CHAPITRE XVIII LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
Yu par LûGKB, Klkbs, Eberth, cultivé pour la première fois en bouillon par Pasteur (1880), puis par Ogstox, Broker sur milieux solides; décrit avec soin et baptisé (microbe en grappes, faisant du pus) par Rosenbach. Il faut citer les travaux de F. Krause, de Passet, de Rodet, de Rodet et J. Courmont, etc.
A) L'espèce : staphylocoque pyogènb
L'espèce*: Staphylocoque pyogènc est bien définie. Certains auteurs allemands, Laknelongue et Achard en France, ont voulu distinguer 3 espèces : la dorée, la blanche^ la ciirine. Rodet et J. CouRMONT (1890) se sont élevés contre cette manière de voir; ils ont été suivis par Nettrr, Besson et la presque totalité des bactériologistes. Nous le répétons, le St. pyogène est une des espèces les mieux définies, comprenant 3 variétés qui ne se distinguent entre elles que par leur pouvoir chromogène. Nous verrons que ce pouvoir chromogène est essentiellement variable, peut se modifier pour un même échantillon, et qu'il constitue un caractère tout à fait secondaire. Il en est de même du degré de la virulence; il parait suivre, en général, les variations du pouvoir chromogène, le St. pyogène aureus étant plus virulent que le cilreus ou Valbus ; mais ce n'est qu'une question d'intensité; les lésions produites sont toujours identiques. Les leucocidines sécrétées par les variétés blanche et dorée sont identiques (Nbisser), nouvel argument d'identité.
748 LE STAPHYLOCOQUE PYOGENE
La Tariété la plus fréquente, comme la plus Yirulente, est la Tariété dorée; c'est elle que nous décrirons surtout.
On trouve fréquemment sur la peau un Staphylocoque blanc ne liquéfiant pas la gélatine, et non pathogène.
B) Isolement, Cultures
1^ Isolement. — Ensemencer directement en bouillon les produits recueillis aseptiquement, ou faire des plaques de gélatine si les produits sont impurs. Mieux encore : inoculer un /aptn et cultiver le sang du cœur.
2^ Caraotères généraux des cultures. -— Se développe bien sur tous les milieux usuels. Végète de + 10® à +44^ T'^optimazz 37®. Aérobie facultatif, végétant très bien dans le vide.
11 favorise le développement des spores du y.sepiiqiie (Besson), celui du B. de la pourriture d'hôpital (Vincent) et du B. de Vinfluenza (Grassbrrger).
3® Pouvoir ohromogène. — Le microbe décrit par Pasteur donnait des colonies jaune d'or; Rosenbach le baptisa aureus et y ajouta la variété blanche : albus; Passet isola la variété citrine : citreus (plus rare). Le plus souvent le S^pj^. est jaune; on peut d'ailleurs observer toutes les colorations intermédiaires. Un fait prouve bien que ce pouvoir chromogène ne doit pas servir à différencier Tespèce, à peine des races ; lorsqu*on fait des cultures d'isolement avec un pus à staphylocoques, on observe presque toujours un mélange de colonies dont les teintes vont du jaune-orange au blanc avec tous les intermédiaires ; il faudrait dono admettre que tous ces pus sont mixtes, à associations microbiennes; il est plus logique de penser que les différents individus contenus dans le pus, et provenant tous d'une même souche, ont un pouvoir chromogène individuellement variable.
En second lieu, on peut facilement empêcher le St, py. aureus de faire son pigment. Les conditions les plus favorables sont une culture bien aérée, végétant entre + 20° et + 23°. II suffit
de cultiver dans le vide, d'additionner le bouillon d'antipjrine, d'exposer & la lumière (Gaillard) pour voir disparaître le pouvoir chromogène. Les difféi'ences de température, le vieillissement des cultures, des changements chimiques dans la composition du milieu nutritif, ont un retentissement très marqué sur rintensité de cette propriété. Toutes ces modifications ne sont que temporaires; replacé dans de bonnes conditions le SL py. repousse aureus.
UoDET et J. CouRMONT ont observé la transformation définitive d'un St. py. doré en St. py. blanc, et Netter a vu un Si. py. blanc devenir doré. On sait d'ailleurs que le B. pyocyanique peut perdre sa fonction chromogène (Wasserzug), de même le Micrococus prodigiosus (Schottelius). Le Staphylocoque pyogène est encore plus sensible à ce point de vue et perd sa faculté chromogène avec des conditions qu'il rencontre facilement dans la nature et dans l'organisme.
4<^ Cultures sur milieux solides. — Ce
sont les plus caractéristiques.
A. Gélatine. — Piqûre. — Dès la vingtième heure, culture granuleuse. Vers le cinquième jour, la liquéfaction commence en entonnoir avec un culot doré au fond. Vers le huitième jour, la liquéfaction a gagné les bords et se fait en cylindre complet, progressivement descendant, avec un culot jaune à la limite du liquide trouble supérieur et de la partie inférieure non liquéfiée (fig. 334).
La liquéfaction n'atteint pas toujours le fond du tube, la culture s'arrétant avant. Hicn n'est variable comme la rapidité avec laquelle le SL py. liquéfie la gélatine; la liquéfaction est toujours lente, mais parfois minime et ne commençant que le quinzième ou le vingtième jour, pour s'arrêter au bout de plusieurs mois.
Plaques. — Vers le deuxième jour : petites colonies arrondies,
Fig. 334.
Stapylocoque
pyogène.
Culture de 8 jours en gélatine I piqûre).
1 . colonie s'eiifonraiil (iaiM la gtWntinr (':] . — i. jî(' latine trouble liquéHi'e.
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
grisâtres, à centre jaune. Bientôt : liquéfaction annulaire autour de la colonie, avec flocons jaunes nageant dans le liquide. La
Fig. 335.
Staphylocoque pyo-
gène blanc.
Culture de 8 jours
sur gélose.
Fig. 336.
Staphylocoque pyogène
doré.
Culture de 8 jours
sur gélose.
Fip. 337.
Staphylocoque pyogène citron.
Culture de 8 jours sur gélose.
liquéfaction s'étend plus ou moins loin, mais gagne rarement toute la plaque.
Naturellement, la coloration de la colonie est blanche ou citrine avec les autres variétés.
Certains staphylocoques ne liquéûent presque pas; certains perdent à la longue cette propriété.
B. Gélose. Sérum. — Dés la vingtième heure, nombreuses colonies arrondies, blanchAtres, le long de la strie. Elles sont rapidement coniluentes et forment une large bande granuleuse, grasse, humide, qui reste blanche {albus, fig. 335 et 157,4) ou prend, vers le cinquième jour, parfois plus tard, une coloration jaune, plus ou moins orangée [aureus, fig. 336); ou citrine {citreus, fig. 337), surtout à la partie épaisse, médiane.
C. Pomme de terre. — C'est le milieu qui donne les colonies les plus vivement colorées. Vers le deuxième ou le troisième jour, la culture est épaisse, luxuriante et d'un jaune véritablement doré (aureus) ou citrine (citreus) ou très blanche [albus) .
5^ Cultures en milieux liquides. -— A. Bouillon. — Rien de caractéristique. Trouble uniforme, rapide, sans flocons, ni pellicule (fig. 151). Dépôt abondant et coloré, mais moins vivement que les cultures solides. Le développement s'arrête vers le huitième jour.
B. Lait. — Rapidement coagulé (F. Krause), grâce à la production de plusieurs acides, dont l'acide lactique.
C. Sérum. — Végète agglutiné et atténué dans le sérum du lapin immunisé. Végète normalement dans le sérum neutre. (J. Courmoxt).
G) Coloration, Caractères microscopiques
±^ Coloration. — Se colore très facilement par toutes les couleurs basiques d'aniline. Froid le Gram,
2^ Forme. — L'élément est un coccus^ toujours rond (morphologie très fixe), de diamètre variable (0,9 fx à 1,2 [i). 11 est petit dans les cultures anciennes, très gros lorsqu'on le cultive à + 43*'. L'arrangement des cocci est caractéristique. Us sont disposés en ,amas qu'on a comparé à des grappes de raisin (d'où le nom de Staphylocoques) ; autour d'eux sont des éléments isolés ou groupés par 2, par 3, ou par petites chaînettes
152 LK STAPHYLOCOQUE PYOGENE
(le cinq éléments en moyenne (fig. 338). On n'observe jamais de longs streptocoques, ni de disposition constante en diplocoques
Fig. 338.
Staphylocoque pyogène.
Culture en bouillon (48 heures).
ou en télragènes; c'est un mélange confus de tous les groupements possibles.
3^ Mobilité. — Immobilité.
4^ Spores. — Pas de spores.
D) G.\RACTÊRES BIOLOGIQUES
1" Habitat. — Très répandu dans la nature. 11 existe dans l'air, dans les eaux (où il peut vivre longtemps; J. Gourmont), sur le sol, dans les poussières. On le trouve chez Thomme sain.
EL la surface de la peau, sur les muqueuses, dans le tube digestif (Gbssner, Duprk), dans la bile (17 fois sur 42; Lbtienne), etc. Exemple : quand on cultive le sang de la pulpe du doigt» après piqûre à la lancette, on a presque fatalement des cultures con* laminées par du staphylocoque (en général blanc et noA liquéfiant). On peut dire qu'il nous assiège (Eiselderg, Pawlowsky, Emmerigh, Ullmann, etc.)
2° Vitalité. — La vitalité est considérable dans les cultures; des cultures en bouillon, Agées de plus d'un an, sont parfois ensemencées avec succès, & plus forte raison des cultures solides.
Dans les matières album inoîdes desséchées, le Staphylocoque pyogène résiste plusieurs minutes à + 100® et assez bien aux antiseptiques.
La limite de température à laquelle végète une culture en. bouillon est environ + 40*^; on obtient même des cultures (atténuées, il est vrai, et à gros éléments) à-f43«> ct+ 44°, en réensemençant fréquemment à cette température un microbe puisé dans une culture très jeune. Cependant la résistance duStaphylocoque pyogène à la chaleur est en somme faible.
La durée et l'intensité du chauffage, nécessaires pour détruire la vitalité du microbe, varient suivant l'âge de la culture ; la plus âgée étant la plus facile à stériliser. Voici quelques chiffres dus â RoDBT : 41<' pendant deux jours et 45^ pendant vingtquatre heures ne tuent pas le Staphylocoque . 11 ne résiste pas au contraire à 44^ pendant cinq jours, 50^ pendant deux jours, 72** pendant une heure trente-cinq minutes et 80<* pendant une heure quinze minutes.
La lumière solaire (Gaillard) etélectrique (Chmklewsky) diminuent rapidement sa virulence et altèrent son pouvoir chromogène.
pROGHOWNicK et Spakth prétendent que le Staphylocoque pyogène est détruit en un quart d'heure au pôle positif d'un courant galvanique de 60 â 80 milliampèrcs, grâce au dégagement du chlore provenant de la décomposition du chlorure de sodium.
Un séjour de vingt-cinq à cinquante jours dans Teau distillée
PRÉCIS DE BACTÉRIOLOGIE, â« édit. 48
•754 LB STAPHYLOCOQUE PYOGENE
tue le Staphylocoque (Curt Braem, Bolton). Je l'ai yu, au contraire, vivre des mois dans ces conditions.
Tarnier et ViGNAL ont étudié avec soin l'action des antiseptiques. Il faut, pour détruire le Staphylocoque, un séjour de deux minutes dans une solution de bichlorurc de mercure à un millième, neuf minutes dans une solution de biîodure à un millième, etc. Les antiseptiques les plus pratiques seraient le bichlorure de mercure, l'acide phénique, le sulfate de cuivre et le biiodure de mercure. L'iode à un dix millième et le thymol à 1 cinq millièmes détruisent le microbe. L'iodoforme n'a pas d'influence (Martens, Kusz, etc.). Si on ajoute au bouillon de la pyoctaninc, dans la proportion de 1 cinq millième, le microbe périt en une demi-heure (Libbreich et Oskor). 11 ne se développe pas dans un bouillon contenant 1/2000 d'acide chiorhydrique (Vignal). Enfin, pour Sabrazès et Bazin, une pression de 90 atmosphères n'influence ni sa végétabilité ni sa virulence; les extraits orchitiques le tuent en trois jours.
C'est en expérimentant avec le Staphylocoque pyogène doré et quelques autres microbes, que Boccuard a calculé l'équivalent antiseptique d'une foule de substances médicamenteuses.
3» Virulence. — Rien n'est variable comme la virulence du Staphylocoque pyogètie, 11 peut même arriver qu'une première culture, provenant directement d'un abcès ou d'un foyer d'ostéomyélite, soit absolument inactive. En général, une première culture âgée de quarante-huit heures, tue le lapin, dans le sang, à 1/2 ou 4 centimètre cube. Les variétés citrine et blanche sont le plus souvent moins virulentes.
Le vieillissement atténue rapidement les cultures ; pour conserver un Staphylocoque virulent, il faut réensemencer la culture tous les cinq à huit jours. Cependant, une très vieille culture donnera parfois une culture fille virulente. 11 n'y a pas de règle connue à ce point de vue.
La virulence du Staphylocoque peut s'exalter artificiellement au moyen de passages successifs par le lapin ; on inocule dans le sang ou dans le péritoine et on ensemence le sang du cœur ; on réinocule la cultui'e ou directement le sang dans le péritoine.
II est rare qu'on ne puisse pas remonter la virulence d'un échantillon même très atténué.
40 Agglutination. — Le Staphylocoque végète agglutiné dans le sérum de lapin immunisé. Le sérum des malades atteints de staphylococcie n'agglutine pas (J. Coubmont).
5^ Caractères biochimiques. — Produit des acides gras aux dépens des matières sucrées. Transforme la lactose en acide lactique. Produit les acides acétique, valérianique, butyrique et propionique (odeur aigre des cultures).
Produit un peu d mdol. Peptonise le blanc d'œuf.
E) Action pathogène
±^ Action naturelle. — Le Staphylocoque pyogène est pathogène pour l'homme et pour les animaux.
A. Chez l'Homme. — Son rôle est immense. Rappelons que Pasteur l'a décrit originellement comme le microbe du furoncle et de l'ostéomyélite. C'est, avec le Streptocoque pyogène, l'agent le plus habituel de la suppuration.
Quelle est la fréquence des abcès à staphylocoques par comparaison avec les autres? En additionnant les statistiques de Zuckehmann, Rosenbach, Ogston, Passet, etc., on arrive au total de quatre cent quatre-vingt-quinze abcès qui se divisent ainsi :
Staphylococcus pyogenes aureus, citreus ou albus. 71 p. 100
Streptococcus pyogenes 16 —
Les deux réunis 5,5 —
Micrococcus pyogenes fœtidus, M. tenuis, etc. . Except.
La statistique de Karlinski donne un total de deux cents suppurations, très diverses :
Staphylococcus pyogenes aureus 82
— — albus 55
— — citreus 7
Streptococcus pyogenes 45
Divers 11
Total iOO
756 LE STAPHYLOCOQUE PYOGÂNB
Ces études comparatives ne sont pas exactes, car elles portent surtout sur des abcès chirurgicaux ; si on y ajoutait les abcès profonds, on verrait grandir considérablement la proportion des streptocoques. On peut dire que le Staphylocoque est le principal agent des suppurations superficielles , comme le Streptocoque est celui des suppurations profondes ; le Staphylocoque est plus chirurgical, le Streptocoque plus médical.
Aussi rencontrera-t-on le Staphylocoque dans la plupart des abcès cutanés ou sous-cutanés, des phlegmons, des suppurations compliquant les plaies, dans les tumeurs ulcérées, etc., etc.
n est l'agent fréquent des abcès par infection secondaire qui compliquent la fièvre typhoFde, le chancre syphilitique, etc.
Par contre, il sera souvent dilBcile d'affirmer que le Staphylocoque est la cause de telle lésion où on le rencontrera, en raison de sa présence constante sur les muqueuses. Quel est, par exemple, son rôle dans la production de l'amygdalite catarrhale, des tumeurs adénoïdes? (Ghatkllier.)
Et, même dans les abcès, ne peut-il pas, surtout lorsqu'il est associé à d'autres microbes, être seulement le fruit d'une infection secondaire ? En un mot, il ne faut jamais se hâter d'affirmer qu'un microbe aussi vulgaire est la cause de la lésion qu'il habite. Bouchard et Gharrin ont rencontré onze fois le Staphylocoque dans des arthrites rhumatismales chroniques et se sont bien gardé d'en tirer une conclusion.
Voici un tableau des principales affections humaines à staphylocoques *.
/ Furoncle (Pasteur, Ogston, Rosenbach, Ro-
Peau et tissu con- \ det, etc.). Anthrax. Toumiole. Folliculite
jonctif sous-cu- l purulente. Clou de Biskra, de Gafsa. Im-
tané / petigo. Ecthyma. Abcès et phlegmons sous-
[ cutanés. Purpura (Rehkr, Hlava, Libreton).
Os et ariiculation^ 1 ostéomyélite (Pasteur, Rodet) (37 fois sur 43;
us et ai ixcmaiwm. ^ Lan.velongue et Achard). Arthrites suppures.
■ Endocardites simple ou ulcéreuse. Myocar-
Appareil circula- ) dites suppurées. Péricardites suppurées.
toire I Phlébites. Thromboses. Artérites. Infection
[ générale sanguine avec ou sans pyohémie.
* Voy. J. CocRiioNT. Siaphylococcie. Traité de médecine de Brouardel et Gilbert. Bailliëre, 1895, t. I, p. 58i.
Appareil respira toxre
Appareil digestif
Organes des sens .
Appareil génilo-urinaire
Système nerveux. .
Infection générale.
Coryzas. Bronchites. Dilatation des bronches. Laryngites pseudo-memhraneuses diphtériques associées ou non diphtériques. Gangrène pulmonaire. Broncho-pneumonies surtout infantiles (3 sur 25, Netter). Pleurésies séreuses (excessivement rare) ou purulentes (très rare ; 6 sur 156 ; Nettbr) ou putrides.
Angines phlegmoneuses. Angines diphtériques associées ou non diphtériques. Infection sali vaire. Péritonite suppurée. Angiocholites suppurées. Abcès du foie. Ictères graves. Thyroïdites.
Otites suppurées ou non. Kératites. Conjonctivites.
Néphrites. Cystites. Infections urinaires. Salpingites. Métrites. Infection puerpérale (rare).
Méningites suppurées (très rare) . Encéphalites suppurées. Empyème des sinus.
Pyohémie.
B. Chez les animaux. — Le Staphylocoque pyogène a été reconnu comme Tauteur d^une ostéo-arthrite aigué infectieuse des jeunes oies (Lucet), d'abcès chez le chien, le chat, le loup, le renard la martre, le mouton, le lièvre, le cobaye, les souris blanche et grise, la, perdrix, Vkirondelle, le pigeon, etc., etc. (Karlinski), d'une épidémie sur les goujons du Rhône (Gharrin), etc.
2^ AoUon expérimentale. — A. Homme. — Zuckbrmann, ayant pratiqué 5 inoculations de culture, a reproduit des pustules, avec lymphangite dans un cas. Garré, s'étant frictionné le bras avec une culture provenant d'une ostéomyélite, fut atteint d'anthrax avec adénite axillaire. Netter a reproduit involontairement la même expérience. Enfin, on a fait quelquefois des abcès de fixation en inoculant des cultures sous la peau.
B. Lapin. — C'est lanimal de choix. Son inoculation, à différents Âges, par différentes voies, avec des doses variées de Staphylocoque pyogène est un véritable modèle d'étude expérimentale.
758 LE STAPHYLOCOQUE PYOGÊNE
Les expériences donnent les mêmes résultats avec le St. aureus
OUalbuS (HODET, JaBOULAY, J. CouRMONT, LANNKLOXGUEetÂCHAaD),
le St. citreiis (Laxnelongue et Achard). Valbus et le citreus sont en général moins virulents, mais cette loi souffre des exceptions (HoDET, Jaboulay, J. Courmont. Watson-Cheyne).
a. Inoculation intraperitonéale. — La voie péritonéale est la plus résistante (Grawitz, Steinhaus, Delbet, Hbrman) ; elle supporte des doses de cultures 20 fois plus fortes qu'un, autre organe sans suppurer. On obtient une péritonite fibrino-punilente et la mort en quelques jours; le microbe est abondant dans le sang et les viscères.
b. Inoculation sous-cutanée. — Voie la moins sensible, après le péritoine. 11 faut 0,75 à 1 centimètre cube (500000 000 de cocci, IIerman) d'une culture de virulence moyenne, pour produire un abcès. L'infection se généralise rarement et n'est presque jamais mortelle, sauf avec des doses très fortes de culture très virulente. Rodet a tué en quelques heures avec 2 centimètres cubes, J. Courmont avec i/4 de centimètre cube d'une culture très virulente. Il faut, en général, une dose double (i 000000000 de cocci, Herman) de la dose pyogène, pour tuer.
c. Inoculation sous-arachnoïdienne. — Voie un peu plus sensible. Méningite suppurée mortelle.
d. Inoculation intrapleurale . — Voie encore un peu plus favorable. 11 suffit de 0,25 centimètre cube de la culture qui ne fait un abcès sous-cutané qu'à 1 centimètre cube, pour faire une pleurésie fibrino-purulente, mortelle en quelques jours.
e. Inoculation intraveineuse. — (Vest la voie la plus commode et donnant les résultats les plus schématiques. Une ou deux gouttes suffisent à tuer (culture de même virulence que précédemment).
Si la dose est forte ou la culture très virulente, la mort survient en quelques heures à deux jours, sans aucune lésion appréciable, par simple septicémie. A l'autopsie, les organes sont congestionnés, les reins surtout; le sang fourmille de staphylocoques.
Si la dose est très faible et laisse survivre l'anima! plus de
vingt jours, il se produit des arthrites suppurées sans lésions viscérales.
Parfois, des lapins, qui avaient paru survivre, ont présenté, beaucoup plus tard, des myélites avec paralysies (J. Gourmont, Gilbert et Lion).
On a reproduit l'endocardite scléreuse ou végétante, avec ou sans lésions préalables des valvules (Wyssokowitch, Ribbert, BoNOME, G. Roux et Josserand).
La dose qui donne les meilleurs résultats doit laisser l'animal survivre une huitaine de jours.
Supposons le lapin adulte.
Dés le lendemain de l'injection, l'animal parait malade et sa température monte pour rester fébrile (40<* à 4i») jusqu'à la
Fig. 339.
Staphylococcie.
Rein d'un lapin mort le huitième jour après injection intraveineuse (grandeur naturelle).
Fig. 340.
Staphylococcie.
Coupe de l'autre rein du môme
animal (grandeur naturelle).
mort. Les urines sont albumineuses et contiennent des cylindres colloïdes avec des débris d'épilhélium et des globules rouges. La mort survient au bout de six à huit jours, avec pyohémie généralisée.
Les abcès des reins sont absolument constants (Rodet, Rib- RERT, Krause, Colzi, ctc.) et pcuvcut constituer l'unique lésion. Us font saillie à la surface de Torgane qui est parsemé de bos-
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
selures jaunAtrcs, parfois groupées en véritables bouquets (fig. 339). Sur la coupe, on voit que ces bosselures sont les bases d'abcès conoFdes à sommet central convergeant vers la papille; véritables traînées suivant et dessinant nettement les pyramides (fig. 340). Le bassinet peut être rempli d'urine purulente ; on peut aussi observer de la périnéphrite suppurée. Des infarctus, également en forme de pyramides, précèdent (dès le deuxième jour) l'apparition des abcès. Ceux-ci peuvent guérir, puisqu'on observe des cas de lapins ayant survécu mais présentant des cicatrices rénales blanchâtres, déprimées. II s'agit en somme d'infarctus suppures.
Les microbes, peu nombreux dans la zone mortifiée, très rares dans les tubes urinaires (habituellement dépouillés de leur épithélium), existent en amas considérables dans les vaisseaux de la zone médullaire, d'ailleurs atteints d'endartérite végétante.
L'infarctus est entouré dune zone d'infiltration leucocytaire et d'une autre ,plus externe, simplement congestive.
D'autres abcès existent souvent, mais non constamment, dans les différents organes ou tissus, muscles, poumons, foie. Une mention toute spéciale doit être faite pour le cœur qui contient presque toujours plusieurs abcès dans le myocarde même (fig. 341) ; la région de la pointe est particulièrement atteinte. La rate est habituellement indemne. Il n'existe pas de dégénérescence graisseuse du foie ou des reins, môme après des suppurations lentes (Lannelongue et Achard).
Les staphylocoques sont abondants dans le sang et lesorganes. f. Reproduction de V ostéomyélite, — C'est l'œuvre de Hodet*.
Fig. 341.
Staphylococcie.
Cœur du même lapin (gran
deur naturelle).
* RoD£T, Revue de Chirurgie, 1885, p. 273 et 636.
On avait auparavant reproduit des lésions osseuses suppurées à staphylocoques en accompagnant Tinoculation de fractures (Becker, Rosenbagh, F. Krause) ; mais c'est Rodet qui a montré qu'il suffisait, pour reproduire l'ostéomyélite, de choisir un jeune lapin en voie de croissance; le traumatisme préalable est alors inutile.
On choisit un lapin de deux mois, on lui inocule, dans la vessie auriculaire, une dose (1 ou 2 gouttes) qui le laisse survivre une huitaine de jours.
Au bout de quelques jours, on note un peu de tuméfaction douloureuse d'un ou des deux genoux ou quelquefois d'une autre articulation ; d'où l'attitude très particulière du lapin suspendu par les oreilles. Bientôt l'arthrite purulente est très nette.
A l'autopsie, on trouve toutes les lésions pyohémiques de l'adulte et en plus l'ostéomyélite.
Les arthrites purulentes frappent tout d'abord. Elles sont à peu près constantes et souvent très volumineuses. Elles peuvent se montrer dans toutes les articulations, grandes ou petites, même dans celles du carpe et du tarse, mais leur siège de prédilection est aux genoux puis aux épaules. Ces arthrites sont quelquefois indépendantes de toute lésion osseuse, rappelant alors celles qu'on observe chez les lapins adultes inoculés avec des staphylocoques atténués : le plus souvent elles ont pour origine un abcès osseux. On peut surprendre leur début, la synoviale est alors simplement injectée et couverte de taches ecchy m 0 tiques.
Les synoviales tendineuses suppurent chez certains sujets.
Les os dénudés offrent des abcès sous-périostiques ordinairement de faible volume et ne passant jamais à l'état de véritables phlegmons. Leurs sièges de prédilection sont : l'extrémité inférieure du fémur et supérieure du tibia, l'extrémité supérieure de l'humérus ; on peut néanmoins les rencontrer sur toute la longueur des diaphyses. Ces abcès sont constitués par une gouttelette de pus faisant saillie sous le périoste; cette élevm*e de dimension miliaire est habituellement entourée d'une zone hémorragique. Le pus éliminé, on se trouve en présence d'un
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
véritable séquestre (Og. 342) ou d'une cavité creusée dans los et pouvant conduire jusqu'à un fojer purulent médullaire (fîg. 34-3). Si la survie de l'animal a été suffisante, on constate déjà un peu de tissu osseux de nouvelle formation autour de la perte de substance.
Fréquemment, le périoste ne parait pas du tout altéré et les
Fig. 342.
Staphylococcie.
Extrémité inférieure (grandeur naturelle) d'un fémur de jeune lapin mort le septième jour d'une infection intraveineuse.
Deux séquestres baignant dans le pus de deuxcavités osseuses.
Traces de tissu osseux de nouvelle formation.
Fjg. 343.
Staphylococcie, Décollement épiphysaire de l'extrémité supérieure d'un humérus de jeune lapin mort le neuvième jour d'une infection intraveineuse. On remarque, en outre, une cavité remplie de pus, sans séquestre, creusée dans la diaphyse (gremdeur naturelle).
lésions sous-périostées passeraient complètement inaperçues, ainsi que le fait remarquer Rodet, si on ne prenait la précaution de décoller le périoste dans toute l'étendue de l'os.
Les abcès du canal médullaire sont très rares et, quand ils existent, restent habituellement cantonnés aux extrémités juxtaépiphysaires. L'infiltration diffuse de la moelle est exceptionnelle.
Les altérations les plus remarquables sont celles de la région juxta-épiphysaire, de la diaphyse des os longs et spécialement de l'extrémité inférieure du fémur, supérieure du tibia et de
l'humérus. Le tissu spongieux de la diaphjse qui confine au cai'tilage de conjugaison est infiltré dune petite quantité de pus, extrêmement friable et parsemé de séquestres souvent excessivement nombreux. C'est également à ce niveau que les abcès sous-périostiques sont le plus fréquents. Ces lésions s'arrêtent habituellement à une petite distance du cartilage de conjugaison qui est indemne. Le décollement juxta-épiphjsaire est souvent spontané, en tous cas le plus faible effort suflit & le produire ; ce n'est pas en réalité un décollement mais bien une fracture diaphysaire, une petite bande de tissu osseux diaphysaire restant habituellement accolée au cartilage (fig. 343).
Le tissu épiphysaire est le plus souvent sain. Cependant on peut y voir abcès et séquestres, soit primitifs, soit par propagation de la suppuration diaphysaire qui perfore le cartilage de conjugaison et va fuser jusque dans l'articulation.
RoDET a obtenu de belles pièces d'ostéite condensante .
La moelle de la plupart des os est vivement congestionnée. La vascularisation juxta-épiphysaire est ivbs remarquable, on peut observer de véritables hémorragies sous-périoslées.
Les microbes sont disséminés dans la moelle, le tissu spongieux et même le tissu compact. Ils oblitèrent même parfois complètement les canaux de lïavers.
La grande vascularisation des régions osseuses en voie de croissance et le ralentissement du courant sanguin k ce niveau expliquent la localisation des microbes (Bobroff).
Telles sont les lésions du squelette qu'on obtient chez le lapin en voie de croissance par injection intraveineuse d'une minime quantité de culture virulente de Staphylocoque pyogène, qu'il soit doré, blanc ou citrin. Elles sont la reproduction fidèle de Tostéomyélite aiguë humaine. Jaboulav, J. Courmont» Bobroff, CoLzi, Lannelongl'e et Achard, Lexer, etc., ont confirmé la découverte de Rodet. Ces lésions diffèrent-elles de celles de l'ostéomyélite expérimentale à streptocoques ? (voy. p. 741.)
Cette dernière a été obtenue par J. Courmont et Jaboulav (1890) et par Lannklongue et Achard (1891). Ces auteurs ne sont pas entièrement d'accord. Lanneloxgue et Achard, tout en prétendant différencier cliniquement sur Thomme rostéomyélite à
764 LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
streptocoques de celles k staphylocoques, n'admettent pas de différences notables entre les lésions osseuses du lapin, quHl soit inoculé avec le streptocoque ou le staphylocoque. Voici, au contraire, les conclusions de J. Courmoxt et Jaboulay : Le jeune lapin, inoculé dans le sang avec quelques gouttes d'une culture vii'ulente de streptocoque pyogène, meurt au bout de huit jorn-s enviroA, mais sans avoir présenté de symptômes d'arthrite. A l'autopsie : abcès très discrets (très inconstants) des reins et pas de foyers disséminés dans les viscères ou les muscles. Pas d'arthrite, pas de périostite, pas de décollement épiphysaire. Il faut fendre longîtudinalement les os longs et spécialement le fémur, le tibia et Thumérus : on trouve alors dans le canal médullaire, et n*empiétant pas sur le tissu osseux, un ou plusieurs gros abcès collectés. Une seule fois J. Courmont et Jaboulay ont vu un séquestre et une fusée purulente articulaire.
En résumé : le Staphylocoque produit une infection purulente généralisée avec ostéomyélite caractérisée par : périostite, séquestres, arthrites purulentes, décollements juxta-épiphysaires, suppuration osseuse discrète, intégrité habituelle du canal médullaire, tandis que le Streptocoque occasionne peu de désordres : abcès discrets des reins, autres viscères intacts, pas d'arthrites purulentes, pas de nécrose, pas de périostite, pas de décollements juxta-épiphysaires, mais abcès collectés dans le canal central médullaire. La lésion caractéristique de l'ostéomyélite à staphylocoques est la nécrose, celle de l'ostéomyélite à streptocoques est la suppuration médullaire. Le diagnostic peut se faire pendant la vie par l'absence ou la présence de gonflement articulaire. Lannelongue et Achard croient au contraire les arthrites plus fréquentes dans l'infection k streptocoques.
La reproduction expérimentale de l'ostéomyélite à pneumocoques et à bacilles d'Eberth n'a pas encore été obtenue.
g. Inoc. dans la chambre antérieure. — C'est la voie la plus sensible. La suppuration de la chambre antérieure s'obtient avec une quantité de coni 8 000 fois moindre que celle nécessaire au tissu sus-cutané (Herman).
h. Inoc. intratrachéale. — Les phagocytes du poumon (cellules épithéliales) détruisent les microbes en 4 jours.
ACTION PATHOGKNE 765
î. Variation artificielle de la réceptivité. — La réceptivité du lapin peut être facilement modifiée.
S'inspirant de la facilité avec laquelle suppurent les diabétiques S 0. BcjwiD a tenté de prédisposer le lapin, le rat, la souris & l'infection staphylococcienne par l'addition de gljcose & leurs organismes. Il a montré que des doses de staphylocoques incapables de produire des abcès, introduits sous la peau, deviennent pyogènes si on les inocule délayées dans une solution de glycose k 25 p. 100. Le résultat est le même si la solution de glycose est injectée dans la veine auriculaire et le microbe sous la peau. Ces expériences, très intéressantes, ont été confirmées par Fbrraro; il est vrai que Gbawitz, De Bary, Steinhaus, Herman en nient les résultats. Pour Nicolas, les cfTets de Tadjonction de la glycose sont inconstants.
D'autres substances sont, d'une façon bien inattendue, des adjuvants de l'action pyogène du staphylocoque. Citons : la cadavérine (Fshleisbn), le sublimé (Budjwid, Herman), l'acide phénique (Budjwid, Herman). Un centimètre cube d'acide phonique À 3 p. 100 favorise la suppuration du tissu cellulaire dans la proportion de 1 à 10.
Les cultures filtrées du Staphylocoque ou l'extrait alcoolique de ces cultures prédisposent le lapin à la suppuration par staphylocoques (RoDET et CouRMONT, Maltseff) (voy. p. 769.)
On peut encore favoriser l'éclosion d'un abcès dans un territoire donné en sectionnant les nerfs afférents à la région (Herman, Arloing).
Voyez V Immunisation, page 768.
B, Autres animaux.— Le Staphylocoque pyogène est pathogène pour la plupart des animaux, mais à un degré généralement moindre que pour le lapin.
Le cobaye succombe aux mêmes lésions que le lapin (Rodbt, J. Courmont) ; cependant je n'ai pu obtenir, sur lui, l'ostéomyélite.
Le chien (Pawlowsky), la souris, le rat ont été inoculés avec
* 11 en est de môme du chien privé de pancréas (Cuarrin).
766 l'B STAPHYLOCOQUE PYOGKNE
succèS) surtout dans le péritoine ; Tinoculation sous-cutanée produit un abcès.
LucET a reproduit l'ostéomyélite de l'oie.
¥) Toxines
Les produits extraprotoplasmiques, fabriqués dans ses culturcs par le Staphylocoque pyogène^ sont multiples.
10 Toxines pyogènes. — Suivant le sillon tracé par S. Arloing qui venait d'isoler la première diastase microbienne, de Christmas a montré que la culture stérilisée à -|- 100^ ou filtrée, était pyogène (chambre antérieure du lapin) et que cette propriété était due à une substance précipitable par 4 & 5 volumes d'alcool fort.
Leber avait cru isoler des cultures une substance iphlogosine) analogue aux alcalis, cristallisable, et pouvant entraîner- la suppuration. Ce n'était pas une toxine du Staphylocoque,
2^ Toxines vaso-dilatatrices. — Le liquide provenant de la filtratîon d'une culture en bouillon conserve pendant longtemps des propriétés vaso-dilatatrices. 11 contient des substances qui mettent les centres vaso-dilatateurs supérieurs du lapin en état d'hyperexcitabililé, ainsi qu'ARLOiNO (i891) Ta démontré par l'excitation du bout central du nerf de Cyon et du nerf auriculaire. La dépression artérielle est plus intense après l'injection du liquide. C'est ainsi que le Staphylocoque favorise la diapédèse comme l'admet Bouchard. On ne sait si les substances vaso-dilatatrices doivent se confondre avec d'autres produits du Staphylocoque pyogùne.
3^ Toxines proprement dites. — Quelques auteurs avaient bien noté certaines propriétés toxiques assez vagues des produits solubles du Staphylocoque, mais Kodkt et J. Courmont (1892) en ont fait sur le chien ei le lapin une étude détaillée et notamment graphique. Ces produits toxiques sont multiples; la plupart d'entre eux ne peuvent être confondus avec les produits Iprécédcmnient étudiés. Ils sont très altérables.
La culture filtrée est peu toxique grâce à la rétention de beaucoup de substances sur le filtre.
La culture complète, vivante ou tuée par la chaleur, entraine immédiatement la suspension de la respiration en expiration, une notable augmentation de la pression sanguine, TafiTaiblissement du cœur, un abaissement de la température et quelques accès convulsifs.
On opère ainsi sur un mélange de substances antagonistes qu'on peut dissocier en partie par l'alcool.
Les substances précipitables par Valcool sont, privées de leura antagonistes, plus toxiques que le mélange. On observe : mort en quelques heures; respiration en Cheyne-Stokes ; circulation peu atteinte; abaissement de la température; excitabilité nerveuse exagérée se manifestant par du tremblement, de la cborée, du tétanos. Les troubles respiratoires et convulsivants dominent la scène.
Les effets des substances solubles dans Valcool sont en grande partie opposés; ces dernières substances sont également plus toxiques que le mélange. H y a tendance à Tarrèt du cœm* et de la respiration; anesthésie complète; abaissement de la température; mort par arrêt du cœur. Les troubles cardiaques et anesthésiques dominent la scène.
L'antagonisme se montre donc entre les substances toxiques comme entre les substances prédisposantes et vaccinantes.
Les substances précipitables par l'alcool engendrent des néphrites.
Depuis ces travaux, nous avons obtenu des toxines bien plus actives, tuant le lapin à 1/100® de centimètre cube.
MossY et Marcano ont expérimenté des cultures filtrées qui tuaient en quelques secondes à 10 centimètres cubes.
4<> Staphylolysines, Staphyloleucocidines . — Voyez page 338 les expériences sur ces curieuses substances.
6^ Autres propriétés des toxines. — Les produits solubles du staphylocoque ont encore senù aux nombreuses expériences
768 LE STAPHYLOCOQUE PYOGEXE
faites en vue d'élucider Vinflammation, la suppuration, le cfùmiotaxisme des leucocytes, etc.
G) Immunisation, Prédisposition
10 Ixnmanisation. — On n'est pas arrivé k vacciner un animal avec des cultures vivantes.
RoDBT et J. CouRMONT (1891), opérant sur le lapin, ont montré que le Staphylocoque offre cette pailicularité très intéressante, et dont les conséquences sont faciles à deviner, de fabriquer simultanément dans ses bouillons de culture des substances antagonistes, les unes vaccinantes et les autres prédisposantes, les premières étant masquées dans le liquide filtré total par l'action prépondérante des secondes. 11 faut donc traiter le liquide ûltré par l'alcool pour les obtenir; elles sont précipitables par V alcool tandis que les prédisposantes sont solubles. On peut encore les faire apparaître en chauffant le liquide filtré à + SS® pendant vingt-quatre heures, opération qui affaiblit ou détruit les substances prédisposantes. 11 est donc indiqué, d'après ces expériences, de chercher à isoler un vaccin des produits solubles d'un microbe pathogène qui ne parait pas en fabriquer normalement.
On comprend pourquoi les auteurs (Mosny et Marcano) qui ont cherché à vacciner par l'ensemble de la culture filtrée, ont échoué.
ViQUERAT et Kosc, Parascandolo ont vacciné avec des cultures virulentes en bouillon sucré, stérilisées par l'addition de 5 p. 1(K) d'acide phénique.
Capman dit avoir immunisé des chiens et des lapins avec une culture en bouillon peptonisé à i p. 100, filtrée k l'âge de 20 jours.
Denys et Van de Veloe ont vacciné le lapin avec des cultures filtrées.
2« Prédisposition. — Dans le discours de Berlin (1890), Bouchard classait déjà le Staphylocoque parmi les microbes qui fabriquent des produits favorisants, c'est-à-dire à action adjuvante immédiatement toxique par paralysie du système vase-
DIAGNOSTIC BAGTÉRIOLOGIQUG 769
dilatateur. Rodet et J. Courmont (<891) ont étendu au SiaphylO' coque la découverte de J. Courmont de produits solubles prédispO' sants (voy. p. 339), c'est-à-dire modifiant Torganisme, au bout de quelques jours et d'une façon durable, dans un sens favorable à rinfection. Il suffit, pour les mettre en relief, de filtrer une culture en bouillon (infusion salée de viande de veau sans addition de peptone) sur porcelaine à 2 ou 3 atmosphères. L'âge de la culture importe peu, le liquide résultant de la filtration perd ses propriétés toxiques en vieillissant, mais non son pouvoir prédisposant.
L'injection au lapin peut se faire en même temps que celle du microbe, la suppuration est alors légèrement favorisée. Les effets les plus remarquables s'obtiennent en imprégnant d'abord l'organisme du lapin par la voie sanguine avec le liquide filtré et en inoculant le microbe longtemps après (trois mois et certainement beaucoup plus). L'infection prend alors une marche suraiguê, et ses lésions peuvent apparaître avec un virus trop atténué pour en produire sur un lapin neuf.
Les substances prédisposantes sont solubles dans l'alcool; on obtient les mêmes effets avec l'extrait alcoolique qu'avec le liquide total.
H) Diagnostic bactériologique
Le diagnostic bactériologique consiste & isoler le Staphylocoque pyogène, ce qui est facile. Le caractériser est également chose aisée.
Le sérodiagnostic (voj. p. 755) est impossible.
Il faut bien se garder d'attribuer au Staphylocoque toutes les lésions où on le rencontre sans une critique sévère. Il peut envahir une lésion (un abcès) préformée; il peut surtout être associé à des microbes plus difficiles à isoler, notamment au B. tuberculeux. Les pleurésies, les méningites, les péritonites à Staphycoloques sont rares; par conséquent, toutes les fois qu'on l'isolera on pensera à une infection mixte. On peut presque poser en principe, par exemple, quune pleurésie purulente à Staphylocoques est une pleurésie tuberculeuse ; ilfaut l'inoculer au cobaye.
PRÉCIS DE B.\CTÂRIOLOGIE 2* édit. 49
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1^ Examen mioroioopiqae. — Colorer les frottis avec le Gram (double coloration). Dans le pus : cocci plus ou moins isolés, hors ou dans les globules de pus.
20 Culture. — i^ Ensemencer un ballon de bouillon ; ^ promener une aiguille de platine chargée de pus (sans la recharger) sur 3 tubes de gélose.
B^ Inociilation. — La culture est presque toujours suffisamment caractéristique. 11 est cependant bon d*inoculer une culture de première génération, à la dose de 1 à 2 centimètres cubes dans la veine auriculaire du lapin.
I) SÉROTHÉRAPIE
Le sérum des animaux immunisés est bactéricite et aggluti^ nant (J. Courmont) et antitoxique (J. Mosny).
Celui des animaux prédisposés est mtcro6iopM7e (J. Courmont 1894).
Le sérum de Viquerat et Kosc, de Parascandolo serait préyentif et curatif, étant antitoxique et microbîcide.
Celui de Capman est également bactéricide et antitoxique ; il préserverait et guérirait lapins et cobaj^es.
Le sérum des lapins vaccinés par Denys et Van de Velde contenait une antiieucocidine, c'est-à-dire un « anticorps » neutralisant la leucocidine des cultures filtrées.
Il n'y a pas eu d'applications thérapeutiques à l'homme.