Cofaédoii
La cohésion ou la force d'agrégation qui réunit entre elles les molécules d*un corps simple ou d'un corps composé est nulle dans les gaz, t];iBS-faible dans les liquides, et plus ou moins forte, ou très-grande dans
les solides.
On comprend que la force de cohésion entre les particules d'un corps solide le fasse résister aux réactions des autres corps, et que Ton parvienne à faire cesser cette résistance en lui donnant la forme liquide par la fusion ou la dissolution, ou la forme gazeuse par la Yolatilisation. Noife en verrons des exemples remarquables dans la pratique des arts industriels.
La cohésion' que peut acquérir un composé est un des indices certains de la tendance que doivent avoir ses molécules constituantes à se réunir et se combiner ; cette notion aide à prévoir des réactions entre divers corps mis en présence.
Cristallisation. — Lorsque, après avoir liquéfié ou mis en vapeur certains corps en les échauffaat, on les laisse refroidir lentement, leurs particules s'arrangent avec symétrie en se réunissant de nouveau, et affectent des formes régulières ou cristallines. Un très-grand nombre de sels, certains principes immédiats et quelques acides sont dans ce cas. L'évaporation graduée du dissolvant peut aussi parfois déterminer des cristallisations régulières.
Un certain nombre de substances, en cristallisant au sein des solutions aqueuses, fixent des proportions d'eau déterminées, que Ton désigne sous le nom à' eau de cristallisation. Lorsqu'un corps fondu cristallise en se refroidissant, on voit apparaître les cristaux en décantant la portion restée liquide (soufre, bismuth, antimoine, sperma-ceti, acide stéarique) .
On nomme sublimés les cristaux formés par des vapeurs qui se condensent (arsenic, iode, chlorure de mercure, chlorhydrate d'ammoniaque).
Précipités. — Si un refroidissement brusque, une agitation vive trouble la cristallisation, ou encore si l'on donne naissance tout à coup, au milieu d'un liquide, à une quantité d'un corps beaucoup plus grande que celle que le liquide peut dissoudre, l'arrangement des particules, ou la cristallisation, ne peut s'effectuer en masses volumineuses régulières, le corps se sépare en groupes de particules sans ofiTrir de formes discernables : il est .ainsi précipité de la solution au fond de laquelle il se dépose ordinairement (*) .
[*) Les précipités, examinés sous le microscope, laissent souvent apercevoir des formes régulières ou symétriques, qui donnent des indices sur la nature ou la pureté des substances amorphes en apparence, ou pulvérulentes à l'œil nu.
CÛNSlDÉliÂTIONS GÉiNÉRALES.
S. AfIlnUé.
L'affinité ou rattraction moléculaire entre les corps différents est plus ou moins grande, suivant la nature des substances; de telle sorte que^ deux corps étant combinés, un troisième, qui a plus d'affinité pour l'un .d*eux, peut les désunir.
L'affinité est influencée par diverses circonstances : par la cohésion, comme nous l'avons dit ci-dessus, et par certaines quantités relatives. ^nsi, lorsque les corps peuvent s'unir en plusieurs proportions, celui que l'on combine dans la proportion la plus faible qui puisse entrer dans le composé défini, y est retenu d'autant plus fortement. L'affinité naturelle entre plusieurs corps est contre-balancée et peut être détruite si l'un d'eux est déjà engagé dans une combinaison. La chaleur modifie les résultats de l'affinité : en liquéfiant les corps, elle peut faciliter leur pénétration et les combinaisons qui en résultent. \è Cette force s'exerce d'autant mieux entre les corps que ceux-ci sont plus divisés ; la division mécanique ou pulvérisation ne peut produire qu'une désagrégation incomplète ; il vaut mieux liquéfier, ou dissoudre, ou amener à l'état de gaz au moins un des corps qui doit prendre part à la réaction.
Si l'on chauffe jusqu'à vaporiser l'un des produits de la réaction, celle-ci en deviendra plus énergique dans le résidu, et plus complète en éliminant le composé volatil qui a pris naissance. De même, l'élimination d'un des produits sous forme de précipité insoluble détermine et fait prévoir la réaction complète. C'est encore à la séparation des produits, soit par une vaporisation spontanée, soit par l'efQorescence ou la déliquescence et l'infiltration dans des corps poreux, que l'on doit certaines décompositions qui s'effectuent notamment dans le sol (sulfate d'ammoniaque par le carbonate de chaux, chlorure de sodium par le même carbonate calcaire).
La température peut détruire l'affinité chimique entre deux corps et volatiliser l'un d'eux; ainsi le protoxyde et le bioxyde d'argent, chauffés le premier à 100**, le deuxième à 150®, laissent dégager l'oxygène, et il reste de l'argent métallique.
Aux températures atmosphériques, l'acide carbonique se combine immédiatement avec la chaux hydratée, tandis que le carbonate de chaux, produit de cette combinaison, se décompose à la température du rouge vff : l'acide carbonique se dégage en se gazéifiant et la chaux forme le résidu fixe de cette calcination.
Les différences de poids spécifique opèrent parfois des séparations, nommées liquationSy entre les métaux ou même entre certains composés
G PRÉCIS DE CHIMIE mOUSTRlELLE.
(oxydes et sels métalliques) (*). La pression qui maintient les composés on présence s'oppose souvent aux réactions : ainsi l'acide tartrique dissous décompose le carbonate de soude en dégageant l'acide carbonique à Vair libre; mais sous une pression décuple qui i*etient ce dernier acide, la réaction est moins vive et s'arrête plus tôt : tandis que la chaleur suffit pour dégager l'acide carbonique de la craie, une forte pression maintient la combinaison dans un tube clos, même malgré une très-haute, température. Enfin, les courants électriques de sens contraires peuvent entraîner, molécule à molécule, les principes constituants des corps, les transporter d'une substance à une autre, opérer ainsi d'innombrables décompositions en modifiant les affinités naturelles : car alors chaque électricité animant, en quelque sorte, les molécules qu'elle attire, les doue, pendant l'opération, d'une affinité spéciale plus énergique.
•• Nomenelatare.
But de la nomenclature, — La nomenclature chimique a pour but Je faciliter l'étude de la science en signalant l'état simple ou composé des corps, leurs propriétés principales et les proportions des composants. Quant aux corps simples en particulier, leurs noms se rapportent souvent à quelque propriété spéciale.
On a rangé les corps simples en deux classes : les métalloïdes (non métalliques) au nombre de 15, et les 49 métaux. Les voici énumérés (les corps non métalliques sont marqués d'un astérisque (voyez p. 14 et 15) : fluor*, chlore*, brome*, iode*, oxygène*, soufre*, sélénium*, azote*, phosphore*, arsenic*, antimoine, tellure*, chrome, vanadium, molybdène^ tungstène, niobium, indium, tantale, titane, bore*, carbone*, silicium*, hydrogène*, or, osmium, platine, iridium, ruthénium, rhodium, palladium, argent, mercure^ cuivre, bismuth, plomb, étain, cadmium, zinc, cobalt, nickel, fer, manganèse, uranium, didyme, lanthane, cérium^ thorium, zirconium, alumi/iium, erbium, terbium, glucinium, yttrium, magnésium, calcium, strontium, baryum, lithium, sodium, potassium, rubidium, cœsium, thallium.
Oxydes, — L'un des corps simples, l'oxygène, peut se combiner avec chacun des autres^, aussi dit-on de tous qu'ils sont oxydables. Les composés qui se forment ainsi se nomment acides, s'ils rougissent les couleurs bleyes végétales ou saturent les bases; on les appelle oxydes, s'ifs peuvent saturer les acides ; et oxydes alcalins, s'ils ramènent au bleu Ips 430uleurs rougies par un acide ou sMls font virer au vert certaines cou*
(*] Le silicate de plomb peut se séparer lentcmciil ainsi des silicates plus légers de potasse, «le soude et de chaux, fondus avec lui.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 7
leDTs bleues ou violettes végétales (*). Voici comment on caractérise chacun des oxydes : pour désigner un corps simple qui se combine avec une proportion d'oxygène, on dit Toxyde de ce corps, oxyde d'aluminium^ oxyde de magnésium. Pour distinguer les combinaisons d*un corps qui s'unit ayec une, une et demie, deux proportions d'oxygène, leur nom est précédé des mots prot^ sesqui^ bi : ainsi on dit protoxyde, sesquioxyde de fer; protoxyde, bioxyde de plomb, ou de manganèse. Lorsque l'on veut graduellement désigner les oxydes plus oxygénés, les dénominations de protoxyde, sesquioxyde, deutoxyde, tritoxyde, sont usitées. On désigne sous le nom de peroxyde l'oxyde le plus oxygéné (ou le plus oxydé) qu'un corps puisse former en .s'unissant à l'oxygène.
Acides. — Lorsqu'un corps ne forme qu'un acide avec l'oxygène, celui-ci se désigne par la terminaison ique, ajoutée au nom de la racine française, latine ou grecque : ainsi l'acide du silicium se nomme a^nde sUicique; les acides usuels les plus oxygénés du soufre et de Tazote sont appelés acides sulfurique et azotique (en général le plus oxygéné des acides d'un même corps prend la même désinence). Lorsque le même corps forme un acide différent avec une proportion moindre d*oxygène, on distingue celui-ci par la terminaison eux : on dit en effet acide sulfureux et azoteux. Enfin, pour caractériser la combinaison ' contenant moins d'oxygène que l'une de celles-ci « on fait précéder le nom de la préposition /it/po (qui en grec signifie sous). C'est ainsi que quatre des acides du soufre dans Tordre de leur oxygénation sont désignés par les noms suivants : acides hyposulfureux, sulfureux, hyposulfurique, sulfurique; que trois acides de l'azote se nomment acides azoteux, hypoazotique et azotique. Quand, après la découverte d(^ quatre acides ainsi dénonunés, un corps en oiïre un cinquième encore
(*) Les corps simples, en s'unissant, forment des corps composés «cides, basiques ou neutres.
Ainsi, le soufre qui brûle dans l'air libre se combine à Toxygène, et forme de lacide sulfureux ; le charbon dans les mêmes circonstances, s'unissant à l'oxygène, forme de l'acide carbonique ; le sodium brûlé par l'oxygène donne l'oxyde de sodium (soude], base alcaline; l'hydrogène qui brûle dans l'oxygène produit un composé bien connu : Teau. L'eau est neutre, mais joue tantftt le rôle d'acide en s'unissant à une base énergique telle que la chaux, tantôt le rûle de base en se combinant avec un acide puissant, tel que l'acide sulfurique.
Les métalbîdes, en s'unissant avec l'oxygène, forment toujours un ou plusieurs acides, et ne forment jamais de base.
Les métaux, en s'oxydant, forment au moins une base et quelquefois des acides ; de ce nombre sont le fer, le manganèse, le chrome, l'étain, le titane, le plomb, le bismuth, Taiiti* moine, le tungstène, le molybdène, etc.
Les métalloïdes peuvent être classés en trois groupes :
1* Oxygène, soufre, sélénium, tellure, dont 1 volume + 2 volumes d'hydrogène forment autant d*hydrures neutres;
^ Chlore, brome, iode, fluor, dont i volume- + i volume d'hydrogùn# constituent autant d'acîdes ;
y Azote, phosphore, arsenic, dont 1 volume + 3 volumes d'hydrogène donnent naissipce à autant de bnses.
plus oxygéné, on ajoute la préposition hyper : ainsi on dit acide hypei'chlorique.
Dans ces exemples, que Ton pourrait beaucoup multiplier, l'oxygène est le corps acidifiant : de là vient son nom. Mais depuis que Ton sait qu'il existe des acides exempts d'oxygène, on a formé leur nom de ceux de leurs composants en y joignant la terminaison ique : on dit acides chlorhydrique^ bromhydrique^ iodhydrique, pour désigner chacun des acides formés de chlore, ou de brome, ou d'iode et d'hydrogène.
Sels. — Afin d'indiquer la nature des nombreux composés que forment les acides en s' unissant aux oxydes ou bases, on introduit dans leurs noms les deux composants ou leurs racines, et pour distinguer les sels formés par les acides plus ou moins oxygénés, on a adopté des terminaisons spéciales : la terminaison en ite correspond aux acides dont la désinence est en eux; la terminaison o^e correspond à la terminaison ique : ainsi le sel formé à*acide sulfureux et d'une base est un sulfite de cette base ; les sels composés d'acide sulfurique et d'un oxyde se nomment des sulfates de cet oxyde. Pour les sels à acides moins oxygénés que chacun de ces deux genres, on conserve les prépositions spéciales, ainsi que pour les sels à acides plus oxygénés : on doit donc dire hyposulfite^ sulfite^ hyposulfate, sulfate, hyper chlorate, hypermanganate, d'oxyde de potassium (ou dépotasse), d'oxyde de sodium (ou de soude), etc., afin de désigner les quatre classes de sels formés par les principaux acides du soufre, et les sels à acides plus oxygénés du chlore et du manganèse.
Sels dont les relations entre Vacide et la ba^e varient. — Un grand nombre de sels ont cette propriété ; il fallait distinguer par des dénominations particulières les composés différents ainsi formés : la quantité d'acide ou celle de la base est multipliée par 1,5 quelquefois; plus ordinairement par 2, 3 ou 4. D'après cette considération, on distingue les sels les plus basiques en ajoutant les mots sesquibasique^bibasique, tribasique, quadribasique après leur nom générique; on ajoute les A lots sesqui, bi, tri, quadri avant le nom, relativement aux sels qui renferment les plus fortes proportions d'acide. Pour caractériser les sels, depuis celui qui renferme le plus d'acide, on dira, par exemple, phosphate basique de chaux, phosphate de chaux neutre, phosphate acide de chaux (ordinairement appelé biphosphate de chaux), ce qui définit les trois combinaisons de 1 équivalent d'acide phosphorique avec 3, ou avec 2, ou avec 1 de chaux (*).
Ammoniaque et bases organiques. — L'ammoniaque, azoture d'hydrogène, composée d'hydrogène et d'azote, et diverses substances orga-
(*) ^n quatrième phosphate de chaux est composé de 3 équivalents d acide pour A de chaux ; il représente l'union du phosphate neutre avec le phosphate acide.
CONSn^RATIONS GÉNÉRALES. 9
niques formées de carbone, d'hydrogène, d'oxygène et d'azote, peuvent saturer les acides et former des sels : ce sont donc des bases saliflables comme les oxydes des divers métaux.
Oxydes qui jouent le rôle d'acides. — Un certain nombre d'oxydes, bases avec la plupart des acides, peuvent remplir, vis-à-vis des bases énergiques, les fonctions d'acides. Ces combinaisons se désignent comme les autres sels : ainsi les oxydes d'étain, de zinc, d'aluminium, qui s'unissent aux oxydes de potassium et de sodium, forment des stannates^ des zincates et des aluminates de protoxyde de potassium ou de sodium.
Hydrates. — L'eau peut former avec plusieurs oxydes des combinaisons plus ou moins énergiques que l'on nomme hydrates : tels sont les hydrates de chaux, de potasse, de soude (d'oxydes de calcium, de potassium, de sodium).
Combinaisons des métalloïdes entre eux ou avec les métaux. — Ces composés se désignent en plaçant d'abord le nom du corps le plus électronégatif (*) et y ajoutant la terminaison ure : ainsi les combinaisons du chlore avec le soufre, le brome, le phosphore, sont nommées chlorure de soufre, chlorure de brome, chlorure de phosphore ; les composés du soufre avec les métaux, le plomb, le cuivre, le fer, par exemple, se nomment sulfures de plomb, de cuivre, de fer. Si le métalloïde est en proportion double, on emploie la préposition bi : ainsi l'on dit bisulfure de fer, protochlof^re et bichlorure de mercure.
Combinaison des métaux entre eux. — On les appelle alliages^ et le nom de chaque métal entrant dans la combinaison est indiqué : on dit donc alliage de plomb et d'étain, alliage d'or, d'argent et de cuivre. Ces combinaisons peuvent être fort complexes et se former en diverses proportions. Ces alliages ont reçu des noms abrégés : ainsi, les alliages de cuivre et d'étain (auxquels peuvent se joindre en plus faibles doses plusieurs autres métaux : zinc, argent, plomb, fer) sont appelés bronzes; Talliage de 75 à 80 de cuivre avec 25 à 20 de zinc se nomme laiton. Enfin, lorsque le mercure fait partie d*un alliage, on peut supprimer ]^t nom de ce métal en désignant le composé par le nom d'amalgame; ainsi
{*) Noos disons que, dans la désigualion des composés binaires, l'élément éleclronégatif 8*éerit le premier, et Télectropositif le deuxième ; voici comment ces qualités se constatent. Si, par exemple, on décomposée le chlorure de cuivre par le courant électrique d'une pile, le chlore se rendra au p61e positif : donc le chlore est électronégatif, puisque les électricités de signe contraire s*altirent ; le cuivre, de son côté, ira vers le pôle négitif : donc le cuivre est électropositif; on doit donc mettre le chlore avant le cuivre, et écrire chlorure de cuivre' Ces qualité.*, d'ailleuK, peuvent être interverties suivant la nature des corps en présence, et la noiDenclature en tient compte : ainsi l'hydrogène est électronégatif relativement à Tazote, et forme avec lui une base énergique appelée azoture d* hydrogène ou ammoniaque; d*un autre côté, le même élément, l'hydrogène, est électroposilif en présence du chlore, avec lequel il Cl nne un acide puissant, qu'on nomme acide chlor hydrique.
on dit amalgatne d'or, amalgame d'argent, etc., pour indiquer les composés de mercure et d'or ou de mercure et d'argent.
Oxydes unis aux combinaisons des métalloïdes avec les métaux. — On les désigne en ajoutant le mot oocy au nom de ces dernières combinaisons; ainsi, l'oxyde de mercure uni au chlorure de mercure est YoQcychlorure de mercure.
Combinaisons doubles entre les composés d'un métalloïde et d'un métal. — L'addition du mot double suffît pour les caractériser : ainsi « Ton dit chlorure double de platine et de potassium, chlorure double de palladium et de potassium, sulfure double d'antimoine et de potassium.
Composés organiques. — Les principes immédiats des corps organisés sont formés d'oxygène, d'hydrogène, de carbone, d'azote, unis au nombre de deux, de trois ou de quatre de ces éléments (voyez au tome H : Chimie organique). Celles de ces combinaisons qui jouent le rôle d'acides ont en général des noms terminés en ique : acides oxalique^ acétique, tartrique, etc. ; les sels qu'ils forment en s'unissant soit aux bases inorganiques (minérales), soit aux bases organiques, se désignent eu changeant en ate la terminaison de l'acide, et ajoutant le nom de l'oxyde ou seulement du métal, ou de ]a base quelconque; ainsi, on désigne les combinaisons des trois acides ci-dessus avec la potasse ou l'oxyde de plomb par les noms suivants : oxalates, acétates, tartrates de potasse ou de plomb.
On a cru longtemps que les corps s'unissaient en proportions trèsdiverses (*). Gay-Lussac a prouvé que les gaz se combinent dans des rapports très-simples exprimés en volumes; que si la combinaison reste gazeuse, son volume, souvent contracté, offre encore un rapport simple avec le volume primitif des composants. Ainsi :
100 Yol. d'oxygène + 200 d'hydrogène Torment de l'eau.
100 » » +200 d'azote » = 200 de protozyde d'azote.
200 » i. +200 D » =éÙùàebioxyde<ra»ole.
•300 » » -j- 200 )> » = acide azoteux.
400 » » -j- 200 9 D =s 400 d'acide hypoazotique.
oOO » ]> 4~ ^00 D » = adde azotique.
100 » d'azole + 300 d'iiydrogène d = 200 de gaz ammoniac.
100 » de chlore + 100 d » = 200 à'acide chlorhydrique.
100 » de gaz ammon, 4- 100 de gaz ac. chlorhydr. = chlorhydrate d'ammoniaque solide.
200 » 9 + 100 de gaz. ac. carbonique. = car^nate <^'ammoma^u« so/icfff.
200 D » +200 » » (■\-\iQ)z=zhicarbonated^ ammoniaque solide.
(*) Glauber le premier reconnut que les acides et les bases se combinent en proportions iizeSf soit directement, soit dans la double décomposition efTectuée entre deux sels. En 1777, Wenzel, dans sa Théorie des affinités, indiqua, par des faits analogues plus nombreux, la loi
CONSIDÉRATIONS 6ÉN£RàLES. 11
Un grand nombre de corps liquides et solides peuvent être gazéifiés et s'unir dans des rapports aussi simples; on peut donc admettre qu'avec la forme gazeuse, offrant sous des conditions fixes (de pression et de température) une grande homogénéité dans toutes leurs parties, ces mêmes relations simples existent ; on peut même les présenter sous cette forme, en calculant le volume des corps qu'on ne gazéifie pas directement, d'après le volume qu'ils occupent dans leurs combinaisons gazéifiables.
Il est évident que, les gaz étant homogènes, un égal volume correspond toujours au même poids, dans des conditions égales ; que, par conséquent, les combinaisons en poids doivent offrir aussi des rapports simples. D'ailleurs on a constaté que, si deux corps se combinent en plusieurs proportions, les quantités plus grandes de l'un d'eux sont multiples les unes des autres, comme les nombres 1, 2, 3, 4, 5 (quelquefois, mais rarement, 1,5).
Ainsi, trois acides du soufre se composent en poids :
L'acide hyposulfureux, de soufre 300 -\- oxygène 100 » sulfureux » 200 a 200
» suUiirique » 200 » 300
Si Ton compare les quantités pondérales constantes d'oxygène, do soufre, de chlore, etc., qui se combinent avec chacun des métaux, ou verra que ces quantités diffèrent et que la combinaison définie exige un poids particulier à chacun des corps ; que, sous la condition d'employer ce poids propre, on peut remplacer un corps par un autre ; c'est le poids de chacun des corps, qui peut ainsi se substituer à un autre, que l'on nomme équivalent. Quelques exemples rendront cette explication plus claire :
Ainsi, pour former les oxydes, les chlorures ou les sulfures de diffél'ents métaux, il faudra les quantités proportionnelles suivantes de chaque métal et d'oxygène, ou de chlore ou de soufre :
Métal + Osygèae ou Chlore ou Soufre.
Argent 1350 100 443,20 200
Sodium 287,5 100 443,20 200
Calcium. ... 250 100 4i3,20 200
Cuiyre. . . . 395,0 100 443,20 200
iJes cooibîn&îsoDS en nombres proporlionnels. Richter, de Berlin, vérifia cette loi dans le cas de la précipitation d*un métal, engagé dans une solution, par un autre métal ; il montra, de pins, le rapport constant qui existe entre les quantités d'oxygène de la base et de Tacide dans chaque sel du même genre. Berzélius parvint à généraliser ces lois par des analyses nombreoses ; il découvrit les rapports simples entre l'oxygène des bases et l'oxygène des acides dans les sels. Dalton a formulé, en 1807, une théorie des nombres proportionnels, où il a établi que si deux corps s'unissent en plusieurs proportions, l'un étant pris pour unité, les quantités de l'autre offrent souvent un rapport simple entre elles dans les différents composés; Gay- Lussac a rendu plus évidentes et plus précises ces lois en les étendant aux gaz.
Pour former un oxyde avec 100 (eu poids) d'oxygène, il faut 1550 d'argent, ou 287,5 de sodium, ou 250 de calcium; chacune de ces quantités de chaque métal formerait un chlorure avec 443,20 de chlorure, ou un sulfure avec 200 de soufre : on peut donc remplacer, dans chaque série de ces combinaisons, 1350 d'argent par 287,5 de sodium, ou 250 de calcium, ou 395,6 de cuivre, etc., et le poids propre à chaque corps, pour former ainsi certains composés définis, est appelé le poids équivalent de ce corps.
Ajoutons que chacun des oxydes ainsi formés pourra s'unir avec un même poids d'un acide et former un sel ; que, par exemple :
1350 4-100 = 1450 d'oxyde d'argent -|- 500 acide sulfurique = 1950 de sulfate d'argent. 287,5 + 100= 387,5 d'oxyde de sodium -H 500 » » = 887,5 de sulfate de foude.
250 +100= 350 d'oxyde de calcium + 500 » » = 850 de sulfate de chtux.
305,6+100= 495,6 d*oxyde de cuivre. +500 » » = 995,6 de sulfate de cuivre.
On voit donc que dans les combinaisons de chacun d'eux avec l'acide sulfurique (et aussi avec divers autres acides, parfois en proportions doubles, comme dans les bisulfates, les bicarbonates, etc.), les poids cidessus des différents oxydes se remplacent ou sont équivalents. On exprime les rapports multiples par une notation qui consiste à placer après les signes indicatifs de chaque corps (voyez p. 14 et 15), et sous forme d'exposant, un chiffre exprimant le nombre de fois qu'il faut multiplier le poids équivalent de ces corps simples. Lorsqu'il s'agit de multiplier les proportions ou équivalents des composés^ on place le chiffre avant les signes ; enfin les signes ou lettres mis entre des parenthèses peuvent comprendre plusieurs composés, qui tous sont multipliés par le chiffre placé avant la parenthèse.
Ainsi, 1 équivalent de soufre uni à 3 équivalents d'oxygène s'écrit SO*; 1 équivalent d'acide sulfurique ainsi représenté, combiné à la soude (oxyde de sodium), forme un équivalent de sulfate de soude : NaO,SO'; enfin 2 équivalents de sulfate de soude s'écrivent : 2 (NaO,SO').
Suivant leurs affinités ou les causes qui les modifient, les corps peuvent se déplacer dans certaines combinaisons : ainsi dans un liquide où l'argent est dissous, ce métal est séparé par le cuivre qui prend sa place ; celui-ci à son tour est déplacé par le fer.
Or, si dans une solution de sulfate d'argent, par exemple, il y a 108 grammes de ce métal et qu'on plonge dans le liquide une lame de cuivre, celte lame perdra de son poids une quantité de cuivre égale à 31*^65 qui remplace l'argent; le cuivre, à son tour, sera éliminé par une lame de fer qui éprouvera une déperdition égale seulement à 28 grammes : d'où l'on voit que les quantités de ces trois métaux qui
CONSIDÉRATIONS GËNÉRMiES. 13
se remplacent sont pour l'argent 108, le cuivre 51,65, le fer 28 : ce sont donc des quantités équivalentes. Chacun de ces métaux, dans la solution, s'était successivement uni avec 8 d'oxygène; or, pour enlever, par exemple, à 59,65 d'oxyde de cuivre ces 8 d'oxygène, il faut faire passer sur cet oxyde, chauffé au rouge, du gaz hydrogène dont 1 gramme se combinera avec les 8 grammes d'oxygène et formera 9 grammes d'eau : on en doit conclure que le poids d'hydrogène égal à 1 est équivalent à 8 d'oxygène, qui lui-même équivaut à 28 de fer (pour former le protoxyde de fer), ou à 51,65 de cuivre ou à 108 d'argent.
La connaissance des poids équivalents fixée dans la mémoire ou obtenue en consultant des tables a rendu nettes et faciles une foule de réactions chimiques naguère difficiles à opérer économiquement; les manufacturiers ne sauraient trop y avoir recours pour vérifier ou rectifier leurs dosages et Tes rendre aussi précis que possible.
Les premiers poids équivalents, déterminés la plupart avec une remarquable précision par Berzélius, se rapportaient au poids de l'oxygène pris pour base. Un chimiste anglais, Prout, pensa que si, dans un pareil système, on choisissait le corps dont le poids équivalent fût le plus petit, et qu'on le prit pour unité, tous les autres équivalents des différents corps simples et de leurs composés en seraient des multiples exacts.
Un grand nombre de résultats analytiques ne s'accordant pas avec cette hypothèse, bien que les différences fussent peu considérables, elle ne fut pas généralement admise ; cependant des déterminations plus précises, notamment celles de l'hydrogène même et du carbone, faites par MM. Dumas et Stas, ont disposé plusieurs chimistes à l'admettre. Elle offrirait aux manufacturiers l'avantage de simplifier les calculs et de faciliter le souvenir des nombres. Nous croyons devoir présenter ici la table des poids équivalents établis en prenant l'hydrogène pour unité, donner en regard les équivalents généralement admis et qui résultent de l'expérience (l'unité de poids étant celui de l'oxygène, représenté par le nombre 100), et dont la plupart ne sont pas exactement divisibles par 12,5.
On voit que, jusqu'à présent, les poids équivalents de quatorze corps simples sont représentés par des nombres entiers, si l'on prend pour unité le poids équivalent de l'hydrogène, tandis que vingt-trois équivalents sont exprimés en nombres entiers, lorsqu'on représente par 100 le poids de l'oxygène.
Dans un travail de révision dont M. Dumas a présenté à l'Académie des sciences (Comptes rendus, 9 novembre 1857) les premiers résultats, on remarque un certain nombre de poids équivalents multiples en nombres entiers de l'hydrogène pris comme unité. Parmi ces déterminations nouvelles intercalées entre parenthèses dans la table ci-dessous, et après
(le plus récentes et très-attentives révisions, le poids du chlore reste' encore fractionnaire.
11 en résulterait, en ajoutant les nouveaux nombres entiers, 29 équivalents au lieu de 14 sur les 64 corps sinaples, lorsqu'on prend pour unité le poids de l'hydrogène.
D*un autre côté, on aurait alors 28 corps simples dont les poids équivalents seraient des nombres entiers, en représentant par 100 Toxygène.