AVANT- PROPOS
Depuis quelques années, les annales scientifiques ont à enregistrer un nombre si prodigieux d'expériences et d'analyses, qu'il n'est guère possible, pour qui ne s'occupe de chimie organique que d'une manière accessoire, d'apprécier avec justesse l'état de cette science, ni d'en suivre, à plus forte raison, le développement rapide.
Ce (jui, à mon sens, contribue surtout à la rendre si peu accessible, c'est la méthode employée ])ar la plupart des expérimentateurs dans les comptes-rendus de leurs résultats, et qui consiste à envelopper les faits dans un dédale d'hypothèses et de considérations théoriques, tandis qu'ils devraient chercher plutôt à dégager ces faits, à les préciser par un langage simple , et à les comparer avec d'autres du même ordre, /aujourd'hui , quand un chimiste
Vlll AVANT-PROPOS.
observe une réaction ou analyse un corps nouveau , son premier soin est d'imaginer une petite théorie qui explique les phénomènes d'après les principes électro-chimiques, et il est de mode alors de créer quelque radical hypothétique, afin de pouvoir adapter ces principes au nouveau corps. Jamais la science n'a été le jouet de l'imagination, autant qu'elle l'est aujourd'hui par l'introduction de ces êtres fictifs; et pour peu qu'elle continue de marcher dans cette voie encore quelque temps, elle finira par devenir un chaos inextricable. Ajoutons à cela que bon nombre de chimistes visent surtout à écrire des mémoires très volumineux et à éblouir le lecteur par la variété et l'incohérence des réactions, et l'on comprendra qu'un pareil état de choses doive s'opposer à ce que l'étude de la chimie organique devienne plus générale et plus familière.
L'enseignement dont je suis chargé, depuis quelques années, à la Faculté des sciences de Montpellier, m'a mis dans l'obligation de fixer mes idées sur certains points, que je n'aurais autrement pas osé aborder; cela m'a fourni l'occasion de faire un travail de révision, devant lequel j'aurais peut-être reculé, si , dès le commencement, j'avais été initié à tout le désordre qu'un examen sérieux m'a fait découvrir dans notre système scientifique.
Ce désordre, j'en ai la conviction, est la conséquence naturelle de la méthode vicieuse qui est généralement suivie. Il m'a semblé qu'avant tout il fallait commencer par l'abandonner.
La seule marche qui soit en même temps rigoureuse et facile, qui puisse cadrer avec les opinions individuelles de tous les chimistes, c'est celle qui consiste à exprimer les réactions par des équations d'où se trouvent exclus tous les corps purement hypothétiques. Et j'insiste particulière-