‹ Précis de chimie industrielle (volume 3)Chapitre 272 sur 412 · ESSAI DU NOIR ANIMAL · texte numérisé non relu

ESSAI DU NOIR ANIMAL

en comparant sous ce rapport le charbon que l'on veut essayer à un charbon d'une qualité connue. Pour cela, on fait passer sur un même poids de chacun d'eux un même volume d^eau colorée avec du caramel : ce volume doit être tel que le pouvoir décolorant du meilleur des deux charbons soit épuisé, c'està-dire que la liqueur d'épreuve, après avoir traversé la couche de noir, passe aussi colorée qu'avant la filtration. Tout le volume du liquide filtré étant rendu homogène par l'agitation, on compare ensuite les nuances. Le liquide qui aura perdu le plus de sa matière colorante aura évidemment éprouvé l'action du noir le plus décolorant, dont la supériorité sera, par cela même, reconnue.

J'ai indiqué un appareil (décolorimètre) qui permet d'apprécier l'épaisseur à donner à chaque liquide , plus ou moins décoloré, pour obtenir une teinte égale, et d'établir ainsi un rapport d'intensité des nuances entre les deux liqueurs, par conséquent entre les pouvoirs décolorants des noirs essayés. Si, par exemple, on constate que, pour donner à la liqueur décolorée une nuance égale à celle de la liqueur d'épreuve, il faut tripler l'épaisseur de la couche liquide, il est évident que les deux tiers de la matière colorante auront été enlevés. Si, pour un autre noir, la décoloration du liquide est telle qu'il faille quadrupler l'épaisseur de la couche de ce liquide pour atteindre à la même nuance, il sera démontré que ce dernier noir aura enlevé les trois quarts de la matière colorante : le pouvoir décolorant du premier sera au pouvoir du second comme 3 est à |, ou comme -^ est à -^ , ou comme 8 est à 9.

Au point de vue du degré de la température convenable et de la durée de la calcination, on essaye le charbon d'os soit en grains soit en poudre (indépendamment de l'emploi du décolorimètre toujours utile) par deux moyens fort simples : en délayant le noir dans une solution à 1 ou 2 degrés de soude caustique, et jetant le tout sur un filtre de papier blanc, on reconnaît si la calcination est suffisante ; dans ce cas, en effet, le liquide passe incolore ; si au contraire la carbonisation n'était pas arrivée au terme convenable, la solution alcaline, dissolvant des matières caramélisées ou goudronneuses^ se colorerait en brun plus ou moins foncé. L'autre moyen consiste à vei*ser de l'eau bouillante sur le noir : si la calcination a été poussée trop loin, au point de réduire les sulfates en sulfures, un dégagement d'hydrogène sulfuré sensible à l'odorat et au papier imprégné d'acé-

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tate de plomb signalera cet excès dans la température ou la durée de la tricarbonisation.

■7. Révlvlfleatlon da noir animal f prix de revient i applications.

Lorsque, dans la fabrication ou le raffinage du sucre, on a fait passer une certaine quantité de sirop, plus ou moins coloré, sur du noir animal, la propriété décolorante de ce cbarbon s'épuise, et,'si Ton n'avait trouvé un moyen économique de la lui rendre, les quantités de charbon d'os eussent été insuffisantes pour notre industrie sucrière. On parvient à rendre au noir en grains sa propriété décolorante en le débarrassant , par un lavage , des matières solubles ou délayables dans l'eau, puis le soumettant à une calcination qui carbonise les substances organiques adhérentes et met les surfaces charbonneuses à découvert. Le noir peut être révivifié de 20 à 25 fois, car la déperdition qu'il éprouve est évaluée à 4 ou 5 pour 1 00 dans chaque revivifia cation.

Plusieurs appareils laveurs méthodiques sont employés dans les sucreries. J'ai particulièrement remarqué le laveur de M. Loqueneux , à Yalenciennes. Cet appareil consiste en une grande auge demi-cylindrique en bois doublée de cuivre et légèrement inclinée, dans laquelle tourne une lame de tôle contournée en vis d'Archimède, remontant le noir, tandis que l'eau versée dans la partie la plus élevée de cette auge marche dans le sens contraire. Souvent on fait précéder dans un semblable appareil le lavage à l'eau par un lavage à l'acide chlorhydrique étendu de 50 à 60 fois son volume d'eau, afin de dissoudre et d'enlever à l'état de chlorure de calcium le carbonate de chaux qui incruste les grains de noir; parfois aussi on détermine, avant ce double lavage, des fermentations alcooliques, acides et putrides dans la masse du noir en l'accumulant en tas dans une case en maçonnerie où la température s'élève par suite de ces réactions qui détruisent ou rendent plus solubles plusieurs matières organiques sucrées, azotées, etc.

Les fours employés pour la fabrication du noir d'os pourraient servir à la révivification ; mais la forme granuleuse une fois acquise, il est convenable d'en profiter pour employer les appareils à calcination continue, dont les effets sont plus avantageux sous les rapports de l'économie du combustible, de la main-d'œuvre

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et de ia régularité de la calcination ; la révivification exige d^ailleurs une température moins élevée et moins soutenue que la carbonisation des os. Les appareils employés pour la révivification sont formés de tuyaux en maçonnerie de briques interposés entre les cheminées de foyers situés au bas du four ; ces tuyaux peuvent être en fonte enduite de terre et juxtaposées comme dans les appareils de Grespel-Dellisse indiqués ci*contre, ou de MM. Cail et O^ (i^. plus loin), ou de MM. Gits et du Riux. Dans ces fours, le noir est chargé à la partie supérieure et s'écoule par le bas des tubes ; la vidange s*opère à volonté au moyen d'un registre, et le noir est reçu dans des étouffoirs où il peut se refroidir sans contact avec Tair.

On trouve de l'avantage à faire écouler le noir d'une manière intermittente de façon à le laisser en contact pendant 25 ou 50 minutes avec les parois chauffées au rouge, c'est-à-dire dans un espace de 1 à 2 métrés au-dessus du foyer.

Souvent le noir révivifié est moins décolorant que le noir neuf : cela tient à une certaine quantité d'un charbon brillant non poreux formé à la superficie des grains. Ce charbon provient des matières organiques fixées par le noir pendant la filtration et qui laissent en se carbonisant cette sorte d'incrustation charbonneuse brillante.

M. Kuhlmann a imaginé un moyen d'éliminer ce vernis charbonneux : il consiste à soumettre le noir révivifié à un frottement léger entre deux meules horizontales assez écartées pour éviter le broyage des grains : par cet ingénieux procédé, il fait subir à ceux-ci une espèce de décortication qui remet à nu le charbon d'os ; la folle farine provenant de cette décortication est appliquée à la confection de l'engrais dit noir animalisé ou des superphosphates, {f^ojr, le chapitre suivant.)

Dans les deux systèmes de fours coulants en fonte ou en maçonnerie, il faut de 1000 à 1200 kilogr. de houille coûunt de 15 à 30 francs pour calciner au point convenable 5000 kilogr. de noir, la main-d'œuvre coûtant eu moyenne 10 francs; on voit que 6000 kilogr. de noir révivifié reviennent, suivant le prix de la houille, de 25 à 40 francs, ou que 100 kilogr. coûtent de 50 à 80 centimes.

Les appareils que nous allons décrire remplissent les principales conditions favorables de la révivification du noir et de la fabrication du charbon d'os.

Les figures 302 et 303 représentent le four coulant de Cres-

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