DISSOLVENT SOUFRE EN POIDS
à la température
a froid,
de l'cbullition.
Sulfure de carbone (*)
Essence légère de goudron de houille
Benzine
Essence de térébenthine ;
Naphte
Acide phénique (**) (C JHK),HO) à + 4 00». . . .
Étber pur
Alcool anhydre
J'ai reconnu qu'une solution bouillante de benzine saturée de soufre laisse en refroidissant cristalliser le soufre d'abord sous formes de prismes allongés, puis ensuite sous formes d'octaèdres qui se superposent à l'extrémité des prismes.
La solubilité du soufre dans les huiles grasses (indiquée p. 109 de la 3e édition) a été appliquée avec succès en Angleterre par Daine, pour imprégner et conserver les enduits de plâtre et
(*) J'ai constaté un phénomène curieux résultant de la différence de solubilité du soufre dans le sulfure de carbone et l'éther : si Ton mélange rapidement et qu'on laisse en repos dans un tube ayant Ie, 25 de diamètre 1 centimètre cube de solution saturée de soufre dans le sulfure de carbone avec 5 centim. cubes d'éther, le précipité de soufre cristallin en groupes irradiés de prismes très-fins occupera un volume d'environ 2,5 centimètres cubes.
Si l'on substituait à l'éther de l'alcool, en opérant de même, le volume du précipité serait dix fois moindre ou occuperait seulement un volume de 0CC,25 : les cristaux formés dans ce cas étant plus gros et plus courts.
Suivant M. Ch. Deville, le soufre octaéarique naturel se dissout en totalité dans le sulfure de carbone. Toutes les autres variétés laissent un résidu.
(**) La solution saturée de soufre à -f- 35° étendue de (t volumes d'alcool reste limpide. Si Ton ajoute 4 volumes d'eau elle se trouble, puis en deux ou trois jours il s'y forme des cristaux prismatiques. En passant de -f-100° à + 35, la solution dans l'acide phénique, 'saturée de soufre, laisse déposer des cristaux prismatiques que 1 on décolore et que l'on débarrasse d'acide phénique par l'alcool.
les pierres de construction, en employant l'huile de lin. À la température de 140° cette huile peut dissoudre 90 pour 1000 de son poids de soufre : elle en retient 9 après son refroidissement à + 15°, qui laisse déposer une partie du soufre sous la forme de prismes aiguillés, puis de petits octaèdres, si Ton opère sur 1 litre de liquide de manière à ce que la température s'abaisse lentement. L'huile qui contient cette faible dose de soufre dégage une odeur spéciale dépendante d'un composé sulfuré rendu sensible en suspendant pendant 24 heures un papier imprégné d'acétate de plomb au-dessus de la surface du liquide que contient par exemple un flacon d'un litre.
A + 120° l'huile dissout 0,050 de soufre, il en reste 0,0065 à + 15° et autant à 0°.
4. Procédé pour reconnaître les halles des graines de crucifères et leurs mélanges.
Certaines huiles, celles notamment des crucifères (de colza, navette, cameline,' moutarde, etc.), contiennent du soufre naturellement, On en reconnaît la présence en faisant bouillir 25 grammes d'huile avec une solution aqueuse de 2 grammes de potasse caustique dans 20 grammes d'eau : si l'on jette le mélange dans un filtre mouillé, la solution aqueuse filtrée teindra en noir un papier imprégné d'acétate de plomb ou d'azotate d'argent ; ce liquide, traité par un excès d'acide sulfurique ou chlorhydrique, donnerait lieu à un dégagement d'acide sulfhydrique facile à reconnaître et à doser; les huiles de lin, de pavots (œillette), de noix, de sésame, d'arachide, qui ne renferment pas de soufre, ne produisent rien de semblable. Si l'on fait l'expérience dans une capsule d'argent, la coloration brune du vase est immédiate et permet de reconnaître le mélange d'un centième d'huile de crucifères dans les autres huiles.
D'après M. Bcrthelot, toutes les formes du soufre se réduisent à deux états essentiels : 1° le soufre électropositif, amorphe, insoluble dans les différents réactifs ; 2° le soufre électronégatif ou soufre octaédrique (et la variété prismatique) soluble dans les liquides ci-dessus; ce deuxième état est le plus stable.
Si Ton plonge dans 1000 parties d'éther anhydre une lanière de caoutchouc vulcanisé contenant un excès de soufre non combiné, qui représente 10 à 15 de soufre pour 100 de caoutchouc, on remarquera au bout de quelques jours qu'une partie du
soufre extrait par ce dissolvant (s'il n'est en quantité trop grande) de l'intérieur de la lanière de caoutchouc vient se déposer à la superficie sous formes de cristaux oclaédriques.
A la température de 250° (*) le soufre, s'il est en contact avec l'air, s'enflamme et brûle en répandant une lueur bleuâtre. Le produit de cette combustion, ou combinaison vive du soufre avec l'oxygène, est l'acide sulfureux contenant des traces d'acide sulfiirique, et parfois des acides hyposulfurique et hyposulfureux (**). L'azote de l'air reste mêlé avec cescomposés, sans avoir lui-même pris part à la réaction.
J'ai observé une singulière propriété du soufre, qui se manifeste lorsqu'on le chauffe en contact avec le caoutchouc à la température de 135 à 160e : en même temps que le soufre se combine avec le caoutchouc, il se produit de l'acide sulfhydrique, le soufre en absorbe à cette température une quantité notable. La plus grande partie se dégage pendant le refroidissement et la cristallisation du soufre, le gaz traversant le soufre est bientôt emprisonné entre les cristaux et augmente le volume de la masse.
Dans cette curieuse expérience on peut donc obtenir une augmentation apparente du volume total ; mais elle n'est due qu'à l'interposition des bulles gazeuzes, offrant des cavités nombreuses lorsqu'on vient à rompre le soufre solidifié.
Le soufre projeté liquide très-chaud ou à l'état de vapeur sur
(*) D'après l'observation de M. Violette , que j'ai vérifiée , c'est seulement «n effet à 250° que le soufre s'enflamme spontanément à l'air, et non à 150°, comme on l'avait indiqué avant lui.
(**) Autrefois on connaissait seulement deux acides formés par le soufre uni i l'oxygène : l'acide sulfureux et l'acide sulfarique. On sait maintenant que, suivant les proportions des parties constituantes, le soufre et l'oxygène peuvent former les sept acides différents indiqués ci-dessous :
Aode solfnrique SO3 dont le poids équiv. 200 + 300 = 500
» hyposulfurique (ou dithionique) . SaO* » 400 4-600= 900
» sulfureux SO* » 200 + 200= 400
" b toûh£d% monoSulfiiré ( oa J S'O' » 600 + 600 = U 00
' ^'HS) . .LH^ .^" /r: } S4°* • «00 + 600 = 1300
* hySn"Hqette tri5Ulfllré (°U *"* j S*0» » 4000+600 = 4600
» bjposolforeax S*0* » 400 + 200=. 600
Les équivalents 500, 900, 400, 1100, 1300, 1500 et 600 indiquent les quantités en poids de chacun de ces acides , qui se combinent avec une quantité constante de base pour constituer un sel neutre. Nous étudierons les propriétés, préparations, usages des acides sulfureux et sulfurique, les •cal» de cette série qui soient employés dans les arts industriels.
CHIMIE LHDUSTB. 1 — 9
un corps très-froid, éprouve une sorte de trempe analogue à celle que produit le soufre mou (*) et qui modifie pendant quelque temps ses propriétés en le rendant partiellement insoluble dans le sulfure de carbone.
On peut lui rendre promptement ses propriétés ordinaires on le ramener à l'état normal en le chauffant à 100° par la Tapeur d'eau.
D'après les dernières recherches expérimentales jointes aux anciennes observations entreprises sur le soufre, on admet six états distincts de ce corps : 1° le soufre jaune prismatique; 2° le soufre jaune octaédrique ; 3° le soufre jaune amorphe insoluble dans le sulfure de carbone ; 4° le soufre rouge insoluble dans le même réactif; 5° le soufre rouge soluble; 6° le soufre noir mou visqueux qui est insoluble dans le sulfure de carbone (**)-
Je rappellerai enfin une autre propriété du soufre (indiquée dans les éditions précédentes) qui paraît jouer un rôle important dans la guérison de la vigne par la fleur de soufre : le soufre trèsdivisé jeté sur une surface chauffée de 45 à 100* répand des va-
(*) Le soufre mou retient une quantité de chaleur latente qu'on rend sensible en l'immergeant dans l'eau à 100° : changeant alors d'état pour devenir soufre dury il se contracte et abandonne assez de chaleur pour déterminer l'ébullition de l'eau.
(**) C'est en chauffant le soufre plusieurs fois à 300° et le refroidissant chaque fois brusquement dans l'eau, qu'on lui fait prendre, une coloration de plus en plus intense : devenu rouée brun après six opérations, il se fond en un liquide rouée. Sa dissolution dans le sulfure de carbone donne par évaporation aes octaèdres jaunes, puis des cristaux rougeâtres laissant une masse visqueuse rouge foncée mcristallisable directement.
Si on épuise successivement le soufre rouge brun ci-dessus par le sulfure de carbone, il reste un résidu insoluble de 0,33 environ, mélange de soufre jaune et de soufre noir. Chauffé à 108° il se prend en masse brune donnant dans le sulfure de carbone un résidu insoluble; celui-ci chauffé quelque temps a 100° laisse encore dissoudre une partie par le sulfure de carbone ; le résidu insoluble plus brun chauffé à 300° et brusquement refroidi devient noir, visqueux, et se peut étirer en fils; chauffé à l'ébullition il conserve sa couleur; mais par la distillation il donne du soufre jaune ordinaire, reprenant ainsi son état primitif.
Le soufre noir longtemps chauffé à 130° peut se dissoudre ensuite dans le sulfure de carbone ; la solution dépose successivement des cristaux jaunes, puis de plus en plus rouge elle devient épaisse, visqueuse, durcit très-graduellement et produit le soufre rouge compacte qui ne se dissout plus dans le sulfure du carbone. Chauffé longtemps à 100° il revient à l'état de soufre jaune soluble.
Tous ces états du soufre sont compris entre les deux limites du soufre électronégatif (dans sa combinaison avec les métaux) et du soufre électropositif (dans sa combinaison avec l'oxygène, le chlore, le brome). Précipité par l'eau du chlorure de soufre, puis lavé par le sulfure de carbone, le soufre amorphe
peurs sensibles, et peut être entraîné dans l'air à l'état d'une extrême division.
L'expérience est facile à répéter en mettant en une couche mince, de la fleur de soufre sur une assiette chauffée par la vapeur d'eau , et recouvrant avec un large entonnoir : on voit bientôt les parois internes de celui-ci se ternir par une fine poussière, à laquelle on reconnaît sans peine les propriétés caractéristiques du soufre (*). Le soufre en brûlant développe une puissance calorifique représentée par 2220 caloriées ou moindre que le tiers de ce que produisent le charbon de bois et même la houille.
6« Extraction.
Lai plus grande partie du soufre employé dans les arts est tirée des mélanges terreux que l'on trouve aux environs des volcans, des solfatares et dans les anciens cratères des volcans éteints ; souvent en amas parmi les marnes bitumineuses, les couches de
est insoluble, mais redevient électronégatif et soluble par un contact prolongé avec le sulfure de carbone.
Entre les deux états du soufre cristallîsable et du soufre amorphe l'action dissolvante du sulfure de carbone sur le premier n'est pas la seule différence ; la réaction de l'acide azotique est aussi remarquable : à la même température de 100° elle est très- vive sur le soufre amorphe et signalée par le dégagement d'abondantes vapeurs rutilantes, tandis qu'elle ne se manifeste point dans le même temps sur le soufre cristallîsable.
Serait-ce un indice d'une efficacité plus grande oontre l'oïdium qui attaque la vigne ? 11 serait utile de s'en assurer par 1 expérience ; déjà j'ai reconnu que dans l'effet de coloration brune des raisins soufrés, sous l'influence d'une forte insolation, il y a production d'acide sulfurique qui sans doute réagit énergiquement sur la végétation parasite.
L'effet si utile, dans ce cas, de la fleur de soufre serait ainsi expliqué ; son application a du concourir à l'extension de la consommation du soufre en France, qui s'est élevée, en 1857, à 53 539 656 kil. , pour redescendre à 35 822 787 kil. en 1858, alors que l'on a moins soufré les vignobles.
En traitant la fleur de soufre ordinaire par le sulfure de carbone, le soufre cristallisé se dissout , tandis que le soufre amorphe demeure non dissous. Ce dernier se présente sous le microscope en globules sphériques, opaques, réunis la plupart en chapelets.
Pai remarqué une réaction singulière qui se passe lorsqu'on immerge ces globales pendant quelques heures dans l'alcool anhydre, même à froid : ils changent de forme , deviennent ovoïdes, irréguliers, diaphanes : desséchés, ils se trouvent changés en soufre cristallîsable, soluble directement dans le sulfure de carbone.
{*) H suffit de rassembler cette fine poussière avec une petite quantité d'une solution de soude ou de potasse caustique , de faire bouillir le liquide trouble qui alors dégagera de l'hydrogène sulfuré en le saturant par un excès d'acide sulfurique ou chlorhydiique.
sulfate et carbonates de chaux de la formation crayeuse ; les plus importantes exploitations (celles de la Sicile) se trouvent sur ce gisement.
Les principales exploitations se trouvent dans les provinces de Caltanizetta, Catane, Girgenti et Palerme. Jusqu'ici le mauvais état des routes (*), le manque de capitaux, d'un bon système d'exploitation des mines et d'élimination de la gangue , n'ont pas permis d'obtenir assez économiquement, ni en assez grande quantité les produits de ces riches gisements. Mais l'insuffisance même et la cherté relative du soufre ayant suscité une concurrence redoutable dans l'emploi des pyrites, on a dû s'occuper des moyens d'améliorer les exploitations de la Sicile. Nous indiquerons brièvement ici l'état jdes choses dans cette contrée , les premiers perfectionnements introduits et quelques innovations projetées dans le même but. L'exploitation des minières est encore fort arriérée et sans règles certaines ; on n'y pratique pas les méthodes de boisage, de fonçage des puits ni d'épuisement économique des eaux ; le terrain est creusé en galeries (de 1 mètre 50 à 1 mètre 75 de haut et 1 mètre à 1 mètre 50 de largeur) auxquelles on arrive par des gradins ou escaliers de 50 à 100 marches (scale) que descendent et remontent très-péniblement des enfants (caruzzi) de 7 à 16 ans (les plus nombreux ont de 12 à 14 ans), exposés à de continuels dangers (**) ; ils exécutent ainsi un travail très-pénible et insalubre pour aller chercher dans des paniers (ou des sacs pour les menus fragments) le minerai abattu au pic par les ouvriers [picconieri). La profondeur des mines en exploitation est d'environ 19 à 20 mètres.
Jusqu'en 1851 le traitement du minerai en roche s'effectuait dans des fourneaux ouverts, dits ca Icare lies } contenant environ 2 mètres cubes ou de 4000 à 4500 kilos, au moyen d'une sorte de haut fourneau, four coulant ou vase conique en briques ou pierres dures £ (fig. 1 1). Au fond de ce fourneau, on allumait le soufre impur, et l'on ajoutait successivement les fragments de minerai qui, brûlant à la surface, laissaient couler le soufre fondu par la chaleur de la combustion. Des ouvreaux /*, f, /*, à différentes hauteurs, fournissaient l'air utile à cette combustion
(*) Les transports se font en général à dos de mulet, sauf sur quelques routes praticables pour les charrettes.
(**) Les dangers sont encore plus imminents toutes les fois que Ton fait usage de la poudre en vue de bâter le travail de l'abatage.
Fig 11.
superficielle, tandis que le soufre en excès, s* écoulant au-dessous, sortait à la partie inférieure du fourneau par un ajutage g, reçu
dans des vases en bois ou en tôle A, où il se solidifiait. Alors la végétation aux alentours était détruite par les continuelles émanations d'acide sulfureux qui rendaient très-insalubres les habitations à plusieurs centaines de mètres. Afin d'amoindrir ces graves inconvénients, le brûlage fut interdit depuis le mois de juillet jusqu'en décembre.
Après diverses tentatives faites en vue d'éviter les plus fortes déperditions, on a généralement adopté l'usage des fours circulaires et peu élevés , dont les dimensions agrandies varient , pour les plus petits, de 50 à 80 casse (100 à 160 mètres cubes); les plus grands sont les meilleurs, leur contenance de 400 à 500 casse correspond à 800 et 1000 mètres. Les fours de 800 mètres cubes ont un diamètre de 20 mètres, établis sur une sole en pente fortement battue; leur mur d'enceinte a de 1 mètre 5 à 2 mètres de hauteur; à la partie antérieure la plus déclive, est pratiquée une embrasure de 1 mètre 'à 1 mètre 5 de hauteur, dite la morte, où se pratique les coulées, et devant laquelle est un avant-corps pour le soutirage. On charge le four en disposant au bas de grosses pierres calcaires en pieds droits et toutes sèches, laissant de larges interstices; on accumule ensuite les morceaux de gangue en ménageant toujours des intervalles suffisants, on continue la charge qui doit remplir le four et s'élever en un cône tronqué, ayant en hauteur du cinquième au quart du diamètre, que l'on recouvre avec le minerai en menus morceaux (pantume), puis avec de la matière terreuse sèche, formant la chemise, d'une épaisseur seulement suffisante pour empêcher les fuites de gaz sulfureux. On bouche alors l'embrasure ou la morte avec du limon argileux, enduit de plâtre. Alors on introduit dans les vides de la partie supérieure du tas conique de petits paquets d'herbes sèches soufrées et allumées, au-dessus desquelles on place des fragments de minerai; au bout de quelques minutes on recouvre ces portions de terre sèche semblable à celle formant la chemise, de façon à retenir la fumée ou, du moins, à modérer son issue. Au bout de six à dix jours, suivant les dimensions du four, on
i 34 SOUFRE.
perce la morte pour laisser écouler le soufre (s'il ne venait pas encore de soufre liquide on boucherait le trou), le coulage s'effectue dans des petits baquets en bois mouillé (gravite), que Ton remplit successivement. Lorsque l'écoulement s'arrête, on pratique un trou au-dessous du premier. Ce soutirage dure de six à quinze jours, suivant la capacité du four chargé de minerai.
Les 200 mines exploitées dans les solfatares de la Sicile occupent 5000 picconieri et 10 000 enfants {caruzzi). Les mines de Lercara, dont la production est de 200 000 cantare (*), occupent 1000 caruzzi ; les rendements sont, pour le minerai dit extraordinaire, 0,25 ; le minerai riche, 0,20; le bon minerai, 0,15; le médiocre, 0,08 ; on rejette le minerai au-dessous de ce rendement. La production annuelle de la Sicile est évaluée à 208 655 000 kilos, ou en moyenne 25 000 000 de francs (**). Cette production, en 1859, a été ainsi distribuée :
Grande-Bretagne 85,924 ,400k
France 64 ,640,000
États-Unis d'Amérique \ 5,350,000
Allemagne 6,716,900
Russie 3,700,000
Antres nations 46,426,700
Les deux, tiers de cette production totale sont utilisés dans Tindustrie ; un tiers est employé en France, en Italie, en Espagne, en Grèce, etc., pour le soufrage des vignobles de ces contrées. Grâce aux modifications introduites dans la construction, le chargement et le soutirage, les fours (calcarone) actuels ont assez amoindri le dégagement de l'acide sulfureux pour permettre d'allumer en toute saison et de moins éloigner ces fours des habitations; le rendement a été d'ailleurs porté à 60 au lieu de 50 pour 100 des quantités contenues en moyenne dans le minerai.
Les perfectionnements sans doute ne s'arrêteront pas là sur les points où les voies de communication laisseront parvenir la houille; déjà des essais de traitement en vases clos, de fonte on de tôle, d'après une récente invention de MM. Emile et Pierre Thomas, permettraient d'espérer qu'au moyen du chauffage rapide par la vapeur à 130°, on pourrait, dans une capacité
(*) 1 CûDtara = environ 0m,05 représentant 100 k°» de soufre. 1 cassa = 40 cantare.
(•*) Voy. le rapport de Pierre Tucci , inspecteur Scientifique et cireolarc dmformdùonx. Païenne.
d'un mètre cube, effectuer dix opérations en un jour, épuiser sans déperdition notable de soufre et sans dégagement de gaz sulfureux autant de minerai que dans un calcarone de 400 mètres cubes. Les figures 12 et 13 ci-dessous indiquent les dispositions adoptées par les inventeurs ; dans un cylindre en tôle (enveloppé de bois), de 80 centimètres à 1 mètre de diamètre, de 4 à 6 mètres de longueur, on a fixé deux bandes de rails
sur lesquels on amène facilement les chariots chargés de minerai en fragments de grosseur a peu près régulière. Ce minerai est maintenu par une enveloppe en tôle trouée parallèle aux parois du cylindre.
Celui-ci étant chargé, on enlève le bout des rails p,p dépassant le cylindre que l'on ferme hermétiquement au moyen de boulons articulés fixés au- ■ tour de la bride; alors par le tube t, communiquant avec le générateur chauffé sous la pression de 4 à 5 atmosphères, on fait arriver en jets nombreux la vapeur d'eau qui expulse l'air, par le robinet a, puis on laisse une faible issue "* '"" à la vapeur et à l'air par
le robinet F (en cas d'engorgement de ce robinet, vers la fin de l'opération, on rétablît le faible courant par le robinet F'), bientôt la température intérieure s'élèveà 130', on la vérifie par
la pression correspondante qu'indique le manomètre S; le soufre fond, quitte la gangue et s'écoule dans le récipient conique en tôle D', fig. 12 ; au bout d'une heure ou une heure et demie le minerai «et sensiblement épuisé, on ouvre le robinet V qui dirige toute la vapeur excédant la pression atmosphérique dans un deuxième cylindre semblable, en chasse l'air et prépare une deuxième opération ; on démonte le récipient D qu'on laisse reposer sur ses rails, on le roule au magasin, où l'on verse le soufre solidifié en levant et retournant le vase conique eu tôle D'. Les chariots chargés de minerai épuisé sont retirés du cylindre, puis remplacés par des chariots chargés de minerai neuf.
Dans certaines localités, lorsque la matière première est trèsriche, on se contente encore de la faire fondre dans une chaudière en fonte B (fig. 14, p. 111), chauffée par nn foyer A. On remue avec un ringard, puis on laisse déposer en maintenant la température entre 120 et 150', mais sans l'élever jusqu'à 250*, précaution qu'il convient de prendre pour éviter l'inflam- . mation toutes les fois que l'on fait fondre du soufre à l'air libre (*); on ,f' * ' décante alors le soufre liquide à l'aide'
d'une cuiller G, et on le verse dans un baquet préalablement trempé dans l'eau, ou dans une auge en tôle D. Dès que le soufre est solidifié, on retourne le vase, et le bloc, qui a éprouvé un retrait en se prenant en masse, tombe sur le sol; on le brise alors à coups de merlin en quelques morceaux, et on l'expédie soit en vrague, soit dans des tonneaux de bois blanc.
Les résidus terreux tires de la chaudière, après avoir puisé le soufre liquide, peuvent être, suivant les circonstances locales ou commerciales, rejetés ou traités par l'un des procédés indiqués ci- dessus.
Le troisième procédé en usage principalement pour le traitement des sables de la solfatare de Pouzzoles, près de Naples, permet de traiter les matières pauvres qui contiennent environ 12 pour 100 de soufre. Il consiste en une distillation grossière
(*) Si le soufre s'enflammait accidentellement dans la chaudière, l'extinction serait facile en faisant écouler uns projection une mince couche d'eau
opérée dans des creusets A (fig. 1 5) engagés, au nombre de 1 2 ou 16, dans un fourneau en forme de voûte prolongée. Entre les deux rangées de creusets il reste un espace libre dans lequel brûle le bois de chauffage. Chaque creuset reçoit environ 25 , kilogrammes de matière ;
un disque en terre, lu té avec 'de l'argile, le recouvre, et un ajutage £ fait communiquer la partie supérieure de chaque creuset avec un deuxième vase B qui reçoit et condense la vapeur de soufre. Le produit liquide s'écoule par un orifice G, dans un récipient analogue à ceux décrits ci-dessus, 12 pots contenant ensemble 300 kilogr. exigent comme combustible 70 kilogv. de bois et produisent environ 96 kilogr. de soufre par opération durant sept heures. 3 opérations en vingt-quatre heures produisent pour un fourneau 288 kilogr. de soufre distillé.
Ces opérations laissent souvent passer, avec le produit, des substances étrangères entraînées par le boursouflement lorsque I èbullitioa est très-vive ; aussi le soufre recueilli est-il, comme le produit des autres procédés siciliens, plus ou moins impur, et arrive-t-il dans le commerce sous le nom de soufre brut, contenant de 3 à 10 pour 100 de corps étrangers. Ces différences dans les proportions des impuretés permettent d'établir quatre sorte» commerciales, que l'on désigne sous les noms de deuxième, troisième, belle quatrième et quatrième. On constate les proportions des matières minérales par une incinération dont on pèse le résidu ; il vaut mieux déterminer la proportion de soufre pur qui peut être extraite par distillation complète, en chauffant une quantité pesée, dans un tube de verre coudé : on prend ensuite le poids du soufre distillé qui s'est solidifié sans sortir de la deuxième branche du tube.