Traité de microb., t. I, p
Le chauffage à 100° et au-dessus est nécessaire lorsqu'on veut être sûr de la stérilisation parfaite d'un liquide, d'un objet quelconque; mais ces températures élevées ont souvent l'inconvénient d'altérer les* liquides : lait, sérum, bière; on emploie dans ce cas la méthode du chauffage discontinu de Tyndall.
Elle consiste à chauffer trois ou quatre jours de suite les liquides à la température de 65° pendant une heure ou deux. On arrive ainsi à obtenir des liquides parfaitement stérilisés. Cette température relativement basse est capable, nous le savons, de détruire la plupart des bactéries. Mais les spores? Nous savons aussi qu'elles ne sont tuées qu'audessus de 100«. Comment donc le chauffage discontinu à 65^ stérilise- t-il? Tyndall admet que les spores ayant résisté au premier chauffage germent, deviennent bacilles jeunes et sont atteints en cet état par le second et le troisième chauffage. Cette explication n'est pas bonne, car si après chaque chauf fage on place les liquides dans la glace pour empêcher la germination des spores, la stérilisation n'en est pas moins faite. Pour Duclaux (/oc. ci7.), le chauffage a pour effet de faire pénétrer de l'eau dans la spore et de la rendre ainsi plus sensible à l'action de la chaleur.
La pasteurisation est un chauffage fait une seule fois à 50O-60O. Elle suspend un certain temps les fermentations, mais ne les supprime pas. La pasteurisation est employée pour la conservation momentanée des bières, vins, lait, etc.
Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent s'applique à la chaleur humide.
Pour la chaleur sèchCy il en va tout autrement. Dans l'air sec les bactéries ne sont tuées que par un chauffage à 100" pendant une heure ou deux; quant aux spores, il leur faut des températures de 120^ à 145° appliquées pendant deux heures. Pour être sûr d'une destruction complète des bactéries sporulées, il faut pousser à 150<».
Cette différence remarquable dans l'action des températures sèche ou humide trouve son explication dans le fait que nous avons mentionné, savoir que la coagulation du protoplasma est d'autant plus difficile qu'il renferme moins d'eau. Dans Tair sec, le premier effet de la chaleur est de faire exsuder l'eau du protoplasma et partant de reculer le moment de la coagulation.
Applications hygiéniques. — Le froid et la chaleur sont susceptibles de multiples applications hygiéniques, que nous ne pouvons que résumer brièvement. En ce qui concerne le froid, sous forme de glace, il ne peut servir qu'à conserver les denrées alimentaires.
Grâce à lui, les viandes d'Amérique nous arrivent en bon état dans les navires frigorifiques. Mais il est entendu qu'aucun microbe pathogène, s'il y en a dans les denrées alimentaires, n'a été détruit.
La chaleur a pour objet et pour effet de détruire les bactéries.
Pour les aliments liquides qui s'altèrent aux hautes températures, la méthode de Tyndall peut être avantageusement employée.
Pour les viandes d'animaux tuberculeux ou atteints d'autres maladies microbiennes, on ne doit pas les manger saignantes, car l'écoulement du suc musculaire prouve que la température de 70° n'a pas été atteinte, et nous avons vu que cette température était nécessaire pour tuer le bacille après dix minutes de contact. Il est vrai que la chair musculaire renferme très rarement des bacilles tuberculeux.
Tout ce qui peut être plongé dans l'eau est suffisamment désinfecté par l'ébuUition pendant une ou deux heures. Si l'on a ajouté à l'eau des sels de lessive, du savon, la désinfection est encore plus rapide.
Pour les objets qu'on ne peut faire bouillir : matelas, oreillers, couvertures, tapis, tentures, l'intervention de la vapeur est nécessaire. On se sert alors des étuves à vapeur. Sans vouloir entrer dans le détail du mécanisme de fonction de ces étuves, nous ferons ressortir les quelques points suivants. Il est nécessaire que la vapeur d'eau pénètre dans la profondeur de tous les objets. Pour cela l'air de l'étuve doit pouvoir être facilement chassé, car les bulles d'air qui restent adhérentes aux objets empêchent l'imbibition par la vapeur. D'autre part, la vapeur ne doit pas être surchauffée, car elle se comporte alors comme un gaz sec. Enfin elle doit autant que
possible être saturée, caries recherches de Froschet Clarenbach ont montré que la durée de la pénétration était en raison inverse de la quantité de vapeur.
Les étuves à désinfection sont en général disposées pour monter à une température de 110o-li5°. Suivant leur nature ou leur volume, les objets doivent y rester une demi-heure à une heure.
La chaleur sèche (four du boulanger) ne doit être employée qu'exceptionnellement. En tout cas, les objets à désinfecter doivent y rester deux ou trois heures.
La lumière exerce sur les bactéries une action manifestement nuisible, et c'est fort heureux pour nous. Étant donnée la rapidité de leur multiplication, les bactéries arriveraient à envahir le monde si elles ne rencontraient des causes destructrices. Parmi ces causes, la lumière et surtout le soleil sont au premier rang.
Citons de suite, à l'appui de cette affirmation l'expérience suivante. Procaccini expose au soleil deux vases remplis d'eau d'égout; l'un de ces vases est recouvert de papier noir pour le préserver de la lumière et sçrvir de témoin. Toutes les heures on pratique la numération des colonies. Voici les résultats :
Nombre do colonies par centim. cube.
Vase <^dair<^. Vase obseur.
Avant l'exposition 5 401 5 493
1 heure après 4 033 5 492
6 — 4 iiiuonibrablcs.
Les travaux concernant l'influence de la lumière sur les bactéries sont très nombreux, mais ils ne sont pas comparables. En efl*et il faut tenir compte de circonstances variées qui modifient les résultats expérimentaux : état de la bactérie (sporulée ou non), état sec ou humide, nature du liquide insolé, lumière difl*use ou solaire, intensité de la lumière, influence de Tair, action concomitante de la chaleur. Relativement à cette dernière circonstance elle n'a pas une grande importance, car la température même au soleil de juillet ou d'août n'est pas suffisante pour tuer les bactéries. Du reste on peut éliminer la part de la chaleur en absorbant les rayons calorifiques par un écran d'eau, ou bien en faisant une expérience témoin à l'obscurité dans une étuve à la même température que celle du soleil.
Une autre cause d'erreur est à éviter. On ne doit pas exposer au soleil le milieu de culture qui doit servir ultérieurement à l'épreuve de la vie ou de la mort des bactéries. Aussi toutes les expériences consistant à exposer au soleil du bouillon récem-
ment ensemencé, puis à le transporter à Tétuve pour voir si les bactéries s'y développeront, sont frappées de nullité. On sait en effet par les expériences de Roux * que les spores charbonneuses ne germent pas dans du bouillon exposé trois ou quatre heures à la lumière sokiire.
Il se produit dans le bouillon, sous l'influence solaire, des modifications chimiques qui le rendent impropre à la multiplication des bactéries. Le milieu est rendu infertile. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.
État humide. — Les résultats sont différents suivant que Tair a un accès facile ou difficile vers les bactéries exposées au soleil.
Roux (loc. cit.) opère avec la spore charbonneuse. Il introduit du liquide sporifère dans des tubes, les uns sont complètement remplis, les autres ne renferment que quelques gouttes. On les ferme à la lampe, et on les expose à la lumière solaire de juillet. A des intervalles variables on retire un tube de chaque catégorie et on l'ensemence dans du bouillon qu'on porte à l'étuve. On constate alors que dans les tubes ne renfermant que quelques gouttes, et par conséquent en libre contact avec l'air, les spores sont tuées après vingt-neuf à cinquante-quatre heures d'insolation, tandis que dans les tubes remplis elles ne sont pas tuées après quatre-vingt-trois heures.