LITRE
d'eau a donné
-1 9 janvier . . .
4 9 janvier ....
23 janvier ....
6 février . . .
20 février
28 mars
Temps froid depuis plusieurs jours ; le thermomètre marque — 40 degrés ; la rivière charrie beaucoup. Eau prise au large, en amont, à la hauteur du
Eau prise en aval, après sa traversée dans Paris, à
Dégel et fonte de neiges. Eau prise aux environs du Pont-Neuf
Nouvelle gelée. Temps neigeux. Eau prise au même
Temps doux depuis longtemps. Eau prise en amont,
« Au poids de ces matières fixes il faudrait ajouter celui des matières organiques dont je n'ai pas tenu compte ; ces dernières étaient quelquefois en proportion notable et donnaient au résidu desséché une odeur fétide (*).
« On remarquera que l'eau prise en amont, c'est-à-dire audessus de Paris, a laissé un résidu salin un peu moins considérable que l'eau prise le même jour en aval. Ce résultat s'est présenté deux fois, le 19 janvier et le 11 avril. Vauquelia et
(*) Dans des recherches plus récentes, M, Péligot est parvenu à extraire de l'eau de Seine traversant Paris des traces d'urée cristallisable.
M. Bouchardat avaient obtenu à peu près les mêmes nombres pour l'eau de la Seine qui entre dans Paris et pour celle qui en sort.
« Mais les eaux courantes tiennent aussi en dissolution de F acide carbonique.. On a généralement négligé de déterminer exactement la quantité de ce gaz qui existe dans les eaux, et on s'est peu inquiété de connaître son origine. Cette quantité étant variable et l'air atmosphérique ne renfermant qu'une proportion de ce gaz très-petite et à peu près constante, on ne saurait admettre que tout l'acide carbonique contenu dans les eaux tire son origine de l'air, comme l'oxygène et l'azote auxquels il se trouve associé.
« Tout le monde connaît l'appareil qu'on emploie pour extraire l'air de l'eau. C'est un grand ballon en verre d'une capacité connue, qu'on remplit exactement de l'eau qu'on veut examiner, et auquel s'adapte un tube également plein de cette eau qu'on engage sous une éprouvette remplie de mercure. En chauffant le ballon jusqu'à ce que l'eau soit en pleine ébullition, on en dégage les gaz qui y sont dissous, et qui sont recueillis et mesurés dans cette éprouvette.
« Cet appareil classique, qu'il faut, je crois, attribuer à Priestley, donne des résultats assez satisfaisants lorsqu'il s'agit de déterminer les rapports dans lesquels se trouvent l'oxygène et l'azote qui sont dissous dans l'eau. Mais en ce qui concerne l'acide carbonique qui accompagne ce gaz , il est tout à fait défectueux. Tous ceux qui s'en servent remarquent, en effet, que l'eau qui passe dans l'éprouvette, soit par la dilatation que le liquide éprouve d'abord, soit par l'ébuliition qui termine l'expérience, se trouve en quantité suffisante pour redissoudre en tout ou en partie l'acide carbonique qui s'est dégagé.
« Dans le but d'arriver à une détermination plus précise de ce gaz, j'ai cherché à modifier l'appareil ordinaire, tout en lui conservant le caractère de simplicité qui a fait jusqu'à présent son seul mérite. Je me sers d'une fiole à médecine jaugée, d'une capacité de 400 à 800 centimètres cubes seulement, que je remplis exactement, ainsi que le tube à dégagement, de l'eau que je veux analyser. Ce tube est adapté au ballon au moyen d'un bon bouchon, garni, pour plus de sûreté, d'une coiffe en caoutchouc.
« L'appareil étant complètement exempt d'air, on fait entrer à frottement, sur l'extrémité recourbée du tube de verre, un
bout de tuyau en caoutchouc destiné à pénétrer dans l'intérieur de l'éprouvette et à s'y maintenir à une certaine hauteur. Le diamètre de ce tuyau est, par conséquent , à peu près égal à celui du tube, et sa longueur permet d'absorber, à un moment donné, toute l'eau qui se dégagera dans l'éprouvette, en y laissant les gaz qu'on veut recueillir. Cette éprouvette est graduée et d'une capacité de 100 à 150 centimètres cubes. Comme on connaît d'avance approximativement le volume de gaz que l'ébullition de l'eau doit fournir, on règle la longueur du tube en caoutchouc d'après ce volume présumé; l'appareil offre d'ailleurs une certaine mobilité qui permet à cet appendice flexible de monter ou de descendre à volonté dans l'intérieur de l'éprouvette à mercure.
« Pour commencer l'opération, on chauffe le mat ras plein d'eau, le tube à gaz muni de son appendice en caoutchouc n'étant pas engagé dans la cuve à mercure; par la dilatation, une certaine quantité d'eau s'écoule; on la recueille dans un verre et on soustrait le volume qu'elle représente de celui du liquide total qu'on a mesuré. Peu de temps avant que l'eau commence à fournir le gaz qu'elle contient, on engage le tube à dégagement sous l'éprouvette remplie de mercure; celle-ci repose alors sur la tablette de la cuve, qui doit être de petite dimension, afin que le métal puisse s'échauffer assez rapidement. L'eau entrant en ébullition, et l'éprouvette étant presque remplie par le gaz et par l'eau qui se sont dégagés, on écarte momentanément la source de la chaleur. Le vide qui se fait dans le matras par la condensation de la vapeur amène promptement l'absorption de l'eau qui se trouve dans l'éprouvette, et qui rentre dans le matras; cette absorption étant faite, on chauffe de nouveau. Il se dégage une certaine quantité de gaz qui s'ajoute à celle que la cloche graduée renferme déjà. En cessant de chauffer, lorsque cette cloche est presque remplie de gaz et d'eau, on produit une seconde absorption. On répète cette opération trois ou quatre fois, jusqu'à ce que le volume des gaz reste stationnaire. Enfin, l'eau qui se trouve dans l'éprouvette étant elle-même très-chaude, on l'absorbe une dernière fois par le même moyen, aussi exactement que possible. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que le vide qui se produit rend ces -opérations très-rapides.
« En définitive, les gaz qui étaient primitivement en dissolution dans l'eau se trouvent dans l'éprouvette à mercure avec une très-petite quantité d'eau, dont le pouvoir absorbant se trouve
encore diminué par la présence de quelques gros fragments de sel marin pur et fondu qu'on a introduits dans l'éprouvette à la fin de l'opération. On mesure ces gaz dans la cloche, et on détermine la proportion d'acide carbonique en absorbant ce gaz au moyen de la potasse. On fait alors passer dans un tube gradué plus étroit l'azote et l'oxygène qui restent, et on en fait la séparation par les procédés ordinaires. L'emploi de l'acide pyrogallique rend cette analyse très-prompte et très-sûre.
« En employant cet appareil pour déterminer le volume et la proportion des gaz que l'eau de la Seine tient en dissolution, j'ai été surpris d'y trouver une quantité d'acide carbonique beaucoup plus considérable que celle qu'on suppose y exister.
* Ainsi l'eau recueillie le 19 a donné, par litre, 54cc,l de gaz, composé de :
ce
Acide carbonique , 22,6
Azote 24,4
Oxygène 40,1
Ce mélange gazeux contenait, par conséquent, 41,7 pour 100 d'acide carbonique.
« Abstraction faite de cet acide, 100 d'air de cette eau renfermaient, comme à l'ordinaire :
Azote 68,0
Oxygène 32,0
« J'ai déterminé la quantité d'acide carbonique, en ce qui concerne l'eau de la Seine, pendant les derniers mois de 1855. Voici les résultats :
« Cent parties du mélange gazeux contenaient en acide carbonique :
28 janr. 18 fév. 20 fév. 24 mari. 28 mars. 11 avril. 18 mai.
« Comme ces nombres représentent un minimum, je crois qu'on peut admettre que l'acide carbonique entre pour moitié environ dans le volume des gaz qui sont dissous dans l'eau de la Seine, et probablement dans l'eau de tous les fleuves et de toutes
les rivières.
« Si ces observations sont exactes, si l'expérience démontre qu'en effet toutes les eaux courantes tiennent en dissolution une quantité d'acide carbonique beaucoup plus considérable que celle qu'on supposait y exister, les conséquences qu'on doit tirer de ce fait, au point de vue de la physique du globe, de la géologie.
de l'agriculture, méritent assurément de fixer toute notre attention. Cet acide carbonique, qui, sous forme de gaz, représente 2 et 3 pour 100 du volume de l'eau, a-t-il existé d'abord dans l'air atmosphérique, ou plutôt n'y existerait-il pas si l'eau n'intervenait pour l'absorber, pour le dissoudre ? S'il en est ainsi, il faut attribuer à l'eau un rôle nouveau : on doit lui concéder une part importante dans la dépuration de notre atmosphère, dans le maintien des proportions dans lesquelles se trouvent les éléments gazeux qui le constituent.
« Je ferai remarquer que cette eau chargée d'acide carbonique laisse sa trace dans les différentes parties du végétal ; c'est probablement à elle qu'il faut attribuer ces sels calcaires qui s'accumulent de préférence dans les feuilles, et surtout le carbonate de chaux dont M. Payen a récemment constaté la présence dans ces organes (de toute la grande famille des Urticées) (*).
« Mais si ce rôle que j'attribue à l'eau est réel, si ce corps a, en effet, la propriété de se charger, dans les conditions que j'ai indiquées, d'une forte proportion de cet acide gazeux qui, sans lui, se trouverait répandu dans l'atmosphère, l'acide carbonique doit se trouver dans l'eau des mers.
« Les considérations qui suivent semblent établir qu'il en est ainsi : M. Usiglio a soumis à un examen très-attentif l'eau de la Méditerranée au point de vue de la nature et de la proportion des matières salines qu'elle renferme. D'après lui, cette eau contient par litre 0,117 de carbonate de chaux, et 0,003 d'oxyde de fer qui se trouvait aussi sans doute à l'état de carbonate de protoxyde de fer. Ces quantités exigent, pour être tenues en dissolution, 28 à 30 centimètres cubes d'acide carbonique par litre d'eau , c'est-à-dire une quantité au moins égale à celle qui existe dans l'eau de la Seine.
« L'eau analysée par M. Usiglio avait été prise à la surface de la mer. On peut penser que la quantité des gaz dissous dans l'eau doit augmenter rapidement à mesure que l'eau se trouve à une plus grande profondeur. C'est ce qui résulte des analyses faites par M. Darondcau sur des échantillons d'eau de mer recueillis pendant le voyage de la Bonite avec l'appareil qu'on doit
(*) Le carbonate de chaux est en outre accumulé dans le tissu des noyaux de Celtis (orientait*, occidentalis et Tourne fortiï) où ce sel calcaire remplace les incrustations ligneuses contenues dans les tissus des noyaux d'un grand nombre d'autres fruits dits à noyaux (Mémoires de M. Payen sur les développements des végétaux).
à notre illustre doyen M. Biot. Je citerai une seule des analyses de M. Darondeau. L'eau recueillie le 19 mars 1837 dans le golfe du Bengale, à la surface de la nier, contenait, par litre, 19cc,8 de gaz, lequel renfermait 13,9 pour 100 d'acide carbonique; celle qui a été prise le même jour à une profondeur de deux cents brasses a fourni 30cc,4 de gaz, et ces gaz contenaient 58 pour 100 (ou 17cc,63) d'acide carbonique.
« J'ai cru pouvoir attribuer l'origine de l'acide carbonique des eaux de rivières à l'action dissolvante que l'eau pluviale exerce sur l'air confiné dans la terre végétale. Celle-ci, renfermant des matières organiques qui, par leur combustion lente, produisent de l'acide carbonique , se trouve enveloppée d'une atmosphère qui, d'après les expériences de MM. Boussingault et Lewy, contient jusqu'à 250 fois plus d'acide carbonique que l'air extérieur. Ainsi l'eau pluviale qui tombe sur un sol plus ou moins fertile s'y charge d'acide carbonique. Celui-ci, à son tour, exerce son action dissolvante sur les carbonates terreux que cette eau, devenue eau courante, rencontre dans les terrains qu'elle traverse.
« Mais l'eau pluviale elle-même ne renfermerait-elle pas déjà l'acide carbonique que Ton trouve dans les eaux dont elle est l'origine? Pour répondre à cette question, j'ai dû déterminer la quantité d'acide carbonique qui se trouve dans l'eau de la pluie.
« Le résultat de cette analyse est tel qu'on pouvait le prévoir. L'eau de la pluie donne par litre 23 centimètres cubes de gaz ; 100 volumes de ce gaz ne contiennent que 2,4 d'acide carbonique; le reste est un mélange d'oxygène et d'azote dans les proportions habituelles, soit 32 d'oxygène et 68 d'azote pour 100 du mélange gazeux.
« Cette faible proportion d'acide carbonique est précisément celle qui doit exister dans l'eau pluviale, conformément à la loi de Dalton et Henri, en raison du coefficient de solubilité et des 4 dix- millièmes de ce gaz que contient l'air atmosphérique.
« Ainsi ce gaz se trouve en proportion bien plus considérable dans les eaux ordinaires que dans l'eau pluviale.
« Il était intéressant de rapprocher ce résultat de ceux que peut donner l'étude d'une eau d'une nature toute différente. Cette considération m'a conduit à soumettre à un examen attentif l'eau du puits foré de l'abattoir de Grenelle.
« Tout le monde se rappelle les circonstances qui ont précédé et suivi cette longue et coûteuse entreprise de forage. On sait
qu'au mois de février 1841, après sept années d'efforts continus, la sonde de M. Mulot, arrivée à la profondeur de 548 mètres, dans les sables verts, sous les argiles du gault, fit jaillir une masse d'eau qui n'est pas moindre de 800 à 1000 mètres cubes par vingt-quatre heures.
« La composition de cette eau, qui arrive, comme on sait, avec une température de 28 degrés, a été déterminée dès 1841 par M. Payen, et en 1848 par MM. Boutron et Henri. Ces analyses ont clairement établi que l'eau de ce puits artésien est de bonne qualité, qu'elle est même plus pure, moins chargée de matières saline» qu'aucune des eaux qui alimentent la ville de Paris.
« Il n'était pas hors de propos de rechercher si Y eau de ce puits qui fonctionne depuis quinze ans offre la même composition qu'en 1841 ou en 1848; j'ajouterai que le nouveau forage entrepris à Passy par la ville de Paris donne en ce moment un intérêt particulier à l'étude des eaux provenant de profondeurs considérables.
« Je m'occuperai d'abord de l'examen des gaz que F eau du puits de Grenelle tient en dissolution.
« Il fallait puiser l'eau à sa source même, c'est-à-dire introduire des flacons vides dans le tube central qui l'amène au jour.
« Je reçus le gaz dans une éprouvette graduée contenant déjà une dissolution de potasse. Ce gaz, dont le volume est égal à 24 centimètres cubes à 10 degrés pour 1 litre d'eau, est de V azote pur. L'acide pyrogallique , le phosphore n'y décèlent point la moindre trace d'oxygène.
« Ce curieux résultat établit une différence bien marquée entre l'eau du puits de Grenelle et les eaux douces ordinaires, qui toutes ayant eu le contact de l'air, renferment en dissolution une quantité considérable d'oxygène. Sous le rapport de la nature des gaz qu'elle contient, cette eau ressemble plus à une eau minérale qu'à une eau douce.
« D'après mon analyse, le résidu salin qu'elle laisse par l'évaporation à siccité présente la composition suivante :
I1. 100 de résida. Poar 1 litre.
Carbonate de chaux 40,8 0,067,936
Carbonate de magnésie 41,5 0,0<6,33
Carbonate de potasse 14,4 0,020,448
Carbonate de protoryde de fer 2,2 0,003,024
Sulfate de soude 11,3 0,0<6,046
Hyposulfite de soudo 6,4 0,600,088
Chlorure de sodium 6,4 0,000,088
Silice 7,0 0,009,94
« Un litre d'eau m'a donné Ogr. 142 de résidu desséché.
« Les résultais qui précédent s'accordent assez, en ce qui concerne les sels principaux, avec ceux qui ont été publiés il y a seize ans, par M. Payen, pour qu'on puisse considérer cette eau comme ayant aujourd'hui sensiblement la composition qu'elle avait en 1 84 1 . Gomme M. Payen et comme MM. Boutron et Henri, j'ai constaté que le résidu laissé par cette eau offre une réaction alcaline très-prononcée, qu'il doit au carbonate de potasse.
« M. Payen a, le premier, appelé l'attention sur la présence de la silice dans cette eau; il l'a fait avec d'autant plus de raison, que la proportion de ce corps est plus considérable aujourd'hui que celle qu'il a indiquée. D'après des dosages répétés un grand nombre de fois, j'ai retiré invariablement 7 parties de silice de 100 de résidu (*).
« Quoiqu'il soit assez difficile de démontrer l'existence du fer dans l'eau qui a séjourné pendant quelques instants au contact de l'air, la nature ferrugineuse de cette eau ne peut pas être mise en doute; elle donne lieu, en effet, à une petite industrie créée par le gardien du puits qui, ayant un jour oublié dans le réservoir supérieur un verre qu'il retrouva le lendemain recouvert d'un dépôt ocreux, eut l'idée de colorer en jaune, par ce procédé, des vases en cristal ordinaire, qu'il vend aux nombreux visiteurs du puits. Ces vases, qui ne séjournent dans l'eau que quelques heures, prennent une teinte irisée assez belle, qu'ils doivent à un dépôt ferrugineux très-mince et très-adhérent. Un contact prolongé pendant huit à dix jours donne au dépôt ferrugineux une épaisseur suffisante pour ôter au verre toute sa transparence.
« J'ajouterai que le bassin qui reçoit l'eau sur la plate-forme se trouve tapissé d'une assez grande quantité d'oxyde de fer hydraté, sous forme gélatineuse, mélangé de silice, de conferves et de matières sableuses que l'eau entraîne quelquefois. J'ai constaté dans ce dépôt la présence du manganèse.
« En résumé, on peut conclure de l'ensemble de ces expériences que si l'eau du puits foré de Grenelle reste, au point de vue
(*) Par suite de ses remarques sur la constitution du tissu des végétaux et des feuilles en particulier, M. Payen supposait que la plupart des eaux naturelles, pour fournir à une application aussi étendue, devaient contenir de la silice ; il fit la vérification de cette hypothèse en analysant l'eau du puits de Grenelle et depuis l'eau de la Seine (Annales de la Chimie, 2e série, 1. 1, p. 383, et Étude sur les gisements du phosphore, par M. Elie de Beaumont, Mémoires de la Société d'agriculture, 1856;.
de son emploi dans les ménages et dans les usines, une eau de bonne qualité, à cause de la minime proportion des matières salines qu'elle renferme, elle présente néanmoins, au point de vue géologique, en raison de la nature même de ces matières et de celle des gaz qu'elle a dissous, quelques-uns des caractères d'une eau minérale.
« Conformément à l'opinion de M. Walferdin, on attribue l'origine de cette eau à l'eau pluviale qui, pénétrant dans les sables verts, dans les environs de Troyes, à une hauteur de 125 mètres au-dessus du niveau de la mer, ressort par le trou de sonde de l'abattoir de Grenelle.
« Puisque l'eau pluviale ne contient qu'une très-petite quantité d'acide carbonique, il est vraisemblable que l'eau du puits de Grenelle, en pénétrant dans le sol, en emprunte à l'atmosphère confinée qui environne la terre végétale. Il est possible aussi qu'elle traverse des couches de terrain imprégnées de ce gaz, sous l'influence duquel elle dissout du carbonate de chaux et du carbonate de magnésie. C'est probablement aussi à la présence de l'acide carbonique qu'il faut attribuer l'existence de la silice, que cet acide rend libre, en opérant la décomposition des débris feldspathiques que l'eau, qui en est chargée, rencontre sur son passage : de là, le carbonate de potasse qui donne à celle-ci une réaction alcaline. Quant à l'azote qui existe en dissolution dans cette eau, il proviendrait de l'air que l'eau pluviale renferme, air dont l'oxygène aurait été employé soit à oxyder les produits pyriteux, soit à détruire le sulfure alcalin qui, à un certain moment, a dû se trouver dans cette eau. »
Lorsque les substances salines sont en faibles proportions, comme dans des rivières, elles ne nuisent pas sensiblement à la plupart des usages économiques de l'eau ; elles jouent, au contraire, un rôle utile dans la nutrition des êtres et rendent l'eau plus agréable à boire.
Parmi les composés que leur proportion prédominante rend surtout nuisibles soit aux applications industrielles, soit à l'usage domestique, nous citerons le sulfate de chaux des eaux dites si lé" niteuses. Nous indiquerons, en traitant de ce sel, ses inconvénients et les moyens d'y remédier. Nous devons mentionner aussi le sel marin et le chlorure de magnésium, qui ne permettent pas d'employer l'eau de mer comme boisson, et rendent (le dernier surtout) tellement hygroscopiques les tissus lavés avec cette eau, que le linge de corps devient insalubre et désagréable à porter.
Filtration des eaux. Lorsqu'on laisse déposer ou filtrer sur du sable les eaux troubles, on en sépare les corps étrangers insolubles (sable, argile, etc.). La filtration sur des corps poreux, notamment au travers d'une couche de charbon en poudre, peut éliminer les matières gazeuses et organiques putrides; mais cette sorte d'épuration ne se prolonge guère : bientôt le pouvoir absorbant du charbon est épuisé, et dès lors il n'agit plus que comme matière filtrante; alors aussi il peut offrir l'inconvénient de laisser dissoudre (lorsque la température s'élève) dans l'eau qu'on veut épurer une partie des matières putrides qu'il avait enlevées à l'eau filtrée lorsque la température atmosphérique était plus basse. 11 est donc fort utile, dans l'intérêt delà salubrité, de faire nettoyer les filtres des fontaines, surtout au moment où la température de l'air s'élève notablement.
On trouvera dans l'annuaire des eaux de la France publié par le Ministère de l'agriculture en 1851-1854 et rédigé par une commission spéciale (*), des notions nombreuses, étendues et détaillées sur les eaux potables (Pe partie, p. 3 à 315). Je faisais remarquer alors (p. 6) toute l'importance des matières organiques, plus ou moins azotées, dans les eaux naturelles et dont on n'avait pas assez tenu compte jusqu'alors dans les analyses, leurs influences, tantôt favorables pour les irrigations fécondantes des terres en culture, tantôt nuisibles lorsqu'il s'agit de faire usage des eaux comme boisson pour l'homme et les animaux.
Les eaux des rivières qui traversent les grandes villes pourraient, dans les saisons des basses eaux, devenir moins salubres et surtout moins agréables à boire, en raison de certaines matières organiques qu'y déversent les égouts. En étudiant, à ce point de vue, l'eau de la Seine au-dessous de Paris, M. Péligot, l'année dernière, parvenait à en extraire des cristaux d'urée, témoin irrécusable de la présence des urines (**).
(*) Ainsi composée : Héricart de Thurry, président, Orfila , Dr Pâtissier , Dubois (d'Amiens), et de MM. Becquerel, Bouchardat, Boutron, Chevallier, O. Henry, Milue- Edwards, Payrn et Ch. Sainte- Claire -De ville. (MM. Gide et Baodry, éditeurs.)
(**) Les plus importants mémoires publiés sur les eaux potables viennent d'être réunis en un volume qui fait partie des Mémoires de la Société impériale et centrale d'agriculture de France, pour Tannée 1865.
Voyez aussi le Mémoire de M. Boudet sur l'eau de la Seine (Annales de la Chimie f 1864, t. II), et de MM. Boutron et Boudet, sur l'hydrotimétrie , 4« édition, 1866.
Épuration des eaux par la distillation. — Pour toutes les applications aux préparations et recherches des laboratoires, les eaux naturelles, celles même qui proviennent directement des pluies, sorte de distillation en grand, doivent être épurées par la distillation : car si, d'un coté, les diverses sources alimentées par les eaux pluviales, réunies dans des réservoirs souterrains, se chargent d'acide carbonique, de sels calcaires, magnésiens alcalins et des substances organiques qu'elles peuvent dissoudre en filtrant dans les terres, d'une autre part la pluie, en traversant l'air, en coulant sur les surfaces qui peuvent la diriger vers les citernes, dissout des composés ammoniacaux ou nitreux, rencontre et entraîne divers corps étrangers capables de troubler les délicates réactions de la chimie.
Rien n'est plus simple que la distillation de l'eau : les appareils distillatoires (alambics et serpentins) sont connus de tout le monde. De toutes les opérations auxquelles ces appareils s'appliquent, la plus simple, en apparence, l'épuration complète de Peau, est cependant une des plus difficiles. Voici quelles sont les précautions à prendre pour approcher le plus possible du but qu'on se propose d'atteindre en soumettant l'eau à la distillation :
1° Eviter que, par un chauffage trop brusque, l'ébullition devienne tumultueuse : car des gouttelettes de l'eau impure soumise à la distillation seraient projetées jusque dans le serpentin ;
2° Adapter au bas du chapiteau plusieurs diaphragmes pour arrêter les projections;
3° Rejeter au moins le premier dixième du volume qui s'écoule du serpentin : car il contient de l'ammoniaque et parfois d'autres corps plus volatils que l'eau, entraînés surtout avec les premières vapeurs;
4° Recueillir dans des flacons spéciaux et réserver comme les plus purs les trois dixièmes environ, qui s'écoulent ensuite ;
5° Si l'on remplit alors l'alambic, il faut recommencer à fractionner les produits de la même manière ;
6° Après avoir réitéré cinq ou six fois le remplissage, on doit vider la chaudière (cucurbite) et recommencer les mêmes opérations en la chargeant d'eau nouvelle. Faute de cette dernière précaution, on risquerait de trop concentrer les matières impures qui pourraient alors se décomposer. Le chlorure de magnésium, par exemple, donnerait lieu à des vapeurs d'acide chlorhydrique;
les matières organiques (*) produiraient des corps pyrogénés, des composés ammoniacaux, etc., et tous ces produits de décompositions partielles, passant par le serpentin, iraient se mêler à l'eau distillée.
S. Distillation de l'eau de nier.
Les précautions que nous venons d'indiquer doivent être prises avec plus de soin encore, relativement à l'eau de mer que Ton veut rendre potable : car cette eau est bien plus chargée que les eaux usuelles de substances salines, organiques, etc., qui, outre les inconvénients que nous venons de signaler, donnent lieu à des incrustations plus abondantes et tenaces. Sous ces incrustations la température du métal s'élève parfois au rouge, opère les décompositions précitées, et compromet la résistance des chaudières. Nous indiquerons, en traitant du sulfate de chaux, les moyens d'éviter ou d'amoindrir les inconvénients des incrustations séléniteuses.
Si d'un côté Ton peut obtenir de l'eau douce en distillant l'eau de mer sur les navires durant les voyages, d'un autre côté on peut mettre à profit sur nos plages Y évapora tion spontanée de cette eau pour obtenir la plus grande partie des sels de soude et de potasse utiles aux divers usages industriels, agricoles et économiques (vojr. plus loin soudes, potasses et sels extraits des eaux Je la mer).
Voici la composition moyenne de l'eau de mer :
Chlorure de sodium (sel marin) 2,700
Chlorure de potassium , 0,020
Chlorure de magnésium. , , 0,380
Î de chaux 0,<40
de magnésie 0,240 \ 3539
de potasse 0,005 ' '
«— :-lîK!f::}". o'°°*
Bromures, iodure% matières organiques 0,0 H
Huile essentielle, acide carbonique 0,050
Cette composition est un peu variable : moins abondante en composés magnésiens dans la Méditerranée que dans l'Océan,
{*) Indépendamment de ces précautions, si l'on tient à se débarrasser des substances organiques, on mettra avec 100 litres d'eau dans la chaudière de l'alambic 1 litre de solution chargée de manganate de potasse et 1/2 litre de solution concentrée de potasse. Si l'eau distillée contenait de l'ammoniaque, il faudrait la soumettre à une rectification en mettant dans la cucurbite 2 à 4 millièmes de bisulfate de potasse.
d après M. Usiglio, elle est plus riche en composés salins à de grandes profondeurs, suivant M. Wollaston.
Le grand intérêt qui s'attache au traitement des résidus de l'eau de mer (eaux mères des salines) nous décide à donner ici les principaux résultats des travaux dont la composition de cette eau a été l'objet.
Analyse des eaux de la Méditerranée, par M. Usiglio.
, Au pied de la montagne Saint-Clair, à 4000"
Observations préliminaires. ^^ ^tle' dvT Ia **"**» de P~«
. . r ' doits chimiques de Villeroy.
um * j Au large, densité = 3*,5 Buumé.
\ A 60" du rivage, = 4» et 4°, 6.
Les résultats des analyses, à diverses distances, même plus considérables, ont toujours été discordants. Ils n'ont été comparables que lorsqu'on a pris l'eau de mer loin de la côte et de l'influence de toute cause perturbatrice.
Les échantillons sur lesquels ( l'un à 3000" de la cote, 4 ■ de profondeur, porte l'analyse ont été pris l l'autre à 6000" de la côte, im id.
A la température de 16° centésimaux, ils marquaient l'un et l'autre 3°, 5 Baume.
Densité 1,0258, à 21° du thermomètre centigrade (*).
(*) Depuis, MM. Usiglio et Donny ont analysé l'eau de la Méditerranée, dans la rade d'Hyères et le golfe de Fox, à 2000 mètres de la côte. Voici les résultats de leur travail :
Chlore - 24,560
Brome 0,450
Acide sulfurique . . 2,540
4 litre contient ( Acide carbonique 0,052
Magnésie 2,390
Chaux 0,640
Potasse 0,305
La densité de l'eau était de 1 ,0225. Parmi les composés nombreux indiqués par ces analyses dans l'eau de la Méditerranée, ne figurent pas les substances organiques azotées, qui doivent cependant s'y rencontrer.
M. Fauré a constaté la présence de ces substances dans les eaux de l'Atlantique, qui baignent les côtes occidentales de la France.
Voici les résultats de l'analyse de l'eau de mer prise à Arcacbon :
[de sodium 27>,965 de magnésium 3 ,785
de
calcium 0 ,325
Îae de de
de magnésie 5 ,575
Sulfates \ de chaux 0 ,225
soude 0 ,485
Carbonate de magnésie 0,315
Matières organiques animalîsées 0 ,052
Poids total dans 4 litre 381,727
L'auteur n'ayant pu doser exactement l'iode ni le brome, ne les a pas fait
ilÀMXRTS.
Poids obtenus pour 100 grainm. eau de mer.
Acide carbonique. . . .
Cbaux
Oxxde de fer
Carbonate de cbaux. ......
Sulbtc de chaux j *?** «dfurique. . . .
( Chaux
Sulfate de magnésie Acide sulfurique. . . .
° ( Magnésie
Chlorure de magnésium.... | 2jj2*-\' !"!!.' !
Chlorure de potassium )
Bromure de sodium ]
Chlorure de sodium j
Ean.
Chlore . . .
Potassium.
Brome . . .
Sodium. . .
Chlore...
Sodium. . .