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Fabrication de la céraseï procédé hollandais

Les trois procédés en usage dans cette industrie diffèrent beaucoup par le mode d'opérer, quoique des réactions semblables se passent dans tous les trois. Le procédé hollandais étant celui que l'on suit plus généralement, nous décrirons d'abord ses opérations, en indiquant les perfectionnements qui diminuent l'insalubrité du travail, et qui pour la plupart sont dus à MM. LefeLvre, de Lille, Hameline et Besançon, de Paris.

Fusion et moulage du plomb. — On fait fondre le plomb dan» une chaudière en fonte A (pi. XVII, fig. 1), surmontée d'une hotte en tôle A' communiquant avec une cheminée A* qui 39-

sure la ventilation. Une porte en tôle à doubles venteaux B, ouvrant au moyen de coulisses, permet de laisser la hotte close, précaution à prendre surtout lorsque la refonte des lames oxydées répand des poussières insalubres. On ouvre la porte au moment de puiser le métal maintenu à quelques degrés seulement audessus du point de fusion, on le verse dans une lingotière plate, en fonte, où il s'étend en une bande mince, longue de 40 centimètres, large de 10 centimètres, épaisse de 1 à 3 millimètres. Afin de multiplier les surfaces en contact daos les réactions suivantes, M. Besançon emploie des lingotières creusées de sillons qui se croisent à angle droit : il obtient ainsi au lieu d'une lame, une grille à jour (représentée sur une grande échelle, fig. 5). Une disposition qui facilite beaucoup le moulage consiste à ranger sur une table tournante C, à pivot (fig. 1), les moules en fonte; l'ouvrier qui coule fait tourner la table à mesure qu'il remplit ces moules, qu'un aide prend, renverse et replace, en ayant toutefois la précaution de les changer dès qu'ils s'échauffent trop.

Dispositions des fosses. — Les lames ou les grilles en plomb doivent être exposées aux réactions de l'air, de l'acide acétique, de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique, qui, aidés par une température de 36 à 60* , oxydent le métal, et forment de l'acétate neutre que les progrès de l'oxydation rendent tribasique; celui-ci est alors décomposé par l'acide carbonique, forme du carbonate de plomb, puis est ramené à l'état d'acétate de plomb neutre, qui de nouveau devient tribasique à mesure que le plomb s'oxyde. Les mêmes réactions, répétées un grand nombre de fois, produisent des quantités de céruse variables suivant des circonstances accidentelles indiquées plus loin.

Les fosses a, a (fig. 2) sont rectangulaires, adossées parfois sur deux rangs composés chacun de six ou huit fosses, afin de ménager les matériaux et l'emplacement. Chacune des fosses est construite en maçonnerie solide, sur le sol ou bien à un mètre en contre-bas; ses dimensions mesurées dans l'intérieur sont 4 mètres en carré de base et 6 mètres de hauteur, ce qui donne une capacité vide de 96 mètres cubes. On remplit successivement ainsi chaque fosse : on dépose au fond, n° 1, une couche de fumier de cheval épaisse de 40 centimètres; on place dessus un Ut de pots d'un litre, portant à l'intérieur (fig. 3) trois tasseaux 6, 6, en saillie; on garnit avec du fumier un intervalle de 25 centimètres, laissé entre les pots et les parois ; dans chaque pot on

verse * de litre de vinaigre commun (sauf 5 pots au moins, 10 au plus, dont 1 ou 2 au milieu et 4 ou 8 aux quatre coins sont remplis aux * de leur capacité); chacun des pots abc (fig. 3), contenant \ de litre de vinaigre, reçoit en outre une lame de plomb rf, et contournée en spirale et retenue dans la moitié supérieure par les saillies internes by b.

On couvre ensuite tout le lit de pots avec un triple ou quadruple lit de lames de plomb e, e, e, étendues à plat; sur ces lames de plomb on place six traverses en bois de 8 centimètres d'équarrissage, sur lesquelles on établit une plate-forme en planches rapprochées les unes des autres.

On répète les mêmes dispositions, n° 2, en posant : 1° une couche de fumier de 33 centimètres, 2° un lit de pots chargés comme dans la première couche, 3° les lits de lames de plomb, 4° des traverses et un plancher. Les couches et lits alternatifs se succèdent dans le même ordre jusqu'à ce que la fosse soit pleine; alors le dernier plancher, n° 8, doit être recouvert d'une couche d'environ 50 centimètres de vieux fumier. Il convient d'établir, pour la circulation de l'air, une communication d'une couche à l'autre, en ménageant entre elles de petites cheminées vides, alternativement d'un côté, puis du côté opposé (yoy. la coupe, fig. 2) . En outre, une embrasure de porte, régnant dans toute la hauteur au-dessus du sol, n'est fermée que par des planches disposées horizontalement et qui laissent dans leurs joints accès à l'air extérieur.

Si l'on emploie les grilles de plomb au lieu des plaques, on doit se servir de pots a (fig. 4), ayant une hauteur moitié moindre que les précédents. Chacun d'eux reçoit -i ou | de litre de vinaigre, puis on place au-dessus cinq ou six lits de grilles de plomb i, bj tout le reste de l'arrimage ayant lieu comme ci-dessus; mais on économise la place, et dans la même fosse on peut introduire 18 couches au lieu de 15. Chaque pot représentant 1^,5 de plomb employé, il entre dans une fosse de 9000 9 à 1 1 000 kilogr. de plomb qui produisent de 4700 à 7600 kilogr. de céruse et laissent inattaqués 3400 à 5000 kilogr. de plomb.

On maintient les choses en cet état 30 à 35 jours, et 45 jours si, au lieu de fumier, on emploie du tan épuisé provenant des tanneries. Le rôle de ces deux agents est le même : il consiste à fournir, par la fermentation qui s'établit dans leur masse, la chaleur, l'acide carbonique et la vapeur d'eau; réchauffement des pots qui en résulte vaporise le vinaigre (acide acétique et eau), et les

réactions indiquées ci-dessus oxydant le plomb, le convertissent par degrés en acétates monobasique et tribasique, puis en carbonate. Ces réactions sont malheureusement fort irrégulières, la température étant trop élevée au centre (90 à lOO») et l'accès de l'air difficile, tandis que près des parois le contraire a lien. • Une circulation déterminée d'air à une température de 35 à 45% et saturée d'eau, rendrait probablement l'opération bien moins chanceuse. La tannée, ne dégageant pas de gaz acide sulfhydrique, donne une céruse plus blanche que celle obtenue sous l'influence du fumier. Lorsque le fumier renferme beaucoup d'excréments (crottin de cheval) et peu de paille, il donne lien à un dégagement tel d'acide suif hydrique et de sulfhydrate d'ammoniaque que le produit en céruse se trouve fortement bruni. Démontage des couches. — Si l'on a disposé 36 fosses à fumier, on peut en charger une et en décharger une autre chaque jour. Les lames de plomb carbonatées sont enlevées de chaque lit et transportées dans de petits baquets à l'atelier où s'opère la séparation entre la portion restée métallique et la couche carbonatée friable. Au lieu de faire cette opération à la main en frappant avec des battes toutes les lames, on doit la faire mécaniquement, afin de soustraire les ouvriers à l'insalubrité des poussières plombeuses. Les plombs (lames déroulées, lames plates ou grilles) sont portés par un monte-sac, bc (fig. 6), dans un atelier où l'ouvrier prend les baquets pleins et accroche les vases vides qui redescendent; il étend les plombs sur une toile sans fin dfy qui les conduit entre des rouleaux de bronze cannelés /*, f . Là les parties carbonatées friables sont concassées, passent au travers du blutoir g, tombent dans un récipient ij\ contenant de l'eau, tandis que les lames résistent et arrivent au bout du blutoir, dans la caisse A, d'où on les prend pour les replacer dans les fosses ou les refondre si elles sont trop minces. Le carbonate est puisé dans le récipient du blutoir, versé dans le réservoir d'une chaîne à godets kk' (fig. 7), qui le monte au premier des neuf moulins à eau /, à meules horizontales; le produit du broyage est repassé successivement du récipient d'un moulin au moulin suivant, de manière à subir sept broyages successifs dans les neuf paires de meules (une ou deux étant toujours soit en réparation, soit au nettoyage que rendent indispensable les menus débris de plomb qui s'y fixent). La pâte liquide sortie du dernier moulin est tassée dans des pots coniques (contenant de £ à | de litre), qui sont placés au fur et à mesure sur les tablettes n (fig. 8) d'un

séchoir à l'air Kbre. On achève la dessiccation dans les étuves à courant d'air chaud; à cet effet, on pose les planchettes chargées de pots sur les traverses en fer (solidement peintes à l'huile) de chaque étuve, jusqu'à ce que l'étuve soit complètement garnie. La dessiccation doit être graduée et il faut éviter des changements brusques de température qui feraient fendiller les pains. Lorsqu'on ne doit pas vendre sous la forme de pains commerciaux (de lk,! à 1^,5), il est plus avantageux de mettre la céruse en pâte, dans des terrines plates, où les pains d'épaisseur moindre et plus régulière produisent, en un temps et un espace donnés, une plus grande quantité de céruse sèche.

On ajoute souvent une très-légère proportion d'indigo à la céruse pour détruire la teinte jaunâtre.

Mise en poudre des pains de céruse. — Les pains sèches en terrines plates sont mis en poudre, afin de préparer le mélange et le broyage à l'huile. Cette pulvérisation, dangereuse lorsqu'elle s'opère en moulins, tamis et blutoirs ouverts ou mal clos, a été rendue inoffensive par MM. Hameline et Besançon; la disposition qu'emploient ces manufacturiers est indiquée figure 9. On voit que les pains et morceaux de céruse sont dirigés d'une trémie a, par une toile sans fin b, dans une double enveloppe, et conduits dans un moulin de fonte à cannelures d, e. La poudre tombe successivement sur deux tamis à brosses /*, g; les parties grossières sortent au niveau des tamis et tombent dans une caisse latérale g'; la poudre passée au travers des deux tamis tombe dans un récipient A, soit à sec, si la poudre doit être livrée directement, soit contenant de l'huile, si la céruse doit être vendue à l'état de mélange avec l'huile. Dans tous les cas l'enveloppe des moulins communique avec une chambre P, et celle-ci par un tube n, avec une cheminée o, dont le tirage entraîne les poussières avec l'air introduit par les fissures. On peut recueillir, d'ailleurs, une grande partie de cette céruse en poussière, au moyen d'une injection de vapeur, par un tube m, dans la chambre intermédiaire : la vapeur se condense, réunit les particules et facilite leur précipitation, évitant ainsi une déperdition notable et une cause grave d'insalubrité.

La figure 7 bis donne, par une coupe verticale, l'indication des détails d'un des moulins mentionnés page 803 : a, axe qui communique le mouvement de rotation à la meule tournante bb; ce, meule gisante; rf, pignon recevant l'impulsion de la grande roue d'engrenage.

Oa obtient de la céruse plus pure en la délayant dans l'eau et séparant par trois ou quatre décantations successives les corps plus grossiers, ou la grenaille de plomb, échappés à l'action des meules.

La céruse, spontanément empâtée par l'huile d'oeillette dans le récipient h (fig. 9), est livrée aux peintres ou marchands de couleurs, qui ajoutent au mélange de l'huile de Un siccative et un peu d'essence de térébenthine.

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