C. Sérum. — Voyez Sérothérapie^ page
D. Liquide d'ARNAuo et Charrin. Vovez page 81.
B) Coloration, Caractères microscopiques
Fig. 326.
pyocyanique.
1^ Coloration. — Se colore bien par toutes les couleurs basiques d'aniline. Prend le Grain.
2^ Forme. — Petit bâtonnet ovoïde (1,5 [i sur 0,5 jjl), à extrémités arrondies, parfois réuni en courtes chaînettes de 2 ou 3 éléments. Voyez fig. 3, page 9, les variations morphologiques considérables dont il est susceptible, suivant la composition du bouillon (Gharri>' et Guignard).
3*^ Mobilité. — Mobile, l'n cil vibratile à une extrémité. 49 Spores. — Pas de spores.
C) Caractères biologiques
1*^ Habitat. — Existe dans le sol, dans les eaux, dans les poussières, dans le tube digestif de Phomme sain et des animaux.
2° Vitalité, VimlenGe. — Les cultures conservent longtemps leur vitalité et leur virulence.
3^ Agglutination. — L'agglutination dans le sérum des vaccinés est le premier exemple constaté d'agglutination tu vitro (CuARRiN et Roger, 1889).
4^ Fabrication de pigments. — Voyez page 233 les détails sur les pigments : pyocyanine (pyocyanine bleue et pigment vert fluorescent de Kunz) .
On peut faire varier la production de ces deux pigments.
La culture en solution de peptone ne sécrète que la pyocyanine bleue ; de même, la culture sur gélose ou gélatine peptoglycérinée (Gessard). La culture en milieu contenant 2 p. 100 de glucose, ou sur albumine de l'œuf, ne sécrète que le pigment vert. La culture en milieux glycosés & 5 ou 6 p . 100, en sérum d'immunisés, ne sécrète pas de matière colorante.
On peut même créer des races sécrétant soit le pigment bleu, soit le pigment vert (Gessard), ou incapables de sécréter du pigment (Wasserzug, CuARRiNet Phisalix).
Radais (1897) a vu un échantillon qui, outre les pigments ordinaires, produit, dans certains milieux (à tyrosine 0,î> p. 1000), une couleur rouge qui (pigment rouge-brun) passe ensuite au noir. Cela est dû à l'oxydation de la tyrosine par une diastase oxydante, la tyrosinase, sécrétée par les échantillons niélanogènes. La culture sur pomme de terre est rouge marron el noircit ensuite. Le lait est converti en liquide semblable à l'encre.
Le pigment vert fluorescent n'est pas caractéristique du B. pyocyanique. Jordan (1899) l'a retrouvé dans les cultures de 50 espèces microbiennes {B» fluorescens liquefacienSy etc.) La fluorescence (exigeant des milieux phosphatés, abolie par les acides, rétablie par les alcalis, invisible à l'éclairage artificiel) ne peut donc caractériser le JB. pyocyanique ; il fautretouver la pyocyanine bleue.
Es iMinmi y daam^ÊSKomàSàioBJk naturelles, on rencontre 3 types de B. pyocyaniques :
708 BACILLE PYOCYANIQUB
1^ Le B. pyocyanogène et fluorescigène (cas habituel) ;
2" Le B. exclusivement pyocyanogène (Jordan) ;
3*^ Le B. mclanogcne, avec ou sans les autres pigments (Radais) ; et on peut réaliser ces trois types expérimentalement. Dans les vieilles cultures de laboratoire, le B. pyocyanique arrive à ne plus sécréter que du pigment fluorescent.
Gessard admet que le B. pyocyanique normal ne fait que de la pyocyanine (en milieu azoté) ; il peut acquérir, dans certaines conditions de vie parasitaire dans un organisme animal vivant,, la propriété de faire en plus : 1« le pigment vert fluorescent (en milieu phosphaté) ; 2^ le pigment rouge brun (en milieu àtyrosine). Le bouillon peptoné est favorable & la production de la pyocianine et du pigment vert.
5^ Antagonisme. — Le B. pyocyanique, dans les cultures, empêche le développement du B. anthracis, du V. cholérique. KuMPP a prétendu, à tort, qu'il en était de même vis-à-vis du B. d'Eberth.
D) Action pathogène
1<> Action naturelle. -- LeB. pyocyanique est l'agent du pus bleUy devenu très rare depuis l'antisepsie; il s'y trouve toujours associé avec les pyogènes, n'étant qu'une complication, d'ailleurs peu grave, de la suppuration elle-même. — Le B. pyocyanique engendre parfois une infection secondaire générale (une vingtaine d'observations en général très graves, surtout chez Tenfant), de l'appendicite, des otites, etc. Il se rencontre dans le nez, dans la gorge. Le B. mélanogène a été trouvé par Cassin et Charrix dans des plaies furonculeuses de la jambe. On a incriminé le B. pyocyanique dans la diarrhée de Gochiachine (Calmette), dans la dysenterie (Lartkîan), dans les entérites des nourrissons.
La rencontre du B. pyocyanique chez les animaux de laboratoire, inoculés avec des produits quelconques, n'est pas rare.
2° Action expérimentale. — Le Cobaye, le Rat, la Souris, sont très sensibles; ils succombent à l'inoculation sous-cutanée de très petites doses.
Le Lapin est moins réceptif; il succombe rarement à l'inoculation sous-cutanée. Charrin a montré que c'était le réactif par excellence de la maladie pyocyanique.
V inoculation sous-cutanée produit une tuméfaction locale suivie d'une ulcération. Le B. se généralise. A l'autopsie : les organes sont congestionnés, le péritoine contient un peu de sérosité louche. Le B. se retrouve dans le sang, les organes, les urines.
Uinoculation intrapéritonéale donne une mort plus rapide avec symptômes analogues. Exsudât souvent hémorragique du péritoine. CoUapsus. Hypothermie.
Vinoculation intraveineuse au lapin est la meilleure manière d'étudier le B. pyocyanique. Si la dose est forte (1 ce), l'animal meurt en quelques heures avec fièvre, diarrhée, albuminurie, bacilles nombreux dans le sang et surtout dans les reins. Si la dose est suffisamment faible pour que la maladie soit chronique, on constate de la néphrite (petit rein contracté) avec hypertrophie du cœur, parfois de la dégénérescence amylolde des reins, des infarctus, des hémorragies, des ulcérations des muqueuses digestives, de l'amaigrissement, des paralysies avec ou sans contractures etc., etc. Les bacilles ont souvent disparu du sang. Toutes ces lésions ont été bien décrites par Charrin qui a reproduit, chez le lapin, presque toutes les lésions de la pattiologie infectieuse. L'animal peut guérir. Les inoculations en séries, chez le lapin, exaltent considérablement la virulence; on peut avoir des cultures tuant, dans le sang, à 0 ce. 05. Gharrix a établi expérimentalement les suites de l'infection, le microbe et la toxine ayant cessé d'agir.
Le Pigeon est réfractaire.
E) Toxines
La pyocyanine n'est pas toxique. Le B. sécrète, à côté des pijzments, de véritables toxines. C'est en filtrant les cultures en bouillon de B. pyocyanique que Charrin a donné la première démonstration de l'existence des produits solubles toxiques. On peut reproduire tous les symptômes de la maladie expérimentale avec les toxines. C'est l'expérience type (filtration de culture
710 BACILLE PYOCYANÏQUE
sur bougie Chamberland) qu'on reproduit journellemenl dans les laboratoires. Il est bon d'employer un bouillon alcalin et peplonisé ù 2 p. 100.
Des cultures de quarante jours, stérilisées par le toluol, sont toxiques pour le cobaye, à 0 ce. 5 dans le péritoine (Wassermaxx), mais sont rapidement altérées par un chauffage ù. -f- 100^.
Les toxines sont multiples (Bouchard, Cuarrin). Les unes sont précipilables par l'alcool, diastasiques; les autres sontsoluhies dans Talcool, alcaloïdiques ; d'autres, enfin, sont volatiles (Charrin).
(^HARRiN et GciLLEMoxAT (190*2) Ont montré que les produits immédiatement toxiques, sans incubation, sont volatils ; il suffit de distiller à + 40<> pour les extraire. La mucine, qui existe dans les cultures, est antagoniste de ces produits volatils.
F) Immunisation
Les lapins ayant reçu, à 5 ou 6 reprises, et à deux ou trois jours d'intervalle, des doses non mortelles de culture (0 ce. 3 à 1 ce.) acquièrent l'immunité.
On peut vacciner aussi avec les cultures chaufTées ou filtrées. La vaccination avec la culture filtrée, réalisée par Charrin, en 1887, a été la première démonstration irréfutable à vaccination chimique (voy. p. 333). Les substances immunisantes sont distinctes des toxiques (Bouchard, Charrin).
Il y a, dans les cultures filtrées, des substances immédiatement favorisantes, qu'on peut opposer aux substances vaccinantes (Bouchard).
Si on injecte à un animal, récepteur pour le charbon, un mélange de B. anthracis et de B. pyocy unique, le charbon ne se développe pas (Bouchard) ; les cultures filtrées du B. pyocyanique ont les mêmes propriétés empêchantes (Blagovetschensky).
HuMPF, se basant sur le soi-disant antagonisme du B. pyocyanique et d\i B. d'Eberth^ aurait traité, avec succès, des fièvres typhoïdes par des injections de cultures stérilisées de B. pyoq/anique. Besson a, au contraire, noté l'action favorisante pour le B. d'Eberlh et le Colibacille des cultures filtrées de B. pyocyanique.
SÉROTHÉRAPIE 711
D'ailleurs, on a vu des fièvres typhoïdes mortelles avec infection secondaire à B. pyocyanique.
G) Diagnostic bactériologique
Ensemencer en bouillon peptoné, et rechercher la réaction de la pjocyanine. La réaction réussit, même si la culture est impure. 11 faut savoir que lesB., récemment isolés, sont parfois dénués de pouvoir chromogéne, qu'ils ne récupèrent qu'après plusieurs générations in vitro. L'ensemencement sur gélatine est alors plus caractéristique.
Les pus à B. pyocyanique sont d'ailleurs bleus et ont l'odeur aromati(]ue caractéristique.
En cas d'infection secondaire : ensemencer la pulpe des organes.
II) Sérothérapie
Le B. pyocyanique occupe également une place importante dans l'histoire de la découverte des sérums thérapeutiques.
Le B. végète en sérum de vacciné, mais atténué et agglutiné (Charrix et Uoger); il est donc doué de propriétés bactéricides et agglutinantes. La culture en sérum de vacciné n'élabore pas de pigments; une goutte de sérum d'immunisé ajouté à du sérum neuf suflit à. empêcher la production du pigment.
(iheorghikwsky a étudié la destruction des bacilles dans le corps des immunisés; elle serait uniquement intracellulaire. Charrin et Roger ont nettement observé, au contraire, une action atténuante et bactéricide hors des phagocytes, dans les humeurs.
Le sérum est immunisant et curateur (Charrin) et les propriétés immunisantes appartiennent aux parties liquides (Bouchard). Ces deux découvertes ont leur place dans la genèse de la sérothérapie (voy. p. 811).