CHAPITRE VIT
LE VIBRION SEPTIQUE
Le Vibrion septique (Bacillus septicus) est l'anaérobie pathogène le plus anciennement connu. Pasreun l'avait vu dès 1876. Eu | 1877, Pasreun et Jousenr en fixent les principaux caractères el | appellent seplicémie expérimentale aiquë la maladie expérimentale produite, Koca et Garrxv le décrivent, à nouveau, en 1884, sous le nom de Bacille de l'œdème malin (maladie de la souris, du cobaye).
À Cnauveau et AnzousG revient l'honneur d'avoir, dès 1880, (1880-1884), montré que ce vibrion, connu jusqu'alors comme | un agent pathogène purément expérimental, était le microbe | de la Gangrène gazeuse de l'homme (seplicémie gangrénenuse). La gangrène traumatique de certains animaux est également due au Ÿ. septique.
Le V. septique a servi à faire un grand nombre d'expériences fondamentales sur l'influence de la dose, de la porte d'entrée, sur l'immunisation, ete., (CHAUVEAU 64 ARLOING).
À) IsocemexrT, Cucrures
4° Isolement. — On l'isole du sang ou de la sérosité des { animaux inoculés avec de la terre (Pasteur) (voy. p. 211} où nvéc des produits pathologiques.
2° Caractères généraux des cultures. — Anäérobie strioh {voy. les méthodes de culture des anaérobies, Chap, wn), Végète à l'air libre, ensemencé en mince couche de bouillon,
Tr CARAGTÈRES BIOLOGIQUES 57.
de l'oxygène, mais sont très résistantes, Les solutions antiseptiques usuelles sont sans action sur elles (CHAUVEAU et ARLOING).
Seul l'acide sulfureux à l'état gazeux peut tuer le virus frais, après vingt-quatre heures de contact. Humides, les spores
résistent plus de trente minutes à + 90° (Bessox). Desséchées,
elles résistent à + 100. Une exposition de cinquante heures au
soleil, une dessiccation de plusieurs mois (Sax Ferice) où même
de neufans (AnzorxG) ne les tuent pas.
Fig. 292.
F. septique. Cils.
C'est avec le V, septique que Caavveau et Ansoixc ont fait leurs expériences sur l'augmentation du pouvoir des antiseptis ques par la chaleur.
8° Virulence, — La spore conserve la virulence, pour ainsi dire indéfiniment. 11 suffit de la faire germer et d'inoculer Ja culture.
ACTION PATHOUGÈNE 581
Voiei un tableau, dans l'ordre de réceptivité (Caauveav et ANLOENG) :
Homme. Cobaye.
Cheval. Rat blanc,
Ane. Lapin tréceptivilé moyenne).
Mouton. Poule.
Porc. Canard.
Chien Rat d'égoût,
Chat.
Les bovidés sont réfractaires.
Ces notions sont très importantes à connaître. La gangrène gazeuse est très voisine du charbon symptomatique du bœuf dû également à un anatrobie, découvert par Aron, Conxevix et Tuomas, le Bactérium Chauvæi. Seulement l'ordre de sensibilité des animaux vis-à-vis du B. Chauvei est :
Bœuf . - . . . . - . « « Très sensible Mouton. . . .. Pre «
Cobaye . La SR" —
Rat blanc , . . : . Réceptivilé moyenne.
Solipèdes a+ + . « À peine sensibles Lapin. . . Û
Homme. . . + « « Réfractaire.
Ce qui différencie nettement ces deux microbes, qu'on avait voulu rapprocher. La sensibilité des animaux de laboratoire différencie encore la gangrène gazeuse des septicémies de Goze et Feltz, dé Davaine elc., pour lesquellesle cobaye est peu récepteur, ele.
Les symplômes (œdème, phlyclènes, gaz, ele.) sont à peu près les mêmes chez tous les animaux.
Décrivons la maladie du cobaye inoculé sous la peau ‘1140 cenlimètre cube de sérosité). Il se produit rapidement, au point inoculé, un œdème crépitant considérable. Au bout de quel= ques heures, l'animal se blottit à l'abri de la lumibre, son poil se hérisse, il crie dès qu'on le touche. Les secousses convulsivés apparaissent. Li mort survient en huit à quinze heures en hypothermie (âne meurt avec 35°). L'œdème est d'autant
Le
582 LE VIBRION SEPTIQUE
plus accusé que la maladie est plus lente. Le vibrion Ds rare dans le sang vivant (fig. 293). À l'autopsie : cadavre rapis dement puant; les poils s'arrachent d'eux-mêmes; sérosité rous- Sûtre de l'œdème; muscles voisins infiltrés; bulles de gaz cré-
Fig. 209.
F, seplique, dans le sang du cobaye (après dissolution des globules et centrifugation).
pilant sous le doigt, dans le lissu conjonctif sous-cutané jusque sous l'aiselle; sérosilé assez claire dans le périloine; rate dif= fluente; foie décoloré, lavé; poumons normaux. Le V. estubon= dant dans la sérosité de l'ædème, qui ne contient pas de leucocytes (fig. 294). La sérosité péritonéale fourmille devibrions {aspect de culture) (fig. 295); le sang (au bout de quelques. heures à + 35°) contient beaucoup de vibrions. Les spores exis=
tént rarement chez l'animal vivant (sauf dans la sérosité locale),
mais apparaissent rapidement après la mort, si la tempéras, ture ambiante est un peu élevée,
Les épanchements séreux des plèvres, du péricarde übondants chez le mouton. On peut ainsi obtenir une
quantité de sérosilé virulente pure, commode pour l'expérimentation. |
La grenouille, inoculée dans le sac dorsal, est réfractaire, à la température ordinaire; elle succombe en deux ou trois jours,
Fig. 204.
Vibrion seplique, Préparation de l'œdéme local du cobaye. | Gr, = 1 000 D.
avec pullulation en formes courtes de V, septique, si on la chauffe à + 26°, 28° (CHAUvVEAU et ARLOING).
L'inoculation intraveineuse, à un animal quelconque, reste | toujours sans éffets sauf pour des doses très fortes; l'animal n'est même pas malade (Cnavveau et Ansorxc). C'est un des plus beaux exemples de l'influence de la porte d'entrée, J'ai pu injecter, dans les veines d'un chien 162 centimètres cubes d'une culture très virulente, sans le rendre malade. Les animaux ainsi traités ont acquis l'immunité.
Si on injecte un bélier dans le sang et qu'on le bistourne, la gangrène gazeuse se produit et débute par la région testiculaire (Émauveau et A!
nSt LE OVERRDON SET UE
Les voies sespiratoie digestiée sont plus quintidéles on donne pas nen plus a saneréene Lazeuse en arrosint ave une culture virulente ou la sérosité une plaie exposce à l'air {Cnat- VEAU et ARLoIxG). Voyez plus haut. page 580 le rôle des asxr-
Fig. 205.
Vibrion septique.
Préparation de la sérosité péritonéale du cobaye. Gr, = 1000 D,
ciations microbiennes qui s'ajoute à l'anaérobiose, pour expliquer ces faits.
La septicémie gangréneuse peut se transmettre de la mère au fœtus {CHAUVEAU et ARLOING).
E) Toxixes
La culture filtrée du V. septique ou la sérosité musculaire des animaux morts de gangrène gazeuse, également filtrée, sont peu toxiques. Il faut plusieurs centimètres cubes (jusqu'à 40 de sérosité filtrée), injectés dans le péritoine, pour tuer le cobaye (Roux et CHAMBERLAND, 1887).
IMMUNISATION EL
La culture en pulpe de viande, filtrée le 6° jour, donne une toxive qui tue le cobaye à la dose de 5 à 10centimétres cubes [BEssox, 1895).
La toxine est atténuée par un chauffage modéré, par l'air et la lumière; elle se conserve bien dans le vide, à l'abri de la lumière.
Elle à des propriétés chimiolactiques négatives { Besson), qui deviennent posilives par un chauffage à + 85° pendant 2 ou 3 heures.
Rover et J. Courwoxr! ont fait, sur le chien et le lapin, une élude graphique des effets toxiques du V. septique. Ces animaux recevaient dans la veine (porte d'entrée inolfensive) des doses considérables de sérosité virulente ou de cultures, sans aucune fillration ou atténualion. La respiration, le pouls carotidien étaient enregistrés par la méthode graphique. Larespiration est surtout compromise (action inhibitrice sur le centre inspirateur), La mort arrive par arrêt respiraloire, La lension ürtérielle s'abaisse, Le pouls a dés alternatives de ralentissement et d'acc ation. 11 faut 30 centimètres cubes de sérosité, ou plus, pour Luer un lapin. Il est presque impossible de tuer le chien.
F) IMMUNISATION
4° Inoculation intraveineuse de V. virulents. — Cu vEAU et AnLorxG (1881) ont montré que l'inoculation intraveineuse dé vibrions très virulents (10 à 15 centimètres cubes de sérosité) est inoffensive, mais confère l'immunilé (expériences sur l'âne), L'inoculation sous-cutanée ne produit alors qu'un abeës. Is ont également vacciné l'âne par inoculation dans la trachée,
2° Injection de produits solubles. — Roux et CiamMnEnL xD (1887) ont vacciné le cobaye en lui injectant, dans le péritoine,
1 Cousulterles Lecons sur la tuberculose et les seplicémies d'AnLois@, rédigées par J. Counuour, Asselin, 1802 : Lecons | à IX, sur les Seps ticémies.
ns
' SÉROTMÉRAPIE 587
rès mobiles, dont quelques-uns sont renflés à une extrémilé, sporulés (fig. 294). Dans la sérosité péritonéale, les individus sont longs, grêles, en chaînettes, non sporulés (fig. 295). Après un examen direct, sans coloration, on traitera par le Claudius.
2° Cultures. — On pourrait faire des cultures avec la sérosité. Il vaut mieux inoculer de suite. La culture peut servir à diférencier le V. septique (anaérobie) du B. anthracis (aérobie).
8° Inoculation. — On inocule la sérosité, sous la peau du cobaye (voy.:plus haut, p.581, les résultats). On peut favoriser la véussite par addition de quelques gouttes d'acide lactique à 1/5.
Les symptômes et la rareté du V. dans le sang feront aisément le diagnostic avec le charbon hactéridien (les cadavres charbonneux sont spécialement envahis par le V. septique). Pour la seplicémie de Davaine, le cobaye est presque réfractaire. Le charbon symptomatique du bœuf (l'homme est réfractaire) donne des résultats à peu près identiques sur le cobaye, mais le lapin est réfractaire au Ch. symptomatique et sensible au V. septique ; on inoculerait donc comparativement lapins et cobayes. Les solipèdes sont réfractaires au Ch. symptomatique, Le bœuf est réfractaire au, V. septique. On peut donc, par des inoculationscomparées, faire le diagnostic différentiel, Le B. Chauve (Ch. symptomatique) n'est pas agglutiné par le sérum antigangréneux qui agglutine le V. septique,
Le Sérodiagnostie n'existe pas.
H) SÉROTHÉRAPIE
Lectainsene a vacciné l'âne en lui inoculant, dans le sang, puis dans les muscles, de la sérosité virulente, à doses croissantes. Le sérum de l'animal mélangé à lu sérosité septique (2 centimètres cubes de sérum pour 5 goultes de sérosité) Ja rend inoffensive. Les animaux qui ont reçu le mélange n'ont
cquis limmunité. Ce sérum, mélangé à la sérosité du atique est sans action. C'est ce sérum qui est agglu-