GÉNÉRALITÉS
S^ Rôle des microbes du sol. — Les microbes pathogènes du sol sont les propagateurs d'un grand nombre de maladies infectieuses. 11 sutlit de rappeler Texistence des champs maudits de la Beauce où le charbon faisait, avant la vaccination, de si grands ravages dans les troupeaux qui y paissaient, grâce aux vers de terre qui apportaient à la surface les bacilles des cadavres charbonneux enfouis (Pasteur). On stiit que presque tous les cas de tétanos humain compliquent des plaies souillées de terre. L'impaludisme, la dysenterie, la fièvre jaune déciment les armées qui sont obligées de faire des tranchées, des mouvements de terrain (expédition de Madagascar). Le dessèchement des marais fait disparaître la malaria d'un pays**. Pour Pettkn- KOFEu les oscillations de la nappe souterraine ont une grande influence sur les épidémies : spécialement de choléra. La récente épidémie espagnole suivit des mouvements de terrain, etc., etc.
A côté du rôle pathogène des microbes du sol, nous devons signaler en quelques mots leur rôle botanique. Certains microbes saprophytes du sol offrent le plus haut intérêt, ce sont les agents nitrificateurs.
Le sol métamorphose les substances organiques : Teau qui a filtré à travers leur couche de terre, a perdu la majeure partie de son azote organique, de son ammoniaque pour se charger de nitrites et de nitrates. Ces nitrates fournissent Tazote à la plupart des végétaux qui l'assimilent ainsi. Dès 1887, Schloesixg et MuNTz, s'appuyant surtout sur le fait que cette transformation ne se produit pas si la terre du filtre a été stérilisée, supposèrent Texistence d'un ferment nitrificateur vivant, oxydant l'ammoniaque dans le sol. Winogradsky ^ a isolé et cultivé ces ferments. Le processus est double. Un petit coccus transforme d'abord l'ammoniaque en acide niireux. Celui-ci est, à son tour, transformé en acide nitrique par une petite bactérie. On voit
* On sait actuellement que le paludisme et la fièvre jaune se propagent par les moustiques et que le sol ne joue qu'un rôle indirect dans leur épidémiologie.
• WiNOGRADSKv, Recherches sur les organismes de la nitrificalion, Ann. Pasteur, 1890, etc.
le role immense joué par les microbes nitrifîcaleurs dans la préparation du sol à la végétation des plantes. C'est déjà un microbe du sol, le Microccm ureœ de Pasteur, qui avait, au préalable, transformé Turée en carbonate d'ammoniaque. Duclaux estime, en outre, que les microbes de la terre sont précieux à la germination des graines par les diastases qu'ils fabriquent.
Quelques plantes (petits pois, luzerne), au lieu d'emprunter l'azote aux nitrates, le prennent directement à l'atmosphère, mais grâce à des nodosités des racines (Hkllriegel et Wilfarth) dues à certains microbes (Laurent et Schlcesing fils, Winogradsky).
Certains micpobes peuvent nuire au contraire à l'agriculture. Le fumier laissé à l'air s'échauffe à + 80», et se couvre de vapeurs d'eau et d'ammoniaque que le vent emporte. Cet échaufTement est dû au Bacillus subtitis. On augmenterait beaucoup la richesse des fumiers en azote en les stérilisant, par exemple en les arrosant avec un acide minéral.
La houille est le résultat de la transformation de forêts entières à l'aide de microbes.
§ 2. — Analyse quantitative
Elle se fera d'après tous les procédés que nous avons étudiés à propos de l'analyse de l'eau ou de l'air. Une masse donnée de terre sera distribuée dans du bouillon (fragmenté ensuite en petits ballons) ou dans de la gélatine liquide (étalée ensuite) ; on comptera les colonies qu'on reportera au volume de terre employé. Il va sans dire qu'il faudra opérer une dilution considérable et bien mélanger le tout pour pouvoir compter les germes de la couche superficielle du sol. La terre sera recueillie avec un instrument aseptique et débarrassée des pierres et autres corps étrangers. Pour avoir des échantillons de terre à difTérentes profondeurs, on fera creuser des tranchées ou on fera des forages. C. Fr.ïnkkl recommande une sorte de sonde creusée à emporte-pièces. Cette sonde, en acier, porte à sa partie terminale un pas de vis qui aide à l'enfoncer ; elle est fixée à un long manche. Au moment voulu ou peut faire ouvrir une
ANALYSE QUALITATIVE DKS MIGROHES DE LA TEHRE 439
ouverture latérale de la sonde dans laquelle une ailette latérale amène un peu de terre. Le mouvement inverse referme la cavité et Tappareil est retiré. La sonde a été stérilisée au préalable. Il faut avoir soin de mettre la terre puisée immédiatement en culture, ou de la conserver à 0<*, absolument comme Teau.
§ 3. — Analyse qualitative
Outre les procédés habituels dediagnose de toutes les espèces isolées du sol, et sur lesquels nous n'avons pas à revenir puisqu'ils n'ont rien de particulier, signalons le moyen de mettre en relief certaines espèces spéciales. Pasteur a isolé le V. septique et le B. anthracis, et Nicolaïer le B. tétanique du sol, par l'inoculation au cobaye. Pasteur lévigeait la terre pour enlever les particules grossières ; l'eau de lavage était décantée et laissée au repos. Le dépôt était chauffé quelques minutes à + 90^^ pour tueries espèces non sporifères, et inoculé sous la peau de cobayes qui mouraient de charbon ou de gangrène gazeuse. C'est également par l'inoculation au cobaye qu'on isole le Bacille de Nicolaïer; certains humus sont à tout coup tétanigènes.
WiNOGRADSKY a suivi une technique tout à fait spéciale pour isoler ses ferments nitrilicateurs. Ceux-ci ne poussent pas sur gélatine, mais croissent abondamment et exercent leur action nitrifiante dans des milieux absolument privés de matières organiques où les autres microbes végètent difficilement. L'isolement s'obtient donc au moyen de liquides dépourvus de substances organiques tels que le suivant :
Sulfate crammoniaque 0,4
Sulfate de magnésie 0,05
Sulfate de potasse 0,1
Chlorure de calcium traces.
Carbonate de sodium O.tt à 0,9
Eau distillée 100,0
On se reportera au travail de Wixogradsky {loc. cit., p. 437) pour les détails de fabrication de ce liquide qui se gélatinise en cinq ou six minutes, et s'emploie comme la gélatine ordinaire.