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CHAPITRE V

Le Bacille du charbon, ou Bactéridie charbonneuse, où Bacillu anthracis a élé découvert par Davaine et Raven (1850; 4863); mais, c'est Pasteur, (1877), Kocu (1876), Toussaint, Chauvean | (1880), qui en ont fait üne étude systématique. Eu raison de sa découverte à l'aurore de lx Bactériologie, en raison de la Facilité avec laquelle il se prête à l'expérimentation, en raison aussi du grand intérêt économique qui s'attachait à la connaissance du charbon, lé Z, anthracis a été, pendant longtemps, le microbe d'étude favori dans les laboratoires, avant que les B. diphérique et tétanique l'aient supplanté, lorsque les efforts des expérimentateurs se sont tournés du côté des loxines,

A) fsocemenr, Currunes

4° Isolement, — A) On peut ensemencer directement en bouillon le sang ou les parties non ulcérées des lésions; il es préférable d'inoeuler un cobaye sous la peau de la euisse, et de cultiver le sang du cœur. — B) Pasreur a isolé lé D. anthracis du sol des champs maudits en inoculant au cobaye la terre broyée, diluée, décantée et chauflée, quinze à vingt minules, à + 830. Le chauffage détruisait les microbes pyogènes et respectait les spores charbonneuses. On peut éliminer les anaérobies, tels que le V. septique et le B. tétanique en faisant des cultures 4 aérobies d'isolement sur gélatine avec Ja terre; on inocule au cobaye les colonies qui ressemblent au B, anthracis.

He BACILLE DU CHARUON

2v Caractères généraux des cultures, — Très aérobie, Végèle entre +14 et + 439, Dérms 2 pér. oplima = 45°, Les milieux de culture neutres ou légèrement alcalins sont plus favo= rables, La végétation est Lrès rapide sur tous les

milieux.

3° Cultures sur milieux solides. — A. S#é- 5 mom. Colonies blanc mat, tournant au gris, &t A liquéfiant légèrement le sérum.

B. Gèvose., — Culture blanchâtre, à bords Fig. 975. dentelés.

D, anthracis. €. Gécanxe. — Liquéfiée lentement,

Culture sur a. Piqûre. — Trait blanchätre avec nombreux gélatine au jilaments très délicats, plantés à angle droit ÉoNanre (sapin renversé) (fig. 150,4). Ces arborisations peuvent manquer. Au bout de cinq ou six jours, la gélatine se

Fig. 216.

Fais. Colonie sur gélatine. Préparaliôn par impression.

À lu partie supérieure (lg. 27%); vers le dourième ow

quinzième jour lu liquéfaction est totale, De gros flocons blanes finissent par tomber au fond de la gélatine liquide,

b. Plaques. — Petites colonies blanches, qui deviennent ensuite brunâtres, sinueuses. Au microscope, elles ressemblent à des cheveux enchevètrés, les filaments élant groupés en torsades élégantes (fig. 276). Cette disposition est caractéristique. H| suflit de faire une préparation par ümpression, en laissant tomber sur lu colonie une lamelle légèrement chauffée; on l'enlève, on fixe et on colore.

La gélatine se liquéfie à partir du cinquième ou du sixième jour.

D. GÉLATINE LAGTOSÉE ET TOURKESOLÉE. — Rougit faiblement.

E. Poue pe renue.—Coloniesblanchâtres, brunissant ensuite.

EE. unthracis. Culture en humeur aqueuse datant de 4$ heures.

4 Cultures en milieux liquides. — A. ButiLLox, — Cul= k ture en flocons, le bouillon restant à peu près clair. Parfois le

maËGis DE DACTÉMOLOGIE, 2e dit. EU

CARAGTÈRES MIGROSCOPIQUES 547

par une gaine hyaline, contenant les articles homogènes, placés bout à bout, dont chacun est un bacille. Ce sont des streptobacilles enfermés dans une gaine,

Fig. 270.

B. anthracis.

Coupe du foie d'un cobaye charbonneux.

Les filaments sont très longs, avec spores, dans l'humeur aqueuse (fig. 277).

Dans les cultures solides : beaucoup de bacilles courts (fig. 280).

4 Spores. — Découvertes par Kocn, en 1876. N'exislenb jamais dans le corps vivant de l'animal charbonneux. Elles sont au contraire très rapidement abondantes dans les cultures: Chaque arlicle des filaments donnera naissance à une (rare= ment à plusieurs) spore (fig. 281).

Kocx a éludié la formation et l'évolution des spores char bonneuses dans une goutie suspendue (voy. p. 157) d'humeur

aqueuse, ensemencée avec du sang, et mainlènue à + 35°, Au bout de quelques heures, apparaît dans le protoplasme microbien un point réfringent qui grossit rapidement : c'est la spore. Bientôt le protoplasma se désagrège, lu spore est mise en liberté, Celle-ci grossit, perd sa réfringence, son enveloppe

Fig 280 D. anthracis.

Culture sur gélose, âgée de 24 heures (d'aprés Tuorxor ot Masse).

se résorbe, son protoplasma bourgeonune et forme un nouveau bucille, Pour la formation des spores, l'oxygène et une tempéralure de + 480 à + 41 5 sont indispensables. Pour Wei, les spores pourraient se former à l'abri de l'air, Chaque article ne produit en général qu'une spore; quelques-uns restent stériles.

On oblient, en vingt-quatre heures, des spores en cullivant. Suragnr pauvre (sans peplone).

Waridiés asporogenes, — Nous venons de voir que lescultures

si

GARACTÈRES MIGROSCGOPIQUES 549

en bouillon ne contiennent pas de spores, si elles ont végété audessus de + 419,5; mais, ces cultures, réensemencées à +359, donnent des bacilles sporogènes. On’pent arriver à fixer une race de B, définitivement asporagènes (Lenmaxx (1887), Bemuse

Fig. 281, B, anthracis Dréparation d'une vieille culture en bouillon, avec spores. Ge. = 1000 1».

(1889), lasreur, CuamuenLaxn, Roux, Cnavveat, Paisazix). On a employé pour cela divers artifices : la culture en bouils lon additionnée de bichromate de potasse à 1/2000 (Cuawäne Lan et toux}, d'acide phénique à 1/10000 environ (Roux), d'acide chlorhydrique (Beumixe), les cultures successives à 420,5: (PHisaux), ele. Tous ces procédés sont bons mais inconstants; on ne peut prédire les résultats; il arrive souvent que la faculté sporogène reparail; cerlains échantillons deviennent plus fati= lement asporogènes que d'autres, etc. En tous cas, la possibilité

lie

F) Canacrènes moLoGiques

AGTION PATHOUGÈNE 554

Chez l'homme, il revêt le plus souvent Ja forme de pustule maligne à la suite d'une inoculation cutanée (bouchers, mégissiers, bergers, elc.); la forme pulmonaire s'observe aussi (trieurs de laine); la forme intestinale (ingestion de viandes

* charbonneuses) est plus rare. L'homme n'est pas très sensible au charbon. Les cas de guérison de la pustule maligne sont fréquents. L'apparition du B. dans le saig est d'un pronostic à peu près fatal.

Les animaux s'infectent presque toujours par la voie digestive, les spores pénétrant facilement la. muqueuse intestinale à la faveur des érosions produites par les corps durs mélés au fourrage. Ces spores ont élé ramenées des cadavres charbonneux à la surface du sol et sur les herbes par les vers de terre (Pasreur), Les champs où ont été enfouis les cadavres charbonneux sont, pour cette raison, les champs maudits, Le charbon du mouton a été longtemps appelé « sang de rate »; celui du cheval ; «fièvre charbonneuse »; celui de la vache : « maladie du sang »En raison de la voie d'introduction, l'accident local (pustule maligne} n'existe presque jamais; l'infecuon est d'emblée générale ; la mort est la règle, Le sang est noir et poisseux; la raté est grosse. Le sang et la pulpe des organes fourmillent de bacilles. Il peut cependant arriver que le sang de lu vache ne contienne pas de bacilles au moment dé la mort.

Les ravages du charbon sur les troupeaux de eertaines régions étaient considérables, avant les découvertes pastoriennes (mortalité de 40 p. 100 et plus),

2° Action expérimentale. — À. Mourox. — Le mouton françaisestultrasensible à l'inoculation sous-culanéeel à l'ingestion. La marche est foudroyante. Les lésions sont identiques à celles du charbon spontané, L'hématurie est fréquente. Le mouton algérien est beaucoup plus résistänt (CHarveav). Pour réussir l'inoculation par ingestion, il faut arroser, avec une culture sporulée, du fourrage mêlé d'épines (Pasreur et CHAMBERLAND). Lés cultures sont surtout virulentes à l'âge de deux on trois jours.

B. Bovinés — Très sensibles à l'ingestion, moins à l'inoeus 35,

552 BACILLE DU CHARMON

lation sous-eutanée. Diarrhée sanguinolente, coliques Mort subite où dans des convulsions. Mort très rapide, quelques heures après le début des symptômes.

inés. — Plus résistants à l'ingestion, plus sensibles & l'inoculation sous-cutanée,

D, Conaye. — Réaetif au charbon dans les laboratoires, Très sensible à l'inoculation sous-cutante; lrès peu sensible à lin-

gestion.

Fig. 282, Bacillus anthraci Coupe du foie d'an cobay

harbonneux

Au bout de douze à quinze heures : gonfloment œdémateux local; tuméfaction des ganglions voisins, flèvre. L'œdème augmenterapidement, Vers la vingt-quatrième ou trentitme heure, Métal général s'aggrave : dyspnée, hypothermie (34°, 32, 286),

“coma, mort.

ACTION PATHOGÈNE 553 Autopsie : ddème gélatineux local, légèrement rosé, s'étendant parfois jusqu'au milieu du ventre et fourmillant de bacilles; ganglions voisins tuméllés, ecchymotiques, fourmillant de bacilles, entourés d'œdème; sang asphyxique, noir, poisseux (sang dissous), avec globules rouges déformés et

Fig. 293.

Bücillus anthracis.

Froltis de rate coloré à l'hématoxyline, au Gram et à l’éosine.

agglulinés, avec hyperleucocytose, contenant un nombre inoui

de bacilles (fig. 278); rate turgescente, molle, friable; conges-

lion de tous les organes; vessie pleine d'une urine mare de café.

Lesbacilles apparaissent dans le sang vers la quinzième heures

ils ne sortent pas des vaisseaux dans les parenchymes, mais

| pullulent surtout dans les capillaires, aussi les viscères sonts | ils gorgés de bacilles (fig. 282).

Les préparations d'épiploon sont très instructives à ce su

car elles montrent les bacilles en place dans les vaisseaux,

TOXINES Li

K. Oiseaux, — Le pigeon est réceplif quand il est jeune; le pigeon adulte ne succombe qu'à l'inoculation dans la chambre antérieure. Les bacilles, ayant passé par le pigeon ou le chien, sont exaltés et tuent alors facilement le pigeon par inoculation sous-cutanée. L'immunité du pigeon serait due à une phagocylose aclive (MercaniKorr, THiLrGrs).

La poule est encore plus réfractaire, à moins d'être refroïdie, par immersion des pattes dans l'eau froide (Pasteur), ou par injections répétées d'antipyrine (Wacxen)}. Cette immunité lient aux propriélés bactéricides de son sérum, d'après TuHiLTGEs.

L. Venténnés À saxG rroyn, — Les Batraciens sont réfractaires. L'hippocampe est réceptif (Sannazës et CoLomnor).

E) Toxixes

Les cultures ordinaires en bouillon, fillrées ou luées par la chaleur, sont peu ou pas toxiques. Normalement, le microbe sécrèle peu de toxines extraprotoplasmiques.

Toussarst (1838) avait signalé une substance phlogogène dans les cultures du B. anthracis.

Bricen et FræÆxkez (1890) ont isolé des cadavres charbonneux une toxalbumine ussez active. Hankix (1889) aurait éxtrail des cultures une albumose qui serait très loxique pour les réfractaires et très peu pour les sensibles ; elle conférerail une certaine immunilé à la souris.

Manmien (1892) a serré le problème de plus près. Il purifie avec soin la peplone du commerce et fait le liquide suivant :

PAU T en © . 4000 centimètres cubes Peptonme ns . nn, 40 grammes . Cblorure de sodium , . - 15 — Phosphate de soude Ô gr. 50 de potasse . . 0 gr:

Glycérine pure. . - . 50 grammes

On filtre. On stérilise à + 115°. On ensemence avec uné culture virulenté, et on met deux jours à + 37°. On retire des

l'étuve, et on luisse à la température du laboratoire, On On sature de sulfate d'ammoniaque pendant quinze | filtre sur papier, et on lave le filtre avec une solution de sulfate d'ammoniaque. On recueille le précipité sur le. filtre, et on le traite par une très petite quantité deglycérine, On décante au bout de deux jours, on remplace la glycérines on décante de nouveau. On réunit les liqueurs glycérinées ; on les précipité par quatre fois leur poids d'alcool fort, Le préci= pité est lavé à l'alcool absolu, à l'éther et desséché dans le vide. On obtient une substance amorphe, brune, soluble dans l'eau distillée, qui n'est pas albuminoïde.

Cette subtance est toxique. Le lapin succombe à des doses variant de 25 à 200 milligrammes, La mort survient en hypothermie, avec de la diarrhée, de Ja paraplégie, du deuxième au vingtième jour, Les cobayes, les souris sont sensibles, Les animaux réfractaires où immunisés ne sont pas sensibles,

La Loxine n'est qu'atténuée par un chauffage à + 410,

Manien à extrait Ja même toxine active des cultures jeunes sur gélose.

Gette substance est intraprotoplasmique.

F) IMMUNISATION, CULTURES ATTÉNUÉES

de la vaccination anticharbonneuse s'est posé la bactériologie. Il avait à la fois un intérêt écono-

lés troupeaux) et un intérêt scientifique de N DUR NiRes quo MS

| Fr) ne récidive pas chez l'hommes

ui ayant re eo étaient également réfracla vaccination s'imposail.

AMMUNISATION, CULTURES ATTÉNUÉES 537

Que les microbes aient été ou non détruits par ces opérations, que la vaccination ait élé le fait de mierobes atténués on de produits solubles, peu importe au point de vue spécial de l'histoire de la vaccination charbonneuse. La même année, Cuauveau montrait qu'on pouvait obtenir la vaccinalion par inoculation d'un petit nombre de bacilles, et que les agneaux, nés de mères charbonneuses, étaient réfractaires au &. anthracis. En 1881, Pasrevn, CHamsEeRLAxD et Roux (28 février et 21 mars) publiaient la découverte d'un vaccin charbonneux constitué par des cultures ayant une atténuation permanente, transmissible, qu'on pouvait donc manier comme des vaccins. En 1882 el 1883, Cuauveac faisait connaître ses vaccins obtenus soil par le chauffage, soit par l'emploi de l'oxygène comprimé, La valeur de la vaccination par cultures atténuées a été consacrée par la fameuse expérience de Pouilly-le-Fort, où 25 moutons vaccinés résistèrent à l'inoculation qui tua les 35 témoins.

Ajoutons que Wosowpce aurait vacciné avec des cultures fllrées obtenues en bouillon de thymus et de testicule de veau. Rappelons que l'albumose de Manen peut imimuniser. HANKIX disait aussi avoir immunisé avec sa Loxine. Ce sont là les seuls exemples (après l'expérience de Toussaixr) de vaccinations . chimiques,

1° Vaccins obtenus par cultures à des températures dysgénésiques. — Ce sont les vaccins Pasreur. (Voy. p. 304.) Le principe est d'avoir des cultures sans spores. Nous avons vu (p. 548) que lesspores ne se formaient pas au-dessus de 416,5. 11 suftit donc de cultiver à + 42°,5. Celle culture atténuée, ino= eulée au mouton, lui donne une maladie légère qui lui confère limmunité. Cette culture, réensemencée à + 37°, donne une culture à spores, mais ces spores donnent naissance à une race de même virulence, c'est-à-dire atténuée, La race est fixée. On peut rendre au bacille sa virulence, en se basant sur ce fait que les jeunes animaux sont plus sensibles que les adultes. Tel vaccin qui est inoffensif pour le cobaye adulte, luëra le cobaye d'un jour ou de deux jours, ete.; si bien que

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