AVANT-PROPOS. IX
ment sur ce dernier point, car ce n'est point une idée nouvelle que de mettre en équation les corps employés et les corps produits ; mais on en a usé, jusqu'à présent, si arbitrairement, on a tant subordonné les faits de l'expérience aux exigences de la théorie électro-chimique, que ces équations n'ont été absolument qu'imaginaires.
Pour qu'il y ait à la fois de la régularité et de la précision , pour qu'elles puissent conduire à des expressions générales, et, conséquemment, à des lois, il faut nécessairement que le langage des formules soit lui-même régulier et précis. Cette condition est plus importante qu'on ne le pense peut-être , car nos formules sont nos idées.
}^a notation des formules est quelque chose de purement conventionnel , comme le sont les équivalents chimiques eux-mêmes ; mais, telle qu'elle a été généralement adoptée, elle offre l'inconvénient d'habituer l'esprit à y voir des choses absolues, tandis qu'elle ne devrait exprimer que de simples rapports. Je suis convaincu qu'il faudra , lut ou lard, la changer tout-à-J"ait ; pour le moment, il m'a paru nécessaire de mettre au moins de l'ordre dans les conventions établies, et de ramener toutes les formules organiques au même terme de comparaison.
Ce tra\ ail m'a conduit à rejeter entièrement la théorie électro-chimique. On sait, d'ailleurs, que sur tant de milliers de corps organiques, pas un seul n'a encore pu êlre décomposé dans le sens de cette théorie, et que, de i)lus, quand il s'agit de corps autres que les acides ou les sels, elle ne peut plus s'appliquer d'une manière judicieuse.
Si, dans ce livre, j'ai donné la préférence aux formules brutes, si j'y ai adopté des types chimiques, c'était pour ai'river plus facilement à des lois générales indi''pen(laMl('s de toute théorie sur la prédisposition des molécules. Si j'ai
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été sobre de formules rationnelles, ce n'est pas, assurément, que je voyais toute la chimie dans les rapports de composition entre le carbone, Fliydrogène, l'azote et l'oxygène ; mais il m'a semblé que ces rapports numériques étaient la seule chose positive sur laquelle tout le monde puisse s'entendre.
Ces rapports, considérés dans leur ensemble pour tous les corps organiques, n'avaient pas encore été l'objet des méditations des chimistes. Je leur ai voué, dans ce livide, une attention toute spéciale ; et j'ai été assez heureux pour trouver, à cet égard, des faits extrêmement remarquables. En comparant entre eux les corps ({ui présentent ([uelque similitude sous le rapport de la composition et des propriétés chimiques, je suis parvenu à établir des séries homoJorfues, et ces séries elles-mêmes m'ont conduit à des formules, à des lois générales. Enfin celles-ci m'ont indiqué le moyen de classer les substances organiques en familles naturelles , et cela en les disposant d'après une espèce d'échelle de combustion.
Cette classification, je l'espère, facilitera l'étude de la chimie organique : comme elle n'est basée que sur des choses positives, sur des rapports numériques et sur des analogies de propriétés , elle pourra convenir à toutes les théories moléculaires. Ensuite, elle a l'avantage de signaler les lacunes à combler, et d'assigner d'avance une place à tous les corps c[ui sont encore à découvrir; elle en prévoit même la manière d'être, pourvu qu'on connaisse déjà les réactions propres à quelques substances de la même série homologue.
Pour faciliter aux jeunes chimistes les recherches si pénibles du laboratoire, j'ai consacré quelques chapitres aux elîets des réactifs sur les matières organiciues; dans cette