Procédé Thésard et Raard
Thénard a indiqué et Roard a rendu manufacturier un procédé qui consiste à dissoudre de la litharge, PbO, dans de P acide acétique (vinaigre distillé ou acide acétique de bois [rectifie]), de façon à produire une solution d'acétate de plomb tribasique, 3PbO,C4HBOt, marquant 18° Baume, à faire passer dans cette solution un courant d'acide carbonique qui, s' unissant à 2 équivalents d'oxyde de plomb, forme avec eux 2 équivalents de céruse qui se dépose, et laisse surnager la solution d acétate neutre, PbO, G* H1 O1; celle-ci, décantée et remise en contact avec de la litharge, reproduit de l'acétate tribasique, etc., en sorte que le même acide acétique servant dans ces réactions alternatives, il en faudrait très -peu si Ton pouvait éviter de perdre chaque fois une certaine quantité d'acétate, resté interposé dans la céruse, malgré les lavages.
Appareils pour fabriquer la céruse de Clichjr. — La première opération (dissolution de la litharge par l'acide acétique) se fait dans une grande cuve A (pi. XVII, fig. 10), ayant 4 mètres de diamètre, lm,70 de hauteur, pouvant contenir 20000 litres de solution à 18°. On facilite la réaction à froid de l'acide ou de l'acétate neutre sur la litharge au moyen d'un agitateur CCB; le liquide est versé par un robinet d dans un réservoir E, en cuivre étamé, ayant lm,50 de profondeur, 2 mètres de large et 3 mètres de longueur, contenant 19000 litres; le plomb métallique, le fer, le cuivre, un peu de chlorure d'argent et d'autres matières insolubles s'y déposent; le liquide clair est décanté dans un récipient ff\ ayant 6 mètres de long, 3 mètres de large, 60 centimètres de profondeur; rempli à Qm,5, il contient 9000 litres. Ce récipient est muni d'un couvercle fermant et maintenu avec des agfafes tout autour; sur ce couvercle sont soudés 800 tubes qui le traversent, plongeant de 33 centimètres dans le liquide et
s élevant au-dessus du couvercle où ils sont fixés dans 20 embranchements; ils communiquent tous entre eux par un gros tube commun ggy qui est en relation avec une cagniardelle soufflante ij. Cette machine aspire l'acide carbonique produit par la décomposition de la craie en morceaux (2 mesures ^) à l'aide du coke (1 mesure). Un petit four à chaux DD, ayant 2 mètres de hauteur, 70 centimètres de plus grand diamètre, opère cette décomposition; on y met six charges par jour, donnant l'acide carbonique que la cagniardelle aspire par le tube £, en faisant passer l'air dans le four ; d'un autre côté, on obtient en résidu de la chaux vive, grasse (*).
Au bout de 12 ou 14 heures, lorsque la précipitation du carbonate de plomb est finie, on laisse déposer quelques instants, on décante dans un réservoir m le liquide clair (acétate neutre), dont la densité s'est abaissée de 18 à 5°; une pompe y? le remonte dans la cuve à dissolution Â; on délaye, puis on fait couler le dépôt dans un réservoir o, et Ton peut recommencer une décomposition de sous-acétate par l'acide carbonique. * Le carbonate de plomb doit être lavé à trois eaux dont la plus forte est réunie au mélange contenu dans la cuve à litharge. Ce dépôt est ensuite empoté, séché, etc. , comme on le fait pour la céruse hollandaise.
Je me suis assuré qu'on peut supprimer le travail de l'agitation mécanique dans la cuve, en remplaçant cette manipulation par une simple filtration à froid de la solution d'acétate de plomb, neutre, sur de la litharge dans un cylindre en cuivre étamé, construit comme les filtres à noir animal (charbon d'os) en grains.
La céruse de Clichy est formée de 2 équivalents de carbonate de plomb , 1 équivalent de protoxyde de plomb et 1 équivalent d'eau (2COs,PbO) + PbO.HO. Le maximum de produit dans le rapport de 3 équivalents de plomb , 3000 : 4862,5, serait de 124,66 de céruse pour 100 de métal employé.
La composition de lai céruse hollandaise est variable ; on la considère comme étant formée de 3 ou 5 équivalents de carbonate de plomb, 1 équivalent de protoxyde et 1 équivalent d'eau ;
(*) L'acide carbonique fut d'abord obtenu par la combustion du charbon de boit; le moyen économique que nous Tenons de décrire a été mit en usage par Roard, d'après le conseil de M. Dumas.
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dans ce dernier cas, 100 de plomb métallique produiraient 126 de céruse (*).
Composition du produit des deux procédés. — La céruse de Clichy obtenue à froid, dans des solutions étendues, graduellement affaiblies, est formée de lamelles irrégulières moins divisées , dont la superposition offre moins d'opacité que les particules plus fines de la céruse préparée par le procédé hollandais. Les conditions ne sont pas les mêmes, en effet, car cette dernière céruse se forme à chaud (36 à 80*) par la réaction de l'acide carbonique sur l'acétate tribasique en solution concentrée ou seulement humectée, quelques particules de sulfure de plomb interposées rendent l'opacité plus grande. Il suffît de ces différences pour que la céruse des fosses soit plus opaque et couvre^ à poids égal, des superficies plus étendues ; de là vient la préférence que les peintres lui donnent. La céruse de Clichy présente, de son côté, l'avantage d'une blancheur souvent plus complète, qui motive son emploi dans quelques applications spéciales.
Il paraît que M. Pallu, mettant en pratique des indications de M. Dumas, a obtenu des céruses ayant toutes les qualités désirables, en faisant agir à chaud l'acide carbonique sur une solution d'acétate tribasique concentré.
S. Procédé anglais.
On réunit des conditions analogues dans un procédé qui consiste à humecter de la litharge broyée avec 1 pour 100 d'acétate de plomb dissous ; on fait passer, à l'aide de ventilateurs aspirant et refoulant, un courant d'acide carbonique provenant de la combustion du coke et de la préparation de la chaux; on facilite la réaction à l'aide de râteaux mus dans des auges en schiste qui contiennent le mélange. Ce procédé, mis en pratique en Angleterre, paraît avoir donné de bons résultats dans les localités où, la houille étant à très-bas prix, la force mécanique est peu dispendieuse : on comprend qu'ici encore les réactions qui transforment alternativement l'acétate neutre en acétate tri-
(*) Il est très-probable que dans la céruse par le procédé anglais et dans celui-ci il se rencontre un hydrate de protoxyde de plomb, tribasique, qui se forme constamment lorsqu'on laisse cristalliser spontanément (en octaèdres réguliers) un sel de plomb décomposé par un équivalent d'ammoniaque (3PbO,HO). Voy. Recueil des savants étrangers de l'Académie des sciences, tome IX, p. 173 à 178; et les Annales de chimie, 1866.
basique, celui-ci en carbonate et acétate neutre, et, en somme, toute la litharge en carbonate, sont du même ordre que celles qui ont lieu dans les deux vases séparés de la fabrication de Clichy.