staphylococcique, coli-bacillaire, pneumococcique, etc., au lieu des bacilles qui les ont fabriquées.
Par conséquent la fièvre, l'inflammation, la suppuration, les nécroses, les dégénérescences peuvent être mis à leur actif. Il y a des lésions qui n'appartiennent pas aux toxines; ainsi la toxine diphtérique ne produit pas les fausses membranes.
La tuberculine ne produit pas le tubercule et pourtant les injections de bacilles morts déterminent la formation de tubercules. Les cadavres des bacilles agissent à la façon de corps étrangers, poudre de carmin, de lycopode qui, elles aussi, sont des centres de formations tuberculeuses.
Deux faits importants dominent l'histoire des toxines : c'est d'abord la disproportion entre la cause et l'effet, ou la puissance d'action de doses infinitésimales, puis le temps nécessaire aux manifestations toxiques, qui est une sorte d'incubation.
Pour juger de l'extraordinaire puissance de certaines toxines il faut citer la toxine tétanique. Il suffit de O*^*',! pour tuer un cheval de 500 kg. Or ce O*^*',! de toxine ne saurait renfermer plus de 1 p. 100 de principe actif, 99 p. 100 étant représentés par l'eau, les sels, les substances organiques banales. Donc 1 mgr. de principe actif tue oOO 000 gr. de cheval, c'est dire que cette toxine tue 500 millions de fois son poids de matière vivante.
La même dose tuerait 80 hommes; 1 gramme tuerait 75 000 hommes.
La toxine diphtérique tue couramment les cobayes de 500 gr. à la dose de 0<^<=,01 — 0'='=,05, ce qui équivaut à une puissance de 1/50000 à 1/100000. Il suffit de
1 centième de centimètre cube de tuherculine pour provoquer une réaction fébrile chez un homme tuberculeux de 00 kg.; la puissance est donc de
I pour 6 millions.
La puissance des toxines est surpassée par celle des antitoxines des sérums immunisants. Un quintillionième de centimètre cube de sérum antitétanique (O'îCjOOOOOOOOOOOO 000 001) préserve 1 gr. de souris contre une dose de toxine sûrement mortelle.
Toutes les toxines n'ont pas assurément la môme activité ; il en est beaucoup qui ne sont nocives qu'à hautes doses. Par exemple les toxines staphylococcique, streptococcique, gonococcique ne tuent les animaux qu'à la dose de plusieurs centimètres cubes. Mais cela tient peut-être à ce que nous ne savons pas cultiver les bactéries dans des milieux très favorables à la fabrication de leui*s toxines.
Quand on injecte à un animal un poison inorganique, organique, alcaloïdique, les symptômes d'intoxication apparaissent et la mort survient d'autant plus rapidement que les doses sont plus fortes. En graduant les doses on peut avancer ou reculer à volonté le moment de la mort. Avec les toxines les choses ne se passent pas ainsi. Une toxine, quelque puissante qu'elle soit, ne tue pas extemporanément.
II lui faut un temps qui varie de quelques heures (six à douze) à quelques jours. Léo doses ne font rien à l'affaire. Soit une toxine diphtérique qui tue un cobaye en vingt-quatre heures à la dose de 1 centième de centimètre cube, on aura beau injector au
cobaye une dose 10 fois, 100 fois plus forte, le moment de la mort ne sera pas sensiblement avancé. Il faut à la toxine un certain temps d'incubation. Avec la toxine tétanique le délai entre le moment de l'injection et l'apparition des contractures est d'au moins vingt-quatre heures; quelques gouttes de toxine tétanique suffisent à tuer un cheval, ou on peut en injecter 200, 300 ce. sans produire d'accidents immédiats.
Ce délai nécessaire, ce temps d'incubation indiquent forcément une modalité spéciale dans l'action des toxines. Bien des hypothèses peuvent être faites. Courmont et Doyon soutiennent que la toxine tétanique ne tue pas par elle-même, mais en faisant fabriquer aux cellules de l'organisme la substance tétanisante.
Il se peut que l'adhésion facile des toxines sur les éléments cellulaires, que des réactions chimiques entre elles et les humeurs soient la cause qui retarde les effets des toxines.
Les toxines ne sont pas toutes nuisibles; nous avons signalé les toxines vaccinantes. Ces substances se trouvent mélangées dans le même liquide aux substances toxiques (Bouchard). Dans certains cas on a pu les isoler. C'est ainsi que Rodet et Courmont * ont montré que si l'on précipite par l'alcool une culture filtrée de staphylocoques, les substances vaccinantes sont entraînées dans le précipité, et que
les substances prédisposantes, favorisantes, restent en dissolution.
Les toxines, du reste, injectées à doses minimes et progressivement croissantes, amènent dans l'organisme un état d'immunité qui est la vaccination (voir p. 321).
Nous avons indiqué (p. 60) que les produits bactériens exerçaient souvent une influence nuisible sur d'autres bactéries. On constate cette influence de la manière suivante. Une culture en bouillon d'une bactérie déterminée, ûgée de deux à quatre semaines, est filtrée sur biscuit, et l'on ensemence dans ce bouillon, chargé de toxines, les bactéries que l'on veut étudier. Dans ce milieu, les bactéries ne poussent pas du tout, ou poussent mal, ou poussent très bien. C'est Vantagonisme in vitro. Cet antagonisme a un intérêt hygiénique, car il sert à expliquer, dans une certaine mesure, comment certains bacilles disparaissent assez rapidement des eaux. Mais au point de vue de la pathologie générale on ne saurait se fier à ses enseignements. En effet la bactéridie charbonneuse vit parfaitement dans les toxines du bacille pyocyanique, du bacille de Friedlander et du bacille cholérique. Cependant en injectant ces toxines à des animaux infectés du charbon, plusieurs auteurs ont réussi à enrayer la maladie charbonneuse (Bouchard, Pawlovski, de Freudenreich, Guignard et Charrin, Emmerich, Woodhead et Cartwright, Buchner, Zagari).
11 ne faut donc pas conclure de l'antagonisme in
vilro à l'antagonisme in vivo. S'il est vrai que des toxines peuvent arrêter une infection, ce n'est là qu'une exception, car dans l'immense majorité des cas, en médecine expérimentale connue en clinique, les associations de toxine et de bactéries infectantes ont des résultats désastreux.
Ces associations seront étudiées ultérieurement.
Par contre, les toxines peuvent exalter in vilro la virulence d'un autre microbe. C'est ainsi que Roger renforce la virulence du pneumocoque et du streptocoque en les cultivant dans les cultures stérilisées à 120« du bacille pyocyanique. La toxine du Stapliylococcus aureus exagère la virulence du pneumocoque (Mosny). L'antagonisme in vitro a été surtout étudié par Carré* et Frendeureich *.
Voici quelques exemples de cet antagonisme :
bacille typhiquo.
staphylococcus albus.
Bacil'.e typhique J bacille pyocyanique.
no pousse pas dans les toxines du j micrococcus prodigiosus.
bactcrium coli.
bacteriuni tcrmo.
/ staphylococcus aureus.
Bacille de la morve j bacille pyocyanique.
no pousse pas dans les toxines du J — cholérique.
l — anthracis.
I staphylococcus aureus.
Bacille du choléra des poules J , .„ albus.
< bacille pyocyanique.
ne pousse pas dans les toxines du 1 — de Friedlander
— choU^riquc.