APPLICATIONS DES DEUX PHOSPHORES
S. Applications des deux phosphores*
Le principal emploi des deux phosphores consiste dans la confection des pâtes pour les allumettes inflammables par le frottement. Cette fabrication consomme annuellement environ 36000 kilogr. de phosphore, et les autres usages (analyses, expériences et préopérations des laboratoires, préparations pharmaceutiques, pâte à empoisonner les rats) en consomment à peine 500 kilogr.; mais le débouché à Textérieur représentant une exportation de 24 000 kilogr., la fabrication annuelle totale s'élève en France à 60000 kilogr., dont la valeur (de 8 à 9 fr. le kilogr.) représente une sonune de 480000 à 540000 fr.
Voyez dans le chapitre suivant la préparation des allumettes avec les deux phosphores et des pâtes à empoisonner les rais avec le phosphore blanc, le seul des deux qui soit vénéneux.
1. FABRICATION DES ALLUMETTES EN BOIS; ALLUMETTES OXYGÉNËBS.-— 2. ALLUMETTES nVPLAMMABLBS ; PAR FROTTEMENT, SANS BRUIT. -* 3. ALLUMETTES SANS SOUFRE. ~ 4. ALLUMETTES-BOUGIES. — 5. ALLUMETTES AU PHOSPHORE AMORPHE. — 6. AL- LUMETTES ET FROTTOIRS SANS PHOSPHORE. » 7. NOUVELLES ALLUMETTES DITES DE SÛRETÉ. — 8. BIOXYDE DE PLOMB ET ALLUMETTES A FROTTEMENT.
f. FabrIeatloB des allomettes ea boisi allametles oxygénées.
Parmi les propriétés qui caractérisent le soufre, son inflanimabilité à la température de 250* explique une de ses applications les plus anciennes dans la préparation des allumettes. Ces objets usuels ont reçu de la chimie différentes modifications notables qui facilitèrent de plus en plus les moyens de se procurer presque instantanément du feu et de la lumière.
Lorsque pour la première fois on parvint à enflammer une allumette, en la plongeant avec friction dans un flacon plein d'une pâte de phosphore impur, et dont il fallait enlever quelques parcelles, on était loin encore du résultat auquel on est arrivé maintenant (*).
L'inflammation devint beaucoup plus facile lorsque le bout de chaque allumette soufrée fut garni d'une pâte dite oxygénée^ formée de soufre en poudre 25 , chlorate de potasse 30, lycopode 2, cinabre 1,5» agglomérés par cinq ou six parties d'une solution contenant 4 de gomme arabique et 3 de gomme adragante. Ce mélange, une fois sec, pouvait effectivement être enflammé dès qu'on touchait avec le bout, ainsi préparé, de Tallumette, l'amiante imbibée d'acide sulfurique concentré; cet acide, décomposant le chlorate, mettait à nu l'acide chtorique CIO*, aussitôt décomposé et donnant de Toxygène naissant qui brûlait les substances combustibles ; mais il fallait quelque adresse et certaines précautions soit pour éviter les projections de l'acide sulfurique, soit pour ralentir son affaiblissement spontané par l'hu-
(*) Ce fut là cependant TinTentiôn primitiye, due k Cagniard de la Tour, sur laquelle a été fondée Tindustrie actuelle des allumettes inflaminablea par frottement.
midité que cet acide absorbe avec tant d'énergie; toutefois ces briquets oxygénés restèrent en usage jusqu'en 1832, époque où a[^arurent les allumettes inflammables par frottement, fabriquées par Etienne Romer et M. Preschel. On approchait alors plus près du but lorsqu'on faisait, avec 50 parties de gomme en solution très-épaisse et 20 de phosphore, une émulsion qui, mélangée avec 30 de chlorate de potasse et 0,5 de bleu de Prusse, donnait une pâte adhérente ; cette pâte, séchée au bout des allumettes, s*enflammait à volonté par le frottement sur une surface rugueuse (carton ou bois couvert de sable ou verre pilé, fixés à l'aide de la colle forte). Cependant on reprocha bientôt à cette composition d'occasionner des accidents par de petites déflagrations bruyantes et des projections d'étincelles; on remplaça la plus grande partie du chlorate par l'azotate de potasse; en 1838, M. Preschel substitua au chlorate de potasse le bioxyde de plomb, qui cède très-facilement par une friction légère de Toxygène au phosphore et détermine la combustion sans déflagration sensible : les inconvénients étaient amoindris, mais ils n'avaient pas disparu ; d'ailleurs, en suivant ces différentes recettes, la préparation à chaud des pâtes phosphorées en présence du soufre et des corps comburants donna lieu à des explosions et à plusieurs accidents très-graves.
Dans ces derniers temps, on a iait disparaître presque tous ces dangers et les inconvénients des petites déflagrations, en préparant les pâtes phosphorées sans y mélanger ni soufre ni chlorate. On s'est surtout préoccupé de faire disparaître ou de diminuer le plus possible, par l'emploi de pâtes nouvelles et de frottoirs spéciaux, les dangers d'empoisonnements et d'incendies dont on avait eu de si nombreux exemples; on a voulu éviter du même coup d'exposer les ouvriers (hommes, femmes, enfants) aux émanations du phosphore blanc, qui dominent sans cesse et répandent une odeur spéciale dans les ateliers de préparation des pâtes phosphorées {trempage des allumettes, montage des châssis^ étuuage, démontage^ mise en paquets ou en boites et emballage).
Les acides phosphoreux et phosphorique qu'engendrent continuellement la combustion lente des vapeurs phosphorées, et accidentellement la combustion rapide, partielle mais fréquente, dés allumettes tombées, écrasées sur le sol ou enflammées par l'élévation trop forte de la température dans les étuves, ces acides en vapeur globulaire (sorte de brouillard pénétrant contenant des particules de phosphore) s'introduisent par les voies
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respiratoires, attaquent les dents, surtout celles qui sont cariées et déjà légèrement creuses, s*insinuent dans leurs racines et dans les os de la mâchoire, les frappant de nécrose qui nécessite de douloureuses opérations. En substituant le phosphore rouge au phosphore blanc on est parvenu dans plusieurs fabriques à supprimer ces graves dangers-. On a Tespéitince de réaliser une amélioration plus complète en supprimant le phosphore rouge lui-même, car on lui reproche de laisser subsister des causes d'accidents graves aussi quoique plus rares, et qui, de temps à autre, se sont manifestés durant sa préparation, notamment lorsqu'il vient à se projeter enflammé, et occasionne d'efiProyables brûlures : des moyens parûculiers pour fabriquer soit les allumettes au phosphore rouge, soit les allumettes sans phosphore, offrent les deux solutions du problème. Nous décrirons ces différents procédés après avoir dit un mot des allumettes ellesmêmes. '
Fabrication des allumettes en bois. — • On emploie de préférence, pour cette fabrication , le bois du tremble (Populus tremula) et le peuplier blanc {P. alba)\ le bois de bouleau [Betulus alba)y un peu plus dispendieux et moins facile à fendre, produit des allumettes qui brûlent plus longtemps; le bois de pin, dont les ramifications sont assez distantes les unes des autres, est très-pit>pre à la préparation ci-après décrite des allumettes cylindriques.
La première opération consiste à faire dessécher les bûches dans une étuve située au-dessus d*un four à boulanger où Ton brûle des rognures de bois sec et communiquant avec ce four par deux carneaux, afin que Tair chauffé de 210 à 220* puisse circuler aisément du four à Tétuve. Lorsque la plus grande partie de l'eau s'est échappée en vapeur par des issues au bas de rétuve, on intercepte la communication de Fair et Ton ferme les issues, afin d'éviter la combustion du bois, puis on laisse la dessiccation se compléter durant 18 ou 24 heures; on ouvre alors l'étuve pour retirer le bois, et l'on recommence une semblable opération.
Les bûches sèches sont débitées en troncs de cylindres ayant de ô à 8 ou 10 centimètres de hauteur, suivant la longueur que doivent avoir les allumettes. On équarrlt approximativement ces cylindres, puis, à l'aide d'un couteau articulé sur un banc, on les découpe dans le sens des fibres ligneuses, en planchettes parallèles à l'un des côtés : coupant alors dans une direction perpendi-