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Conservation des blés en moyettes

La France produit plus de grains qu'il n'en faut pour une consommation appropriée aux besoins de ses habitants : il semble donc qu'elle devrait être à Tabri des disettes, et même des fortes variations dans le prix du blé. C'est ce que l'on obtiendrait effectivement si le pain n'entrait pour une trop forte proportion, à défaut de viande, dans l'alimentation des ouvriers des villes et surtout des campagnes, mieux encore si l'on employait un moyen sûr de conserver le grain dune manière économique ^ et autant de temps que les circonstances peuvent rendre la conservation nécessaire.

Cette conservation intéresse d'autant plus les producteurs et les consommateurs, que la solution d'un problème aussi important ayant pour résultat de rendre le prix des grains peu variable, éviterait les brusques changements dans les achats des divers produits de nos manufactures, qui occasionnent les crises agricoles, manufacturières et commerciales; elle aurait pour effet d'empêcher que les farines de blés altérés et insalubres fassent introduites dans la préparation du pain. Cette solution intéresse la salubrité générale, elle importe à la tranquillité publique, car il n'y a pas d'élément de trouble plus actif que le haut prix des grains et la crainte d'une disette.

Les agriculteurs éprouvent des pertes considérables , presque tous les ans, par l'elfet des pluies qui pourrissent les blés fauchés restant étendus sur un sol humide. Un moyen usité dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Seine-Inférieure et de la Somme préserve la moisson de tout dommage, quelles que soient les intempéries survenues pendant la récolte. A mesure que les moissonneurs coupent le blé, des ouvriers en forment de petites meules équivalant à 10 ou 12 gerbes. Pour

disposer une de ces petites meules, on place une première brassée debout, les épis en haut, puis on dépose les autres brassées autour de celles-ci, en formant une espèce de cône, que l'on maintient à sa partie supérieure avec un lien de paille. La 6gure 199 représente une de ces meules arrivée au point qu« nous venons d'indiquer ; on Tachève en renversant sur le sommet de la première gerbe A une gerbe B fortement liée, les épis en bas, comme l'indique la ligure 200.

Fi g. 199. Fi g. 200.

Ces moyettes^ en temps de pluie, mettent le grain à Tabri de toute avarie et permettent d'attendre le beau temps pour lier les gerbes et les rentrer. Pendant la sécheresse, elles préservent les tiges d'une dessiccation trop rapide et laissent aux grains le temps d'acquérir une maturité parfaite, en absorbant les sucs de la partie supérieure des tiges, de sorte que, dans tous les cas, le blé est meilleur que lorsque la moisson se fait suivant les procédés ordinaires.

On emploie en Angleterre un moyen plus simple ; il consiste à lier en bottes le blé au fur et à mesure qu'il est fauché. Ces bottes sont placées debout sur deux rangées appuyées l'une sur Taotre; on renverse sur cette double rangée d'autres bottes liées entre elles, et les épis en bas, de sorte que la pluie s'écoule comme sur les moyettes. Lorsque la dessiccation est à son terme, on rentre les blés ou bien on les met en meules.

Ces procédés permettent de faire la moisson deux jours avant la complète maturité du grain; celle-ci s'achève facilement, car le grain se nourrit aux dépens de la sève restée dans le haut des tiges. On obtient plus de produit et les grains sont moins alté- Rd)les.

On sait que toas les fruits parvenus à leur maturité tendent à se décomposer. Ce dépérissement des grains est retardé par les moyens qu'on emploie pour leur conservation. Cependant, malgré les soins usuels, la perte du blé conservé dans les greniers excède parfois 12 pour 100 dans une seule année.

Deux causes principales concourent à déterminer cette perte énorme : la plus importante consiste dans les dévastations des insectes ; la seconde réside dans les altérations produites par les moisissures et par la fermentation qui se manifeste dans les tas de grains, sous Tinfluence de Thumidité. Les rats et les souris exercent aussi de notables ravages dans les greniers.

Les insectes qui attaquent le blé sont principalement le charançon et Talucite.

Le charançon est difficile à détruire à Tétat de larve et à IVtat d'insecte parfait. Il habite les greniers, toujours prêt à envahir les tas de blé qu'on y dépose ; il s'y nourrit de la matière farineuse du grain, et s'y multiplie tellement que, pendant la saison où le thermomètre ne descend pas au-dessous de 12^, il suffît de 12 paires de charançons dans 1 hectolitre de blé pour procréer plus de 75000 individus de leur espèce, dont chacun détruit 3 grains par année pour sa subsistance : ce qui représente plus de 9 kilogr. de blé pour 75 kilogr., ou 12 pour 100. Les altérations secondaires , par la fermentation et les moisissures qu'occasionnent les débris de grains avariés ainsi que le charançon, augmentent et peuvent doubler cette déperdition directe.

Les charançons ont besoin de repos : dès qu'ils sont troublés, ils quittent l'endroit qu'ils habitent et vont chercher ailleurs la tranquillité nécessaire à T accomplissement de toutes leurs fonctions. La connaissance de ce fait a fait naître l'usage àvtpelletage des grains, opération dispendieuse qui n'atteint que très-imparfaitement le but qu'on se propose : on voit, il est vrai, ces insectes abandonner en foule le grain qui vient d'être agité et couvrir les murs des greniers; mais, au bout de quelques heures de repos, tous rentrent dans le tas qu'ils avaient abandonné momentanément.

L'excès d'humidité dans les grains est une autre cause des diverses altérations spontanées qui se développent graduellement : germination, fermentations alcoolique, acide, putride et moisissures.

Les méthodes proposées pour assurer la conservation des

graiossont nombreuses. Les plus efficaces sont : 1® Taérage ou TeDtîladon des grains; 2^ la dessiccation préalable à Taide de courants d'air chaud ; 3° Temmagasinage dans les silos maintenus naturellement^ par les masses de terre qui les entourent^ à des températures peu élevées et assez constantes.

Le succès de Tensilage en Afrique, en Italie et en Espagne doit être attribué à une dessiccation naturelle des céréales^ à la plus forte cohésion et à la plus grande résistance du blé dur, espèces dominantes en ces contrées, et aux conditions favorables de la récolte, qui donnent souvent des grains exempts de toute altération.

Ces conditions ne se trouvent pas réunies en France : afin d y suppléer, et faute de pouvoir obtenir de bons résultats dans les silos, divers procédés, qui rentrent dans les méthodes définies ci-dessus, ont été proposés par Duhamel, Dartigues, Cadet de Vaux, Clément Desormes, Dejean , etc.; ils sont trop dispendieux ou n'offrent pas assez de garanties pour devenir usuels.

S. Conservatloii des forains i appareil Vallery*

Vallerj a imaginé un appareil connu sous le nom de grenier mobile^ et qui réunit les conditions de succès et d'économie désirables.

Cet appareil, soumis à FAcadémie des sciences, à la Société œntrale d'agriculture , à la Société d'encouragement, au jury central des expositions de 1839 et de 1844, a obtenu de chacun de ces corps savants la plus haute récompense qu'ils pussent décerner.

Il résulte des expériences faites par les commissaires de l'Académie des sciences et de la Société d'agiiculture :

l^Que 5 à 6000 charançons, placés dans 2 hectolitres de grain et laissés en repos pendant 11 jours pour favoriser TaGcouplement et la ponte, ont ensuite été expulsés en 3 jours, de rotation, et que le mouvement imprimé à l'appareil ayant été continué pendant 21 jours, tous les charançons arrivés à l'état d'insectes parfaits ont été chassés : ce mouvement, qui n'empêche ni l'éclosion ni le développement des larves, arrête la multiplication, bien plus redoutable, de ces insectes ;

2* Que 37 à 38 000 charançons furent expulsés de 20 hectolitres de grains en 3 jours, à l'aide d'une rotation alternativement interrompue et reprise ;

192 CONSKRVATION DES GRAINS.

3^ Que du blé, mouillé au point que son Tolume était augmenté de 16 pour 100, déposé dans l'appareil, y fut suiEsamment séché en 20 heures au moyen de l'aspiration continue du ventilateur.

De ces expériences , les commissaires de TAcadémie des sciences et de la Société d'agriculture ont conclu que le grenier mobile, ventilé, débarrasse le blé des charançons contenus au moment de Temmagasinage ; qu'il met le grain à Tabri des ravages ultérieurs, en opposant une barrière infranchissable aux insectes et à divers animaux qui chercheraient à s'y introduire; que cet appareil prévient la fermentation en aérant le grain ; qu'enfin l'appareil Vallery permet d'emmagasiner le grain dans un espace quatre fois moindre que le cube des greniers usuels.

Sous le point de vue de ses applications économiques , cette machine agricole fut ainsi appréciée dans un rapport fait à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale :

« La contenance réelle de l'appareil présenté par M. Yallery est de 1400 hectolitres, ce qui représente une contenance commerciale de 1000 hectolitres. L'auteur, pour rendre ses expériences plus concluantes, l'avait chargé de 11 50 hectolitres, pesant 85 000 kilogr. Le poids de l'appareil est de 20 000 kilogr.; c'est un cylindre de 9 mètres de longueur sur 4^,66 de diamètre, pesant, plein de blé, 105 000 kilogr., auquel des dispositions convenables permettent d'imprimer un mouvement régulier de rotation.

« Il résulte d'un devis, que l'appareil coûte 4492 fr.

« En y ajoutant pour bénéfices et frais généraux.. 1508

« On pourrait livrer ces appareils au prix de.... 6000 «c Couverture de l'appareil, 15 fr. par mètre 600

« La dépense totale est donc égale à 6600

« Ou 6 fr. 60 c. par hectolitre de contenance utilisable.

« Le prix moyen d'un grenier ordinaire pour 1000 hectolitres, avec l'espace nécessaire pour le pelletage, blutage, etc., peut être évalué à 8300 fr., ou 8 fr. 30 c. par hectolitre. La construction de l'appareil Yallery présente donc une économie de 25 pour 100.

« Quant à l'économie de manutention, considérant un tour de cylindre comme l'équivalent d'un pelletage ordinaire, le remuage par force d'homme de l'appareÛ Yallery sera, au pelletage manuel, comme 1 est à 56 ; or, dans les greniers ordinaires, le

peiletage se fait à bras d hommes^ tandis que plusieurs greniei*8 ' mobiles peuvent être mis en mouvement par une seule machine à vapeur dont la force coûte dix fois moins ; le rapport des prix entre cette sorte de peiletage , si efficace, et le peiletage insuffisant dans les magasins usuels, serait alors de 1 à 560.

« Cet appareil assure économiquement la conservation du grain en le préservant des fermentations, expulsant les ébarancens et empêchant leur rentrée ; il met le grain à Tabri des ravages des souris, dés rats et des autres animaux; il est applicable à la conservation des graines oléagineuses , des légumineuses et de toutes les graines en général. Enfin , il offre l'avantage de laisser le grain sous la garde du propriétaire, car on peut fermer à clef toutes les cases sans gêner en rien Taction du peiletage mécanique. »

Les figures 201 et 202 indiquent les dispositions du grenier mobile. Les mêmes lettres désignent les parties correspondantes daos les deux figures. Ce grenier mobile est composé d'un grand cylindre dddd^ dont les douves eu bois sont solidement maintenues par des cercles en fer; les fonds sont consolidés par des pièces évidées en fonte. Des ouvertures rectangulaires o, o, o

Fîg. 201.

Fig. 202.

(.Bg. 202), garnies de toiles métalliques, sont pratiquées sur la périphérie du cylindre et autour du cylindre concentrique M. L'intervalle entre les deux cylindres est divisé par des cloisons en bois, en 8 capacités. A, B, C, D, E, F, G, H (fig. 201). Chacune de celles-ci étant subdivisée en 4 parties, par 3 diaphragmes parallèles aux fonds (fig. 202), la contenance totale est répartie entre 32 cases. Le grenier est supporté sur son axe par un bâti en charpente g^ g, et peut tourner aisé-

CMUIIB IXDUSTB. H — 13

194 BLËS.

ment sur des galets , au moyen d'une manivelle mettant en mouvement un pignon qui fait tourner une roue dentée : cette roue transmet la rotation au deuxième pignon b , qui engrène, avec la grande roue a, fixée au bord de Tun des fonds.

Pendant que la rotation de tout le système a lieu, on imprime à volonté, au moyen des poulies à courroies /, e^ une rotation rapide au ventilateur f\ alors l'aspiration produite dans le cylindre M fait affluer, par toutes les ouvertures o, o, o\o\ Tair extérieur, qui opère la ventilation du grain et son dessèchement dans toutes les cases. Les toiles métalliques, assez serrées pour retenir les grains de blé, laissent aisément sortir les charançons.

Chacune des cases est remplie en vidant les sacs de blé dans un entonnoir placé sur une ou plusieurs des ouvertures o, o, o, la case étant mise dans la position A ou B, et un faux plancher étant établi à cette hauteur. On extrait tout aussi facilement le grain en amenant la case à vider dans la position de la case C, puis ouvrant, au-dessus de Torifice d'un sac, l'un des châssis à coulisses qui ferment les ouvertures o, o, o.

On comprend que la manœuvre pour l'enmiagasinage, la conservation, même sous clef, et Textraction du grain deviennent faciles et économiques à l'aide de cet ingénieux appareil.

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