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On procède à cette opération de la même manière, soit qu'on emploie le borax fabriqué comme nous venons de le dire, soit qu'on yeuille raffiner le borax brut tiré de VInde, de la Chine, etc.
Le raffinage du borax fut longtemps un secret conservé par les Vénitiens, qui monopolisèrent cette industrie : de là elle s'introduisit en Hollande et ne fut exercée en France que vers la fin du siècle dernier. Les procédés du raffinage étaient encore peu connus et imparfaits lorsque, vers 1815, la fabrication au moyen de Tacide borique sembla présenter des difficultés nouvelles. S'occupant alors de cette fabrication en grand, Payen parvint bientôt à déterminer les conditions de succès ; c'est aujourd'hui une des opérations chimiques les plus simples.
Préparation du borax prismatique. — Ce borax, cristallisé sous la seule forme commerciale usitée à cette époque, s'obtient facilement en cristaux solides et assez volumineux peur qu'ils se prêtent aux manipulations des orfèvres, bijoutiers, etc.; il faut toutefois que la cristallisation ait lieu en grandes masses et qu'elle s'opère d'une manière lente et régulière, au sein d'un liquide contenant un léger excès d'alcali et ne dépassant pas une certaine densité.
Yoici comment on réunit ces conditions : Dans une cuve en bois doublée de plomb, ayant 2 mètres de diamètre et 3 mètres de profondeur, chauffée à l'aide de la vapeur libre par un tube plongeur, on porte en* ▼iron 5600 litres d'eau à la température de l'ébullition. On tient plongé dans ce liquide, et retenu par une chaîne de suspension, un grand panier fait de tôle criblée de trous, ou de grosse toile métallique en fer ; on remplit ce panier de cristaux (ou plaques cristallines concassées) de borax brut, et l'on en ajoute de nouvelles quantités à mesure que la dissolution a lieu ; on verse dans le même panier 4 kilogr. de carbonate de soude cristallisé par chaque quintal métrique de borax, et l'on continue ainsi jusqu'à ce que la solution marque 22® à l'aréomètre Baume. Alors on cesse d'introduire la vapeur, et lorsque le liquide a déposé pendant 2 heures, on le soutire à l'aide du robinet placé à quelques centimètres au-dessus du fond dans un cristallisoir de forme presque cubique, ayant une section horizontale de 2™,05 en carré et 1"',45 de profondeur.
Ce cristallisoir de plomb, épais de 6 millimètres, est soutenu par une caisse en planches fortes ou madriers, maintenus par de fortes équerres et reliés par des traverses en bois que terminent des boulons en fer ; il doit être fermé d'un couvercle doublé de plomb et dont la moitié antérieure se soulève par une chaîne passant sur une poulie et s'enroulant sur un treuil.
64S PRÉCIS D£ CUIMUS IISDUSTRIELLE.
Dans une fabrique où Ton établit trois ou quatre cristallisoirs semblableSy il convient de les disposer chacun dans une pièce à part n^ayant que les dimensions utiles au service du cristallisoir, afin qu'il n'y soit pratique aucune opération qui puisse occasionner des secousses ou des courants d'air froids, capables de troubler la cristallisation.
Le cristallisoir étant rempli jusqu'à 3 ou .4 centimètres de ses bords et le couvercle fermé, il s'établit bientôt, par la condensation de la vapeur, une couche d'eau sur la solution. Cette eau empêche la formation, à la superficie, de menus cristaux qui tomberaient au fond, où ils s'aggloméreraient en croates cristallines (*).
Au bout de 16 à 28 jours, suivant la température extérieure, la cristallisation est arrivée à son terme, et la température du liquide s'est abaissée à 27 ou 28^. Si l'on attendait davantage, les dernières parties des cristaux formés pourraient fixer avec elles des matières colorantes ou alumineuses précipitées par le refroidissement.
Trois heures après le soutirage, on relève les couvercles ; deux hommes entrent dans le cristallisoir, détachent les cristaux ea insérant entre leurs facettes, autant que possible, la lame d'un fort ciseau aciéré qu'ils enfoncent à coups de marteau en évitant d'entamer le plomb des parois.
Les cristaux sont enlevés dans les paniers de tôle et accumulés sur une table où ils se dessèchent spontanément, et dès le lendemain on peut les trier. On les emballe alors dans des caisses en bois blanc (tremble ou peuplier de Hollande) d'une contenance de 60 kilogr., doublées intérieurement de feuilles libres de papier bleu indigo. Ces emballages, anciennement employés par les Hollandais, constituent ce qui reste des obligations imposées par le préjugé favorable aux produits de cette provenance, préjugé tel qu'on fut obligé, pendant plusieurs années, d'imiter la teinte grisâtre des cristaux du borax et même l'usé des angles, ainsi que la poudre blanche, par un frottement sur des cribles produisant des effets semblables à ceux du transport. Aujourd'hui les consommateurs n'exigent plus toutes ces apparences pour accepter le borax de fabrication française, dont ils connaissent mieux les formes et la pureté (**) .
Préparation du borax octaédrique. — Cet autre produit du raffinage est préférable pour toutes les applications, car il est plus solide, plusré-
(') Dans les crislalli^alions d'autres sels en vases ouvcils, on peul prcvcoir la farmalioo an cristaux menus superfîciels en versant une couche d'eau bouillante, épaisse de quelques vmr limèlrcp, sur la solution saline.
(*') Il sérail très-facile de découvrir les cristaux d'alun qui seraient mêlés aux txisliioi de boiax; ceux-ci ont toujours une saveur douceâtre, et, lorsqu'on les mouille, une réaction alcaline prononcée; lalun, au conlniiic, a une saveur lrù?-acidc, siypiiquc cl une rcacli^n fortement :;cidc.