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C. Gélatine. — Liquéfiée lentement

a. Piqûre. — Trait blanchâtre avec nombreux filaments très délicats, plantés à angle droit (sapin renversé) (fig. 156,4). Ces arborisations peuvent manquer. Au bout de cinq ou six jours, la gélatine se

Fig. i76.

B. anthracis. Colonie sur gélatine. Préparation par impression.

liquéfie à la partie supérieure (fig. 275); vers le douzième ou

rsOLEMENT. CULTURES 545

quinzième jour la liquéfaction est totale. De gros flocons blancs finissent par tomber au fond de la gélatine liquide. * b. Plaques. — Petites colonies blanches, qui deviennent ensuite brunâtres, sinueuses. Au microscope, elles ressemblent à des cheveux enchevêtrés, les filaments étant groupés en torsades élégantes (flg. 276). Cette disposition est caractéristique. Il sullitde faire une préparation par impression^ en laissant tomber sur la colonie une lamelle légèrement chauffée; on l'enlève, on fixe et on colore.

La gélatine se liquéfie à partir du cinquième ou du sixième Jour.

D. (iÉLATiNE LACTosÉE ET TOLTRXEsoLÉK. — Rougit faiblement.

E. Pomme de terhe. — Colonies blanchâtres, brunissant ensuite.

Fig. i77.

li. anlkracis. Culture en humeur aqueuse datant de 48 heures.

4"" Cultures en milieux liquides. — A. Bolillon. — Culture en flocons, le bouillon restant à peu près clair. Parfois le

P.UXIS DE BACTKRIOLOGIE, 2« ('uUt. 35

bouillon est uniformément trouble, avec flocons au fond. Les albuminoïdes sont transformés en ammoniaque, en même temps que se forment des acides volatils, tels que l'acide formique, l'acide acétique, etc. Les substances ternaires sont transformées en acides lactique et acétique qui flnissent, eux-mêmes, par disparaître (M'^^ Napias).

B. Séium. — Flocons nuageux.

C. Lait. — Coagulation vers le troisième ou quatrième jour. Hedissolution du coagulum vers le huitième jour. Cultiver en tube et non en ballon,

D. Hlmeuh auueuse. — Culture rapide (fig. 277).

B) Coloration, Caractères microscopiques

10 Coloration. — Se colore bien par toutes les couleurs basiques d aniline. Prend le Gram^ ce qui rend la double coloration très commode dans les frot-

^. - . ^ tis ou les coupes. Les spores se co-

' «te^ - ^ ' lorent par les méthodes ordinaires.

2o MobUité.

Immobile.

3« Forme. — Dans le sang : bAtonnets de 5 à 10 jjl sur i à 1,5 [jl, homogènes, droits, isolés ou en chaînettes de deux ou trois articles placés trTîs près les uns des autres (fig. 278). Les extrémités sont coupées carrément ; la cassure est un peu festonnée, si on l'examine à un très fort grossissement.

Dans l œdème : bacilles un peu plus longs.

Dans les cultures liquides : filaments longs, flexueux, parfois enchevêtrés comme des paquets de fil. Une sont jamais ramifiés. Les extrémités sont coupées carrément. Ils sont constitués

Fig. 278.

B. anlhracis.

Préparation du saog d'une

souris charbonneuse.

par une gaine hyaline, contenant les articles homogènes, placés bout à bout, dont chacun est un bacille. Ce sont des streptobacilles enfermés dans une gaine.

Fig. 279.

B. anlhracis.

Coupe du foie d'un cobaye charbonneux.

Les filaments sont très longs, avec spores, dans l'humeur aqueuse (fig. 277).

Dans les cultures solides : beaucoup de bacilles courts (fig. 280).

40 Spores. — Découvertes par Koch, en 1876. N'existent jamais dans le corps vivant de Tanimal charbonneux. Elles sont au contraire très rapidement abondantes dans les cultures. Chaque article des filaments donnera naissance à une (rarement à plusieurs) spore (fig. 281).

KocH a étudié la formation et l'évolution des spores charbonneuses dans une goutte suspendue (voy. p. 157) d'humeur

548 BACILLE DU CHAUBOX

aqueuse, ensemencée avec du sang, et maintenue à-f- 35°. Au bout de quelques heures, apparaît dans le protoplasme microbien un point réfringent qui grossit rapidement : c'est la spore. Bientôt le protoplasma se désagrège, la spore est mise en liberté. Celle-ci grossit, perd sa réfringence, son enveloppe

Fig 280.

B. anthracis.

Culture sur géloge. âgée de 24 heures (d'après Thoixot et Masselin).

se résorbe, son proloplasma bourgeonne et forme un nouveau bacille. Pour la formation des spores, loxygène et une température de + 18^* à + 41" 5 sont indispensables. Pour Wkil, les spores pourraient se former à l'abri de l'air. Chaque article ne produit en général qu'une spore; quelques-uns restent stériles.

On obtient, en vingt-quatre heures, des spores en cultivant sur agar pauvre (sans peptone) .

Variétés asporogènes, — Nous venons de voir que les cultures

en bouillon ne contiennent pas de spores, si elles ont végété audessus de -f- 41**,5; mais, ces cultures, réensemencées à + 35^ donnent des bacilles sporogènes. On peut arriver à fixer une race de B. définitivement a.sporo^è/ie* (Lehmann (1887), Behrix(i

Fig. i8l.

B, anlhracis

Préparation d'une vieille culture en bouillon, avec spores.

Gr. = 1000 l>.

(1880), Pastelk, Chamhkhlani), IU)i:x, Ghauveau, Phisalix).

On a employé pour cela divers artifices : la culture en bouillon additionnée de bichromate de potasse à 1/2000 (Chamber- LAXD et Uoux), d'acide phénique à 1/10 000 environ (Rorx), d'acide chlorhydrique (Behring), les cultures successives à 42^,5 (Phisalix), etc. Tous ces procédés sont bons mais inconstants; on ne peut prédire les résultats; il arrive souvent que la faculté sporogène reparaît; certains échantillons deviennent plus facilement asporogènes que d'autres, etc. En tous cas, la possibilité

de créer une race asporogène est un fait acquis. Pour savoir si une culture renferme ou non des spores, il ne faut pas se contenter de l'examen microscopique (fausses spores de Chaiveau), il faut la chaufTer pendant quinze minutes à -1- 65^-70^', dans une pipette scellée, et réensemencer. Si la végétabilité a résisté au chauffage, cVsl que la culture était sporulée.

PastkIjR avait déjà constaté que les vieilles cultures sur gélatine perdent parfois la propriété de faire des spores.

C) Caractères biologiques

1^ Vitalité, Virulence. — La Bactéridie est fragile quand elle n'a pas encore formé de spores; un chaufTage de trente minutes à + 5r stérilise le sang charbonneux; le manque d'oxygène, l'oxygène comprimé la tuent.

Les spores sont, au contraire, très résistantes. Humides, elles survivent à un chaufTage de cinq minutes à + 85<*. Desséchées, elles ne sont pas tuées par un chauffage à + 100^, par les rayons solaires, par l'oxygène comprimé, etc.

La virulence des spores se conserve très longtemps dans la terre et les cadavres. On connaît les champs maudits. Le B. aiif/iracis peut donc exister dans le sol (voy. plus haut, p. î>43..

2^ Agglutination. — Les cultures ordinaires ne sont pas homogènes ; elles ne se prêtent donc pas à l'agglutination. Les cultures atténuées sont homogènes; elles sont agglutinées de 4/10 à 1/50 par le sérum de certains animaux sains, tels que cobaycy lapùiy bœuf y cheval, et à i/200 ou môme à 1/500 par le sérum de V homme sain.

(iEXtiou (1899) a étudié, à propos du charbon, les rapports qui existent entre les lysines et lesagglutinines. II conclut à la différenciation.

D) Action pathogène

1° Action naturelle. — Le charbon est une maladie commune à Vhomme et à un grand nombre d'animaux, spécialement les bovidéii et le mouton, également le cheval.

ACTION PATHOGÈNE B5i

Chez Vhomme, il revêt le plus souvent la forme de j)ustulc maligne k la. suite d'une inoculation cutanée (bouchers, mégissiers, bergers, etc.); la forme pulmonaire s'observe aussi (trieurs de laine) ; la forme intestinale (ingestion de viandes charbonneuses) est plus rare. L'homme n'est pas très sensible au charbon. Les cas de guérison de la pustule maligne sont fréquents. L'apparition du B. dans le sang est d'un pronostic à peu près fatal.

Les animaux s'infectent presque toujours par la voie digestive, les spores pénétrant facilement la muqueuse intestinale à la faveur des érosions produites par les corps durs mêlés au fourrage. Ces spores ont été ramenées des cadavres charbonneux à la surface du sol et sur les herbes par les vers de terre (Pasteuh). Les champs où ont été enfouis les cadavres charbonneux sont, pour cette raison, les champs maudits. Le charbon du mctuton a été longtemps appelé « sang de rate • ; celui du cheval : « fièvre charbonneuse » ; celui de la vache : « maladie du sang ». En raison de la voie d'introduction, l'accident local (pustule maligne) n'existe presque jamais; l'infection est d'emblée générale ; la mort est la règle. Le sang est noir et poisseux; la rate est grosse. Le sang et la pulpe des organe^ fourmillent de bacilles. Il peut cependant arriver que le sang de la vache ne contienne pas de bacilles au moment de la moi^t.

Les ravages du charbon sur les troupeaux de certaines régions étaient considérables, avant les découvertes ;pastoriennes (mortalité de 10 p. 100 et plus).

2^ Action expénmentale. — A, Mouton. — Le mouton français est ultra sensible à rinoculationsous-culanée et àl'ingestion. La marche est foudroyante. Les lésions sont identiques à celles du charbon spontané. L'hématurie est fréquente. Le mouton algérien est beaucoup plus résistant (Chauveau). Pour réussir l'inoculation par ingestion, il faut arroser, avec une culture sporulée, du fourrage mêlé d'épines (Pasteur et Chamberlaxd). Les cultures sont surtout virulentes à l'âge de deux ou trois jours.

B. Bovidés — Très sensibles à l'ingestion, moins à l'inocu-

.i52 BACILLE DU CHARBON

lalion sous-cutanée. Diarrhée sanguinolente, coliques. Mort subite ou dans des convulsions. Mort très rapide, quelques heures après le début des symptômes.

C. EgriiiÊs. — Plus résistants à Tingestion, plus sensibles à l'inoculation sous-cutanée.

D. Cobaye. — Réactif au charbon dans les laboratoires. Très sensible à Tinoculation sous-cutanée; très peu sensible à Tingostion.

Fig. 282.

liacillus anthracis.

Coupe du foie d'an cobaye charbonneux.

Au bout de douze à quinze heures : gonllement œdémateux local; tuméfaction des ganglions voisins, fièvre. L'œdème augmente rapidement. Vers la vingt-quatrième ou trentième heure, Tétat général s'aggrave : dyspnée, hypothermie (34^ 32^, 28«>), coma, mort.

ACTION PATHOGENE 553

Autopsie : œdème gélatineux local, légèrement rosé, s'éten- (lant parfois jusqu'au milieu du ventre et fourmillant de bacilles; ganglions voisins tuméfiés, ecchymotiques, fourmillant de bacilles, entourés d'oedème ; sang asphyxique, noir, poisseux (sang dissous), avec globules rouges déformés et

Hacillus antfiracis.

Frottis de rate coloré à Thématoxyline, au Grain et à l'éosine.

agglutinés, avec hyperleucocytose, contenant un nombre inouï de bacilles (lig. 278); rate turgescente» molle, friable; congestion de tous les organes; vessie pleine d'une urine marc de café. Les bacilles apparaissent dans le sang vers la quinzième heure ; ils ne sortent pas des vaisseaux dans les parenchymes, mais pullulent surtout dans les capillaires, aussi les viscères sontils gorges de bacilles (flg. 282).

Les préparations d'épiploon sont très instructives à ce sujet, car elles montrent les bacilles en place dans les vaisseaux, et

n'en sortant pas (plus commodes à faire avec le lapin). La rate contient plus de bacilles que de cellules (fîg. 283). Les muscles, le tissu nerveux en contiennent peu. Les cellules épithéliales des parenchymes sont saines, non dégénérées; la lésion paraît exclusivement sanguine.

Les bacilles passent exceptionnellement, par e/fraciion, dans le lait, dans l'urine, chez le fœtus (Toussaint, Straus et Chamberland) .

L'emploi du jeune cobaye sert à mesurer lar virulence des cultures. On dit qu'une culture tue le cobaye d'un jour, ou de deux jours, etc., (voy. p. 314).

£. Lapin. — Mêmes symptômes que chez le cobaye. Le lapin est moins sensible. L'œdème est moins considérable. Les symptômes généraux n'apparaissent qu'au bout de quarante-huit heures; la mort est plus lente.

F. Souris — Très sensible. Mêmes symptômes. Voyez la ligure 278.

G. Hat. — Le rat ordinaire adulte est assez résistant. Le rat blanc est presque toujours réfraclaire (Behring). Metchni- KOFF a obtenu, par passages chez le rat blanc jeune, des cultures tuant le rat adulte. Les rats sunwcHt's sont sensibles (Charhin et Roger). Le sérum des rats blancs contient une substance lysinanle qui dissout i;i vitro le B. anikracis (Behring, Metchni- KOFF, etc).

H. Chien. — Gomme tous les carnassiers, est à peu près réfractaire. L'inoculation intrapleurale tue cependant le jeune chien (Nocard). Le jeune chien serait d'ailleurs aussi sensible que le cobaye (Straus). Le chien adulte peut être infecté par des injections intraveineuses de culture ou très abondantes (Malm) ou mélangées à des poudres ; l'ablation de la rate, d'autres infections (rage) favorisent la réussite. Le virus, ayant réussi à forcer la résistance du chien, est exalté pour le chien (Martel).

/. Chat. — Est réfractaire adulte; jeune il est sensible.

J. Porc. — Presque complètement réfractaire.

TOXINES 55o

K. Oiseaux. — Le pigeon est réceptif quand il est jeune: le pigeon adulte ne succombe qu'à l'inoculation dans la chambre antérieure. Les bacilles, ayant passé par le pigeon ou le chien, sont exaltés et tuent alors facilement le pigeon par inoculation sous-cutanée. L'immunité du pigeon serait due à une phagocytose active (Metchnikofp, Thiltges).

La poule est encore plus réfractaire, à moins d'être refroidie, par immersion des pattes dans l'eau froide (Pasteur), ou par injections répétées d'antipyrine (Wagner). Cette immunité tient aux propriétés bactéricides de son sérum, d'après Thiltges.

L. Vertébrés a saxc; froid, — Les Batraciens sont réfractaires. L'hippocampe est réceptif (Sabrazès et Colombot).

E) Toxines

Les cultures ordinaires en bouillon, filtrées ou tuées par la chaleur, sont peu ou pas toxiques. Normalement, le microbe sécrète peu de toxines extraproloplasmiques.

Toussaint (1878) avait signalé une substance phlogogène dans les cultures du B. anthracis,

Brieger et Fb.«skel (1890) ont isolé des cadavres charbonneux une toxalbumine assez active. Hankin (1889) aurait extrait des cultures une albumose qui serait très toxique pour les réfractaires et très peu pour les sensibles ; elle conférerait une certaine immunité à la souris.

Marmier (1892) a serré le problème de plus près. Il purifie avec soin la peptone du commerce et fait le liquide suivant :

Eau 1 000 centimètres cubes

Peptone 40 grammes

Chlorure de sodium ... 15 —

Phosphi^te de soude ... 0 gr. 50

— de potasse . . 0 gr. 20

Glycérine pure 40 grammes

On filtre. On stérilise à + 115^. On ensemence avec une culture virulente, et on met deux jours à -|- 37°. On retire de

556 hacillë du charbon

Tétuve, et on laisse à la température du laboratoire. On filtre. On sature de sulfate d'ammoniaque pendant quinze heures. On filtre sur papier, et on lave le filtre avec une solution saturée de sulfate d'ammoniaque. On recueille le précipité sur le filtre, et on le traite par une très petite quantité de glycérine. On décante au bout de deux jours, on remplace la glycérine, on décante de nouveau. On réunit les liqueurs glycérinées ; on les précipite par quatre fois leur poids d'alcool fort. Le précipité est lavé à l'alcool absolu, à l'éther et desséché dans le vide. On obtient une substance amorphe, brune, soluble dans l'eau distillée, qui n'est pas albuminoïde.

Cette subtance est toxique. Le lapin succombe à des doses variant de 25 à 200 milligrammes. La mort survient en hypothermie, avec de la diarrhée, de la paraplégie, du deuxième au vingtième jour. Les cobayeSy les souris sont sensibles. Les animaux réfractaires ou immunisés ne sont pas sensibles.

La toxine n'est qu'atténuée par un chaulTage à -|- 110^.

Marmier a extrait la même toxine active des cultures jeunes sur gélose.

Cette substance est intraprotoplasmique.

F) Immunisation, Cultures atténuées

Le problème de la vaccination anticharbonneuse s'est posé à l'aurore de la bactériologie. 11 avait à la fois un intérêt économique (vacciner les troupeaux) et un intérêt scientifique de premier ordre (on ne connaissait encore que les cultures atténuées du choléra des poules).

On savait que le charbon ne récidive pas chez l'homme; Pasteur avait remarqué que les vaches ayant guéri du charbon étaient devenues réfractaires, que des moutons ayant résisté à une première inoculation étaient également réfractaires. La possibilité de la vaccination s'imposait.

C'est au lyonnais Toussaint, que revient l'honneur d'avoir, le premier, réalisé la vaccination charbonneuse [i2juilletl880). Il filtrait du sang charbonneux, sur plusieurs doubles de papier, le chauffait à + 55° et obtenait ainsi un liquide vaccinal.

IMMUNISATION, CULTURES ATTÉNUÉES 557

Que les microbes aient été ou non détruits par ces opérations, que la vaccination ait été le fait de microbes atténués ou de produits solubles, peu importe au point de vue spécial de l'histoire de la vaccination charbonneuse. La même année, Chal'veau montrait qu'on pouvait obtenir la vaccination par inoculation d'un petit nombre de bacilles, et que les agneaux, nés de mères charbonneuses, étaient réfractaîresau JR. anthracis. En 1881, Pasteir, Chamberland et Roux (28 février et 21 mars] publiaient la découverte d'un vaccin charbonneux constitué par des cultures ayant une atténuation permanente, transmissible, qu'on pouvait donc manier comme des vaccins. En 1882 et 1883, Chauveau faisait connaître ses vaccins obtenus soit par le chauffage, soit par l'emploi de Toxygène comprimé. La valeur de la vaccination par cultures atténuées a été consacrée par la fameuse expérience de Pouilly-le-Fort, où 25 moutons vaccinés résistèrent à l'inoculation qui tua les 25 témoins.

Ajoutons que Woluridge aurait vacciné avec des cultures filtrées obtenues en bouillon de thymus et de testicule de veau. Rappelons que l'albumose de Marmier peut immuniser. Haxkin disait aussi avoir immunisé avec sa toxine. Ce sont là les seuls exemples (après l'expérience de Toussaint) de vaccinations chimiques.

l'' Vaccins obtenus par cultures à des températures dysgénésiques. — Ce sont les vaccins Pastecr. (Voy. p. 363.) Le principe est d'avoir des cultures sans spores. Nous avons vu (p. 548) que les spores ne se formaient pas au-dessus de 41^,5. Il sullit donc de cultiver à + 42*^,5. Cette culture atténuée, inoculée au mouton, lui donne une maladie légère qui lui confère l'immunité. Cette culture, réensemencée à + 37^ donne une culture à spores, mais ces spores donnent naissance à une race de même virulence, c'est-à-dire atténuée. La race est fixée. On peut rendre au bacille sa virulence, en se basant sur ce fait que les jeunes animaux sont plus sensibles que les adultes. Tel vaccin qui est inoffensif pour le cobaye adulte, tuera le cobaye d'un jour ou de deux jours, etc.; si bien que

raction pathogène sur le cobaye de un. deux, trois ou quatre jours est une véritable mesure de virulence. On inoculera donc des cobayes ou des souris très jeunes, et, avec leur sang, des animaux un peu plus Agés, et ainsi de suite. On arrivera ainsi à rendre la virulence aux vaccins.

En pratique, on opère sur les moutons de la façon suivante. On a deux vaccins (délivrés à l'Institut Pasteur en tubes de 100 doses). Le premier est très faible: il tue la souris, mais ne tue ni le lapin, ni le mouton. Le second est plus fort, il peut tuer la souris, le cobaye et même parfois le lapin. On inocule, à la face interne d'une cuisse, le premier vaccin (vache r= 1/4 de ce; mouton = 1/8 de ce). On attend douze jours. On inocule le second vaccin, aux mêmes doses, à l'autre cuisse. L'opération est faite avec du vaccin pur et frais et avec une seringue stérilisée. L'immunité est acquise douze jours après la seconde inoculation. Cette pratique a presque supprimé le charbon dans des contrées où il était endémique. On vaccine, chaque année, en France, plus de 300 000 moutons et de 50000 bovidés.

La vaccination des petits animaux de laboratoire (cobaye, lapin) est ditïicile à obtenir, en raison de leur sensibilité; ils sont presque toujours tués par les vaccins. Il faut commencer par un troisième vaccin, encore plus atténué que le second. Marchoux est arrivé à vacciner le lapin avec les vaccins ordinaires, en injectant d'abord des doses faibles de premier vaccin cultivé et âgé de vingt-quatre heures.

2^^ Vaccins obtenus par le chauffage. — Ce sont les vaccins de Toussaint, puis de Chauveau. (Voy. les vaccins Chauveau, p. 364). Il chauffe à + 47° des cultures sans spores obtenues à 4- 42*^,5. Pour obtenir des races définitivement atténuées, il opère de la façon suivante : i^ cultiver à + 42*,5 pendant vingt-quatre heures ; 2^^ chauffer trois heures à + 47® ; Z^ semer et placer cinq à sept jours à -|- 37° (culture sporulée) ; 4<* chauffer pendant une heure à une heure et demie, à + 84** ou -f- 82^. Ces spores fournissent un vaccin à virulence fixe, qui ne peut tuer le mouton. Le premier vaccin a été chauffé à-f- 84<>; le second à -+- 82".

DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE 559

Ces vaccins conservent leur virulence atténuée plus longtemps que les vaccins Pasteur ; par contre leur activité disparait en quelques mois.

Pour Chauveau l'influence de l'oxygène est nulle, dans son procédé.

On peutemployer ces vaccins comme ceux de l'Institut Pasteur.

3*^ Autres Taccins. — Toussaint avait atténué le sang charbonneux avec des antiseptiques (voy. p. 366). Chamberland et Roux l'ont imité. Chauveau a fabriqué d'excellents vaccins en employant l'oxygène comprimé (voy. p. 365). Arlodîg a utilisé la lumière solaire (voy. p. 366).

G) Diagnostic bactériologique

Il est facile à faire avec les données précédentes. On se rap pellera que le B. ne passe dans le sang, chez l'homme, qu'à la dernière période, tandis qu'il existe presque constamment dans le sang des vaches ou des moutons. 11 faudra donc, pour le diagnosiic de la pustule humaine, rechercher le bacille dans la sérosité des vésicules ou dans un morceau excisé de la pustule. Pour les animaux, on s'adressera au sang périphérique (pendant la vie) ou au sang du cœur, ou mieux aux ganglions (autopsie).

1^ Examen microscopique. — II suiUt souvent; les allures du B. anthracis étant bien spéciales et son abondance dans le sang étant considérable.

2"^ Culture. — Elle peut être tentée avec la sérosité ou le sang. Mais comme on sera toujours obligé d'inoculer les cultures, il vaut mieux inoculer de suite.

30 Inoculation. — Sous la peau de la caisse du cobaye, c'est le procédé de choix (Voyez plus haut p. 552) les résultats. Si on utilisait le lapin, on inoculerait, autant que possible, dans le sang, le V. septique étant inoffensif par cette voie. Il va sans dire que l'inoculation d'un parenchyme quelconque (sauf pro-

venant de l'homme) doit donner le charbon au cobaye. L'œdème souscut-ané du cobaye est blanc, tandis que celui du V. septique est sanguinolent, rouge.

En été, les cadavres des herbivores sont envahis en quelques heures par le V, septique qui tue rapidement les animaux inoculés: voilà pourquoi nous avons insisté sur les moyens de ne pas confondre ce microbe et le B. anthracis. Le V. septique <?st d'ailleurs très rare dans le sang.

4^ Sérodiagnostic. — Il n'a pas donné de résultais (voy. plus haut, p. 550).

H) Sérothérapie

Behring avait montré que le sérum des rats blancs jouit de propriétés bactéricides vis-à-vis du B. anthracis. Ce sérum n'est cependant ni préventif ni curateur. 11 faut qu'il soit mélangé à la culture pour en atténuer les efTets. Injecté séparément, il ne préserve pas (Metchnikofp et Roux).

Marchoux (1895) aurait obtenu un sérum thérapeutique en vaccinant des animaux comme il a été dit plus haut (v. p. 55h) Les moutons rer.oivent progressivement des doses énormes de cultures virulentes et à de nombreuses reprises. On saigne quinze et vingt jours après la dernière inoculation.

Ce sérum est actif à i/2000 ; il préserve le lapin, si on Tinjecte vingt-quatre heures avant la culture virulente (un centimètre cube pour un lapin de deux kilogrammes contre 1/4 de centimètre cube de culture virulente inoculée sous la peau). Il faut des doses vingt fois plus fortes de sérum si Tinoculation virulente est intraveineuse. Ce sérum ne préserve pas le cobaye.

Injecté en même temps que la culture, il préserve inconstamment le îapin, même à de fortes doses. Injecté après Tinoculation, il peut encore guérir le lapin, si l'œdème n'a pas encore apparu.

Ce sérum n'a jamais été appliqué en médecine ni en vétérinaire.

Sclavo (1895) a préconisé un sérum anticharbonneux, qui a

SÉROTHÉRAPIE 561

été recommandé par nombre d'auteurs contre la pustule maligne de Thomme.

Mendez, (1900) aurait obtenu un sérum assez actif pour guérir le mouton et le bœuf à la dose de i /2 à i centimètre cube, et l'aurait appliqué au traitement de l'homme et des animaux.

PRÉCIS DE BACTÉRIOLOGIE, 2* édît. 3G

Le Bacille de la peste ou Bacille de Yersin a été découvert par Yersin, en 1894. à Hong-Kong. Celui de Kîtasato, n'est pas le véritable bacille (il se colore par le Gram).

11 doit tHre placé à côté des coccobacilles hémorragi pares engendrant les pasteurelloses (voy. p. 12), qui correspondent au groupe créé, en 1886, par Hceppe, sous le nom de septicémies hémorragiques. Ces maladies, étant exclusivement vétérinaires, ne sont pas décrites dans ce Précis. Disons que la ressemblance du B. de Yersin est surtout grande avec le Coccobacille du choléra des poules.

A) Isolement, Ciltures

lo Isolement. — L'isolement se fait facilement en ensemençant du suc de bubon humain non ouvert, ou mieux du sang de rat ou de cobaye, inoculés par une voie quelconque.

2^ Caraotères généraux des oultures. — Presque exclusivement aérobie. Cultive aisément et rapidement dans tous les milieux, surtout légèrement alcalins. Végète déjà à -f- 5". Temp. optima := 30^. Développement assez rapide à + 20**. Ne forme pas d'indol.

S^ Cultures sur milieux solides. — A. Sérum, Gélose. — Colonies blanches, transparentes, à bords irisés, formant ensuite

caractërbs morphologiques 563

un enduit gluant, blanchâtre (comme le M. du choléra dès poules). Développement rapide et très abondant sur gélose glycérinée ou non.

B. Pomme de terre. — Colonies blanc-jaunâtre, maigres. Développement lent et quelquefois nul.

C Gélatine. — Pas liquéfiée, La piqiire produit à la surface une lacke jaunâtre et une ligne bleutée dans la profondeur. S\xv plaquer : colonies rondes, jaunâtres, granuleuses, à bords souvent découpés. Développement en trois ou quatre jours. Ressemblent un peu aux colonies du B. d'Eberth.

4f^ Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. — Reste clair. Grumeaux neigeux le long des parois {caractéristique pendant vingt-quatre heures), tombant au iuid au bout de vingtquatre heures. La culture ressemble à celle des streptocoques. Le réensemencement d'une culture en bouiflon et Tagitation peuvent donner un trouble uniforme. Si on verse de l'huile à la surface du bouillon, les microbes ne se développent qu'à la surface et pendent sous forme de stalactites (Haffkine).

B. Solution de peptone a 2 p. iOO — Cette solution, alcaline ^ et additionnée de 1 à 2 p. iOO de gélatine, est le meilleur milieu (Yersin) .

C\ Bouillon Martin. — Très favorable .

D. Lait. — Culture pauvre. Coagule pas. Vire au rouge, si addî* tionnée de teinture de tournesol bleue (production d'acides)*

B) Coloration, Caractères morphologiques

1^ Coloration. — Se colore bien par toutes les couleurs basiques d'aniline. Ne prend pas le Gram. La thionine est le meilleur colorant.

2" Mobilité. — Immobile.

30 Forme. — Dans le suc des bubons : bacille court (2 pt su^

\ {Ji), trapu {cocco-bacille) , k extrémités arrondies, plus colo-

Fig. 284. Fig. 285.

B. de la peste. Formes d'involu- /?. de lapesle. Culture sur gélose tion, sur gélose salée (Netter). (Netter) .

rées que le centre, d'où l'aspect en navette (fig. 288), parfois semblant entouré d'une capsule. Dans le sang : un peu

Fig. 286.

/?. de la peste. Culture en bouillon (Netter).

plus allongé (fig. 287). Dans les cultures liquides : chaînettes (strepto-bacilles), avec quelques éléments plus renflés (fig. 286).

CARACTÈRES DIOLOCiIQUES 565

Sur gélose : grosses chaînes constituées par des bâtonnets accolés latéralement, ou bâtonnets isolés (fig. 285) Les formes renflées se colorent mal ; elles sont abondantes, dans les cultures anciennes, parfois ressemblant à des levures, (fig. 284).

4^ Spores. — Pas de spores.

C) Caractères biologiques

1" Vitalité, Virulence. — Dans le pus desséché, il conserve plusieurs semaines sa vitalité et sa virulence. Il reste vivant plusieurs mois dans le sol (Yehsix). La putréfaction des cadavres le fait disparaître en quinze à trente jours.

Dans les cultures, il est très fragile. Un chauffage de une heure à + PS*^, de une minute à -(- lOO*» suffit à le tuer. Les solutions faibles d'antiseptiques (acide phénique à 1 p. 100, sublimé à 1 p. 1000) stérilisent rapidement les cultures. Une insolation de trois ou quatre heures est mortelle (Kita-

sATo;.

Les cultures d'isolement sur gélose, sont de virulence variable ; les plus grosses, celles qui se développent le plus rapidement et étouffentlesautres, sont les moins viioilentes (Ykrsi.n)* Une culture âgée de plus de trois mois n'est plus virulente. Cependant ScnrLTZ aurait vu la virulence se conserver plusieurs années en bouillon de Marmorek. Celles qui proviennent d'animaux inoculés avec des crachatsde pneumonie pesteuse sont les plus virulentes.

Les cultures successives atténuent rapidement la virulence. On peut exalter cette virulence, en faisant des passages successifs sur une espère animale (cobaye, souris, lapin). On arrive à avoir une culture de virulence fixe pour respèce employée, mais souvent moins virulente pour les autres animaux ; l'exaltation n'a été obtenue que pour telle espèce animale. La culture qui tue, d'une façon fixe, la souris en deux jours, tue difficilement le lapin ; après quelques passages sur le lapin, elle le tue ea trois jours, mais alors elle ne tue que lentement la souris (Yersfn, Caf.mettk et Borrel). Nous avons

déjà signalé cette adaptation de la virulence à une espèce donnée (voy. p. 345).

2» Agglutiiiation. — Les cultures deB. de Kers/nsontagglutinables (Wysokowitch, Zabolotny, Aujeszky et Wenhardt, etc.), par le sérum antipesteux (1/25 le sérum de Paris, i/12 le sérum de Yersin, 1/200 le sérum de Markl), par le sérum des malades ou des convalescents (1/iO à i/100). Malheureusement, pour le sérodiagnostic, l'apparition de la propriété agglutinable est très tardive, elle n'a lieu qu'à la deuxième semaine. Le sérum du cheval normal ou immunisé contre la diphtérie n'agglutine pas. Les hommes injectés préventivement avec du sérum antipesteux n'ont pas un sérum agglutinant. Les lapins traités par la méthode de Hakfkine n'agglutinent pas. Les cultures de Haffkink sont agglulinables, moins toutefois que les normales.

D) Action pathogêne

±^ Action natiirelle. — La peste est essentiellement une maladie des rats. Elle frappe secondairement r/iorwwc, les porcsn les buf/leSj {es mouches. C'est la puce qui est l'intermédiaire entre le rat et le rat, entre le rat et l'homme, ensuite entre l'homme et l'homme (une puce de rat pesteux broyée et inoculée à la souris lui donne la peste). Le& punaises , les moustiques peuvent également propager la peste. Les mouches prennent la peste et peuvent aussi la propager.

En somme, le plus souvent la peste pénètre chez l'homme par elFraction de la peau (phlyctènes) et envahissement des lymphatiques voisins (bubons) ; c'est la forme bubonique, La pénétration par les voies respiratoires donne la redoutable forme pneumoniquc. Enfin, les cas suraigus, sans localisation, constituent la forme scpticémique. Certaines épidémies revêtent le caractère hémorragique {peste noire) .

Dans la forme bubonique, les bacilles sont très nombreux dans les phlyctènes, dans le suc des bubons non encore suppures ; ils sont rares dans le sang. Us disparaissent des bubons.

lorsque ceux-ci sont franchement suppures. Dans la forme pneumonique, les bacilles existent toujours dans les crachats (jusqu'au huitième jour après la défervescence), souvent dans les ganglions même non tuméfiés et dans le sang. Dans la forme septicémique, les bacilles existent dans les ganglions et dans le sang.

Chez le rat et la souris, morts de peste, on trouve à Taisselle et à laine des bubons volumineux ; la rate est hypertrophiée, rintestin congestionné. Les bacilles sont abondants dans le sang, dans les ganglions^ dans les frottis d'organes.

2"" Action expérimentale. — Etant donné le mode de pro< pagation de la pesle, par les puces, le maniement des cultures du B. de Yersia, aussi bien que celui des animaux inoculés, doit se faire avec la plus grande prudence. Les cultures ne seront jamais abandonnées sans être stérilisées ; les animaux pesteux seront placés dans des conditions telles que la contagion par les mouches ou les puces soit impossible. On se souviendra du D' Mûller qui mourut, à Vienne, de peste pneumonique, ainsi que son garçon de laboratoire et une infirmière; tous trois avaient contracté la peste en expérimentant des cultures (1898). On exposerait, en outre, toute une ville ou môme tout le continent en ne prenant pas les plus minutieuses précautions. Les petits animaux (rats, cobayes) seront placés dans des bocaux en verre recouverts de treillis métallique très fin. Les grands animaux (chevaux, pour la fabrication du sérum) seront maintenus dans des écuries spéciales, cimentées et vernies, à fermetures hermétiques avec un tambour à double porte grillagée. Les autopsies seront faites dans un local sûr, privé de rats, de puces et de mouches. Les cadavres seront immédiatement crémés. 11 faut donc une installation spéciale, pour étudier la peste.

A. Rat, Souris. — Animaux très sensibles. Les inoculations sous-cutanée, intraveineuse, intrapéritonéale sont rapidement mortelles (vingt-quatre à soixante -dix heures). Il suffît de déposer quelques bacilles sur une muqueuse (nasale, con-

jonctivale, rectale, etc), sans l'excorier, pour donner la peste ; c'est le moyen le plus sûr (Rorx et Batzaroff). L'ingestion est moins efficace (Simoxd). mais peut réussir (Hankix, Kolle). En mélangeant des souris saines et des souris pesteuses^ les premières prennent la peste (Yersin).

Si la mort tarde : bubons énormes avec éruption miliaire du foie et de la rate.

Les B. Font nombreux dans le sang. Les mononucléaires dominent.

B. Cobaye. — Aussi sensible que la souris ou le rat. Animal de choix pour les expériences.

a. Inoculation sous-cutanée. — En quelques heures : œdème

Flg. 287.

li. de la peste, dans le sang du coba^^e.

localisé. Ganglions se tuméfient [bubowi). Au bout de vingtquatre heures : animal tombe, crises convulsives. Mort en deux à cinq jours. Autopsie : Œdème rosé local et autour du gan-

glion voisin qui est tuméfié. Viscères congestionnés. Raie volumineuse avec éruption de tubercules miliaires. Un peu de sérosité dans la plèvre et le péritoine. Les bacilles sont nombreux dans le sang (fig. 2S7), dans les ganglions, dans le foie, dans la rate (comme chez les rats. Si la maladie se prolonge : abcès de la paroi abdominale et des ganglions (bubons suppures).

Par passages de cobayes à cobayes, faits avec du sang ou de la pulpe de rate, on obtient un virus fixe qui tue le cobaye en deux ou trois jours.

b. Inoculation épidermique. — Elle réussit encore p/as sûrement (Weichselbaum). On rase la peau de Tabdomen, on la désinfecte; on gratte et on dépose le virus. Vésicules locales. Bubons multiples. Mêmes symptômes que ci-dessus. Quelquefois : des nodules pulmonaires.

c. Inoculation vitraveineuse. — Mômes symptômes. Pas de lésions locales. Mort plus rapide.

d. Inoculation intrapéritonéale. — Très sévère. Mort en vingtquatre heures. Exsudât purulent et nodules dans le foie et la rate. Roi^xa exalté la virulence par cultures en sac de collodion.

e. Inoculation par les muqueuses. — Comme la souris. Exaltation de virulence par passages successifs sur la muqueuse nasale-

f. Inhalation. — Réussit très bien. Un virus atténué, ne tuant plus par inoculation sous-cutanée, donne une pneumonie pesteuse.

g. Ingestion. — Réussit ditlicilement.

C. SiNTiE. — Très sensible. La plus légère excoriation de la peau souillée de virus pesteux donne la peste (Wyssokowitch et Zabolotnv). Symptômes de la peste bubonique. Mort en quatre à cinq jours. L'inoculation dans la trachée donne la bronchopneumonie pesleusp. L'infection intestinale est impossible.

D. Lapin. —Moins sensible. H faut beaucoup de virus. L'inoculation sous-cutanée ne tue qu'en quatre à sept jours. L*inoculalion par les muqueuses réussit à coup sûr. On obtient par passages, un virus fixe qui tue en trois jours le lapin, mais s'est atténué pour la souris.

Ë. Ghikx, Chat, Cheval, Bœuf, Mouton, Chèvre. — Peu sensibles. Le chat s'infecte par ingestion, une fois sur deux (Kolle)

F. Oiseaux. — Réfractaires. Le pigeon, la poule sont légèrement réceptifs, si on les fait jeûner (di Mattki, Calmette et BoRRKh). Les petits oiseaux sont sensibles (Nocard).

Eîi somme, d'une façon .générale, on reproduit Informe bubonique par piqilre de la peau, et la forme pneumonique en mettant le virus sur la muqueuse nasale.

E) Toxines

Le B. de Yersin sécrète peu de toxines extra-protoplasmiques. Les cultures filtrées sont peu toxiques (Ykhsix, Calmette et Bohhel). Le poison reste adhérent au corps des microbes (Markl; 1898).

Houx a réussi à préparer une toxine active en cultivant, en bouillon gélatinisé à 5 p. 100, des bacilles exaltés par passages en sacs de coUodion dans le péritoine du cobaye. La culture filtrée tue la souris à 1/70^ de centimètre cube ; les mêmes cultures, filtrées sur papier àTûge de plusieurs semaines, et traitées par le sulfate d'ammoniaque, donnent un précipité qui lue la souris à 1/4 de milligramme.

La toxine pesteuse est rapidement détruite par l'air, la lumière ; elle ne résiste pas à un chauffage à -|- T0<^.

LusTiG et Galkotti (1898) ont préparé une toxine pesteuse en précipitant par l'acide chlorhydrique une solution de potasse caustique à 1 p. 100, mise en contact, pendant douze heures, avec des cultures. Elle tue à 5 ou 6 centigrammes par kilogramme. Elle est immunisante (Galeotti). Ce serait une nucléine (Fkdkrici).

F) Immunisation

Elle a fait l'objet des recherches de Yersin, Roux, Calmette, Borrel (1895), en vue de vacciner des animaux.

Les toxines, étudiées ci-dessus, ne confèrent pas d'immu-

IMMUNISATION 571

nité durable; sauf peut-être, celle de Lustig (Galeotti) et celle de Markl (chèvres; 1901).

Les cultures tuées par la chaleur, donnent de meilleurs résultats. Si on injecte dans les veines ou dans le péritoine du lapin des doses de culture chauffée une heure à + 58^ (culture sur gélose délayée et chauffée en tubes scellés), insuffisantes pour le tuer, on le vaccine contre une inoculation virulente ultérieure. Si on injecte le vaccin sous la peau, il faut trois ou quatre séances de quinze jours en quinze jours, pour obtenir rimmunisation.

Le cobaye, le cheval sont difficiles à immuniser par cette méthode.

Haffkine (1897) vaccine, en injectant sous la peau du bras de l'homme, 2 à 3^^,^ (Occ,l à Occ^3 aux tous jeunes enfants) de culture en bouillon chauffée pendant une heure en tubes scellés à -h 70^. Il se produit un peu de lymphangite et de la fièvre. Au bout de 8 à 10 jours, Thomme est vacciné, mais pour 15 jours seulement. On fait une seconde inoculation, si la pt'emière a été trop faible.

L'immunité la plus solide s'obtient en inoculant des doses minimes de cultures vivantes et en augmentant progressivement ces doses. C'est le procédé d'immunisation du cheval. L'inoculation sous-cutanée produit un abcès local et des symptômes généraux graves. Il vaut mieux injecter le virus dans les veines. La réaction est intense et dure longtemps. Souvent le cheval succombe. S'il résiste, on attend son rétablissement, vingt jours au moins, et on injecte une nouvelle dose plus forte dans la jugulaire. L'animal maigrit. On répète les inoculations à intervalles éloignés. On peut commencer par des cultures chauffées 1/2 heure à -}- 70^, qu'on injecte sous la peau, puis dans les veines. On n'injecte qu'ensuite les cultures vivantes.

Lorsque l'animal est immunisé, son sérum est préventif et curatif;il est bactéricide et antitoxique.

Le sérum de lapin immunisé préserve un lapin neuf, à la dose de 3 centimètres cubes; à la même dose, il guérit l'animal s'il est injecté moins de douze heures après l'inoculation virulente.

Le sérum de cheval (3 semaines après la dernière injection) préserve la souris à la dose de i/20^ de centimètre cube et la guérit (dans les douze heures qui suivent l'inoculation) à la dose de 14 de centimètre cube. II guérit le singe, injecté deux heures après l'apparition des premiers symptômes. Il le préserve à 2 centimètres cubes (Calmette).

Le sérum de l'homme guéri de la peste est légèrement préventif et curateur.

G) Diagnostic bactériologique

±^ Chez l'homme. — a. Supposons-le vivant.

A. Forme bubonique. — Se rappeler que les bacilles disparaissent des bubons avec la suppuration franche. On choisit un

Fig. 288.

B. de la peste, dans un frottis de bubon (thionine).

bubon non ouvert, on aseptise la peau, on incise ou on aspire la pulpe avec une seringue stérilisée. Avec cette pulpe, on fait les 3 opérations suivantes :

i*^ Examen microscopique. — On fait un frottis et on colore

THERAPEUTIQUE B ACT ÉRIO LOGI 0 UE 573

au Grain d'abord et à la Ihioniae phéniquée, pour avoir de belles préparations (fig. 288) ;

2^ Culture. — Il vaut mieux cultiver sur gélose, les bubons même non ouverts contenant fréquemment des microbes pyogènes. On ensemence en bouillon, pour inoculer (voy. plus haut les caractères des cultures) ;

3<* Inoculation. — Elle se fait soit au rat (sur la conjonctive ou sous la peau), soit mieux au cobaye (grattage de la peau du ventre). On inocule 4 à 6 animaux. Voy. ci-dessus, les effets de Tinoculation.

B. Forme pulmonaire. - Examiner des crachats colorés, et inoculer comme ci-dessus au cobaye [qui n'est pas sensible au Pneujnocoque).

C. Forme septicémique. — Puiser 30 centimètres cubes de sang dans la veine, avec une seringue stérilisée. Ensemencer quelques gouttes sur gélose et en bouillon. Inoculer, avec le reste, des cobayes (par grattage) ou des rats (sur la conjonctive ou dans le péritoine).

6. Chez riiomme mort : Opérer de même, mais ne pas s'arrêter aux cultures : inoculer de suite. Faire des frottis de rate.

Z"^ Chez le rat. — Faire des frottis avec les ganglions, la rate (surtout), le sang; colorer au Gram; examiner. Inoculer des rais et des cobayes avec les ganglions et le sang. On peut se contenter de faire manger le cadavre du rat par d'autres rats, qui deviendront pesteux.

Le Sérodiagnostic est trop tardif pour être pratiqué (voy. Agglutination, p. 566).

II) Thérapeutique bactériologique

10 Vaccination de Haffkine. — La vaccination de Haffkine (voy. p. 511) a paru donner des résultats encourageants dans rinde (Leumann, SiMOND,etc.). Il vaut mieux mélanger le vaccin avec un peu de sérum, qui rend l'inoculation moins pénible et confère de suite une certaine immunité, en attendant celle

de la vaccination. Calmette propose d'injecter d'abord 5 ce mètres cubes de sérum et, trois jours après, 2 centimètres cubes de culture de Hafkkine.

Rappelons que la durée de Timmunité ainsi acquise est très courte (15 jours environ).

2*^ Sérothérapie. — Pour la Séro hérapie voyez page 85i.

CHAPITRt: VII LE VIBRION SEPTIQUE

Le Vibrion septique {BaciUus septicus) est Tanaérobie pathogène le plus anciennement connu. Pasteur l'avait vu dès 1876. En 1877, Pastf.ur et Jol^bert en fixent les principaux caractères et appellent .septicémie expérimentale aiguë la maladie expérimentale produite. Koch et Gafkky le décrivent, à nouveau, en 1881, sous le nom de Bacille de l'œdème malin (maladie de la souris, du cobaye),

A Chauveau et Arloing revient Thonneur d'avoir, dès 1880, (1880-1884), montré que ce vibrion, connu jusqu'alors comme un agent pathogène purement expérimental, était le microbe de la Gangrène gazeuse de l'homme (septicémie gangreneuse). La gangrène traumatique de certains animaux est également due au V. septique.

Le V. septique a servi à faire un grand nombre d'expériences fondamenttiles sur l'inlluence de la dose, de la porte d'entrée, sur l'immunisation, etc., (Chauveau et Arloing).

A) Isolement, Cultures

!«> Isolement. — On l'isole du sang ou de la sérosité des animaux inoculés avec de la terre (Pasteur) (voy. p. 211) ou avec des produits pathologiques.

2"" Caractères généraux des cultures. — Anaérobie strict (voy. les méthodes de culture des anaérobies, Chap. vi). Végète ii-Tair libre, ensemencé en mince couche de bouillon,

LE VIBHION SEPTIQUE

s'il est mélangé à certains microbes aérobies (J. Courmont et Nicolas, 1894). Roux Ta cultivé, séparé de Tair par un culot de culture aérobie. Se cultive de + 15° à + 41°. Terapér. optima = 37°. Production d'acides.

Colore en noir la gélatine additionnée de 3 p. 100 de tartrate de fer.

3"^ Cultures sur milieux solides. — A. Gélose. — Une trainée i)lanchàtre nuageuse se développe rapidement le long de la piqûre. Des bulles de gaz fragmentent bientôt la gélose (fig. ib8,3; p. 228).

B. Sérl'm. — Rapidement liquéfié.

Fig. 289.

V. sepiique. Culture en gélatine (d'après Fr/Kx- KEL et Pfeiffeb).

Fig. 290.

V. sepiique. Colonie sur plaque de gélatine vue à un faible grossissement.

C. Gélatine (Hesse). — Le long de la piqûre (profonde) vers le troisième jour, longue traînée nuageuse, blanchâtre (fig. 289). Bulles de gaz fissurent (fig. 158, 1 ; p. 228). La liquëfac-

lion arrive rapidement et est complète. Les colonies sur plaques sont nuageuses, blanchâtres liquéfiantes (Ûg. 290).

D. PoMMK DE TERRE. — Culturc nulle.

4* Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. — A + 37^, trouble dès la douzième ou quinzième heure. Gaz en abondance, à odeur fétide. Le bouillon s'éclaircit rapidement et forme un dépôt pulvérulent.

L'addition de sang, de liquide d'ascite, de sérum donne des cultures plus abondantes.

B. Bouillon Martin. — Excellent milieu ; végétation en douze heures.

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