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FllBt-glaM

Cette variété de cristal, consacrée à la fabrication des instruments d'optique, doit avoir une densité de 5600 au moins, l'eau pesant 1000. Il doit être un peu ou pas coloré, très-homogène, sans bulles ni stries. Cette dernière condition est fort difficile à remplir quand on veut se procurer du flint en grandes masses pour les lunettes astronomiques d'une ouverture un peu large.

Guinand père a découvert, le premier, un procédé pour fabriquer du flint-glass et du crown-glass exempts des défauts qui très-souvent s'opposaient à l'emploi de ces substances vitreuses dans la confection des instruments d'optique. M. Bontemps acquit de M. Guinand fils ces procédés, et perfectionna surtout la préparation du crov^n-glass, en évitant les stries, bulles, fils, ainsi qu'une hygrqscopicité nuisible. Nous allons décrire la fabrication d'après cet habile manufacturier

Le flint-glass de densité ordinaire, 5100 à 5200, comme le cristal destiné aux objets de service des tables, se prépare avec la composition suivante : sable, 500 kilogr.; minium, 200; carbonate de potasse, 100. Mais pour obtenir du flint plus dense, tel qu'il convient aux opticiens, on emploie : sable, 500 kilogr.; minium, 500; carbonate de potasse, 90 : ces quantités représentent trois charges d'un creuset. M. Guinand ajoute à une composition semblable 5,5 de borax, 4 de nitre, 1 d'arsenic et 1 de manganèse.

Le four est cylindrique, terminé par une coupole sphérique. Les figures 225 et 224, page suivante, indiquent les formes du four et du creuset par la coupe verticale A6 et la coupe horizontale CD. Dans ces deux coupes, les mêmes lettres indiquent les mêmes objets : A, siège portant le creuset couvert B; a, a, conduits par lesquels on jette la houille sur chaque grille, qui est à 50 centimètres plus bas (*) ; une embrasure de porte, que l'on démaçonne à volonté, sert pour faire entrer et sortir le creuset; trois ouvreauxde chaque côté conduisent la flamme dans deux cheminées latérales ; un ouvreau à l'arrière de l'ouvreau de travail faci-

(*) Des conduits opposés au niveau de la grille servent à enlever les scories de l'incinération.

T1S PRÉCIS DE CHniE INDOSTRIELLE.

i\e le placement du creuset; c, barre recourbée en fer, qui sert à agiter le mélange à l'aide du manchon ou cylindre en terre à creuset if; f, support arec rouleau transversal pour servir d'appui à la barre introduite par l'ouTreau de travail dans la gueule du creuset, au-dessus du nÏTcau du Oint fondu.

Détails de ropératton. — On chauffe le creuset à part, au rouge blanc; on l'introduit alors dans le four de fusion préatablemcnt chauffé; on réchauffe l'ensemble au point le plus élevé, terme qu'on atteint après trois heures environ. On ôte successivement les deux portes de la gueule du creuset que l'on charge de 10 kilogr. de composition; une heure après, on ajoute 20 kilogr., puis 40 au bout de 2 heures. Au bout de 8 OH 10 heures, toute la composition est enfournée; on laisse alors chauffer 4 heures sans ouvrir la devau' turc du creuset, puis on aie les deux ~- portes, afin d'Introduire le cylindre en terre, chaulTé au rouge blanc, â part, dans le même four; on pose la barre coudée o dans le cylindre, et Fig. K*. l'on opère un premier brassage en

ris.mcittï. -FourpoDr i> ribrioiiondu faisant tourner horizontalement le ï^iwï'c Dr""" '"'"'"*"''"'''""' "''" «y'''^^'"'=- Cette agitation, invention principale de M. Guinand, rend le mélange plus intime, prévient les liquations spontanées entre les parties les plus pesantes, et fait dégager les bulles.

Au bout de 3 minutes, la barre étant à la température voisine du rouge blanc, on la retire, on referme le creuset et l'on attise le feu; 5 heures après, on procède à un deuxième brassage, et d'heure en heure on recommence cette opération. Alors on couvre le feu avec une masse de houille de 25 centimètres d'épaisseur, qui se réduit en coke et laisse pendant 2 heures ta tranquillité nécessaire au dégagement des bulles. On active alors le feu, et l'on élève la température au maximum. An bout de 5 heures, la fluidité du cristal étant devenue très-grande, on ferme au-dessous des grilles l'accès de l'air, et l'on brasse continuelle-

YËRRE& 779

ment, en changeant chaque barre dès qu'elle s'échauffe trop. La matière étant épaissie au point que le brassage est devenu difficile, on ôte la dernière barre et le cylindre ; on ferme la devanture, la bouche du creuset ainsi que les ouvreaux et les cheminées, à lexception d'un brou de 2 centimètres qui donne issue au peu de gaz émané du combustible ; peu de temps après, on ferme cette ouverture elle-même, puis on laisse le refroidissement s'eflcctuer lentement, durant 8 jours environ, temps après lequel on fait sortir le creuset du four. La masse vitreuse adhérente et quelques fragments sont préparés en y pratiquant des faces latérales polies et opposées, afin de voir à l'intérieur les parties homogènes bien diaphanes et de pouvoir scier le cristal en tranches parallèles, de manière à éliminer les parties qui pourraient être striées ou défectueuses.

On lire parti des fragments irréguliers, quand ils sont assez gros, en les faisant /amollir dans un four, puis dans un moufle, au point de pouvoir les arrondir grossièrement, puis les mouler en disques dans un moule de bronze, à l'aide d'une presse à levier ; enfin on porte au four à recuire ces disques plus ou moins épais (ou cylindres courts) qui constituent le flint-glass brut prêt à être travaillé sous les formes lenticulaires usuelles.

Préparation du crown-glass. — M. Bontemps adopta la composition suivante : sable blanc, 120 kilogr.; carbonate de potasse, 35 kilogr.; carbonate de soude, 20 kilogr.; craie, 15 kilogr.; arsenic (acide arsénieux en poudre), 1 kilogr. (*). Le creuset étant disposé comme pour le flint-glass, on ajoute successivement la composition ; la charge est complète au bout de 8 heures ; 4 ou 5 heures après, on introduit le cylindre agitateur, et l'on brasse; on réitère le brassage d'une seule barre de 2 heures en 2 heures, on laisse en repos, à feu couvert, pendant 2 heures, et l'on chauffe plus fort pendant 7 heures; on procède alors au grand brassage, qui dure environ une heure et quart ; on laisse refroidir enfin, après avoir bouché toutes les ouvertures.

La masse et les fragments obtenus sont examinés et traités comme nous venons de le dire en parlant des produits du flint-glass ; ils peu- Tent servir à la confection des lentilles achromatiques {**)»

Grâce à ces procédés ingénieux et simples, qui ont mérité les récompenses de l'Institut et de la Société d'encouragement, l'optique obtient

(*) M. Guiaand emploie : sable, 400; carbonate de potasse, 160; borax, 20; minium, 20; manganèse, i.

(**) On comprend qu'en rapprochant deux lentilles taillées exprès, l'une de flint, l'autre de crown, ces deux verres, en raison de la différence de leurs pouvoirs réfringents, qui peuvent se composer, donnent sensiblement la même convergence aux rayons colorés qui s*écartent peu de Taxe des lentilles, en sorte que» émanés d'un objet incolore, mais colorés, ils sont rendus incolores eux-mêmes : de là le nom de lentille achromatique donné à ce système.

aujourd'hui des objectifs, même de grandes dimensions, à des prix moins élevés, et de meilleure qualité qu'autrefois.

!•• ¥crres teints •■ eovlears Tttrlflécs «t pelalvre sur Tcm.

On colore le verre de deux manières distinctes, soit dans toute sa masse, soit super6ciellement. La théorie de ces opérations repose en tout cas sur la propriété que présentent les matières vitreuses, de dissoudre différents oxydes métalliques sans perdre sensiblement leur transparence.

Les oxydes de chrome, Ci^O*, et de cuivre, CuO, produisent de belles colorations vertes, chacune d'une nuance spéciale. Le protoxyde de fer, FeO, donne une couleur verte plus sombre, et le vert bouteille suivant ses proportions.

On obtient avec l'oxyde de cobalt, CoO, de belles nuance^ bleues. Le mélange d'oxyde de cobalt et de protoxyde de fer rend le verre noir ; l'oxyde de cuivre, Cu'O, dans le verre, peut produire de belles nuances rouges tellement intenses, que la transparence cesse presque totalement si la dose de cet oxyde est dé plusieurs centièmes. Le sesquioxyde de manganèse, Mn*0*, colore le verre en violet.

Lorsqu'on mêle au cristal en poudre fine un peu d'oxyde d'étain, qu'on imbibe le mélange d'une solution de chlorure d'or, et qu'après ravoir desséché on le fait fondre, on obtient un veri*e offrant une belle couleur pourpre.

Il faut ajouter une légère dose d'azotate de potasse pour prévenir la désoxydalion de certains oxydes, du sesquioxyde de manganèse par exemple.

Le noir de fumée peut, suivant ses proportions, donner au verre des nuances variables entre le jaune clair et le jaune purpurin.

On peut obtenir des nuances claires avec des oxydes qui donnent plus facilement des verres très-foncés : il suffit, dans ce cas, de superposer deux couches. D'abord on cueille dans un pot à composition incolore, fondue, une masse convenable qu^on laisse se solidifier légèrement, puis on trempe dans un deuxième pot contenant la composition colorée, et l'on souffle les deux couches ensemble; on forme ainsi des manchons incolores en dedans et colorés à l'extérieur d'une couche plus ou moins mince, par conséquent d'une couleur plus ou moins claire.

Peinture sur verre. — Cette peinture en substances vitreuses s'effectue à l'aide de verre teint en masse très-fusible et réduit en poudi*e extrêmement fine; en général on se sert d'un mélange de 20 de silice (quartz pulvérisé), 25 d*oxyde de plomb et 10 d'oxyde de bismuth.

Quant aux oxydes colorants susceptibles d'être altérés par les oxydes

^^RRBS. 781

de plomb et de bismuth, on emploie un mélange vitritiable de 20 de quartz, 15 de borax, 2,5 de salpêtre et 2,5 de carbonate de chaux. Ces deux soctes de compositions étant mêlées à Foxyde ou aux oxydes colorants doivent être fondues (dans un fourneau à moufle). Le verre coloré est réduit en poudre impalpable, broyée avec Fessence de térébenthine ; il forme alors la couleur à étendre au pinceau. Les feuilles de verre ainsi peintes peuvent supporter sans se fondre la température qui fond la couleur et la fait adhérer suffisamment à la lame ou feuille de verre qu'il s'agissait de peindre.

f O. ApplIeatloMs da verre.

Parmi les produits que les arts chimiques livrent à la consommation, on n*en pourrait citer aucun qui, sous des formes aussi variées, soit aussi répandu que le ven^e chez toutes les classes de la population et qui serve à d*aussi nombreux usages. Tous les objets en verre sont tellement usuels, que, pour se faire une idée de leur importance, il sufGrait de songer à quelles privations chacun serait condamné si ces objets ne se trouvaient à profusion dans toutes les demeures, et d^abord, si des vitres, bien peu dispendieuses aujourd'hui, ne permettaient, jusque dans les plus humbles réduits, de jouir de la lumière tout en s'abritant contre les intempéries des saisons, s'il fallait un jour se passer de ces innombrables vases qui conservent si bien nos boissons et les divers liquides alimentaires, de ces enveloppes ou lames diaphanes qui préservent de diverses altérations une foule de produits des arts sans les dérober à la vue, de ces oculaires au moyen desquels l'optique rend, en quelque sorte, une nouvelle vue au grand nombre de personnes chez lesquelles des circonstances naturelles ou accidentelles entravent cette précieuse faculté.

Nous ne saurions entreprendre ici d'énumérer les applications utiles de verre; nous nous bornerons à rappeler, en terminant, que toutes les sciences d'observation qui distinguent les civilisations avancées, qui étendent chaque jour nos connaissances et multiplient les jouissances de la yie, que ces scielices empruntent le secours du verre pour construire leurs appareils les plus fréquemment employés, la plupart de leurs instmments de précision, leurs ustensiles à l'aide desquels on essaye divers procédés, on apprécie par certaines réactions chimiques les qualités des matières premières, des produits fabriqués, des substances alimentaires, on parvient à découvrir les falsifications de ces produits, à déterminer la composition des amendements, des engrais utiles à l'agriculture, on réalise enfin les conceptions auxquelles la chimie et la physique expérimentales peuvent donner un caractère positif.

Chacun sait quels beaux effets on obtient des couleurs sur verre dis-

783 PRÉCIS DE CHOflE INDUSTRIELLE.

posées en TÎtraux peints, formant de gracieex ornements ou de brillants tableaux colorés, diaphanes, capables de résister aux întem}>éries des saisons.

On est parvenu à garantir le fer contre l'oxydation en le recooTrant d'une couleur vitreuse fondue. Ce procédé^ mis en pratique par M. Paris» de Bercy, donne des objets usuels dont les formes et. les destinaiioiissoot très-variées : ce sont des ustensiles, i^ases, marmites pour Tëconomic domestique, des tuyaux en tôle pour les poêles ; des capsules pour les laboratoires de chimie, des feuilles à rebords pour la couverture des édifices. La tôle de fer ainsi préparée présente la plupart des conditions de solidité, de résistance et de durée annoncées par Fauteur.

Procédé de M. Paris pour vitrifier la surface du fer, — Les objets en tôle ou en fer forgé, sous les différentes formes de lases, tubes^ tuyaux, plaques, barres, tringles, etc., sont d'abwd décapés à l'aide d'un acide étendu, lavés, puis sécliés et enduits de gcmmie arabique dissoute dans l'eau, qu'on y applique avec un pinceau. On tamise alors i la surface la matière vitreuse qu'on a rédnile en poudre très-fine.

Ces objets sont introduits dans un four ou un moufle cfaaulfé de 100 à 120"^ centésimaux. Quand ils sont secs, on les transporte dans un autre moufle, où ils sont chauffés à la tonpérature du rouge cerise, ou jusqu'à ce que l'enduit entre en fusion, ce dont on s'assure en regardant à travers un trou pratiqué dans le moufle, la cornue ou le four. En cet état, ces objets sont enlevés et déposés dans une chamlnre close, pour éviter un refroidissement brusque par le contact de Tair libre*

Si l'enduit ainsi obtenu est imparfait, on pose une secraide coudie, appliquée de la même manière.

L'enduit vitreux est composé de 130 parties de flint-glass en poudre, 20 1/2 parties de carbonate de soude et 12 parties d'acide borique qu'on fait fondre ensemble dans un creuset de verrerie, préalablement enduit d'une semblable couche vitreuse graduelleinent fondue, afin d'éviter le mélange des corps étrangers détadiés du creuset.

Cette sorte de verre, après avoir été coulée et refroidie, est réduite en poudre très-fine à l'aide de pilons d^acier et passée au tamis de soie. Le verre obtenu en cet état est prêt à être employé. *

La couverte fusible appliquée sur le fer laisse voir la couleur du métal, elle ne se fendille ni n'éclate quand on expose les vases pleins d'eau ou de liquide à l'action directe du feu. Elle résiste à des changements assez brusques de lemp^ture.

Les acides, lorsque la couche vitreuse ne laisse aucune solution de

continuité, n'attaquent que d'une manière peu sensible le fer ainsi protégé par la couverte.

Il n'en est pasdeméme des solutions alcalines de soude ou de potasse, même faibles, qui peuvent par l'ébullition dissoudre de la silice et de l'acide borique en quantités notables.

Ce nouveau produit est «usceptible d'applications avantageuses. Il peut se substituer au fer étamé pour un grand nombre d usages domestiques. Sa superficie se nettoie avec grande facilité, et présente l'avantage de ne donner aucune saveur métallique aux aliments.

On peut citer, parmi les usages fréquents du fer ainsi préparé, la fabrication des tuyaux pour la fumée, qui remplacent les tuyaux ordinaires en tôle, si altérables à l'air.

On a dernièrement appliqué avec succès la couverte vitreuse de M. Paris aux cristallisoirs des acides stéarique, margarique et autres ustensiles en tôle dans les mêmes fabriques ; on pourrait probablement l'employer avantageusement pour enduire les plaques et parois en fonte des presses et éviter ainsi que les acides gras les fassent oxyder : on sait que ces acides gras, se combinant avec la rouille (oxyde de fer), occasionnent des pertes notables ^en exigeant l'emploi d'assez fortes doses d'acide sulfurique, utile alors pour enlever l'oxyde de fer.

CÉRlJSIil [carbonate de plomb]

i. État naturel. — % Gompoaition et propriétés du carbonate do plomb et de la céniac. — 3. Fabrication de la céruse; procédé hoUandais. — 4. Procédé Tbénard et Roard. — 5. Procédé anglais. — 6. Procédé allemand. — 7. Procédé par le aul&te de plomb. — 8. Emploi dos résidus. — 9. Fabification et essai de la céruse. — 10. Applications de la céruse. — 11. Dangers que présentent les manipulations de la céruse. — 12. Divers modes d'intoxication saturnine.

i. État naturel.

On a rencontré le carbonate de plomb en petites masses dans plusieurs localités : en Ecosse, au Hartz, en Bohème. On l'a aussi trouvé en France : dans les Vosges, à Sainte-Marie -aux-Mines; dans le Languedoc, à Saint-Sauveur; dans la Bretagne, à Poulaouen. En général, ce sel accompagne d'autres minerais de plomb et ne constitue nulle part le minerai principal. Le carbonate de plomb naturel est tantôt en cristaux réguliers dérivés d'un prisme rhomboïdal, tantôt en petites agglomérations à cassures vitreuses, parfois compacte, presque toujours blanc ou légèrement brun jaunâtre, transparent, très -réfringent; son poids spécifique varie de 6070 à 6558. Le carbonate de plomb, généralement employé dans les arts, est obtenu artificiellement et se présente en poudre très-fine ou fortement tassé en masse, conservant la forme des vases coniques où il a reçu une sorte de moulage. Depuis quelques années Içs fabricants préparent en outre de la céruse mêlée et broyée à l'huile, afin d'éviter aux marchands de couleurs et aux peintres une opération assez pénible et qui les expose à respirer une poussière vénéneuse.

%, CToMipofiltlon et propriétés da earboaate de ploMib et de la eérase.

Le carbonate neutre de plomb est formé de 1 équivalent de protoxyde de plomb, PbO, pesant 1400, plus 1 équivalent d'acide carbonique, CO' = 275. 1 équivalent de carbonate pèse donc 1675.

La céruse n'est pas du carbonate de plomb pur, mais un mélange de carbonate et d*hydrate, retenant quelques centièmes d'acétate tribasique de plomb et des traces de sulfure de plomb.

GËRUSE. 785

La céruse obtenue par le procédé de Clichy est composée de :

Protoxydc de plo:nb 86,4

Eau 2,3

Acide carbonique 11,3

Çc qui correspond à la foi-muIe :

2PbQ,CO« + PbO,HO.

La céruse préparée par la méthode hollandaise parait être un mé* lange de carbonate neutre et du composé précédent.

Le carbonate de plomb naturel, ainsi que celui qu'on obtient par précipitation, est représenté par la formule PbO,CO'.

Le carbonate de plomb et la céruse sont insolubles dans Teau pure ; ils se dissolvent, avec effervescence et dégagement de gaz acide carbonique, dans les acides azotique, acétique, etc.; leur solubilité dans divers acides, même dans l'eau chargée d'acide carbonique, favorise leur action vénéneuse ; ils sont décomposés par Tacide sulfhydrique et le sulfhydrate d'ammoniaque, qui, enlevant Toxygène de l'oxyde pour former de Teau, laissent le soufre s'unir au plomb, constituant un sulfure noir, opaque ; de là les altérations des peintures exposées aux gaz sulfurés des fosses d'aisances, du gaz d'éclairage, etc. Chauffé au rouge, le carbonate de plomb se décompose en perdant son acide carbonique ; si la calcination est prolongée au contact de l'air, le protoxyde absorbe de l'oxygène et se change par degrés en mine orange (variété la plus pure de minium).

La préparation de la céruse, qui remonte aux Grecs et aux Romains, a été décrite par Théophraste et Dioscoride. Celte industrie fut ensuite pratiquée chez les Arabes et successivement à Venise, à Krems, en Hollande, en Angleterre; introduite depuis quarante ans environ en France, elle y a pris une telle extension, qu'elle peut subvenir à la consommation totale, qui s'élève annuellement chez nous à 4 millions de kilogr. ; on n'en importe plus de quantités notables et on en exporte plusieurs centaines de tonnes annuellement. Il est peu probable que la consommation s'en accroisse maintenant, car le blanc de zinc remplace avec de grands avantages la céruse sous le rapport de la salubrité des opérations dans les fabriques, de l'application des peintures et de l'inaltérabilité de la couleur en présence des émanations d'hydrogène sulfuré (voyez le chapitre suivant).

CaiMIB IMDUSTR. I. — 50

S. Fabrieailoii de la cémsef procédé lioUaadAis.

Les procédés en usage dans cette industrie diffèrent beaucoup par le mode d'opérer, quoique des réactions semblables se passent dans tous. Le procédé hollandais étant celui que Ton suit plus généralement, nous décrirons d'abord ses opérations, en indiquant les perfectionnements qui diminuent Tinsalubrité du travail, et qui pour la plupart sont dus à MM. Lefebvre, de Lille, Hameline et Besançon, de Paris.

Fusion et moulage du plomb, — On fait fondre le plomb dans une chaudière en fonte A (pi. XVII, fig. 1), surmontée d'une hotte en tôle A' communiquant avec une cheminée A" qui assure la ventilation. Une porte en tôle à doubles ventaux B, ouvrant au moyen de coulisses, permet de laisser la hotte close, précaution à prendre surtout lorsque la refonte des lames oxydées répand des poussières insalubres. On ouvre la porte au moment de puiser le métal maintenu à quelques degrés seulement au-dessus du point de fusion, on le verse dans une lingotière plate, en fonte, où il s'étend en une bande mince, longue de 40 centimètres, large de 10 centimètres, épaisse de 1 à 3 millimètres. Afin de multiplier les surfaces en contact dans les réactions suivantes, M. Besançon emploie des lingotières creusées de sillons qui se croisent à angle droit ; il obtient ainsi, au lieu d'une lame, une grille à jour (représentée sur une grande échelle, fig. 5). Une disposition qui facilite beaucoup le moulage consiste à ranger sur une table tournante C, à pivot (fig. 1), les moules en fonte ; l'ouvrier qui coule fait tourner la table à mesure qu'il remplit ces moules, qu'un aide prend, renverse et replace, en ayant toutefois la précaution de les changer dès qu'ils s'échaufTent trop.

Dispositions des fosses. — Les lames ou les grilles en plomb doivent être exposées aux réactions de l'air, de l'acide acétique, de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique, qui, aidés par une température de 36 à 60^, oxydent le métal, et forment de l'acétate neutre que les progrès de l'oxydation rendent tribasique ; celui-ci est alors décomposé par l'acide carbonique, forme du carbonate de plomb, puis est ramené à l'état d'acétate de plomb neutre, qui de nouveau devient tribasique à mesure que le plomb s'oxyde. Les mêmes réactions, répétées un grand nombre de fois, produisent des qi^ntités de céruse variables suivant des circonstances accidentelles indiquées plus loin.

Les fosses a, a (fig. 2) sont rectangulaires, adossées parfois sur deux rangs composés chacun de six ou huit fosses, afin de ménager les matériaux et l'emplacement. Chacune des fosses est construite en maçonnerie solide, sur le sol ou bien à 1 mètre en contre-bas ; ses dimensions mesurées dans l'intérieur sont 4 mètres en carré de base et 6 mètres de

CÊRUSE. 787

hauteur, ce qui donne une capacité vide de 96 mètres cubes. On remplit successiyement ainsi chaque fosse : on dépose au fond, n^ 1 , une couche de fumier de cheval épaisse de 40 centimètres ; on place dessus un Ht de pots d'un litre, portant à l'intérieur (fig. 3) trois tasseaux b, 6, en saillie : on garnit avec du fumier un intervalle de 25 centimètres, laissé entre les pots et les parois; dans chaque pot on verse 1/4 de litre de vinaigre commun (sauf 5 pots au moins, 10 au plus, dont 1 ou 2 au milieu et 4 ou 8 aux quatre coins sont remplis aux 5/4 de leur capacité;; chacun des pots abc (fig. 3), contenant 1/4 de litre de vinaigre, reçoit en outre une lame de plomb d, d' contournée en spirale et retenue dans la moitié supériedre par les saillies internes 6,6.

On couvre ensuite tout le lit de pots avec un triple ou quadruple lit de lames de plomb e^ e, e, étendues à plat ; sur ces lames de plomb ou place six traverses en bois de 8 centimètres d'équarrissage, sur lesquelles on établit une plate-forme en planches rapprochées les unes des autres.

On répète les mêmes dispositions n° 2, en posant : 1^ une couche de fumier de 33 centimètres, 2** un lit de pots chargés comme dans la première couche, 3** les lits de lames de plomb, 4^ des traverses et un plancher. Les couches et lits alternatifs se succèdent dans le même ordre jusqu'à ce que la fosse soit pleine; alors le dernier plancher, n*" 8, doit être recouvert d'une couche d'environ • 50 centimètres de vieux fumier. Il convient d'établir, pour la circulation de l'air, une communication d'une couche à l'autre, en ménageant entre elles de petites cheminées vides, alternativement d'un côté, puis du côté opposé (voyez la coupe, fig. 2). En outre, une embrasure de porte, régnant dans toute la hauteur au-dessus du sol, n'est fermée que par des planches disposées horizontalement et qui laissent dans leurs joints accès à l'air extérieur.

Si l'on emploie les grilles de plomb au lieu des plaques, on doit se « servir de pots a (fig. 4), ayant une hauteur moitié moindre que les précédents. Chacun d'eux reçoit 1/3 ou 1/4 de litre de vinaigre, puis on place au-dessus cinq ou six lits de grilles de plomb 6, b, tout le reste de l'arrimage ayant lieu comme ci-dessus ; mais on économise la place, et dans la même fosse on peut introduire 18 couches au lieu de 15. Chaque pot représentant i^,b de plomb employé, il enfre dans une fosse de 9000 à 11 000 kilogr. de plomb qui produisent de 4700 à 7600 kilogr. de céruse et laissent inattaqués 3400 à 5000 kilogr. de plomb.

On maintient les choses en cet état 30 à 35 jours, et 45 jours si, au lieu de fumier, on emploie du tan épuisé provenant des tanneries. Le rôle de ces deux agents est le même : il consiste à fournir, par la fermentation qui s'établit dans leur masse, la chaleur, l'acide carbonique

et la Tapeur d'eau ; réchauffement des pots qui en résulte vaporise le vinaigre (acide acétique et eau); et les réactions indiquées ci-dessus oxydant le plomb, le convertissent par degrés en acétates monobasique et tribasique, puis en carbonate, ainsi que l'indiquent les équations suivantes :

4 Pb + 4 0 -f. C^ IP 0*=C* ff 0»,3 PbO -h PbO,HO, C*IP0%oPb0+Pb0,H04-2C0*=C*Il»0»,Pb0-H[2Pb0,C0«+Pb0,H0I

Ces réactions sont malheureusement fort irrégulières, la température étant trop élevée au centre (90 à 100^) et l'accès de Pair difficile, tandis que près des parois le contraire a lieu. Une circulation déterminée d'air à une température de 35 à 45^, et saturée d'eau, rendrait probablement l'opération bien moins chanceuse. La tannée, ne dégageant pas de gaz acide sulfhydrique, donne une céruse plus blanche que celle qui est obtenue sous l'influence du fumier. Lorsque le fumier renferme beaucoup d'excréments (crollin de cheval) et peu de paille, il donne lieu à un dégagement tel d'acide suUhydrique et de sulfhydrate d'ammoniaque, que le produit en céruse se trouve fortement bruni.

Démontage des couches. — Si l'on a disposé 36 fosses à fumier, on peut en charger une et en décharger une autre chaque jour. Les lames de plomb carbonatées sont enlevées de chaque lit et transportées dans de petits baquets à l'atelier où s'opère la séparation entre la portion restée métallique et la couche carbonatée friable. Au lieu de faire cette opération à la main en frappant avec des battes toutes les lames, on doit la faire mécaniquement, afin de soustraire les ouvriers à l'insalubrité des poussières plombcuses. Les plombs (lames déroulées, lames plates ou grilles) sont portés par un monte -sac, bc (fig. 6)/dans un atelier où l'ouvrier prend les baquets pleins et accroche les vases vides qui redescendent ; il étend les plombs sur une toile sans fin d/*, qui les conduit entre des rouleaux de bronze cannelés /*, f. Là les parties carbonatées friables sont concassées, passent au travers du blutoir 9, tombent dans , un récipient i/, contenant de l'eau, tandis que les lames résistent et arrivent au bout du blutoir, dans la caisse A, d'où on les prend pour les replacer dans les fosses ou les refondre si elles sont trop minces.

Les écailles de céruse qui ont passé à travers la toile métallique du blutoir sont reprises pour être broyées. A cet effet elles sont portées dans la trémie T d'un écraseur (fig. 225) renfermé dans une chambre en bois parfaitement close, et dont les joints sont garnis de peau afin d'éviter les poussières. Elles tombent sur le conduit C, animé d'un mouvement de trépidation au moyen d'un babillard, qui les distribue dans la seconde trémie D, d'où elles s'engagent entre une première paire de cylindres cannelés E, et successivement entre trois autres paires de cy-

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