XII PRÉFACE
senlanl, à un de mes collègues chirurgien et à moi, un adulte porteur, encastrée dans la langue, d'une tumeur du volume d'un gros pois, tumeur ayant si bien les caractères d'une gomme, qu'après examen minutieux et discussion contradictoire, nous concluions à de la syphilis tertiaire, et prescrivions l'iodure de potassium.
L'amélioration survenue, tant dans les phénomènes subjectifs que dans les phénomènes objectifs, semblait donner raison au diagnostic rationnellement porté, quand, un matin, quasi guéri, le malade représentant sa langue à l'examen démon jeune confrère, celui-ci aperçut au niveau de l'ancien nodule, sur la muqueuse linguale, une fîssurette, d'où, par expression, coula une gouttelette jaunâtre : examinée, séance tenante, cette gouttelette montra que nous avions passé à côté d'un cas d'actinomycose, la syphilis n'ayant rien à voir dans l'affaire I
Dans ce cas, est-ce que l'examen bactérioscopique, au demeurant si facile, ne rendait pas indiscutable un diagnostic sur lequel il était, à l'expérience clinique la plus experte, loisible, non seulement d'errer, mais encore d'errer avec toutes les apparences de démonstration afGrmative, tirée, dans l'espèce, de l'aphorisme « naturam morborum curationes ostendunt », l'action spéci-
PRÉFACE XllI
iîque de l'iodure de potassium sur les lésions syphilitiques étant aussi connue des médecins que Test insuffisamment encore son action sur l'actinomycose des muqueuses?
Cet exemple choisi entre vingt, cet exemple ajouté à celui, que, dans son avant-propos, cite le D"^ Berlioz quand il évoque les angines dans lesquelles les éléments pathogènes s'associent pour vicier l'évolution clinique des maladies, cet exemple semblerait devoir faire penser, qu'aujourd'hui la bactérioscopie clinique ne compte que des pratiquants, et que nul praticien ne se résout plus à juger, à interpréter, à conclure, à diagnostiquer, à pronostiquer ou à thérapeutiquer qu'avec le concours des examens immédiats ou médiats (culture sur milieux solides, liquides ou animaux) que nous procure la Bactériologie.
S'il n'en va pas ainsi, si les médecins se privent de gaieté de cœur d'un des meilleurs parmi les moyens simples de mettre lumière et certitude dans leurs diagnostics, c'est qu'ils ne savent pas être ces bactériologistes d'occasion dont parle avec tant de raison le D' Berlioz.
Bactérioscopistes , c'est-à-dire praticiens de Bactériologie appliquée, les médecins le deviendront le jour où ils auront fait leur livre de chevet du Précis de Bactériologie y à qui son auteur tient