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ÉCLAIRAGE PAR LES CORPS GRAS

1 . âCLAlRAGB PAR LES CORPS GRAS. — 2. SCIF, FONTE DES SUIFS, PROCÉDÉS AKCIENS ET NOUVEAUX. — 3. ÉPURATION DES GRAISSES DITES HUILES DE POISSONS. — 4. FABRICATION DES CHANDELLES. — 5. FABRICATION DES ACIDES GRAS PAR LA CHAUX. — 6. SAPONIFICATION I^XONOMIQUE. ^ 7. BOUGIES STÉARIQUES^ LEUR FA- BRICATION.

t. Éelatrage par les corps cras.

On peut dire que Téclaii^age a reçu de la chimie les plus utiles secours et lui doit ses plus remarquables progrès.

La découverte de notre compatriote Lebon fut Torigine de Tindustrie contemporaine et des immenses progrès dugas-ligktj dont nous décrirons plus loin les procédés.

Les huiles de graines^ épurées à l'aide de 2 pour 100 de leur poids diacide sidfurique, moyen indiqué par Thénard, se sont aussitôt prêtées, en raison de leur fluidité plus grande et de leur composition plus homogène, aux ingénieuses et élégantes combinaisons de nos habiles mécaniciens-lampistes.

Alors, loin d'avoir rien à envier soit aux lampes antiques, soit au facile éclairage que donnent les huiles d'olive, le nord put offrir, dans les produits oléagineux plus abondants de sa culture, une substance capable de développer une belle et constante lumière.

L'éclairage de luxe a trouvé, dans les résultats de l'extraction et de l'épuration du blanc de baleine, cétine [ifoy\ sa préparation. Annales du Conservatoire ^ 1862), une substance blanche, cristallisable , translucide et nacrée, dont l'industrie s'est emparée pour nous offrir le plus beau des produits de ce genre, la bougie diaphane.

L'ancienne bougie de cire^ dont la flamme lumineuse blanche et pure n'avait point encore de rivale, ne fut point éclipsée dans tous les cercles élégants par ce produit nouveau, c&r le cours plus élevé de celui-ci balançait assez ses avantages pour permettre le doute et laisser place à tous deux. Mais alors une des plus grandes séries de recherches et de découvertes chimiques, dont la science doive transmettre le souvenir, préparait dans le silence du la-

boratoire la concurrence la plus inattendue, et la plus redoutable cependant, à réclalrage direct par les substances employées jusqu'alors à l'état solide.

On apprit, en effet, par les analyses et diverses recherches expérimentales de M. Ghevreul, que Ton pouvait extraire du suif plusieurs substances distinctes : les unes solides, cristallisables ; les autres fluides à la température ordinaire. On parvint à éliminer économiquement ces dernières, dont nous indiquerons plus loin les applications utiles, et à transformer les autres en véritables bougies, douées des principales propriétés qui conviennent aux éclairages de luxe (*).

S'appuyant sur les indications de la science, MM. de Milly et Motard, manufacturiers habiles, parvinrent à fonder en 1829 une industrie remarquable ; ses progrès constants, depuis lors, ont assuré son existence, en mettant la belle et agréable lumière qu'elle procure à la portée des fortunes moyennes. Nous décrirons cette industrie ainsi que les récentes améliorations apportées dans la saponification, après avoir indiqué la nature et les procédés d'extraction de la matière première.

£. Sviff» fonte des fiulfs, procédés ancleM et Boaveaaa:.

Suif. — La graisse des herbivores, que l'on désigne particulièrement sous le nom de suif offre à la température de 12 à 15^ une consistance assez ferme, qui varie suivant les espèces animales dont elle provient : plus forte chez le mouton que dans le bœuf, variable aussi dans les différentes parties du corps des animaux et encore suivant leur âge et la nourriture qu'on leur a donnée.

Les suifs bruts présentent, dans leur structure, un tissu de cellules à parois très-minces, formées de membranes dont la composition est azotée, remplies de la matière grasse; les cellules

(*) Gay-Liissac et M. Chevreul indiquèrent dans plusieurs brevets en France et en Angleterre, dès le mois de janvier 1 825, rapplication des acides gras solides, séparés par cristallisation et pression, à la hibrication des bougies; la préparation des acides gras dans ce but, soit par les alcalis, soit par les acides, et la transformation des corps gras neutres en acides gras par la distillation ; enfin, Tapplication de la vapeur pour aider cette distillation et Femploi des mèches tissées ou tordues, ou filées et contournées en hélice, en vue de compléter leur combustion.

^lobuliformes, dans la moelle fraîche des os, peuvent être séparées les unes des autres par une légère pression ; elles sont faciles à discerner sous le microscope et même à la loupe.

Fonte des suifs. — Les mêmes procédés d'extraction s^ippliquent aux tissus adipeux des divers animaux, bœufs, vaches et moutons, dépecés aux abattoirs publics ; ces abattoirs fournissent au commerce la plus grande partie des suifs obtenus à l'aide des opérations que nous allons décrire.

Les tissus adipeux extraits de Tanimal dépouillé, pour être vendus séparément des viandes dites de boucherie, sont livrés aux fondeurs, et désignés sous le nom de suifs en branches; ils doivent être soumis le plus promptement possible à la fonte, afin d'éviter l'altération spontanée qui résulterait de la putréfaction des matières azotées molles, interposées dans ces tissus. En été, il est convenable de suspendre les lambeaux de suifs en branches sur des cordes à l'air libre, ou de les étaler au milieu de pièces aérées et fraîches (*).

Avant de fondre le suif on le divise, autant que possible, à l'aide de hachoirs à la main, afin de donner une issue facile à la graisse, en ouvrant les cellules qui la renferment, et surtout pour diminuer le volume des morceaux, ce qui facilite l'action de la température. Une division plus grande serait obtenue au moyen de hachoirs mécaniques ou de meules verticales cannelées, tournant dans une auge dont le fond offrirait aussi des can-* nelures : ce procédé rendant la fusion plus rapide, les matières organiques azotées s'altéreraient moins et le suif serait obtenu plus blanc.

Lorsque la matière première est plus ou moins bien divisée, on la fait fondre suivant le procédé des créions^ ou celui dit à Vacide.

Fonte aux créions. — Elle se pratique généralement à feu nu, dans des chaudières de cuivre ou de laiton, munies de gros robinets.

On chauffe à petit feu, et en agitant sans cesse, avec une spatule, le suif dont on charge graduellement la chaudière : l'élévation de la température dilate et fluidifie la matière grasse, et

(*) Si Ton était obligé de les conserver pendant plusieurs jours, ou de les transporter à de grandes distances avant de les fondre, on éviterait la putréfaction des matières azotées eu les tassant dans des barils soufrés ^ ou les plongeant an instant dans Facide sulfureux faible avant de les embariller.

contracte les membranes qui la renferment. Ces deux effets op posés déterminent la rupture des cellules et l'exsudation du suif fluide. Lorsque cette sorte de séparation est suffisamment opérée, on soutire à la cannelle le suif liquide; on le reçoit sur un tamis qui retient quelques débris membraneux, et permet au liquide gras de s* écouler dans un récipient ; on y ajoute 4 ou

5 millièmes d'alun qui précipitent quelques-uns des débris membraneux restés en suspension. Après avoir laissé déposer pendant

6 ou 8 heures, on puise le liquide gras avec de grandes cuillers de cuivre, pour le verser dans des jalots ou petits baquets en bois préalablement imbibés d'eau. Lorsque le suif y est complètement figé, qu'il a pris son retrait, on retourne les jalots, pour en retirer les pains de suif solide, qui ont alors la forme de cônes tronqués*

Traitement et application des résidus. — Les membranes et matières étrangères restées dans la chaudière sont mises dans des vasc^s cylindriques de tôle épaisse ; ces vases, percés de trous, sont placés sur le plateau d'une forte presse (à vis en fer ou hydrauUque) ; on soumet aussitôt les résidus à une pressign graduée, afin d'en extraire le plus possible de suif interposé. Il reste dans le cylindre un pain solide c^ue l'on retire après avoir ouvert le vase, en ôtant les clavettes qui maintenaient réunies ses deux parties demi-cylindriques articulées à charnières.

Les espèces de tourteaux circulaires épais, ainsi obtenus, et qui se vendent sous le nom de pains de cretons, sont employés pour la nourriture des chiens ou l'engrais des terres ; ils contiennent les débris des tissus adipeux, des muscles, tendons et des petits os : le tout encore imprégné c^e graisse dans une assez forte proportion (10 à 15 pour 100).

Extraction par F acide. — Darcet a indiqué un autre moyen d'extraction qui facilite beaucoup l'application de la vapeur à la fonte des suifs, et dont l'usage s'est graduellement propagé dans ces derniers temps. Il consiste à dissoudre partiellement les membranes au moyen de l'acide sulfurique étendu d'eau : le suif est alors mis en hberté, et le tissu adipeux ainsi que les divers débris azotés sont tellement désagrégés ou dissous qu'on n'obvient plus de résidu agglomérable sous forme de pains de cretons.

Voici comment on opère en grand : dans une chaudière en cuivre, chauffée par la vapeur (introduite dans une double enveloppe), et de la contenance de 1200 litres environ, on met : 1^ 50 kilogr. de houlée (résidu aqueux trouble d'une opération

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