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ARTICLE V

BACILLES ENCAPSULÉS

PNEUMO-BACILLE DE FRIEDL^ENDER, BACILLE DE l'oZÈNË, BACILLE DU RUINOSCLÉHOME

Les B. encapsulés sont très abondants dans la nature. On les a retrouvés dans la bouche, les fosses nasales, les bronches, l'intestin d'individus sains. Us existent dans l'eau, l'air, le sol, etc.

Ils sont très pathogènes, comme on va le voir.

Strong les divise ainsi :

CARACTÉUES

Pneumobacille de Fnedldnder. Capsules constantes.

!«' GROCPE.

Bacille de l'ozène l Production de gaz par

Bacille du rhinosclérome. . . ) fermentation de la

saccharose , nulle avec la lactose.

Lait non coagulé.

i i Capsules inconstantes.

2» GROUPE. J B. laciis aérogènes (Escurich). J Gaz avec la lactose. ; ( Lait coagulé.

Grimbbrt et Legros identifient les deux groupes. Pour eux (1900), le B. lactis aerogenes est identique au Pneumobacîlh, ce qui augmente encore l'importance de ce dernier.

10 Pneumo-bifeille de Friedladnder. — Grâce à sa capsule, Friedl.«nder Tavait confondu, au début, avec le Pneumocoque, d'où une certaine confusion qui a duré un certain temps.

11 est Tagcnt de certaines broncho-pneumonies, pleurésies (séreuses ou suppurées), d*abcès du poumon, d'endocardites, de péricardites (séreuses ou purulentes], d'angines, de parotidites, d'abcès du foie, de méningites, de conjonctivites, de kératites, d'^otites, d'abcès divers surtout urinaires, etc. 11 peut, spécialement, occasionner de véritables angines pseudo-membraneuses (15 cas sur 2 500 examinés ; Ch. Nicolle et Hébert) ; actuellement on en connaît 22 observations (Nicolle et Hébert, Nicolas, Descos, etc.).

U existe dans la salive saine (Netter) ; mais rarement (24 fois sur 3 670 examinés ; Nicolle et Hébert) ; dans l'air (Upfelmann] ; dans les poussières ( Emmerigh ) ; dans l'eau (Grimbbrt) ; dans les vases de la Seine (Nicolle et Hébert), et^;.

S'il est identique au B. lactis aerogenes, il existe dans les matières fécales, fait fermenter le lait, cause certaines entérites des nourrissons, l'infection urinaîre, etc.

Aérobie facultatif, se cultive dans tous les milieux à partir de + 15^. Préfère les milieux légèrement acides. Pousse en bouillon, en formant un voile visqueux en anneau qui tombe au fond, le bouillon restant trouble. Pousse bien sur gélatine (culture en clou) sans la liquéfier, parfois avec production de gaz. Les cultures sur gélose, sur sérum sont épaisses et visqueuses comme du miel et coulent au fond du tube. Celles sur pomme de terre sont épaisses, jaunAtres, visqueuses avec production de gaz. Le lait est coagulé au moins au bout de quelques passages (Dexvs et Martin). En sérum liquide, développement peu abondant, mais belles capsules. Tous ces caractères de culture différencient nettement le Pneumo-bacille du Pneumocoque.

Sa vitalité est considérable dans les exsudais desséchés, dans

BACILLES ENCAPSULÉS 789

l'eau, dans le sol. Les cultures sont tuées rapidement à + 60° 80", La virulence des cultures est extrêmement variable.

Il ne forme pas d'indol (Frankland). 11 fait des nitrites aux dépens des nitrates. Il fait fermenter tous les sucres, sauf l'érythrite. 11 fait fermenter la glycérine. Il y a, d'ailleurs, à ce point de vue, des différences marquées suivant les races. Les uns font fermenter tous les sucres et la glycérine ; d'autres ne font pas fermenter la dulcite ; d'autres (Frankland, Nicolle et Hébert] ne font fermenter ni la glycérine ni la dulcite.

Grimbert a étudié avec soin les produits de fermentation dans le milieu suivant :

Sucre fermentesciblo 3 grammes.

Peptone sèche 2 —

Eau 100 cent, cubes.

Carbonate de chaux Q. S.

Ce sont : l'nlcool éthylîque, l'acide acétique, l'acide lactique gauche, l'aci'de.succinique. Us diffèrent suivant les sucres em. ployés. Les bulles gazeuses sont nombreuses. Si on remplace le carbonate de chaux par la teinture de tournesol, on juge de la fermentation par le virage au rouge.

Au microscope : petits bacilles, trapus (1 à 2 |x). On peu cependant voir, dans les cultures de bouillon, quelques formes longues (très polymorphe). Les bacilles sont souvent réunis 2 à 2. Immobiles. Pas de spores. Dans les exsudats, le sang, etc., les capsules sont bien visibles et semblables à celles du Pneumocoque (fig. 3i8). Dans les cultures, la capsule existe toujours mais est moins nette (Grimbert, Nicolle et Hébert) ; elle l'est davantage dans les milieux à sérum.

11 se colore bien par les couleurs basiques. Il ne prend pas le Gram, Voy. p. 286, les procédés de coloration de la capsule. ' Son action pathogène expérimentale, a été surtout étudiée par Rover (1804). La souris et même le cobaye sont très sensibles ; le lapin l'est beaucoup moins. Ce sont là encore des caractères qui distinguent le Pneumobacille du Pneumocoque. L'inoculation sous-cutanée ii la souris et au robnve forme un

790 IIICROBBS DIVERS

abrès à pus crémeux, filant. Si la dose inoculée^ est suflisanle, la généralisation s'opère et la mort survient en quelques jours, avec bronchopneumonie (chez le cobave}, hvperlhrophie de la rate, généralisation du microbe dans le sang et les organes. On peut obtenir la bronchopneumonie de la souris par inoculation

Pneumobacille de Fviedldnder. Crachats. Capsules négatives.

intrapulmonaire. L'inoculation intrapéritonéale tue d'une façon constante. L'inoculation intraveineuse de fortes doses est nécessaire pour tuer le lapin. Ch. Nicolle et Iïébgrt ont obtenu une fausse membrane sur la muqueuse vulvairc d'une lapine.

Les résultats sont d'ailleurs très différents, suivant les échantillons, qui présentent toute la gamme de la virulence. La soulia est l'animal de choix. A cùté de ces variations quantitatives, il y a des variations qualitatives ; certains pneumobacillcs, par

BACILLES ENCAPSULES 791

exemple, sont inoffensifs pour la souris et tuent le cobaye et le pigeon.

Les cultures filtrées tuent le lapin avec congestion et hémorragies intestinales, paralysies.

Comme nous l'avons vu, la distinction avec le Pneumocoque est facile (cultures, inoculations, ne prend pas le Oram). Dans les analyses d'eau, on pourrait le confondre avec le Colibacille ^ mais il est immobile, possède ime capsule, ne produit pas d'indol et fait fermenter la glycérine.

Le diagnostic des affections à pneumobacîlles se fera : 1<^ en colorant les frottis (thionine, Gram, coloration des capsules) ; H^ en cultivant en bouillon (si les produits sont purs), sur sérum coagulé (s'il s'agit de fausses membranes), (colonies grisâtres et visqueuses), sur gélatine (s'il s'agit d'abcès ou d'exsiidats) ; 3'' en inoculant à la souris, soit le produit (crachat), soit la culture, comme on le fait pour le Pneumocoque.

2^ Bacille de l'ozène. — Découvert par Lôwembkrg, Mar- SANi) et Abkl. Le dernier auteur l'avait constamment rencontré dans 100 cas, tandis que, chez 100 personnes saines, il n'avait trouvé qu'une fois le B. de Friedlander. Il n'y a aucun caractère fondamental qui le sé[)are du Pneumobacille. La fétidité serait due à des infections secondaires.

Abel aurait cependant reproduit, une fois, chez un individu sain, un début d'ozène, eu inoculant directement les cultures dans le nez.

8" Bacille du rhinosclérome. - Découvert par v. Frisch. Le suc de la tumeur, cultivé, donne un B. très voisin du Pneumobacille, sinon identique (Netter, (irNTHER). Les principales différences sont : ne se développe pas dans les milieux légèrement acides, ne fait pas fermenter les sucres, cultive peu abondamment. 11 faut de grosses doses, injectées dans le péritoine, pour tuer le cobaye : péritonite suppurée ; se retrouve dans le sang. En somme : à peine palhogènc et ne reproduit pas le rhinosclérome.

Dans les coupes, les cellules de Mikulicz contiennent 10 à 30

Bacilles de Frûch, encapsulés. 11 est bon de flxer à l'acide osmique.

ARTh.LE VI

BACILLE raSIFOHME

Ce bacille a été découvert par Vincent dans des angines, des stomatites pseudo-membraneuses simulant plus ou moins la diphtérie» et retrouvé par Bernheim, Abel, etc., dans certains abcès buccaux. Nombreux sont les auteurs qui ont confirmé cette découverte. Le bacille est voisin de celui de la pourriture d hôpital (voy. p. 793).

La maladie diphtéroFde est causée par le ceul .B. fusiforme ; la forme ulcéro-membraneuse (ressemblant à un chancre syphilitique), les abcès buccaux, sont dus à rassociation de ce microbe avec un spirille (comme dans la pourriture d hôpital , voy. p. 794).

Dans les frottis de fausse membrane, il se présente sous la forme d'un bâtonnet renflé au centre mais à extrémités effilées {fusiforme). Mesurant en général 4 à 5 ji sur 0,6 jx de largeur, il est parfois très long et incurvé en spirille. Les formes jeunes sont souvent en virgule. On voit fréquemment des vacuoles. Les formes géantes s'observent aussi.

H est immobile, sauf peut-être dans la salive du sujet (Letulle).

Il se colore bien par toutes les couleurs basiques d'aniline. Il ne prend pas le Gram.

Dans les coupes de fausses membranes, on trouve des amas feutrés de bacilles fusiformes dans la partie profonde de la couche superficielle.

Personne n'a encore pu cultiver le B. fusiforme à l'étal de pureté. On n'a obtenu que des cultures impures, en ensemençant la fausse membrane en bouillon ou mieux en sérum ou sérosité pathologique humaine. Les cultures impures sont fétides, comme l'angine elle-même. Niclut et Marotte ont réussi à obtenir trois passages on série de ces cultures impures en bouillon-sérum humain

BACILLE DE LA POURRITURE d'HÙPITAL

Ces cultures sont tuées en quelques minutes à + 60».

L'inoculation des fausses membranes ou des cultures sous la peau du cobaye ou du lapin, donne des abcès, avec foyers de nécrose ulcéreuse, dans lesquels on retrouve de nombreux B. fusiformes. La contusion préalable des tissus, l'injection d'acide lactique à un cinquième, favorisent la pi'oduction de ces lésions.

Le diagnostic de l'angine de Vincent (à caractères cliniques déjà spéciaux) se fera uniquement par l'examen microscopique. On colore à la thionine phéniquée et avec le Gram. On trouvera des quantités colossales de bacilles caractéristiques. Dans la forme ulcéro- membraneuse (la plus fréquente), un spirille fort mince, ne prenant pas le Gram, se colorant mal est toujours associé au B. fusiforme (fig. 349). (^e spirille, très mobile, ne peut être ni cultivé, ni inoculé.

Fig. 349.

B. fusiformes et spirilles.

Frottis de fausse membrane

(NiCOLLE et REMLIiNUER).

AUTICLK Vil B.\C1LLE DK LA POURHITIIHR D'HOPITAL

L'étude bactériologique de la pourriture d'hôpital doit élrc faite immédiatement après celle de Vangine de Vincent, en raison des analogies considérables qu'elle présente dans ces deux affections.

Le B. de la pourriture d'hôpital a élé découvert par Vincent. Si on colore un frottis de l'exsudat, fétide, pseudo-membraneux, delà plaie, on voit une très grande (luanlité do barilles

794 MICROBES DIVERîi

rcrtiligncs ou légèrement incurvés, quelquefois filamenteux ou en S, à extrémités amincies, donc à aspect fasiforme (4 à 8 fi sur i jjl). Beaucoup de bacilles sont articulés deux par deux. Le protoplasma est discontinu (préparations au bleu). Dans les cas graves, la préparation est une véritable culture pure.

Fig. 3â0.

/?. (le la pourriture iVhApifal ef .spinlles.

Frottis d'un exsudât pulpeux (Nicolle et Remlîxger).

11 so colore facilement par les couleurs basiques d'aniline. Il ne prend ]^ as le Qram. II est immobile.

Il y a do nombreuses formes d'involution dans les plaies traitées par les antiseptiques.

On constate ])resqne toujours (40 fois sur 47) lassociatiou d'un spirille très On, se colorant mal, ne prenant pas le (îram, impossible lï cultiver (fig. 350). (le spirille est souvent plus nombreux que le B. fasiforme. D'autres associations (surtout les pyogènes) s'observent fréquemment.

Le B. fasiforme ne se généralise même pas aux ganglions voisins.

Dans les coupes (colorer à latliionine phéniquée),on constate dans la partie profonde de la couclie superficielle un véritable buisson de bacilles.

Toutes les tentatives de culture et d'inoculalion ont échoué.

On donne un abcès au lapin, émacié par l'inanition, en lui inoculant de l'exsudat mélangé au Colibacille ou au Staphylocoque.

Le diagnostic bactériologique se fera par l'examen des frottis ou des coupes.

ARTICLE Vlll

La psittacose est une maladie commune aux psiltacées (perruches, perroquets) et à l'homme. Elle est transmissiblc de l'animal  l'homme et de l'homme à l'homme.

Le B. causal a été découvert par Nocard( 1892) dans la moelle osseuse d'ailes desséchées de perruches, venues de Buenos-Ayres, et qui avaient occasionné une épidémie de pneumonie. En 1895, Palamidessi retrouve le même microbe dans une épidémie analogue h Florence. Le seul cas où le B. ait été retrouvé chez l'homme appartient à Gilbert et Foubnier.

Le B. de la psittacose est excessivement voisin du B. d'Ebvrlh.

11 existe dans le sang et la moelle osseuse des perruches, dans le sang de l'homme qui succombe. Achard et Bensaude l'ont rencontré dans un abcès et une cystite ; (Jilbert et Foirsieh dans le contenu intestinal de perruches saines.

La morphologie, les caractères de culture sont identiques à ceux du B, d'Eberth.

Il végète sur les cultures grattées de B. d'Eberth et est à peine agglutiné par le sérum des typhiques (Widal et Sicard). ce qui sufût à le différencier. Le B. d'Eberlh ne végète pas sur les cultures grattées de B. de la psittacose.

Le sérum des malades n'agglutine pas.

Le B. de la Psittacose est inoculable aux perroquets et aux perruches par ingestion et par inhalation (ces animaux sont réfractaircs au B. d'Eberth). Il se produit de la somnolence, de la diarrhée, du hérissement des plumes et la mort au bout de trois à cinq jours.

Autopsie : congestion générale des viscères, ulcérations intes-

796 MlCnOlifiS DIVERS

tinales, hypertrophie de la raie. Le B. est dans le sang. L'inonilation sous-cutanée réussit également.

La souris, le pigeon^ la poule sont sensibles.

Le lapin, et surtout le cobaye, sont très résistants.

Le diagnostic bactériologique se fera en ensemençant le sang ou la moelle des os. On différenciera avec le B. (VEberth par l'agglutinabilité et les caractères d inoculation.

C'est avec des ailes, desséchées depuis quatre mois, que Nocard a isolé le bacille. Une prophylaxie sévère s'impose. De 1892 â 1897, on a signalé 70 cas humains avec 24 décès.

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