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Nature des corps

La chimie a pour but la connaissance intime des substances qui nous environnent; son étude comprend les changements profonds qu'éprouvent ces substances, soit lorsqu'elles réagissent les unes sur les autres, soit lorsqu'on isole les parties qui les composent.

Le nombre des réactions chimiques semble infini lorsqu'on songe que ces réactions peuvent avoir lieu entre les 64 corps élémentaires différents, connus aujourd'hui, qui s'unissent au nombre de deux, de trois, de quatre, etc., et en diverses proportions.

Parmi les opérations multipliées dont la science s'occupe, la chimie manufacturière choisit celles qui fournissent des produits applicables à nos besoins ou aux consommations de luxe; qui assainissent nos habitations, utilisent, au profit de l'agriculture et des arts industriels, les débris des minéraux, des corps organisés et les résidus de diverses usines.

Ainsi donc, 64 éléments connus, combinés deux à deux, trois à trois, etc., constituent toutes les substances naturelles et tous les composés obtenus dans nos laboratoires. Chacun de ces éléments n'admet qu'une seule substance, du moins on n'a pu parvenir jusqu'ici à les décomposer, malgré toutes les tentatives que Ton a faites. On doit donc, dans l'état actuel de la science, les considérer comme des corps non composés , c'est-à-dire des corps simples : tel est précisément le nom qu'on leur donne.

Dans certaines circonstances, les corps se combinent lorsqu'on met en rapport leurs parties à l'état de division extrême; lorsqu'ils sont, par exemple, liquides, ou dissous, ou gazéiformes. La combinaison chimique est presque toujours accompagnée de chaleur et de changement de volume; elle se reconnaît en général aux propriétés nouvelles que présente son produit, et, dans ce cas, les plus petites parties du corps composé contiennent la même proportion de chacun des composants. Si, par exemple, on jette dans un creuset chauffé au rouge un mélange de limaille de fer et de soufre, les deux corps liquéfiés, d'abord, puis devenus solides en refroidissant, se sont unis de telle sorte que toute action mécanique est impuissante pour les séparer : car le composé peut être broyé en poudre impalpable, sans qu'aucune parcelle soit exempte des deux composants.

Les dernières parties des corps entre lesquelles s'effectuent les combinaisons sont si petites, qu'elles échappent à la vue et au tact ; leurs agglomérations seules deviennent sensibles à nos sens.

Ces parties, qu'on suppose avoir atteint la limite de la division, ont reçu le nom d'atomes, mot dérivé du grec, et qui exprime qu'elles ne peuvent plus être divisées. On les nomme aussi molécules, et, selon leur nature, ce sont des molécules simples ou composées. Les premières qui, par leur combinaison, constituent les diverses substances, se distinguent par la qualification de constituantes : ainsi on peut dire atomes constituants, ou molécules constituantes, ou principes constituants, ou éléments constitutifs d'un corps composé; tandis que les parties de ce corps qui, simples ou composées, forment une certaine masse en se réunissant, se nomment particules intégrantes.

Ainsi, 1 molécule de fer unie à 1 molécule de soufre forme 1 molécule indivisible mécaniquement, composée de soufre et de fer, et qu'on nomme sulfure de fer. 1 atome ou molécule de

plomb combiné à 1 atome d'oxygène constitue 1 atome composé, que Ton appelle oxyde de plomb. 1 atome de cet oxyde peut former 1 atome d'un composé dit sulfate de plomb , en se combinant avec 1 atome d'acide sulfurique. Ce dernier est luimême formé de 1 atome de soufre uni à 3 atomes d'oxygène. Nous reviendrons sur ces désignations en nous occupant de la nomenclature chimique.

£• Étais des corps simples et composés.

Les corps simples ou composés existent à des états différents : solides, liquides ou gazeux ; la plupart peuvent être successivement amenés, en les chauffant, de l'état solide à l'état liquide, puis à l'état gazeux et réciproquement : c'est ainsi qu'au moyen de la chaleur on fait aisément fondre la glace, et que l'eau résultant de cette fusion, chauffée à son tour, passe de l'état liquide à l'état de vapeur.

Il en est de même, à des températures plus élevées, du zinc métallique qui, solide et très-dur à la température ordinaire, peut être fondu, entrer en ébullition et s'exhaler en vapeurs.

Pour effectuer ces changements d'état, il faut des températures et des quantités de chaleur propres à chaque corps et qui servent souvent à les caractériser ; ce sont des propriétés importantes qui concourent à les faire reconnaître ou à les distinguer les uns des autres.

A l'aide d'une pression assez forte et d'une température suffisamment abaissée, on est parvenu à liquéfier, à solidifier parfois toutes les substances qui sont gazeuses à la température et sous la pression ordinaires ; il en faut excepter les gaz hydrogène, azote et oxygène; mais tout porte à admettre que l'on y parviendrait si l'on pouvait soumettre ces gaz à des pressions plus • grandes et à des températures plus basses que celles dont on a pu disposer jusqu'ici dans nos laboratoires.

8* Caractères physiques et organoleptlques.

H est d'autres propriétés spéciales intéressantes à connaître, qui servent à distinguer les unes des autres un grand nombre de substances : ce sont notamment les caractères physiques et organoleptiques.

Parmi les caractères physiques on comprend : les états solide,

liquide et gazé i forme , correspondant à des températures et pressions exactement déterminées, la couleur ou la nuance et ï aspect terne ou plus ou moins brillant de la superficie ou de la cassure (cristalline, lamelleuse, grenue, terne ou vitreuse), la dureté à l'état solide, la fluidité plus ou moins grande à l'état liquide; la densité ou le poids spécifique (c'est-à-dire le poids sous un égal volume pris comme unité) (*) ; les formes régulières que beaucoup de corps prennent en cristallisant. Les mesures précises des formes cristallines ont en effet une haute importance dans les théories chimiques et pour les classifications des corps.

Les caractères ou propriétés organoleptiques se traduisent à nos sens par les effets produits sur nos organes du tact, du goût et de l'odorat ; on constate ainsi qu'un corps est rude ou doux et comme gras au toucher , on cherche à déterminer par des comparaisons sa saveur et son odeur plus ou moins prononcées.

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