Nomenclature
But de la nomenclature. — La nomenclature chimique a pour but de faciliter l'étude delà science en signalant l'état simple ou composé des corps, leurs propriétés principales et les proportions des composants. Quant aux corps simples en particulier, leurs noms se rapportent souvent à quelque propriété spéciale.
On a rangé les corps simples en deux classes : les métalloïdes (non métalliques) au nombre de 15, et les 49 métaux. Les voici énumérés (les corps non métalliques sont marqués d'un astérisque (yoy. p. 18 et 19) : fluor*, chlore*, brome*, iode*, oxygène*, soufre*, sélénium* , azote*, phosphore*, arsenic*, antimoine, tellure* , chrome, vanadium, molybdène, tungstène, niobium, indium, tantale, titane, bore* , carbone*, silicium*, hydrogène*, or, osmium, platine, iridium, ruthénium, rhodium, palladium, argent, mercure, cuivre, bismuth, plomb, étain, cadmium, zinc, cobalt, nickel, fer, manganèse, uranium, didyme, lantane, cérium, thorium, zirconium, aluminium, erbium, terbium, glucinium, yttrium, magnésium, calcium, strontium, baryum, lithium, sodium, potassium, rubidium, csesium, thallium.
Oxydes. — L'un des corps simples, l'oxygène, peut se combiner avec chacun des autres; aussi dit-on de tous qu'ils sont oxydables. Les composés qui se forment ainsi se nomment acides, s'ils rougissent les couleurs bleues végétales ou saturent les bases; on les appelle oxydes, s'ils peuvent saturer les acides; et oxydes alcalins, s'ils ramènent au bleu les couleurs rougies par un acide ou s* ils font virer au vert certaines couleurs bleues ou violettes végétales (*). Voici comment on caractérise chacun des
(*) Les corps simples, en Munissant, forment des corps composés acides, basiques on neutres.
Ainsi, le soufre qui brûle dans l'air libre se combine à l'oxygène, forme de l'acide sulfureux; le charbon dans les mêmes circonstances, s'unissant à l'oxygène, forme de l'acide carbonique ; le sodium brûlé par l'oxygène donne l'oxyde de sodium (soude), base alcaline; l'hydrogène qui brûle dan* l'oxy-
oxydes : pour désigner un corps simple qui se combine avec une proportion d'oxygène, on dit l'oxyde de ce corps, oxyde cT aluminium, oxyde de magnésium. Pour distinguer les combinaisons d'un corps qui s'unit avec une, une et demie, deux proportions d'oxygène, leur nom est précédé des mots prot, sesqui, bi : ainsi on dit protoxyde, sesquioxyde de fer; protoxyde, bioxyde de plomb ou de manganèse. Lorsque l'on veut graduellement désigner les oxydes plus oxygénés, les dénominations de protoxyde, sesquioxyde, deutoxyde, tritoxyde sont usitées. On désigne sous le nom de peroxyde l'oxyde le plus oxygéné (ou le plus oxydé) qu'un corps puisse former en s'unissant à l'oxygène.
Acides. — Lorsqu'un corps ne forme qu'un acide avec l' oxygène, celui-ci se désigne par la terminaison ique, ajoutée au nom de la racine française, latine ou grecque : ainsi l'acide du silicium se nomme acide si/icique; les acides usuels les plus oxygénés du soufre et de l'azote sont appelés acides sulfurique et azotique (en général le plus oxygéné des acides d'un même corps prend la même désinence). Lorsque le même corps forme un acide différent avec une proportion moindre d'oxygène, on distingue celui-ci par la terminaison eux : on dit en effet acides sulfureux et azoteux. Enfin, pour caractériser la combinaison contenant moins d'oxygène que l'une de celles-ci, on fait précéder le nom de la préposition hypo (en grec, qui signifie sous). C'est ainsi que quatre des acides du soufre dans Tordre de leur oxygénation sont désignés par les noms suivants : acides hyposulfureux, sulfureux, hyposulfurique , sulfurique; que trois acides de l'azote se nomment acides azoteux, hypoazotique et azotique. Quand, après la découverte de quatre acides ainsi dé-
gène produit un composé bien connu : l'eau. L'eau est neutre, mais joue tantôt le rôle d'acide en s'unissant à une base énergique telle que la chaux, tantôt le rôle de base en se combinant avec un acide puissant, tel que l'acide sulfurique.
Les métalloïdes, en s'unissant avec l'oxygène, forment toujours un ou plusieurs acides, et ne forment jamais de base.
Les métaux, en s'oxydant, forment au moins une base et quelquefois des acides ; de ce nombre sont le fer, le manganèse, le chrome, l'éuin, le titane, le plomb, le bismuth, l'antimoine, le tungstène, le molybdène, etc.
Les métalloïdes peuvent être classés en trois groupes :
1° Oxygène, soufre, sélénium, tellure, dont 1 volume -f- 2 volumes d'hydrogène forment autant d'hydrures neutres j
2° Chlore, brome, iode, fluor, dont 1 volume -(- 1 volume d'hydrogène constituent autant d'acides ;
3° Azote, phosphore, arsenic, dont 1 volume -f- 3 volumes d'hydrogène donnent naissance à autant de bases.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. il
Dominés, un corps en offre un cinquième encore plus oxygéné, on ajoute la préposition hyper : ainsi on dit acide hyperchlorique.
Dans ces exemples, que l'on pourrait beaucoup multiplier, l'oxygène est le corps acidifiant : de là vient son nom. Mais depuis que Ton sait qu'il existe des acides exempts d'oxygène, on a formé leur nom de ceux de leurs composants en y joignant le terminaison ique : on dit acides chlor hydrique, bromhydrique, iodhydrique pour désigner chacun des acides formés de chlore, ou de brome, ou d'iode et d'hydrogène.
Sels. — Afin d'indiquer la nature des nombreux composés que forment les acides en s'unissant aux oxydes ou bases, on introduit dans leurs noms les deux composants ou leurs racines, et pour distinguer les sels formés par les acides plus ou moins oxygénés, on a adopté des terminaisons spéciales : la terminaison en ite correspond aux acides dont la désinence est eu eux ; la terminaison ate correspond à la terminaison ique : ainsi le sel formé A' acide sulfureux et d'une base est un sulfite de cette base; les sels composés à* acide sulfurique et d'un oxyde se nomment des sulfates de cet oxyde. Pour les sels à acides moins oxygénés que chacun de ces deux genres, on conserve les prépositions spéciales, ainsi que pour les sels à acides plus oxygénés : on doit donc dire hyposulfite, sulfite, hyposulfate, sulfate, hyperchlorate, hy permanganate, d oxyde de potassium (ou de potasse), d oxyde de sodium (ou de soude), etc., afin de désigner les quatre classes de sels formés par les principaux acides du soufre, et les sels à acides plus oxygénés du chlore et du manganèse.
Sels dont les relations entre l'acide et la base varient. — Un grand nombre de sels ont cette propriété ; il fallait distinguer par des dénominations particulières les composés différents ainsi formés : la quantité d'acide ou celle de la base est multipliée par 1 , 5 quelquefois ; plus ordinairement par 2, 3 ou 4. D'après cette considération, on distingue les sels les plus basiques en ajoutant les mots sesquibasique, bibasique, tribasique, quadribasique après leur nom générique ; on ajoute les mots sesqui, bi, tri, quadri avant le nom, relativement aux sels qui renferment les plus fortes proportions d'acide. Pour caractériser les sels, depuis celui qui contient la plus forte proportion de base jusqu'à celui qui renferme le plus d'acide, on dira, par exemple, phosphate basique de chaux, phosphate de chaux neutre, phos-
phate acide de chaux (ordinairement appelé biphosphale de chaux), ce qui définit les trois combinaisons de 1 équivalent d'acide phosphorique avec 3, ou avec 2, ou avec 1 de chaux (*).
Ammoniaque et bases organiques. — L'ammoniaque, azoture d'hydrogène , composée d'hydrogène et d'azote , et diverses substances organiques formées de carbone, d'hydrogène, d'oxygène et d'azote, peuvent saturer les acides et former des sels : ce sont donc des bases salifiables comme les oxydes des divers métaux.
Oxydes qui jouent le rôle cC acides. — Un certain nombre d'oxydes, bases avec la plupart des acides, peuvent remplir, visà-vis des bases énergiques, les fonctions d'acide. Ces combinaisons se désignent comme les autres sels : ainsi les oxydes d'étain, de zinc, d'aluminium qui s'unissent aux oxydes de potassium et de sodium forment des s tannâtes , des zincates et des aluminates de protoxydes de potassium ou de sodium.
Hydrates. — L'eau peut former, avec plusieurs oxydes, des combinaisons plus ou moins énergiques que l'on nomme hydrates : tels sont les hydrates de chaux, de potasse, de soude d'oxydes de calcium, de potassium, de sodium).
Combinaisons des métalloïdes entre eux ou avec les métaux. — Ces composés se désignent en plaçant d'abord le nom du corps le plus électronégatif (**) et y ajoutant la terminaison ure : ainsi les combinaisons du chlore avec le soufre, le brome, le phosphore, sont nommées chlorure de soufre, chlorure de brome, chlorure de phosphore; les composés du soufre avec les métaux, le plomb, le cuivre, le fer, par exemple, se nomment^a//tfrw de
(*) Un quatrième phosphate de chaux est composé de 3 équivalents d'acide pour k de chaux ; il représente l'union du phosphate neutre avec le phosphate acide.
(**) Nous disons que dans la désignation des composés binaires, l'élément électronégatif s'écrit Je premier, et l'électropositif le deuxième ; voici comment ces qualités se constatent. Si, par exemple, on décompose le chlorure de cuivre par le courant électrique d'une pile, le chlore se rendra au pôle positif, donc le chlore est électronégatif, puisque les électricités de signe contraire s'attirent ; le cuivre, de son côté, ira vers le pôle négatif, donc !e cuivre est électropositif; on doit donc mettre le chlore avant le cuivre, et écrire chlorure de cuivre. Ces qualités, d'ailleurs, peuvent être interverties suivant la nature des corps en présence, et la nomenclature en tient compte : ainsi l'hydrogène est électronégatif relativement à l'azote, et forme avec lui une base énergique appelée azoture d'hydrogène ou ammoniaque; d'un autre côté, le même élément, l'hydrogène, est électropositif en présence du chlore avec lequel il forme un acide paissant qu'on nomme acide chlor hydrique.
plomb, de cuivre, de fer. Si le métalloïde est en proportion double, on emploie la préposition bi : ainsi Ton dit bisulfure de fer, protochlorure et bicklorure de mercure.
Combinaison des métaux entre eux. — On les appelle alliages, et le nom de chaque métal entrant dans la combinaison est indiqué : on dit donc alliage de plomb et dCétain, alliage d'or, d'argent et de cuivre. Ces combinaisons peuvent être fort complexes et se former en diverses proportions. Certains alliages ont reçu des noms abrégés : ainsi, les alliages de cuivre et d'étain (auxquels peuvent se joindre en plus faibles doses plusieurs autres métaux : zinc, argent, plomb, fer) sont appelés bronzes; l'alliage de 75 à 80 de cuivre avec 25 à 20 de zinc se nomme laiton. Enfin, lorsque le mercure fait partie d'un alliage, on peut supprimer le nom de ce métal en désignant le composé par le nom à! amalgame; ainsi on dit amalgame a" or, amalgame d'argent, etc., pour indiquer les composés de mercure et d'or ou de mercure et d'argent.
Oxydes unis aux combinaisons des métalloïdes avec les métaux. — On les désigne en ajoutant le mot oxy au nom de ces dernières combinaisons; ainsi, l'oxyde de mercure uni au chlorure de mercure est Xoxychlorure de mercure.
Combinaisons doubles entre les composés dun métalloïde et dun métal. — L'addition du mot double suffit pour les caractériser : ainsi, l'on dit chlorure double de platine et de potassium, chlorure double de palladium et de potassium, sulfure double d'antimoine et de potassium.
Composés organiques. — Les principes immédiats des corps organisés sont formés d'oxygène , d'hydrogène , de carbone, d'azote, unis au nombre de deux, de trois ou de quatre de ces éléments (voy. le 2* volume : Chimie organique). Celles de ces combinaisons qui jouent le rôle d'acides ont en général des noms terminés en ique : acides oxalique, acétique, tartrique, etc. ; les sels qu'ils forment en s'unissant soit aux bases inorganiques (minérales) soit aux bases organiques se désignent en changeant en ate la terminaison de l'acide, et ajoutant le nom de l'oxyde ou seulement du métal, ou de la base quelconque; ainsi, on désigne les combinaisons des trois acides ci- dessus avec la potasse ou l'oxyde de plomb par les noms suivants : oxalates, acétates , tartrates de potasse ou de plomb.