Mise en bouteilles
Le soutirage s'opère en introduisant successivement chaque bouteille k dans une enveloppe demi-cylindrique qui garantit l'ouvrier des éclats d'une rupture accidentelle. La bouteille est appuyée contre un disque en caoutchouc, dans le centre duquel un petit entonnoir vient effleurer les bords du goulot ; un bouchon humecté et assoupli / est posé chaque fois dans une cavité T,
au-dessus du conduit d'eau gazeuse* On ouvre alors le robinet /?/, l'eau s'écoule dans la bouteille, tandis que l'air sort par un robinet /*, que Ton ouvre un instant à trois reprises.
Aussitôt qu'une bouteille est remplie jusqu'à la naissance du goulot, on ferme le robinet /», puis on appuie sur un levier qui presse le bouchon / : celui-ci se rétrécit en passant dans le petit entonnoir et entre sans difficulté dans le goulot, où il se gonfle et ferme hermétiquement le passage.
La bouteille est immédiatement retirée en laissant baisser la pédale N ; on la pose entre les deux branches courbées de fer oo' fixées sur un établi (fig. 2) où le bouchon est solidement maintenu à l'aide de la pression qu'exerce une pédale, pendant que Ton serre la ficelle qui doit le fixer.
Cet ustensile, fonctionnant ainsi sans interruption, peut suffire au remplissage de 3000 bouteilles par jour.
On obtient dans l'appareil que nous venons de décrire l'eau de Seltz un peu au-dessous du prix de l'eau gazeuse obtenue dans les appareils à pression spontanée (*) de Selligue , perfectionnés par MM. Barruel, Vernaut et M. Osouf.
M. Savaresse construit un appareil analogue à ceux-ci, mais dont toutes les pièces sont montées sur un seul bâti. On doit au même inventeur les bouteilles de grès, munies d'un siphon à robinet, qui évitent les inconvénients des bouchons en liège, et permettent de tirer l'eau par portions et sans laisser échapper le gaz.
M. Greffier, en modifiant encore l'appareil à pression spontanée, a pu substituer au carbonate de chaux le bicarbonate de soude, dont il est parvenu à ménager beaucoup les doses : son moyen très-ingénieux consiste à placer le sel dans un petit panier cylindrique en tôle criblée de trous (étamée ou plombée), ce panier est suspendu à une tige qui passe dans un stuffing-box, de sorte que l'on peut à volonté immerger le bicarbonate dans l'acide ou le retirer -, on peut mettre dans le vase à décomposition (en tôle doublée de plomb) une double dose d'acide étendu et dans le panier une double charge de bicarbonate, puis en relevant le panier et interceptant à volonté, par un robinet, le courant gazeux, ou peut saturer deux quantités d'eau dans le vase à agi-
(*) Ce système utilise la force chimique de décomposition du carbonate par l'acide sulfurique étendu de 6 fois sou poids d'eau pour obtenir directement le gaz sous la pression de 6 à 8 atmosphères.
la leur (pi. XI, fig. 1), avant de renouveler les doses d'acide et de bicarbonate de sonde; l'acide carbonique ainsi obtenu est plus pur et exempt de l'odeur légèrement sulfurée que communique la craie. Il est vrai qne la dépense se trouve accrue de la différence entre le prix du carbonate de chaux et du bicarbonate de soude. Ce qui n'empêche pas, pour de petites opérations où la main-d'œuvre et les frais de loyers ne se comptent pas, d'obtenir de l'eau de Sehz revenant à moins de 3 centimes la bouteille. Les figures 117 et 118 ci-dessous indiquent une disposition de ces bouteilles dites vases siphoïdes ou siphons.
La figure 117 montre une partie de la bouteille, et la figure 118 seulement le goulot avec des dimensions plus grandes , afin de mieux faire voir les détails.
Les mêmes lettres indiquentles parties semblables : ACF, „ armature en étain
F; surmontant la bou-
teille, mastiquée, et sertie autour de sou goulot. Une cavité tubulaû-e B dans l'axe de la bouteille communique avec le tube D eu verre ou en ctain qui plonge jusqu'à- 5 millimètres du fond.
Une soupape B au bout d'une tige A B, s'ouvrant du haut en bas, se trouve spontanément close par un ressort à hélice qui, s'appuya nt au-dessus du siège de la soupape, pousse par son antre extrémité une rondelle soudée sur le tige verticale, et qui, relevant avec elle la soupape, concourt avec la pression intérieure [de 4 atmosphères) à tenir cette soupape fermée ; mais dés qu'on appuie assez fort sur le bouton A pour vaincre la double résistance, la soupape descend et laisse autour de la tige un intervalle libre en communication avec le tube descendant ; la pression interne fait aussitôt monter le liquide, qui s'écoule vivement par l'ajutage latéral G. Il est facile de diriger dans un verre le jet d'eau de Sein, et d'arrêter l'émission du liquide en cessant de presser le boulon.
Un système analogue de fermeture des bouteilles à eau gazeuse est indiqué figure 119. L'armature en étain ADF porte un
ajutage D traversé par un conduit communiquant d'un bout avec l'air extérieur et de l'autre avec l'intérieur de la bouteille, lorsque la soupape C cesse de presser sur son orifice inférieur. Cette pression habituelle est effectuée par un ressort eu hélice B, qui, d'un bout s'appuyant contre le fond d'une cavité cylindrique, pousse de l'autre bout la tige BG qui porte la soupape G. 11 suffit pour ouvrir celle-ci de presser le bouton A. Mais la bouteille étant posée debout, ce serait le gaz qui |\ sortirait et non le liquide. On doit donc renverser la bouteille, le goulot en bas, et dans cette posi- Fig. H9. tion, tenant de l'autre main un verre sous l'ajutage D, on presse avec le pouce le bouton A, et le jet d'eau gazeuse emplit immédiatement le verre. On cesse alors d'appuyer sur le bouton et la soupape se referme aussitôt. L'emplissage de ces bouteilles est plus facile que si elles devaient être fermées par un bouchon en liège : la figure 120 montre comment on emplit le premier vase siphoïde (fi g. 117 et 1 18) qui est ci-dessus décrit. Un établi A maintient à l'aide d'un support à colonne B le bout d'un tube F communiquant avec un vase chargé d'eau de Seltz, sous une pression de 7 à 8 atmosphères. Au delà du support se trouve un robinet G à 2 eaux . Ge robinet est terminé en bas par un tube un peu évasé, dans lequel s'engage à frottement doux l'ajutage recourbé et conique de la bouteille D. En appuyant sur le fond de cette bouteille au moyen de la pédale G, le bouton se trouve pressé, en sorte que la soupape est ouverte. Si l'on ouvre le robinet G, l'eau gazeuse s'introduit dans la bouteille par le tube plongeant jusque près du fond. Mais presque aussitôt l'air comprimé réagit avec une égale pression ; il faut dégager cet air : il suffit de tourner d'un quart de tour le robinet C, qui, fermant la communication avec le tube à eau de Seltz F, livre passage dans l'atmosphère aux gaz accumulés dans le fond D de la bouteille. En une seconde, l'excès de la plus grande partie de l'air comprimé est dégagé avec un sifflement caractéristique; on rétablit aussitôt la communication avec le tube F, et l'eau gazeuse se précipite de nouveau dans la bouteille, qui se trouve presque complètement remplie.
L'emplissage de la bouteille dont l'armature est représentée
figure 119 n'est pas plus difficile : la bouteille posée debout est pressée contre le robinet à eau gazeuse et un butoir au moyen d'une pédale faisant monter une tige terminée par un tampon conique (fig. 120). Le bouton A pressé tient la soupape C ouverte; l'eau s'introduit par l'ajutage D. On évalue l'air en tournant d'une maniéré convenable le robinet à 3 eaux ; ou rétablit aussitôt après la communication, et remplissage s'achève immédiatement.
Dans les grandes fabriques d'eau de Seltz où l'on prépare en été de 15000 à 45 000 bouteilles d'eau gazeuse par jour, l' embouteillage se pratique sur des établis (tig. 121) portant un nombre de supports plus ou " rig.ui). moins considérable, disposés comme
le support :fig. 120) et munis chacun d'une garde ou lame courbe de tôle ou cuivre, tournée vers l'opérateur et destinée à le garantir des projections d'éclats de verre en cas de rupture d'une bouteille. Il faut au reste rendre ces accidents aussi rares que possible , en essayant toutes les bouteilles sous une pression de 10 à 16 atmosphères, double de celle qu'elles doivent habituellement supporter. Le vase condensateur où l'eau et le gaz sont refoulés doit être essayé sous une pression de 20 atmosphères. Ces essais n'offrent eux-mêmes aucun danger, car on les effectue en comprimant de l'eau, qui a très-peu d'élasticité, dans les machines de M. Collardeau ou de M. Delaborde.
Ces établis doivent être garnis de plusieurs supports destinés à l'emplissage des bouteilles en verre à bouchons ordinaires G (fig. 121), surmontés d'une gatne cylindrique et légèrement conique en bas, dans laquelle chaque bouchon assoupli dans l'eau s'engage, et pressé par le levier articulé vers l'orifice rétréci, en sort un peu étiré pour s'introduire facilement dans le goulot de la bouteille.
On assujettit ensuite le bouchon maintenu entre les crochets d'un étrier oo' (fig. 2, pi. XI), au moyen d'un fil de fer. Souvent on emploie un disque de fer-blanc que l'on interpose entre le fil de fer et le dessus du bouchon , afin de garantir
celui-ci des déchirures que la pression du fil de fer pourrait y produire.
Fig. 121.
La mouture H (fig. 121 ci-dessus) porte, comme dans la figure 1 20, le robinet et les dispositions applicables aux vases siphoîdes ; la monture I est destinée aux vases (fig. 1 19).
En tout cas, il est bon que les ouvriers embouteilleurs soient munis de tabliers de cuir, de gants de peau et de masques en toile métallique, afin de les garantir contre le contact permanent de l'eau ainsi que contre les projections accidentelles des fragments de verre.
L'ero plissage des siphons placés dans une position renversée (fig. 1 20) est plus facile et plus prompt, car il s'effectue directement et sans qu'on soit obligé d'introduire et de fixer un bouchon. Un ouvrier habile peut emplir 225 bouteilles à siphons par heure.
Si Ton ajoutait à l'eau commune, avant de la rendre gazeuse, 5 grammes de bicarbonate de soude par litre, on obtiendrait un liquide analogue à l'eau de Yichy qui renferme cette proportion de bicarbonate, mais qui est moins gazeuse, excepté lorsque, pour la rendre plus agréable, on la charge, après son refroidissement, de gaz acide carbonique, refroidi préalablement luimême.
On peut rendre gazeuses diverses boissons, sucrées et aroma-
kkO ACIDE CARBONIQUE
tisées, des limonades, des vins blancs clarifiés au tanin : il suffit d'introduire ces liquides au lieu d'eau dans le vase H (pi. XI) ; il est convenable, en ce cas, de faire doubler ce vase en étain fin ou mieux encore en argent. On peut aussi préparer des eaux de Seltz sucrées et des limonades gazeuses en introduisant d'abord dans les bouteilles (et dans les siphons au moyen d'une petite pompe" un ou deux décilitres de sirop de sucre ou de sirop de citron contenant 15 grammes d'acide citrique ou tartrique (*i par kilogramme de sucre. Ces sirops acidulés sont d'ailleurs facilement aromatisés avec de l'essence de citron ou mieux encore avec le zeste de ce fruit.
S. Prix de revient du produit.
Le compte de fabrication établi ci -dessous complétera les renseignements sur cette industrie :
DABS UHE PABRICATIOIT JOURNALIERE DR 24000 SIPHOHS.
Acide sulfurique *000k à Uf 0/0 *40r
Craie lavée i 000 2f 20
Mdin-d 'œuvre, loyers, intérêts, frais généraux, transports, casse des
siphons, etc 480
Dépense totale 640f
Produit : 24 000 siphons, coûtant 640 francs, chaque bouteille ou siphon (**) d'eau gazeuse, chargée à 5 ou 6 atmosphères, revient à 2 centimes ^ ou 3 centimes au plus. On peut donc, en les livrant à 10 centimes la bouteille, réaliser un bénéfice de 70 pour 100. Quant aux quantités d'acide et de craie indiquées dans ce calcul du prix de revient, il est facile de s'en rendre compte :
Admettons que les 24 000 bouteilles représentent une contenance totale de 20 000 litres, chargées sous une pression de 6 atmosphères, elles contiendront 120 000 litres d'acide carbonique pesant 237 kilogr. 20 ou près de 240 kilogr. (à la température de 0°), mais dans l'appareil la pression s'élève à 8, 9 ou 10 at-
(*) L'acide tartrique retient presque toujours un peu de l'acide sulfurique employé dans sa préparation, son acidité moins agréable laisse une certaine acreté dans la gorge.
(**) Les siphons ou bouteilles siphoîdes sont aujourd'hui généralement adoptés. D'un emploi beaucoup plus commode pour les consommateur*, ces vases économisent la dépense des bouchons et environ la moitié des frais d'emplissage.
ET EAUX GAZEUSES ARTIFICIELLES. 44i
mosphères et représente au plus un poids de 244 kilogr. Or, un équivalent de carbonate de chaux (275+350" = 625 contenant 275 d'acide carbonique. Les 1000 kilogr. employés contiennent 440 kilogr. de cet acide , qui est mis en liberté par l'acide sulfurique; il reste donc un excès pour subvenir à toutes les déperditions, soit dans l'appareil, soit par l'embouteillage et la casse.
En supposant que la déperdition correspondît à l'emploi d'un dixième de plus en acide sulfurique et carbonate de chaux, elle occasionnerait une augmentation de dépense de 16 francs; le montant total deviendrait 656 francs, et le prix coûtant d'une bouteille 2 centimes 70, c'est-à-dire un peu moindre que 3 centimes.
Les eaux ou boissons gazeuses se vendent en gros à Paris, en rendant les vases, aux prix suivants :
Eau de Seltz simple en bouteilles on siphons 40 à 45 e.
Limonades en bouteilles ou siphons 40 à 60
Grenadine (eau sucrée gazeuse) .' . . . 84 à 46
442 CHLORE ET HYPOCHLORITES DÉCOLORANTS
CHLORE ET HYPOCHLORITES DÉCOLORANTS
ET DÉSINFECTANTS.
1. COMBINAISONS NATURELLES DU CHLORE. — 2. HISTORIQUE. — 3. PROPRIÉTÉS. — 4. EXTRACTION DU CHLORE ET PRÉPARATION DU CHLORURE OU HTPOCHLOR1TE DR CHAUX. — Ô. PRÉPARATION DES CHLORURES 00 HYPOCHLORITES DE SOUDE ET DE POTASSE. — 6. ESSAI DU CHLOI E ET DF.S CHLORURES (HYPOCHLORITES). — 7. ESSAIS DES MANGANÈSES. — 8. PRINCIPALES APPLICATIONS DU CHLORE ET DES HYPO- CHLORITES (CHLORURES DE CHAUX, DE SOUDE OU DE POTASSE). — 9. PRÉPARATION DU CHLORE SANS EMPLOYER LE BIOXYDE DE MANGANESE.