‹ Précis de chimie industrielle (volume 4)Chapitre 120 sur 233 · SOUDE ARTIFICIELLE, SELS DE SOUDE · texte numérisé non relu

SOUDE ARTIFICIELLE, SELS DE SOUDE

BICARBONATES.

1. ORIGINE ET IMPORTANCE DE CETTE INDUSTRIE. — 1. FABRICATION DB LA SOUDE BRUTE. — 3. RAFFINAGE DB LA SOUDE. — 4. FABRICATION ET PROPRIÉTÉS DU CAR- BONATE DB SOUDE CRISTALLISE , OU DBS CRISTAUX DB SOUDE. — 5. FABRICATION DU BICARBONATE DE SOUDE. — 6. PRÉPARATION SIMULTANÉS DU BICARBONATE DB SOUDE ET DU SULFATE DB MAGNESIE. — 7. ACIDE CARBONIQUE DÉGAGÉ DU CARBO- NATE DE CHAUX. — 8. PRÉPARATION SIMULTANÉS DU BICARBONATE DB SOUDE BT DU CHLORURE DB CALCIUM. — 9. PROPRIÉTÉS, ESSAIS BT APPLICATIONS DU BICAR- BONATE DB SOUDE.

f • Origine et Importance de eette industrie.

A peine les arts chimiques commençaient-ils à s'éclairer au flambeau de la science, que tout d'un coup les nombreuses matières premières tirées de l'étranger pour diverses industries cessèrent de pénétrer en France. En 1792, la France, mise au ban des nations, attaquée de toutes parts, manquait des agents matériels propres à sa défense ; alors l'industrie fut privée ellemême de ses moyens habituels de travail et des matières premières qui eussent pu fournir les produits indispensables à la confection des armes et de la poudre de guerre, au blanchissage, à la teinture, etc. ! Ce fut précisément dans cette nécessité suprême que les plus grandes opérations manufacturières prirent leur source.

Les arts chimiques, auxquels toutes les industries empruntent des secours, ne furent pas seulement perfectionnés , il fallut encore étendre leur domaine : car toutes leurs conditions d'existence étaient changées , bientôt la fièvre du travail s'emparant de nos ateliers, cette immense crise fit jaillir de notre territoire : le soufre extrait des pyrites, l'alun fabriqué à l'aide des schistes pyriteux, le salpêtre, dont l'élément azotique se trouvait accumulé dans les vieilles murailles et les terres des écuries, enfin la soude artificielle tirée du sel marin.

Les armées flottantes de nos puissants ennemis ne purent empêcher l'Océan et la Méditerranée, qui portaient leurs vaisseaux, de nous fournir en abondance l'élément minéral que la science apprenait à extraire, puis à engager dans des combinaisons nouvelles, à substituer à la base alcaline, la potasse, dont les fabri-

cations du salpêtre et de l'alun utilisaient aussitôt les quantités devenues disponibles.

Les nations qui avaient cru pouvoir anéantir notre industrie et notre commerce furent obligées, plus tard, d'emprunter à leur tour, pour soutenir leur propre industrie, les grands moyens d'action que la science française avait enfantés.

L'un des plus importants de ces moyens fut la fabrication de la soude, et, chose bien remarquable, entre les douze procédés proposés par seize manufacturiers habiles, un seul fut signalé, comme pouvant résoudre le problème, par la commission spéciale désignée pour leur examen (*) ! Cette découverte s'est conservée intacte au milieu de la multitude des transformations des autres arts chimiques, et elle forme encore aujourd'hui, en France, comme dans toute l'Europe, la base des industries soudières que nous allons décrire, et qui livrent annuellement chez nous, au commerce ou à l'industrie, 90 millions de kjlogr. , en Angleterre 150 millions, et dans le monde entier plus de 300 millions de kilogr. de soude brute, ou leur équivalent en sels de soude.

%. Fabrication de la sonde brute.

Nicolas Leblanc (**), l'auteur justement célèbre de ce procédé, préparait d'abord le sulfate de soude en décomposant le sel ma-

(*) Lelièvre, Pelletier, Girout et Darcet. La commission avait examiné les moyens soiTants : décomposition du sel par la litharge (de Scheele) donnant du chlorure de plomb et de la sonde ; traitement du sulfate de soude par le charbon, puis du sulfure de sodium par le fer, procédé de Malherbe P. bénédictin et Athenas, repris par Alban à Javelle, produisant de la soude et du sulfure de fer; décomposition du sel marin parla chaux (Carny), qui donnait en faible quantité de la soude carbonatée en ef florescences ; décomposition du sel par le sulfate de fer, a l'aide de l'eau, puis d'une haute température et de l'air (Malherbe et Athenas;, produisant du sulfate de soude et du peroxyde de fer; décomposition du sulfate de soude par le charbon (Ribeau court). L'auteur croyait obtenir de la soude; le produit était du sulfure de sodium ayant quelque action utile dans le blanchissage du linge et plusieurs autres procédés.

(**) Ancien officier de santé, administrateur du département de la Seine, chimiste, membre de plusieurs sociétés savantes, il avait donné une méthode qui porte son-nom, pour obtenir des cristaux isolés complets et augmenter à volonté leur volume, lia constaté que plusieurs sulfates cristallisant de la même façon, peuvent se superposer dans des cristaux de formes semblables, mettant ainsi sur la voie de l'isomorphisme. Ses mémoires présentés à l'Académie des scienoes en 1786, 1787 et 1788 ont mérité l'honneur de l'insertion au recueil des savants étrangers, sur les rapports de Berthollet, Haûy et Darcet. Le 25juillet 1792, un rapport présenté par Daubentou, Sage, Berthollet et Haûy émettait le vœu que N. Leblanc fût mis en mesure de former une collection

rin par l'acide sulfurique dans un four à réverbère chauffant en dessus une chaudière en plomb de 25 centimètres de profondeur, 2 mètres 33 de longueur et 1 mètre 60 de large, encastrée dans la maçonnerie.

L'acide chlorhydrique résultant de la réaction était entraîné avec les gaz de la combustion soit dans une cheminée haute qui les disséminait dans l'atmosphère, soit dans une grande chambre en plomb où des vapeurs ammoniacales provenant de la calcination des matières animales dans des cylindres en fonte donnaient lieu à la formation du sel ammoniac brut (chlorhydrate d'ammoniaque). On ne pouvait achever la décomposition du sel par l'acide sulfurique dans la chaudière en plomb : lorsque le mélange était devenu pâteux, on le retirait au dehors sur des dalles en pierre siliceuse; il se dégageait dans cette manipulation des torrents de gaz et vapeurs acides très-incommodes et insalubres pour les ouvriers. Par le refroidissement, la matière se prenait en masse, on la concassait au merlin pour introduire les fragments dans un deuxième four à réverbère tout en briques, où la décomposition s'achevait à une plus haute température et donnait le sulfate de soude calciné, plus ou moins riche, suivant la qualité du sel marin et la proportion d'acide sulfurique employés.

Pour transformer ensuite le sulfate en carbonate, qui devait remplacer la plus grande partie dessoudes et potasses étrangères, Leblanc imagina d'ajouter de la craie (carbonate de chaux) au mélange de sulfate et de charbon qu'on avait essayé dans le même but.

Ce dernier mélange, soumis à une calcination, n'avait pu produire en effet qu'un monosulfure de sodium peu propre aux usages précités.

L'addition du carbonate de chaux devait résoudre le problème;

complète des sels cristallisés. Le 27 prairial an h , le comité d'instruction publique de la Convention nationale chargeait le citoyen N. Leblanc de rédiger un ouvrage sur la cristalloteclinie. Enfin, le 30 thermidor an x, un rapport de Vauquelin et Haiïy proposait à l'Académie des sciences d'inviter le ministre de l'intérieur à fournir au citoyen Leblanc les moyens de continuer ses re cherches et d'imprimer son ouvrage.

Les derniers mots de ce rapport montrent queN. Leblanc n'avait pu échapper au sort ordinaire des inventeurs. Le séquestre mis sur les biens du duc d'Orléans, l'un des membres de la société, amena la ruine de l'entreprise (fondée en 1791 sur les données du brevet Leblanc, pris le 27 janvier de cette année), qui, dans des conditions plus favorables, devait doter les nations de la base fondamentale sur laquelle reposent les industries chimiques au dix-neuvième siècle.

il fallut alors déterminer non-seulement les doses convenables pour la décomposition, mais encore l'excès utile à la plus facile et plus complète réaction. C'est encore aujourd'hui un sujet d'étonnement et d'admiration que la précision avec laquelle Leblanc établit, par la voie expérimentale, les doses, que la théorie n'a pu justifier depuis qu'après d'ingénieuses hypothèses, puis de consciencieux travaux à peine terminés aujourd'hui, et non sans laisser encore quelques questions scientifiques à résoudre.

Voici les proportions indiquées par Leblanc, ainsi que celles qu'on observe aujourd'hui, enfin les relations que la théorie imaginée par Thénard et développée par M. Dumas indiquait entre les matières premières supposées pures et les produits ou résidus de l'opération :

MATIERES PREMIERES

Sulfate de soude

Carbonate de chaux. . .

Charbon

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