CHAPITRE II LES SÉRUMS THERAPEUTIQUES
Nous allons nous appesantir longuement sur la fabrication, la conservation et l'emploi du sérum antidiphtérique, ce qui nous permettra d'être plus bref pour les autres.
§ 1. — Sérum antidiphtérique
1^ Fabrication du sérum antidiphtérique. — L'immunisation du cheval s'obtient à l'aide d'injections de toxines.
a. Isolement d'un bacille de Lôf/ler typique. — La première opération consiste à isoler d'une fausse membrane diphtérique un B. de Lof fier typique {\oy, p. 6H), Il sera bon de faire plusieurs générations successives, afln de s'assurer de la pureté parfaite de l'agent isolé, avant de l'employer.
b. Virulence du bacille. — Lorsqu'on est en possession d'une culture pure de B, de Lôf/ler, il faut s'assurer de son degré de virulence. D'après Rorx, pour qu'un échantillon de cet agent pathogène soit apte à être utilisé pour la fabrication des toxines, sa virulence doit être telle qu'un cobaye du poids de 500 grammes meure en moins de trente heures, lorsqu'on lui injecte sous la peau un demi-centimètre cube de culture en bouillon âgée de vingt-quatre heures. On rencontre parfois des bacilles doués d'une virulence bien supérieure. Nous possédons notamment, un échantillon de bacille qui tue le cobaye dans les délais précédents à la dose de i/80 de centimètre cube. La virulence du bacille persiste fort bien si l'on a soin de réensemencer les cultures en bouillon (voy. les différents bouillons»
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p. 9\ et 613) tous les quatre ou cinq jours; elle se conserve également assez longtemps sur les milieux solides. La richesse en principes toxiques des cultures n'est pas exactement fonction de la virulence propre du bacille, il sera donc utile de chercher non pas un bacille très virulent, mais un bacille fabriquant beaucoup de substances toxiques (très toxigène), ce dont on s'assurera par des essais appropriés. 0. Culture en grand du bacille. — La toxine est préparée en
F'\fr. 35G.
Ballon de P'ernbach.
filtrant sur porcelaine une culture'en bouillon (voy. p. 347 et 621) de bacille virulent, faite dans des conditions déterminées. Ce bouillon est réparti par litres ou demi-litres dans des ballons de Kernbacb ù. tubulure latérale (fig. 556) ou mieux encore, selon le dispositif que nous employons, dans les [flacons de Mariotte couchés sur un support en bois spécial (fig. 357). Ce dispositif est peu coûteux el très solide.
Les récipients garnis de bouillon sont stérilisés à Tautoclave, ensemencés avec le bacille, et portés à Tétuve à -f- 37^. On a, ainsi, un milieu de culture disposé sous une faible épaisseur et présentant une large surface au contact de lair ; une aération très large étant utile pour la production d'une toxine très active.
SERUM ANTIDIPHTERIQUE
On augmente encore l'apport d'oxygène en faisant passer un courant d'air, lent mais constant, à la surface de la culture (Roux et Ybrsin) . Pour cela, la tubulure supérieure du ballon de Fernbach ou du flacon de Mariotte (A, fig. 357) est mise en communication avec une trompe aspirante, par Tintermédiaire d'une rampe munie d'embouts, et fixée dansl'étuve. L'air pénétre par
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Fig. 357.
Disposition pour raération continuelle des cultures en grand de B. de Lôfflev, dans une chambre étuve munie d'un système d'aspiration.
l'autre tubulure. Une pince à pression graduée (c], placée sur le tube d'union en caoutchouc, permet de régler l'arrivée de l'air extérieur. Pour éviter cependant une évaporation trop grande du bouillon sous l'influence de cette aération persistant plusieurs semaines, l'air extérieur se lave et se charge d'humidité avant d'arriver ù la surface du bouillon, par barbotage dans un flacon laveur (B), en communication avec la tubulure latérale. L'asepsie de l'air ainsi apporté est d'ailleurs assurée par sa filtration sur un tampon de coton stérilisé [d).
Avec un semblable dispositif*, et la température de Tétuve où
* Nous avons abandonné Taération des cultures pour la prodnction de la toxine. Elle est inutile.
nrt
LE- ^KBIM- THERAPBrTIVCEsi
sont ag^Df-ées les cultures étant maintenue à + 37^. la régéia- Uon dn B. de l/iffîer eet extréniemênt luiuriante. Déjà, après Tingt-quatre heures de S4';j«>ur a l'éluTe, le bouillon est très trouble. Les jours suivants, on Toit se former un Toile épais, mais facilement dissociable, de bacilles jeunes, à la surface, pendant que les bar i Iles vieui ou morts Tont former un dépdt alKjndant, une véritable purée jaunâtre. À la partie déclive du flacon. Presque dès le début, la culture est très riche, et cependant ce n'est qu'a la longue que le milieu acquiert son maximum de toxicité. Pendant le déreloppement du bacille, le bouillon de culture subit des modiûcations notables ; d abord alcalin, il devient acide au bout de quelques jours, puis redevient alcalin au bout de trois semaines à un mois environ ; la toxicité de la culture est à son maximum, le moment est Tenu de la filtrer *.
d. Piltration de la culture. — Cette filtration se fait d'après
les procédés indiqués au chapitre de la Stérilisalion par filtration^ sur bougie Chamberland (p. 51).
La bougie marquée B est celle qui convient le mieux à cette opération. Le liquide filtré est reçu dans des flacons de 500 grammes à trois tubulures (fig. 358) stérilises. On ferme à la lampe la tubulure centrale (/*), qui a servi au remplissage du flacon. La tubulure (/**') sert à souffler pour chasser la toxine par le tube (p), lorsqu'on veut en prélever une certaine quantité.
La toxine ainsi obtenue doit avoir une activité suflisante. Houx et Martin admettent qu'une toxine bien préparée tue un cobaye de 500 grammes en moins de quarante-huit heures, in-
Flacon-consierve de toxine après filtration de la culture.
* Avec les bouillons non sucrés (Martin, Massol, etc. voy. p. 613), on filtre le 8« jour.
SKRUM ANTIDIPHTÉRIQUE 825
jectée dans le tissu cellulaire à la dose de 1 dixième de centimètre cube. C'est là une toxicité qu'on obtient facilement en se conformant aux prescriptions sus-énoncées. 11 est facile de la dépasser,
e. Conservation de la toxine. — Cette toxine, ainsi recueillie dans des flacons stérilisés, peut être conseryée assez longtemps sans s*atténuer, pourvu qu'on la maintienne à l'abri de la lumière et de la chaleur ; il yaudrait mieux le mettre aussi à l'abri de l'air. Nous avons vu des toxines, conservées dans ces conditions, garder, encore après six mois, toute leur activité. Ce point est important en pratique, car il permet de préparer en une seule opération d'assez grandes quantités de liquide, qui pourront suffîre pendant plusieurs mois aux besoins du laboratoire. Il sera bon toutefois d'essayer la valeur de chaque flacon avant de s'en servir, car bien que d'unfe origine commune, ils peuvent ne pas avoir tous le même degré de toxicité.
Au début de l'immunisation, ou si l'on n'a qu'un seul animal en traitement, on n'épuisera jamais un flacon de toxine en une seule séance. On ne prendra donc, dans le flacon, que la quantité de liquide nécessaire, d'après les procédés déjà exposés pour l'extraction de petites quantités de bouillon ou de toxines des flacons où on les conserve (voy. p. 350)
f. Choix du cheval. — Pendant la préparation de la toxine, on a fait choix de l'animal à immuniser. On a pris un cheval pas trop vieux, car il est bon qu'une fois immunisé il puisse rendre des services pendant longtemps, sans compter qu'un cheval jeune, vigoureux, réagissant mieux aux injections (et avec moins de danger pour lui), sera plus apte à fournir un sérum curateur énergique. L'animal sera doux, tranquille, point méchant, car au moment de l'extraction du sang, des mouvements de défense intempestifs de sa part pourraient devenir cause de la contamination et, par suite, de la perte du sérum. Il ne sera porteur d'aucune affection contagieuse. La tuberculose spontanée est rare chez les équidés, en conséquence l'épreuve de la tuberculine ne sera pas nécessaire ou aura peu d'importance. Mais il n'en sera pas de même de l'épreuve par la malléine (voy. p. 541), la morve pouvant souvent exister à l'état
LES SERUMS THERAPEUTIQUES
latent chez un animal dont on ne connait, en général, pas les antérôdenls. Si Tan i mal ne présente aucune réaction locale ou générale, si la température ne s'élève que de quelques dixièmes de degré, si Ton ne constate ni tuméfaction notable au point dinjection, ni gonflement articulaire, ni jetage, on pourra le considérer comme indemne et entreprendre son immunisation. g. Immunviation du cheval. — Avant de commencer les injections de toxines, on aura la courbe de lu température normale du cheval prise matin et soir pendant quelques joure. Cette pratique sera d'ailleurs continuée régulièrement deux fois par jour pendant toute la durée de la préparation. L'immunisation du cheval est alors commencée. Plusieurs procédés peuvent être employés (voy. p. 625). Nous suivrons la méthode indiquée par Roux ; c'est elle que nous avons employée pour immuniser les chevaux à l'Institut de Lyon.
On se sert pour injecter la toxine, soit de la seringue de Roux de 20 centimètres cubes, soit d'une seringue analogue plus ou moins volumineuse, soit d'un appareil à pression d'air, rappelant celui de Burlu- REAUX pour les injections d'huile créosotée chez les tuberculeux. Ces appareils sont soigneusement stérilisés.
Lorsqu'on arrive aux fortes voies de toxine (200, 300 centimètres cubes) on ne peut plus employer les seringues. Nous avons fait construire l'appareil représenté figure 359. 11 se compose d'une poire en verre (P) graduée, de 500 centimètres cubes, supportée par une ficelle if) qui va s'engager dans une poulie fixée au-dessus de la mangeoire du cheval. Un long tube de caoutchouc (C), de deux mètres, relie le bas de la poire à l'aiguille de platine. Le tout est stérilisé k lautoclave. On met une pince sur (C). On introduit la quantité voulue de toxine, on remet le tampon d*ouate
Fip. 359.
Appareil pour injecter do grosses doses de toxine au cheval.
SÉnUM AXTIDIPHTÉIUQUE 827
(T). On monte la poire à i™,50 ou 2 mètres au-dessus de l'épaule du cheval, ayec la poulie. On enlève la pince. On s'assure qu'il n'y a plus d'air dans (C) . On pique le cheval à l'encolure, et on laisse la toxine pénétrer lentement
Les premières injections sont faites dans le tissu cellulaire avec des toxines additionnées de la moitié ou du tiers de leur volume de solution de Lugol (eau iodo-iodurée, p. 270). On peut commencer, par exemple, par faire pénétrer sous la peau i'2 centimètre cube de mélange; puis, on augmente peu à peu les doses du mélange, ou on diminue progressivement la proportion d'eau iodo-iodurée pour arriver à donner de la toxine pure. Les injections sont faites tous les deux, trois, quatre jours, ou plus ; en surveillant constamment l'état général, la température, l'appétit des animaux, etc. Au début, chaque injection s'accompagne d'une élévation plus ou moins marquée de la température, d'anorexie, et . d'une tuméfaction locale dure, douloureuse à la pression, à bords saillants, envahissant quelquefois une étendue de plusieurs décimètres de superficie. En même temps, survient de l'œdème k la partie déclive de la région inoculée, œdème qui peut gagner les membres voisins, gêner considérablement les promenades du sujet en expérience ou même les empêcher tout ù fait, ce qui est fort préjudiciable à son état général. De là Tintérêt qu'il y a & faire les injections aussi loin que possible des nvimbres, au cou ou sur les flancs. Cette tuméfaction persiste d'ailleurs en général peu de temps, elle disparaît complètement en quelques jours sans laisser de traces. Souvent il se produit également un gonflement douloureux au niveau des articulations, révélant d'anciennes tares de l'animal qui ont subi une poussée congcstive sous l'influence de traitement. Ces signes traduisent une réaction intense de l'organisme vis-à-vis de la toxine; aussi devrat*on toujours attendre, pour faire une nouvelle injection, que l'animal soit revenu à peu près û son état normal. Si des phénomènes anormaux surviennent, il ne faut pas hésiter à interrompre l'immunisation, pour attendre un retour complet à la santé, et ne recommencer qu'avec des doses inférieures aux dernières employées. Ces règles de conduite doivent toujours
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élrc présentes à IVspnt non spiilemcnt au début, mais pendant toute la durée de liniraunisation.
Dès qu'on est arrÎYé à donner sans réaction trop intense des toxines pures, on augmente progressivement la dose injectée, tout en se conformant toujours strictement aux règles précédentes. Le sujet supporte très bien successivement 2,4, 5, 10, 20, 30, 50, iOO centimètres cubes, etc. II maigrit quelquefois un peu, mais en général reprend vite son embonpoint antérieur.
L'animal qui reçoit, sans réagir, iOO ou 150 centimètres cubes de toxine pure (soit en tout 1500 centimètres cubes environ) est arrivé ù un degré assez élevé d'immunité ; c'est le moment de pratiquer une saignée d'épreuve de quelques centimètres cubes, à la veine de Tarse, ou à une veine des membres antérieurs : cette saignée renseignera sur la valeur du sérum. Si son pouvoir préventif ^est d'au moins 1/50 000**, ou s'il a 100 unités antitoxiques par centimètre cube (voy. plus loin p. 843), le sérum a une activité suffisante pour son emploi thérapeutique, et on pourra, si l'on est pressé, faire une première saignée abondante, après avoir toutefois laissé reposer le sujet pendant une dizaine de jours.
Il ne faut cependant pas se contenter de ce résultat, et l'on doit continuer à renforcer l'immunité de Tanimal jusqu'à ce que son sérum atteigne un pouvoir préventif de 1 / 80 000® à 1 . 100 000^ ou beaucoup plus.
Un pareil degré d'immunisation n'est obtenu qu'assez lentement et alors que l'animal a reçu de fortes doses de toxines. Un cheval que Hoitx cite comme exemple, avait reçu, en deux mois et vingt jours, 800 centimètres cubes de toxine, la dernière injection ayant été de 230 centimèlres cubes. Saigné sept jours plus tard, il fournit un sérum de pouvoir préventif égal ùl/i)0 000«.
Salomonskx et Madsex (1897) ont étudié la marche de l'immunisation chez le cheval. Ils ont signalé une baisse antitoxique habituelle chez les chevaux immunisés depuis longtemps, due A ce que l'organisme perd, à la longue, sa faculté de produire des antitoxines. Ces courbes du pouvoir antitoxique sont très
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intéressantes, mais très variables chez des animaux traités de façon en apparence identique.
II faut aussi savoir que certains chevaux ont brusquement (surtout à la suite d'une maladie quelconque) un abaissement énorme du pouvoir antitoxique de leur sérum.
Les injections doivent être faites en prenant, comme nous l'avons déjà dit, les précautions d'asepsie les plus rigoureuses, pour éviter les abcès, le tétanos, la gangrène gazeuse, etc.
h. Saignée et récolte du sérum. — Le cheval ayant été laissé au repos pendant une dizaine de jours, on procède à l'extraction du sang. Il sera bon de garder l'animal à jeun jusqu'à la saignée, le jour où l'on devra la pratiquer, pour éviter la présence ^possible dans son sang de microbes, entraînés par le chyle (Nocard), qui pourraient contaminer le sérum.
La saignée est faite en plongeant dans la veine jugulaire de Tanimal un trocart que l'on raccorde par un tube de caoutchouc à un flacon incliné où le sang va s'accumuler pour la coagulation. Les instruments nécessaires sont donc : un trocart bien aiguisé, un flacon destiné à recevoir le sang et un lu!)e de caoutchouc.
Nous allons décrire successivement ces trois appareils, puis nous ferons assister le lecteur à la pratique d'une saignée.
Fig. 360.
Trocart pourIasai<fDCC du
cheval dans la jugulaire.
LES SKRUIIS THERAPEUTIQUES
Le trocart (fig. 360), analogue à un trocart ordinaire de paracentèse, se compose de trois pièces. La canule (B) est longue de 10 à 12 centimètres environ avec un pavillon légèrement évasé. Le trocart proprement dit (A) s'adapte exactement dans la canule.
il est muni d'un manche piri- ^^v forme pour en faciliter le manie-
2 V^ 5 ment. Enfin, la troisième pièce (C)
est un embout percé dans son grand axe d'un canal, de diamètre au moins égal à celui de la canule, il comprend deux parties : Tune coniques adapte exactement dans le pavillon de la canule, Tautrc olivaire permet d'adapter cette pièce à l'extrémité d'un tube de caoutchouc (D), et de relier par conséquent le flacon à la canule.
Le pavillon de la canule et l'embout sont munis tous deux d' œillères qui permettent de les fixer intimement Tun à l'autre, et d 'empêcher ainsi toute séparation dans le cours de la saignée. Cet appareil est préalablement stérilisé en deux parties : d'une part, le trocart introduit dans la canule disposé tout prêt pour la ponction veineuse et entouré d'un manchon d'ouate ; d'autre part, l'embout fixé et ligaturé à Textrémité d'un tube de caoutchouc ayant une longueur de 1 mètre à 1^,50. L'orifice de l'embout et l'extrémité libre du tube de caoutchouc sont obturés avec un petit tampon d'ouate. Trocart et tube sont alors placés dans un large poudrier, fermé lui aussi par un gros tampon d'ouate, et sont stérilisés soigneusement à Tautoclavc à 4- H;i degrés. Les appareils à recevoir le sang sont très nombreux. Nous décrirons 4 dispositifs.
Fip. 361.
Grand flacon de 6 litres préparé pour recevoir aseptiquement le sang du cheval, à sa sortie de la jugulaire.
SERUM ANTIDIPHTÉRIQUE 831
1*». Nous disposons de vastes flacons à deux tubulures de la contenance de 4 ou 6 litres, que nous agençons de la façon suivante (fig. 361). La tubulure latérale est obturée par un bouchon de liège traversé à frottement par la branche verticale, plongeant jusqu'au fond du flacon, d'un tube en U dont l'autre branche effilée, fermée à la lampe, est libre à Textérieur (3) . La deuxième tubulure médiane est fermée par un bouchon en liège également traversé par deux tubes en verres, l'un (1) contourné en S, servira au passage du sang, l'autre (2), coudé à angle droit, laissera échapper l'air pendant le remplissage du flacon par le sang, puis servira ensuite à refouler l'air dans le flacon pour chasser le séiiim par le tube qui traverse la première tubulure. Ces deux derniers tubes sont fermés à leur extrémité libre par un tampon d'ouate. Les flacons, ainsi disposés, au nombre de 3 ou 4 pour une saignée, sont stérilisés d'abord au four Pasteur, puis à l'autoclave ù + 115 degrés. Immédiatement au sortir de l'autoclave les bouchons et les tubulures sont soigneusement paraffinés de façon à présenter à ce niveau une obturation hermétique.
Tout est prêt pour la saignée. Les flacons destinés à recueillir le sang sont disposes inclinés sur des supports en bois spéciaux (fig. 362) munis d'arrêts permettant de les incliner plus ou moins. La tubulure latérale est tournée en haut, et le tube plongeant est notablement retiré de façon à ne pas toucher la surface du sang pendant le remplissage. Les flacons sont placés côte à côte sur une table, afin que l'opérateur puisse passer rapidement de l'un à l'autre à mesure que les premiers sont pleins. On doit avoir en même temps sous la main le poudrier contenant le trocart et le tube de caoutchouc, un bistouri, des ciseaux, des pinces de Hohéme, une lampe k alcool allumée, enfin du fil ciré et des épingles ordinaires pour obturer la plaie après la saignée.
Le cheval dont on a préalablement rasé la région moyenne du cou, au niveau du trajet de la jugulaire, est alors amené auprès de la table où tous les appareils sont disposés. On fait un lavage soigneux de la région rasée, au savon, à la brosse, au sublimé et à l'éther, de façon à faire une asepsie absolue. L'asepsie des mains de l'opérateur doit être aussi rigoureuse.
LES SÊBl'MS THEBAPErTIQCKS
Pendant ce l^mps, un aide adapte reitrémité libre du tube de caoutrhouc au tube de verre contourné en S du flacon destiné a recevoir le sanjr, après avoir enlevé préalablement les tampons d'ouate et flambé Icf» deux extrémités à la lampe.
L'opérateur prenant de la main droite le bistouri flambé, se
Fig. 362.
Ensemble du dispositif pour la saignée du cheval.
On niniiitioiil la canulo <\u irorart (laii<i la veiiio ju^lairo du chcral pendant qu'un aide r(»riiprime c(*llo-ei, et qu'un palfrenior surveille et fait raasltquer l'animal.
place du cMé de la jugulaire à ponctionner et fait sur le trajet du vaisseau une petite incision transversale de 1 à 2 centimètres, perpendiculaire à la direction de la veine, comprenant la peau et les tissus sous-cutanés.
Le cheval doit être maintenu parfaitement droit et aussi immobile que possible par les aides. L'opérateur retire alors le trocart de son enveloppe de colon, et le passe rapidement dans la flamme de la lampe à alcool. Puis, faisant saillir la veine jugulaire, en la comprimant avec le pouce de la main gauche,
SÉRUM ANTIDIPHTÉRIQUE «33
dans rinterstice qui sépare le sterno-mastoldien de la trachée à la base du cou, ii plonge le trocart qu'il tient de la main droite À travers l'incision déjà faite, de* bas en haut, dans la saillie qne forme le vaisseau, parallèlement à sa direction *. La mobilité de la pointe de l'instrument indique qu'il est bien dans la jugulaire. Pour s'en assurer on retire alors défiiUJtiTement le trocaH de la canule, et l'on voit s'écouler avec une certaine force un jet de sang rouge veineux. On retire alors définitivement le trocart; l'aide adapte immédiatement l'embout fixé à l'extrémité du tube de caoutchouc dans le pavillon de la canule et les fixe solidement l'un à l'autre au moyen d'un fil passé dans les œillères. Le sang s'écoule alors avec une assez grande rapidité dans le flacon récepteur (fig. 362). S'il ne s'écoule rien au moment où l'on retire le trocart de la canule, c'est que l'on est en dehors du vaisseau (saignée blanche); il faut faire une nouvelle tentative. Pendant toutes ces opérations et les suivantes, on doit avoir grand soin de ne pas cesser de comprimer la jugulaire à la racine du cou. Outre l'avantage d'un écoulement plus abondant et plus rapide de sang produit par cet obstacle à la circulation de retour, cette compression rendra impossible toute aspiration et pénétration de l'air dans les veines et le cœur, accident qui pourrait facilement se produire sans cette précaution.
Si le sang s'écoule peu abondamment, on augmentera le débit, soit en comprimant légèrement la jugulaire du côté opposé, soit mieux en faisant exécuter à l'animal des mouvements de mastication par ingestion d'avoine, ou encore au moyen d'un tampon imbibé d'eau, acidulée légèrement avec de l'acide acétique, que l'on promène sur le dos de sa langue autour d'un bâton.
On laisse le sang s'écouler, jusqu'à la moitié du flacon environ, en évitant qu'il n'atteigne toutefois les tubes, ce qui pourrait occasionner un caillot irrégulier. On place alors rapidement, près Tune de l'autre deux pinces de Mohr ou de Hohéme sur le tube de caoutchouc au voisinage du flacon; on coupe cclui-
* On peut directement ponctionner la veine à travers la peau, sans incision préalable, mais on risque davantage les ponctions blanches, et on peut facilement entraîner dans la profondeur, avec le trocart, des germes de la surface cutanée.
PRÉCIS DE DACTÉRIOLOGIB, 2* cdit. o3