‹ Précis de chimie organique (volume 2)Chapitre 62 sur 129 · Sel bibasique · texte numérisé non relu

Sel bibasique

Sous le nom de tannin, on a confondu des substances qui n'ont de commun que la saveur astringente et la propriété de précipiter la solution de la gélatine, mais qui diffèrent beaucoup sous le rapport des caractères chimiques. Une semblable matière se rencontre dans le bois , dans les feuilles , et particulièrement dans l'écorce des différentes variétés de Quercw; elle se trouve surtout en quantité assez notable dans les noix de galle , espèce d'excroissance qui se forme sur les feuilles du Quercw tinctoria du Levant , à la suite de la piqûre d'un insecte , le Cynips Quercus tinctoriœ ; c'est l'infusion aqueuse ou l'extrait alcoolique de ces noix de galle qui sert de réactif dans les laboratoires (l).

Le cachou ( extrait du bois et peut-être des fruits de V Acacia Catcchu) donne, quand on l'épuisé par l'eau froide, un tannin [acide mimotannique) qui possède les mêmes caractères physiques que le tannin de la noix de galle; on ignore si cette similitude se continue dans les propriétés chimiques (2) .

On a distingué plusieurs espèces de tannin , suivant la coloration qu'elles font éprouver aux persels de fer ; mais cette réaction ne présente aucun caractère scientifique, attendu quelle

(1) La noix de galle du Levant renferme 30 à 50 p. c. de matières soluhles dans l'eau , composées en plus grande partie de tannin ; l'infusion s'altère pea à peu au contact de l'air, se colore alors et se trouve renfermer de l'acide gallique (427 .

(2) La portion du cachou insoluble dans l'eau froide renferme une matière cristallbable (caiéchine, acide catéchucique) qui se dissout

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té observée qu'avec des extraits de plantes dont le principe astringent n'avait p J sole. D'ailleurs la présence, dans les

extraits, de certains acides ou d'autres corps peut singuli ment modifier la coloration que produirait à l'état de pureté un

seul et même tannin : ainsi , par exemple, l'infusion de noix de galle occasionne dans les persels de fer un précipité bien foncé .

et si l'on y ajoute de l'acide tartrique, ce précipité devient vert (Gciger).

Trnmate normal (acide quercitannique). — Gl8H16012. — Voici comment M. Pelouze décrit le procédé qu'il emploie pour l'extraction de ce corps ; il se sert d'un appareil de déplacement , c'est-à-dire d'une allonge longue et étroite reposant sur une carafe ordinaire et terminée à sa partie supérieure par un bouchon de cristal.

On introduit d'abord une mèche de coton dans la douille de l'allonge , et par-dessus, de la noix de galle réduite en poudre fine. On comprime très légèrement cette poudre, et lorsque son volume est égal à la moitié de la" capacité de l'allonge, on achève de remplir celle-ci avec de l'éther du commerce. On bouche imparfaitement l'appareil et on l'abandonne à lui-même. Le lendemain on trouve dans la carafe deux couches bien distinctes de liquide : l'une, éthérée et très fluide, occupe la partie supérieure; l'autre, plus pesante, sirupeuse et d'une couleur légèrement ambrée, reste au fond du vase et renferme du tannin. On lave" ce dernier avec de l'éther et on le dessèche dans une étuve ou dans le vide.

Il reste ainsi un résidu spongieux , comme cristallin , très brillant, quelquefois incolore, mais plus souvent d'une teinte légèrement jaunâtre. C'est du tannin pur, dont la saveur est franchement astringente, sans amertume.

100 p. de noix de galle donnent par ce procédé de 35 à 40 p.

dans l'eau bouillante et s'y dépose, par le refroidissement , à l'état d'une bouillie cristalline.

Les chimistes (Svanberg , Hagen , Zwenger) ne sont pas d'accord sur la composition de ce corps.

Les alcalis carbonates ou caustiques le convertissent en des acides rouges ou bruns (acide japonique , acide rubinique) qui n'ont pas encore été convenablement étudiés.

de tannin. Il est essentiel de se servir d'éther aqueux et non anhydre , autrement on n'obtient pas de tannin.

Le tannin est extrêmement soluble dans l'eau ; la dissolution rougit la teinture bleue de tournesol. Elle décompose les carbonates alcalins avec effervescence et précipite la plupart des solutions métalliques.

Les protosels de fer ne la troublent pas , mais elle précipite abondamment en bleu foncé les mêmes sels peroxydes.

L'alcool absolu et l'éther anhydre ne le dissolvent pas.

Sa solution aqueuse et concentrée est abondamment précipitée en blanc par les acides hydrochlorique , nitrique, phosphorique H arsénique ; mais elle ne l'est pas par les acides oxalique , tartrique, lactique, acétique.

L'acide nitrique le décompose à chaud avec rapidité en produisant beaucoup d'acide oxalique.

Les solutions des alcaloïdes (cinchonine, quinine, brucine, strychnine, etc. ) forment avec la solution de tannin des précipités blancs peu solubles clans l'eau , mais très solubles dans l'acide acétique.

Versé dans une dissolution de gélatine en excès, le tannin y produit un précipité blanc, opaque, soluble surtout à chaud , dans la liqueur qui le surnage ; mais si le tannin domine , le précipité, au lieu de se dissoudre par réchauffement , se rassemble sous la forme d'une membrane grisâtre fort élastique ; il n'est pas tout-à-fait insoluble, et la liqueur surnageante colore en bleu les sels de fer.

Quand on laisse le tannin , pendant quelques heures , en contact avec un morceau de peau dépilée par la chaux et telle qu'on l'introduit dans les fosses avec le tan , le tannin est absorbé en totalité par le morceau de peau; l'eau qui le tenait en dissolution ne produit plus la plus légère coloration avec les persels de fer , elle est sans saveur et ne laisse aucun résidu par l'évaporation. Si, au contraire, le tannin est mêlé avec de l'acide gallique, n'en contint-il que 4 à 5 millièmes de son poids , la liqueur colore très sensiblement les persels de fer en bleu. C'est le meilleur moyen, et peut-être le seul connu jusqu'ici, de s'assurer delà présence de cet acide dans le tannin. Cette expérience est d'ailleurs intéressante en ce qu'elle fait voir qu'il existe une grande

différence entre la gélatine et la peau , relativement à l'action que ces deux substances exercent sur le tannin. Le ct^r ne peut,

d'après cela , être considéré comme un composé de gélatine et de tannin , mais bien de cette dernière substance et de peau (Pelouze .

Dans beaucoup de circonstances , le tannin se convertit en acide gallique (427 ; cette métamorphose s'effectue, par exemple, quand on abandonne à l'air une solution diluée de tannin. Si l'expérience se l'ait dans un tube de verre gradué et avec le contact du gaz oxygène, ce gaz est absorbé lentement et , suivant M. Pelouze, il est remplacé par un volume égal d'acide carbonique. Cette réaction s'accorderait fort bien avec la formule de l'acide gallique , car on a en effet :

ci8H16012 -f 0« = ÎECWOS] -|- 2I120 -f ZiCO2,

4C02 correspondent à 8 volumes. Robiquet nie la nécessite du contact de l'oxygène dans cette métamorphose; on sait , d'ailleurs . par les expériences de M. Larocque, que la transformation du tannin en acide gallique s'effectue aussi au contact de certains ferments.

Si l'on chauffe le tannin à la température de l'huile bouillante, il ne se forme que de l'eau . de l'acide carbonique et un résidu* abondant de cet acide brun C12H804 que M. Pelouze appelle acide métagallique. Si l'on ne chauffe le tannin que vers 210 à 21 5n, on obtient encore de l'acide carbonique, de l'acide pyrogaliique C4H402 (308) et un résidu considérable d'acide métagallique, c'est-à-dire les mêmes produits que ceux qu'on obtient avec l'acide gallique, avec cette seule différence qu'on ne peut éviter , avec le tannin , la production d'une quantité notable de l'acide brun , quelque soin qu'on apporte à l'opération ; les équations suivantes rendent d'ailleurs compte de la réaction :

C18H16012= 2C02 + hCHl^O2

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