Propriétés de l'Iode
La belle couleur violette de la vapeur que forme ce corps simple, surtout à la température de 50 à 60°, lui fit donner le nom qu'il porte (ifatôqç, violet). L'iode est solide à la température ordinaire; il affecte la forme lamelleuse, rhomboïdale ou octaédrique; il offre un aspect métallique, une couleur brune foncée; son opacité est telle que les lamelles cristallines aiguës qui se forment sous le microscope avec une épaisseur moindre qu'un demimillième de millimètre n'ont aucune translucidité. A la température de -f- 15° Tiode pèse 4,950, l'eau" pesant 1^000 sous un égal volume; il fond à -|- 107°, forme un liquide noir et bout vers 180°; la densité de sa vapeur = 8,716. On comprend que cette vapeur doive se précipiter rapidement dans l'air atmosphérique, puisqu'elle est plus de 8 fois £ aussi lourde que l'air. L'iode a une tension telle, même à la température ordinaire, que son odeur est forte et que sa vapeur attaque toutes les membranes animales comme les vessies dont on recouvre parfois les flacons qui le contiennent; il forme des combinaisons de couleur orangée brune, caractéristiques, avec les matières azotées de l'organisme; par son énergie sur nos organes, il devient un poison violent, même en faibles doses; aussi ne l'emploie-t-on qu'avec ménagement en médecine et presque toujours à l'état de mélanges ou de combinaisons; ses vapeurs sont beaucoup plus abondantes vers 45 à 50° et manifestent leur présence, à cette température, dans l'air des vases diaphanes, par une belle couleur violette. L'eau en ébullition entratne dans sa vapeur une grande quantité d'iode; Tiode volatilisé dans l'air à différentes températures se réunit (ou se sublime) sous des formes cristallines; il peut également cristalliser en se déposant de ses solutions, lors même qu'on le précipite brusquement par l'eau de sa solution alcoolique : ce précipité, vu sous le microscope, se compose de lamelles allongées terminées en pointe.
La saveur de l'iode est acre et forte, bien que sa solubilité soit faible au point que l'eau pure n'en dissolve que la sept-millième partie de son poids; l'eau contenant des iodures ou de l'acide iodhydrique ou de l'alcool dissout de plus grandes quantités
d'iode et acquiert alors une couleur orangée plus ou moins brune. Son affinité, faible pour l'oxygène, est au contraire très-grande pour l'hydrogène (moindre cependant que celle du brome, et à plus forte raison que celle du chlore); son poids équivalent est représenté par 158,2. Une des propriétés caractéristiques les plus remarquables de l'iode, découverte par Colin et M. Gauthier de Claubry, est la coloration bleue indigo que ses solutions aqueuses ou alcooliques développent sur l'amidon hydraté, et qui font de ce principe immédiat et du corps simple deux réactifs réciproques d'une grande sensibilité et d'un fréquent usage dans les laboratoires de chimie, ainsi que dans plusieurs des industries qui s'exercent sur les fécules amylacées et les applications des produits de leurs transformations (*).
L'iode est soluble dans le sulfure de carbone qui l'enlève à un liquide aqueux et acquiert ainsi une belle coloration violette : on se sert de cette propriété pour constater la présence de l'iode dans une solution d'iodure alcalin, dont on précipite l'iode par une goutte de chlore ou dans une solution d'iodate, dont on réduit l'iode par une goutte d'acide sulfureux.
L'alcool dissout de grandes proportions d'iode et donne à l'eau la propriété d'en dissoudre d'autant plus qu'elle est plus alcoolisée {yoy. plus loin l'extraction des sels, de l'iode et du brome des varechs).
S. Brème t historique et propriétés.
Jusqu'en 1826 on ignora l'existence du brome : bien qu'il s'en trouvât dans les varechs près d'un dixième du poids de l'iode, on n'y avait pas reconnu sa présence. M. Balard découvrit le brème en étudiant la composition des eaux mères provenant du salinage des eaux de la Méditerranée, et il fit l'histoire complète des propriétés de ce nouveau corps simple, qui dès lors vint s'interposer entre le chlore et l'iode.
Le brème est liquide à la température ordinaire; rouge orangé ou brun très-intense vu par réflexion, il se montre rouge hyacinthe vu en couche mince et par transmission ; son odeur, forte et désagréable, lui a fait donner son nom (du mot grec Ppupoç, mauvaise odeur); son poids spécifique est égal à 2,970, ou près
(*) Un léger excès de solution amylacée fait disparaître la coloration : c'est là un caractère distinctif très-important, qui permet d'éviter qu'on ne confonde cette coloration avec la même couleur produite par d'autres réactions.
de trois fois aussi grand que celui de l'eau k il bout à + 63* ; la* densité de sa vapeur = 5,393; il a une saveur très-caustique. Le brome est vénéneux, car il attaque fortement les matières organiques; il corrode la peau et la teint eu jaune orangé; à 7,3 audessous de zéro, il se prend en une masse cristalline feuilletée» A la température ordinaire, sa tension est si forte, que sa vapeur se répand très-vite dans de grands espaces. Il faut donc user de précautions attentives dans les transvasements de ce liquide. On met obstacle à cette cause de diffusion du brome en le conservant dans des flacons, sous une couche d'acide sulfurique à 64* qui en dissout à peine des traces. Le brome est un peu soluble dans l'eau, davantage dans l'alcool ; l'éther en dissout de fortes pro portions. L'affinité du brome pour l'oxygène est faible, tandis que, de même que le chlore, il a une forte tendance à se combiner avec l'hydrogène : pour s'en emparer, il décompose une foule de substances organiques et de gaz hydrogénés; son énergie, sous ce rapport, est intermédiaire entre celle du chlore, qui est plus forte, et celle de l'iode, qui est plus faible; son poids équivalent est représenté par 978,3.
Le brome forme avec l'eau un hydrate coloré en rouge orangé brun plus stable que l'hydrate de chlore; cet hydrate cristallise seulement à 0* et ne se détruit que vers 16 à 20*. Le sulfure de carbone et le chloroforme dissolvent le brème et peuvent l'enlever à une solution aqueuse en se colorant eux-mêmes en jaune orangé.