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I. Origine et état natnrel

Cette intéressante matière première, tirée de l'Asie équatoriale, offre avec le caoutchouc des analogies remarquables par Pidentité de composition élémentaire et certaines propriétés ; des différences plus remarquables encore se manifestent dans ses propriétés spéciales et ses applications nombreuses et variées ; enfin, dans sa composition immédiate, qui n'était pas connue, lorsque, à l'occasion du concours universel de 1851, M. Payen entreprit de la déterminer, et qui présente des particularités très-dignes d'attention.

État naturel, — VIsonandra percha (deHooker), genre Bassia butyracetty famille des Sapotées, contient dans le suc laiteux de sa sève descendante des globules en émulsion, formée par ces globules insolubles dans Teau et susceptibles de s'agglomérer en une masse dure, fibreuse, qui se sépare spontanément du liquide aqueux.

L'arbre d'où l'on extrait ce suc croît dans l'île de Singapore, dans les forêts de Lahore, à l'extrémité de la presqu'île Malaise, sur les côtes sudest et ouest de Bornéo, ainsi que dans les petites îles groupées au sud de Singapore ; il atteint de grandes dimensions, jusqu'à 20 mètres de hauteur et 1 mètre de diamètre. Un seul arbre abattu peut donner, dit-on, 18 kilogrammes de gutta ou gomme solide. Son bois, d'un tissu lâche, n'a pas de valeur pour les constructions. On doit regretter que le procédé ancien et barbare d'extraction de la sève par l'abatage des arbres soit encore en usage et amoindrisse les sources de la production.

Le suc séveux concrétionné en couches minces d'apparence fibreuse, superposées, de couleur grisâtre ou brune, s'expédie de Singapore eu

(*) Percha et Pulo-percha, noms malais de Sumatra.

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masses irrégulîères plus ou moins Tolumineuses. Les quantités importées en Amérique et en Europe ont été graduellement plus considérables depuis 1845. Malheureusement le peu de soin ayec lequel on récolte la gutta-percha oblige à des opérations dispendieuses, dans les lieux où elle arrive, pour en séparer les corps étrangers, et parfois altère profondément sa qualité. On doit espérer que des essais de culture et d'extraction régulière par Yoie d'incisions permettront de propager la plante bien au delà des localités restreintes où on la rencontre, et d'extraire pendant plusieurs années, de chaque arbre, des quantités beaucoup plus grandes. Dans une intéressante notice sur la gutta-pcrcha de Surinam (Ann. des Sciences naturelles^ y. Botanique^ t. YII, p. 220), M. le professeur Bleekrod a fait voir que les cours commerciaux de cette substance ont été très-yariabics suivant les qualités : entre 0 fr. 72 c. et 3 fr. 28 c, pris sur le marché d'Amsterdam, en \ 857, relativement à 254 975 kilogr. provenant des possessions néerlandaises de l'Inde orientale. Ce savant professeur a démontré, en outre, que la Guyane hollandaise peut aussi fournir son contingent de gutta-percha, dont la consommation s'accroît continuellement. Il a reconnu que la masse de gutta-percha entreposée à Java, et provenant de tout l'archipel Malais, s'est élevée de 1 5 612 kilogr. en 1851 à 514 441 kilogr. en 1855; que dans les colonies néerlandaises Teiportation est croissante, tandis que l'exploitation imprudente à Singapore (possession anglaise) de Ylsonandra percha diminue graduellement la production.

La même notice nous apprend qu'un autre arbre, également de la famille des Sapotées, Sapota Mullerij peut fournir un produit identique aecepté déjà par l'industrie ; que la récolte en est très-facile sans sacrifier l'arbre ; on entoure la circonférence (totale ou partielle) du tronc avec un bourrelet d'argile à bords relevés, et qui sert de récipient ; on incise l'arbre au-dessus jusqu'au liber, et le suc laiteux s'en écoule immédiatement. A Surinam le lait se concrète en six heures. A l'aide d'mie addition de 0,6 d'alcool, M. Payen a obtenu de ce lait, altéré pendant le transport, 14*^,28 pour 100 de gutta-percha, pure et blanche; la solution alcoolique retenait la matière colorante que M. Bleekrod considère comnoe de Y acide gallique oxydé. Enfin, il est convaincu que les altérations de la gutta-percha prennent leur origine dans le suc même, dorant sa préparation aux lieux dû production, et qu'avant elles la gutta séparée du liquide aqueux contient un seul principe immédiat. Ce serait un fait important à constater, en vue surtout de prévenir ces altérations primitives, et de ralentir beaucoup les altérations ultérieures, si préjudiciables aux applications de ce produit (Rép. de chimie, par MM. Wurtz etBarreswil, sept. 1859).

Bistarique. — En 1842, le docteur Montgomerie, de Singaporc,

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déposa au bureau médical de Calcutta, puis envoya plus tard à la Compagnie des Indes orientales les premiers échantillons de gutta-percha. Depuis des siècles, les naturels du pays travaillaient grossièrement cette matière en la malaxant à chaud, poiu* la mettre sous formes de vases usuels; ils en confectionnaient aussi des fouets et des manches de cognées souples et d'une grande ténacité, à froid. Une médaille d*or fut décernée en 1843 par la Société d'encouragement des arts de Londres au docteur Montgomerie, pour l'introduction de la gutta-percha.

On n'importa dans la Grande-Bretagne que 9 000 kilogr. de ce produit en 1845. Les applications se multiplièrent tellement depuis lors, que les quantités importées en Angleterre dépassent 1 000 000 de kilogrammes chaque année; la consommation en France est évaluée à 55 000 kilogr.

t. €?ompoBliloa Immédiate et élémentaire de la gattn pnrcha

La matière brute est facile à purifier en la dissolvant dans le mlfure de carbone, filtrant (sous une cloche lutée) cette solution trouble et brune; la solution filtrée, limpide et incolore, est évaporée à Fair dans des vases plats en porcelaine ou sur des lames de verre. Après la dessiccation on détache les plaques de la gutta épurée, en les couvrant d*eau froide. Au bout de quelques minutes l'adhérence cesse, et l'on enlève ces plaques sur toute l'étendue que la dissolution occupait, presque toute la matière colorante étrangère étant restée sur le filtre avec une portion de la substance non dissoute.

La gutta purifiée, puis extraite comme nous venons de le dire, est blanche ou très-légèrement teintée de gris, demi-translucide en feuiUes minces, opaque en lames épaisses ; ainsi épurée, elle est généralement formée de trois principes immédiats très-différents entre eux quant i leurs propriétés.

Ces trois principes immédiats, désignés par M. Payen sous les noms de gutta^ cUbane et fluavile^ se sont rencontrés dans les rapports suivants :

Gutta 75 à 82

Albane 19 à 14

FluaTile 6i 4

"ÏÔÔ ÎÔj"

Le premier de ces principes immédiats réunit les propriétés utiles de la gutta-percha normale ou simplement épurée ; la deuxième, Vatbane, substance cristalline, diffère beaucoup des deux autres : elle est blanche, se dissout abondamment dans l'alcool anhydre bouillant, qui la dépose

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en grande partie, par un refroidissement ménagé, sous forme de cristaux diaphanes, lamelleux, formant des groupes mamelonnés, irradiés d'un centre commun. De semblables agglomérations cristallines se forment par la concentration de la solution alcoolique à Tair. De 0^ à 100° Palbane ne manifeste aucun changement, à + 160° sa fusion commence, lie -f- 175 à 180^ sa diaphanéité est complète; elle a une fluidité oléiforme ; par le refroidissement, elle se solidifie en une masse qui se fendille, reste transparente et plus dense que l'eau. L'acide chlorhydrique semble sans action sur Talbane, tandis que les acides sulfurique et azotique concentrés (monohydratés) Tattaquent vivement comme la gutta pure et la gutta-percha tout entière.

L'albane, résine blanche, est soluble dans la benzine et l'essence de térébenthine, dans le sulfure de carbone, l'éther et le chloroforme : ces deux derniers dissolvants la laissent déposer, par l'évaporation, en groupes de lamelles irradiées; l'alcool anhydre bouillant la dissout et la laisse mstalliser par le refroidissement.

La fluavile, résine jaunâtre, est diaphane, un peu plus lourde que l'eau, solide, dure, cassante à 0°; elle s'assouplit par degrés en s'échauffant; vers 50° centésimaux, elle éprouve une sorte d'amollissement qu'on reeonnait en maintenant le vase incliné ; elle ne reprend son niveau qu'en 15 à 20 minutes. A + 60° elle devient pâteuse; de 100 à 110° sa fluidité est complète ; chaufTée davantage, jusqu'à l'ébuUition, elle éprouve graduellement une altération profonde, brunit, dégage des vapeurs acides et plusieurs carbures d'hydrogène.

La fluavile est solulle à froid dans l'alcool, l'éther, la benzine, l'essence de térébenthine, le sulfure de carbone, le chloroforme; tous ces dissohants, évaporés, laissent en résidu la fluavile jaune amorphe. Elle retient avec force une partie de l'alcool, que l'on en sépare en chauffant assez longtemps le mélange à 100^ dans le vide, jusqu'à cessation du boursouflement.

L'albane et la fluavile offrent, dans leurs relations entre elles, une propriété fort remarquable : lorsque, ayant traité à chaud, par l'alcool anhydre, la gutta -percha divisée, on décante le liquide, qui tient en dislolatioD les deux substances, par le refroidissement et le repos durant plusieurs jours, il se dépose sur les parois du vase clos, et jusqu'au ni- Teau de la solution, des granules blancs, arrondis, opalins, formés d'une sorte de nucléus de fluavile diaphane, recouvert d'une incrustation cristalline d*albane. Cette singulière structure se démontre en traitant par l'alcool anhydre froid, qui dissout le nucléus jaunâtre et laisse la plus grande partie de l'incrustation blanche cristalline.

C'est en traitant la gutta-percha par l'alcool bouillant, à plusieurs r^rises, jusqu'à épuisement, que l'on élimine les deux matières rési-

CHOIU MDUSTR. I. — 17

neuses ci-dessus, et que l'on obtient la gutta isolée, douée de propriétés utiles.

s. Propriétés de la gnUa pure e( de la fwlUif-pereha.

Ces propriétés sont à peu jprès les mêmes : l"" dans la gutta-perelu commerciale de première qualité ; 2"* dans le produit de son épuratÎM par solution dans le sulfure de carbone, filtration et dessiccation ; 3* dans le principe immédiat, la gutta isolée, obtenu après avoir éliminé par des lavages alcooliques les deux principes résinoïdes.

La gutta isolée, pure, qui forme des 0,75 aux 0,82 de la gutta-pereb ordinaire, est blanche, translucide en feuilles minces à la température de 100^ qui soude toutes ses parties, opaque ou demi-translucide i firoid. Dès lors ea texture se manifeste par l'interposition de Tair ou d'un liquide doué d'une réfraction différente de la sienne. En lames minces, à la température de + 10 à 30"^, elle est souple, tenace, extensible, peo

élastique.

En cet état, elle est douée d'une propriété curieuse et dont il importe de tenir compte dans certaines applications, surtout pour !a confection des courroies, lanières et cordes de tirage : parvenue par mie Iradion suffisante aux deux tiers de son extensibilité, elle garde, à quelques ceiH Uèmes près, sa longueur, qui s'est doublée ; sa texture poreuse est alors transformée en une texture fibreuse, en même temps que sa transparence est devenue plus grande (*) .

Chauffée à + 50^ et au delà en lames minces, elle s'amollit; son épaisseur augmente, sa surface en longueur et largeur diminue ; elle devient de plus en plus adhésive, éprouvant une sorte de fusion pâteuse, ▼ers 100 à 110^, qui permet de la mouler sous toutes les formes ; elle reprend ensuite par degrés sa dureté et sa ténacité primitives. Elle se fond vers 130"^; chauffée davantage, elle entre en ébuUition, et distille en donnant une huile pyrogénée accompagnée de gaz carbures.

La gutta, comme les deux autres principes immédiats, s'électrise trèsvite par le frottement, conduit mal la chaleur ; ordinairement elle surnage l'eau, lorsqu'elle n'a pas subi d^altérations ; son poids spécifique d'ailleurs augmente à mesure que la date de son extraction s*éloigne.

(*) Des phénomènes semblables se produisent à Tégard de la gutta-percha tout entière de

moindre, présentant en somme une longueur de 65 centimètres sous un effort total de %Wi grammes. La rupture eut lieu, sous le poids de 2,1 "28 grammes, après un nouvel allongement de 1 centimètre; le retrait ensuite, après a rupture, ne fut que de 4*, 5, la température de Pair étant de +i9\

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La gutta pure est insoluble dans Tcau, l'alcool et Télher, très>peu soluble dans la benzine et Tesscnee de térébenthine à 0°; sa solubilité augmente dans ces deux liquides à mesure que la température s'élève. Le sulFure de carbone et le chloroforme dissolvent à froid la gutta pure eomme la gutta-percha normale. Celle-ci, préalablement débarrassée d'albane et de fluavile par des lavages à Talcool anhydre et séchée, peut donner à froid, par le sulfure de carbone, une solution qui, évaporée à iair sur une lame de verre ou une soucoupe de porcelaine, s^cn détache spontanément sans qu'on la recouvre d'eau, comme cela est nécessaire pour la dissolution dans le sulfure de carbone de la gutlapotsha ordinaire.

Mi les alcalis en solution faible ou forte, ni les acides affaiblis n'attaquent ces deux substances ; mais les acides sulfurique et azotique concentrés attaquent vivement la gutta pure, eomme la gutta-percha, l'albane et la fluavile.

L'acide clilorhydrique en solution saturée attaque peu à peu la guttapercha et la gutta pure et les colore en brun (les deux autres principes isolément ne manifestent pas cette réaction).

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