ExCraetlon du brome
On extrait le brome des eaux mères des marais salants, des eaux mères des salines du continent, comme nous l'avons vu précédemment, et des cendres de varechs. Dans le traitement de ces dernières, les eaux mères, dont on a précipité l'iode par le chlore, sont concentrées dans des vases de plomb recouverts d'un chapiteau. On recueille ainsi, à laide d'un réfrigérant adapté au bec du chapiteau, un peu du produit entraîné par les vapeurs et l'on évite l'insalubrité de ces vapeurs pour les ouvriers. Il est bon d'interposer entre le chapiteau et le réfrigérant une allon^
(*) La plus grande partie de l'iode est fabriquée en Angleterre et en Frtnce. En 1867, Tsterson a fabriqué à Glascow 69,0 JO kilo^r. d'iode; la lu^me année la production de la France éUit de 55,600 ki2ogr.
(**) La production du brome en France a été d'environ 10,060 kilo^. en 4875; l'ios'eterre en produisit autant, et la niô:TiG annie Stassfurt en fabriqua cnriroa ^0,000 kilogr. <ri« les eaux mères des sels a potasse.
IODE, BROME, lODDRES ET SELS DE YiREGHS. 609
en Yerre afin de reconnaître le moment où il ne se dégage plus de vapeurs violettes annonçant la présence de Tiode.
Alors on peut 8*a8surer, par Taddition de quelques gouttes de chlore dans un verre à expériences, que ces eaux ne contiennent plus d'iode.
Si cette addition donnait une coloration rouge orangé, puis un précipité brun, on ajouterait un peu de chlore dans la cucurbite et Ton obtiendrait de nouveau des vapeurs violettes.
Lorsque l'élimination de Tiode est achevée, on adapte à Tallonge un appareil formé de récipients communiquant entre eux par des tubes rodés à l'émeri, on ajoute dans la cucurbite du bioxyde de manganèse (MnO') et de Tacide sulfurique concentré dont les proportions ont dû être déterminées par un essai préalable en petit.
On efTectue alors la distillation à Taide d'une ébullition ménagée ; le brome, plus volatil que l'eau, apparaît bientôt sous forme de vapeurs rutilantes, qui se condensent en un liquide lourd, brun orangé, coulant dans l'allonge et le premier récipient ; celui-ci doit être maintenu froid au moyen de la glace ou même d'un mélange de glace et de sel.
Lorsque le dégagement cesse, on s'assure que tout le brome est extrait en ajoutant du bioxyde de manganèse et de l'acide sulfurique concentré dans la cornue; s'il se dégage encore du brome par une ébullition légère, on continue jusqu'à cessation des vapeurs orangées.
Le brome liquide est surnagé d'une couche d'eau que l'on sépare en faisant couler par un entonnoir en verre muni d'un robinet : on ferme celui-ci dès que, le brome étant écoulé, Teau commence à l'atteindre. On épure facilement le brome ainsi obtenu en le redistillant et mettant dans le récipient refroidi de l'acide sulfurique qui surnage le produit distillé et prévient son évapora tion.
Quant au liquide aqueux retenant du brome, on extrait celui-ci en le saturant par la potasse ; il se forme du bromure de potassium et du bromate de potasse; on évapore à sec et l'on calcine au rouge sombre, afin de tout amener à l'état de bromure de potassium, que Ton décompose par l'acide sulfurique et le bioxyde de manganèse, pour mettre le brome en liberté et de Tobtenir par distillation.
On traite alors le produit de cette -concentration des eaux mères dans une cornue eu grès avec du manganèse et de l'acide sulfurique ; la distillation donne du brome, que l'on recueille sous l'acide sulfurique à 64 degrés, afin d'éviter la perte et les dangers des vapeurs de brome.
Nous avons indiqué, page 406, le procédé suivi pour l'extraction du brome des eaux mères des marais salants et, page 515, la méthode usitée à Stassfurt pour la préparation du brome au moyen des eaux mères du traitement de kalisalz.
email iMMmn. i. — 39
«iO PRÉCIS m €BXm& didustrielle.
iO. Préparation de Tlodure et dv teaaNve de p*
Ces deux sels représentent les combinaisons les plus usuelles de l'iode et du brome : aussi les prépare-t-on dans les usines qui exploitent les cendres ou soudes des varechs.
lodure de potassium. — On l'obtient en traitant par une solution de potasse caustique l'iode précipité par le chlore et bien lavé. La saturaUoo complète a lieu lorsque ce précipité brun disparait, laissant le liquide incolore : celui-ci contient alors un mélange d*iodure de potassium et d'iodate dépotasse; on Tévapore à siccité, puis on calcine dans un creuset en fonte à la température rouge ; I*iodale, perdant tout son oxygène, est transformé en iodure, fondu en même temps que Tiodure produit directement ; la masse solidiûée par le refroidissement est dissoute dans Feau et la solution filtrée concentrée à 65® Baume. L'iodure de potassium se dépose peu à peu en cristaux cubiques blancs, diaphanes et volumineux, si la solution est très-légèrement alcaline et la masse de liquide considérable ; on fait égoutter ces cristaux dans des entonnoirs, puis on les fait dessécher étendus sur des plateaux en tôle vitrifiée dans une étuve où la température du courant d'air est maintenue de 120 à 125*. On change fréquemment les cristaux de place afin de prévenir leur adhérence ; Tévaporation de Teau interposée rend les cristaux sensiblement opaques et d'un blanc mat.
Malgré leur belle apparence, les cristaux ainsi obtenus renferment en général 2 à 4 centièmes de carbonate de potasse ; en outre, Payen i constaté dans tous les produits livrés au commerce la présence de Tiode à l'état d'iodure de potassium ioduré {*) . 11 est facile de manifesler la présence et la proportion du carbonate de potasse : il suffit de saturer par l'acide sulfurique normal (voyez Essais alcalimétriques)\ quanta riode en excès, on le fait apparaître avec une coloration jaune en ajoutant un léger excès d'acide (**) .
L'iodure de potassium pur serait préférable soit comme réactif d'un fréquent usage, soit pour les fréquentes applications médicales. On peut épurer l'iodure de potassium contenant du carbonate de potasse et légèrement ioduré en faisant passer dans sa solution aqueuse un courant d'acide sulfhydrique qui, unissant l'iode à l'hydrogène, forme de l'acide iodhydrique. Si, après avoir fait bouillir pour chasser l'excès d'hydrogène sulfuré» il restait du carbonate de potasse, il faudrait le saturer
(*) Annotes de chimie, iS65, et AnnaU$ du Conservatoire des arts et métiers, octobre 1865 et janvier 1866.
(**} Lorsque Ton emploie l'amiâoii en empois ou dissous pour vérifier si Tiodure ne conlieot pas d'iode en excès, la présence du carbonale de potasse empoche la formation de Yidift d'vnidon et la coloration bleue n'apparaît pas.
IODE, BROME, lOMJBËS ET SELS DE YAREGUS. 011
très-exactement par l'acide iodhydrique pur et se garder d'ajouter le moindre excès de cet acide très-instable qui, au contact de Tair, donnerait de Teau et de l'iode ; il faudrait alors ajouter l'équivalent de potasse et faire passer un excès d'hydrogène sulfuré ; après une saturation trèsexacte, il ne reste qu'à concentrer le liquide, laisser cristalliser une ou deux fois, puis égoutter les cristaux.
L'iodure de potassium, à l'état de pureté, ne doit donner ni réaction alcaline au papier rouge de tournesol, ni coloration jaune immédiate par l'addition d'un léger excès d'acide acétique ou sulfurique (*).
Préparation du bromure de potassium. — On traite le brome par la potasse jusqu'à la saturation exacte ; on évapore , puis on calcine afin de transformer le bromate en bromure, on fait dissoudre, filtrer, concentrer; enfin on laisse cristalliser, puis les cristaux bien égouttés sont desséchés à l'étuve.
On prépare une grande partie du bromure de potassium en décomposant par le carbonate de potasse le bromure de fer obtenu en faisant rendre les vapeurs de brome sur de la tournure de fer mouillée, comme
nous l'avons indiqué en traitant de Textraction du brome à Stassfurt.
if. Produits obtenns dn traUement des sondes brntes des varechs*
Les échantillons de la soude brute employée pendant six années chez M. Cournerie ont donné en moyenne générale 45,39 pour 100 de sels aolubles; le rendement moyen pendant le même espace de temps a été de 37,95 pour 100; les proportions moyennes des sels entre eux sont indiquées dans le tableau suivant, d'après le travail en grand et les analyses de cet habile chimiste manufacturier :
(*) yopinion des chimistes n*élait pas unanime sur la question de savoir si les acides faibles ou Irès-étendus décomposent ou noa l'iodure de potassium en solution aqueuse. Payen a démontré que cette décomposition n'a pas lieu immédiatement, ni dans un temps assez long, lorsque le liquide est en vase hermétiquement clos; mais au contact de Tair la décomposition a toujours lieu. Il se produit un sel de potasse, et de l'iode est mis en liberté, soit directement, soit iodirectcnicntf par l'nltération de l'acide iodhydrique. Pour donner de ce fait nouveau une élégante démonstration, Payen a délayé 1 gramme de fécule dans 25 centimètres cubes d'une solution saturée d'iodure de potassium pur trcs-légèrenicnt aciduluc : il s'est produit en quelques instants un magma qui rendit le mélange immobile dans un tube rempli d'air aux 0,9 ; bientôt on vil sous les influences de l'oxygène, de l'acide, de Tiode devenu libre et de la substance amylacée, celle-ci se colorer en violet à sa superficie; les réactions se propagèf ent si lentement ensuite, qu'au bout de six mois le mélange au fond du tube demeurait incolore et translucide.
On avait été conduit à cette expérience en observant une nouvelle propriété commune à riodure et au bromure de potassium : les solutions aqueuses de chacun de ces deux composés saturées à la température de 22 à 2i*, neutres ou légèrement alcalines ou acides, agissent sur la fécule à froid et font prendre à ses granules un volunn 25 à 30 fois plus grand. Rien de seaiblablc n*arrivc avec les chlorures de potassium ou de sodium.