CHAPITRE XII
PRODUITS SOLUBLES MICROBIENS
L'étude des produits solubles microbiens est une des parties les plus importantes et les plus difficiles de la bactériologie,
$ 1. — Norions GÉNÉRALES
Pour apprendre à isoler les produits solubles, il faut d'abord posséder quelques notions sur leurs propriétés, leur nature, leur origine.
4° Existence des produits solubles, Histoire de leur découverte. Leur importance. — Le microbe est un être vivant; il a besoin, pour pousser, pour se reproduire, d'empruuter aux milieux dans lesquels il végète les substances nécessaires à la fabrication de son protoplasma. Nous avons déjà rapidement énuméré, au chapitre mn, quels sont les aliments indispensables à la vie des microbes. Tantôt les substances nutritives sont directement utilisées, tantôt elles sont nu préalable transformées par des ferments solubles, sécrétés par “le microbe lui-même. C'est ainsi, par exemple, qu'un microbé ait, le Tyrothrir tenuis, décrit par Ducraux, sécrète une : la caséase, qui rend la caséine soluble dans l'eau et ent absorbable. C'est ainsi que le Bacillus amylo- » produit une diatase qui attaque l'enveloppe cellulosique végétales et rend l'utricule azotée abordable aux s qui doivent s'en nourrir. La liquéfaction de la gélasérum solidifé, la redissolution du caillot du lait par
DÉCOUVERTE DES PRODUITS SOLUBLES al
certains microbes sont dues à des diastases sécrétées par ceux-ci. Les microbes se nourrissent donc en absorbant les substances nutritives ambiantes, telles qu'elles se présentent, où préalablement modifiées par des produits solubles sécrétés par les microbes eux-mêmes.
I en résulle naturellement de profondes transformations dans la composition du milieu nutritif où à végété le microbe; certaines substances n'existent plus, d'autres ont fait leur apparition. Ces dernières ont été directement élaborées par le microbe (sécrétions) ou proviennent des modifications chimiques survenues dans le milieu sous l'influence des sécrétions; on les appelle les produits solubles microbiens.
Nous ne pouvons, dans un ouvrage élémentaire, nous appesantir surtoutes lestransformations chimiques, d'ailleursencore mal connues, des matériaux alimentaires des cultures microbiennes. Établissons simplement, au début de ce chapitre, que, par le fait même qu'ils sont des êtres vivants les microbes émettent des produits solubles, qu'ils retiennent dans leur protoplasma ou qu'ils laissent diffuser dans un milieu ambiant, Nul ne leur a jamais contesté cette propriété vitale : la sécrétion de diastases digestives, de matières colorantes (retenues dans le protoplasma du M. prodigiosus, diffusant de celui du B: pyocyaneus), etc, n'a jamais soulevé de polémiques! ; il n'en a plus été de mème lorsqu'on a voulu faire jouer un rôle aux produits solubles microbiens dans l'explication de l'action pathogène des microbes virulents. C'est précisément des substances solubles microbiennes ayant un rôle en pathologie que nous allons uniquement nous occuper.
La découverte du rôle des produits solubles microbiens en pathologie est entièrement lyonnaise. Elle appartient à Toussant el à Cnauveau (4878-1886). CHauvEAU montra qu'on pouvait produire, très rapidement, chez des moutons, lous les symptômes du charbon, en leur transfusant du sang frais provenant
# La sécrétion de diastases par les champignons, connue antérieurement, plaidait, par analogie, en faveur des produits solubles mmicrobiens.
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d'un animal charbonneux ; la soudaineté de l'évolution de la maladie ainsi provoquée indiquait qu'elle était due, non à l'introduction etau développement ultérieur des microbes, mais bien à une intoxication par injection des poisons solubles sécrétés dans le sang charbonneux du premier animal; les toxines étaient découvertes. Le mierobe pathogène créait l'infection en inondant l'organisme de produits solubles toxiques. Mais c'est surtout à propos dé la vaccination que Toussainr et Cuauveau développèrent leurs idées sur le rôle des produits solubles microbiens. Toussar, donnant J'immunité avec du sang charbonneux chaulTé, et qu'il croyait sûrement privé de bacilles ; Cnauveav, montrant que les agneaux issus d'une brebis, inoculée avec du B. anthracis, sont doués d'immunité, montrant que les moutons algériens résistent à une faible dose de virus charbonneux mais succombent à une dose plus forte, avaient condensé un faisceau d'expériences tendant à faire admettre que l'immunité acquise était due à l'addition de substances nouvelles sécrétées par les microbes.
Malheureusement, les expériences des savants lyonnais ne parurent pas inattaquables ; le chauffage de Toussanr (+ 58°) pouvait ne pas avoir détruit tous les microbes du sang charbonneux; le placenta des brebis de Caatveau pouvait, à la rigueur, avoir laissé passer quelques bucilles, Aussi, Pasreun et son école combattirent-ils très vivement la théorie des produits solubles, Pour Pasteur, le microbe agissait directement par lui-même; il causait les symptômes du charbon en absorbant l'oxygène des hématies!, il vaccinail par soustraction, en enlevant à l'organisme une subslance nutritive indispensable à lu vie du microbe; toute nouvelle inoculation restait sans éllets, les nouveaux arrivants trouvant un terrain épuisé.
La lutte entre la théorie lyonnaise de l'addition et la théorie
1 La résistnnce fut moins marquée vis-à-vis des produits solubles loxiques que vis-ä-vis des produits solubles vaccinants. Dés 1880, Pasreun avait produit des symptômes, chez lu poule, en lui injectant
“un extrait de bouillon du choléra des poules. En 1877, il avait même “supposé que le #. anthracis dissolvait les globules rouges à l’aide d'une diastase