AMMONIAQUE
1. Composition, propriétés, état naturel. — 2. Préparation. — 3. Applications. i, ComposlUon» propriétés, état naiiirel.
Sous le nom d'ammoniaque liquide^ on désigne la solution, plus ou moins chargée, du gaz ammoniac (azoture d'hydrogène) dans Teau. Le gaz ammoniac pur est lui-même formé d'hydrogène et d'azote dans les proportions de 1 équivalent d'azote et 5 équivalents d'hydrogène : on le représente donc par la formule AzH', dont le poids équivalent est de 175 + 57,5, c'est-à-dire 212,5; 1 équivalent d'azote représentant 2 volumes, et 5 équivalents d'hydrogène 6 volumes, le gaz ammoniac contient 8 volumes des deux gaz condensés en 4 volumes.
Le gaz ammoniac est incolore ; son odeur est forte et piquante au point de provoquer les larmes; il pèse 0,596, l'air pesant 1,000 sous le même volume; un abaissement de température à — 40^ le liquéfie sous la pres- • sion atmosphérique ordinaire ; une température élevée au rouge le décompose paiitiellement, surtout s'il rencontre des fils de fer, de cuivre ou de platine à cette température ; il éprouve une senxblable décomposition par une série d'étincelles électriques. Le gaz ammoniac, injecté en filet dans l'oxygène, peut être allumé : il brûle en développant une lueur jaune; à froid il s'unit au gaz acide chlorhydrique à volumes égaux, produisant un corps solide, le chlorhydrate d'ammoniaque : de là les fumées blanches qui se manifestent dans l'air à la rencontre des deux gaz, lorsqu'on débouche l'un près de l'autre deux flacons contenant de l'eau, saturée dans l'un d'acide chlorhydrique et dans l'autre d'ammoniaque. L'ammoniaque fait fondre la glace en se combinant à l'eau; celle-ci peut, en effet, dissoudre à 0^ environ 500 fois son volume de ce gaz. L'affinité entre l'ammoniac gazeux et l'eau est telle que celle-ci, introduite, au travers du mercure, dans une cloche pleine de gaz ammoniac sec, l'absorbe aussitôt et fait monter le liquide vivement et avec choc jusqu'au sommet. La solution aqueuse, qui prend le nom d'ammoniaque ou d'alcali volatil, présente d'énergiques propriétés alcalines : elle ramène au bleu le tournesol rougi et sature les acides; elle est plus légère que l'eau; aussi faut-il faire plonger les tubes dans Teau qu'on
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veut saturer de gaz ammoniac, et doit-on se servir, pour apprécier la deDsiié de l'ammoniaque liquide, d'un aréomètre semblable à ceux qui sont en usage pour l'alcool. L'ammoniaque du commerce marque ordinairement 21^ (aréom. Cartier). On pourrait aisément graduer l'aréomètre en le plongeant dans des solutions en proportions connues de gaz ammoniac dans l'eau, de sorte que les degréç indiqueraient des centièmes d'ammoniaque pure à une température donnée.
L'ammoniaque se forme dans Tair sous l'influence des détonations électriques qui, déterminant dans leur trajet l'union de l'oxygène avec l'azote, engendrent d'abord de l'acide azotique ; le concours de celui-ci proToque la combinaison de Tazote atmosphérique avec l'hydrogène, ou sature l'ammoniaque libre ou carbonatée exhalée dans l'air par les fermentations des matières organiques azotées ; de là sans doute l'azotate d'ammoniaque qu'entraînent sur le sol les pluies des temps orageux.
C'est un phénomène analogue qui, dans la réaction de l'acide azotique demi-concentré sur le zinc, met en présence, à l'état naissant, de Thydrogène provenant de la décomposition de l'eau, et de l'azote provenant de la décomposition d'une partie de l'acide : aussi trouve-t-on de l'azotate d'ammoniaque dans le liquide.
On peut déterminer la formation d'une quantité beaucoup plus grande d'ammoniaque en versant d'abord sur le zinc de l'acide sulfurique étendu ; dès que l'hydrogène se dégage, on verse goutte à goutte de l'acide azotique : bientôt l'hydrogène, s'unissant à l'azote, cesse de se dégager, quoique l'oxydation et la dissolution du zinc continuent.
Toutes les fois que le fer s'oxyde dans l'air humide ou dans l'eau, l'air que le liquide renferme cède son oxygène au métal ; celui-ci, formant avec l'oxyde un élément de pile, décompose un peu d'eau, dégage de l'hydrogène naissant qui s'unit à l'azote de l'air primitivement décomposé et forme de l'ammoniaque. La présence de l'acide carbonique dans l'air paraît aider cette action en formant du carbonate d'ammoniaque.
Dans une foule de circonstances où les fermentations spontanées décomposent et font putréfier les débris organiques provenant des animaux ou des végétaux, les matières azotées fournissent simultanément de l'ammoniaque et de l'acide carbonique, qui s'unissent et constituent du carbonate d'ammoniaque. Le même produit résuite encore de la décomposition des matières animales par la chaleur; le soufre que contiennent la plupart des matières neutres azotées (albumine, fibrine, caséine, laine, corne, etc.) donnant lieu, pendant les mêmes réactions, à la formation de l'acide sulfhydrique, HS, on trouve du sulfhydrate d'ammoniaque dans les produits de ces réactions ; plusieurs produits des animaux sont eiemptsde soufre : la soie et la gélatine par exemple (voyez plus loin Sùufre et lô II" volume).
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H. PrépAralloB.
On obtient en grand les sels ammoniacaux soit en décomposant au fou, en vases distiilatoires, les matières animales, les os notamment; soit, comme en Egypte, en recueillant dans les conduits de la fumée les produits de la combustion incomplète des excréments de chameau ; soit enfin en condensant les vapeurs de la houille, distillée pour fabriquer le (jaz d'éclairage, etc. (voyez à la fin du II" volume).
Les composés ou sels ammoniacaux (carbonate, chlorhydrate et sulfate d'ammoniaque) ainsi obtenus, dissous dans Teau, chauffés avec^e. la chaux vive dans des chaudières closes en fer ou en fonte, dégagent de l'ammoniaque, que Ton épure en lui faisant traverser plusieurs vases disposés comme dans les appareils distiilatoires en usage pour extraire Talcool des vins; Teau et plusieurs matières étrangères s'arrêtent, tandis que l'ammoniaque, plus volatile (sauf des traces d'hydrocarbures à odeur désagréable), va s'épurant par degrés, et rencontre enfin un réfrigérant qui la condense elle-même dans une proportion d'eau convenable ou dans l'acide sulfurique ; on se sert d'un semblable appareil pour extiaire l'ammoniaque des urines putréfiées. Nous indiquerons aussi, à la fin du IV volume, les procédés et appareils relatifs à cette industrie.
s. Applleatlonfl.
L'ammoniaque s'emploie depuis longtemps en médecine comme rubéfiant et même pour produire rapidement un vésicatoire sur la peau. Quelques gouttes dans un verre d'eau forment une boisson qui combat les efl'ets de l'ivresse. Ce liquide ammoniacal peut arrêter les effets de la météorisation des herbivores en saturant les gaz intestinaux, acides carbonique et sulfliydrique. Une goutte d'ammoniaque amoindrit la démangeaison occasionnée par la piqûre de certains insectes. L'odeur forte et l'action vive de l'ammoniaque respirée raniment les personnes tombées en syncope. La vapeur ammoniacale sature rapidement l'acide carbonique accidentellement répandu dans l'air de certaines cavités, et peut prévenir les asphyxies des travailleurs; elle s'oppose au développement de la plupart des végétations cryptogamiques et peut, en faibles proportions, par ces divers motifs, assainir l'air de certaines localités closes.
On se sert de l'alcali volatil pour mettre en émulsion la matière nacrée, brillante, des écailles d'ablettes et en enduire l'intérieur des globules de verre destinés à former les perles fausses.
Une grande partie de l'ammoniaque du commerce s'em(tloie mainte-