ÉTHERS
Il est aussi quelques éthers qui peuvent échanger de l'iiydrogène pour du m«^tal : de ce nombre est 1 ether salicylique, qui s'unit directement à la potasse, comme le font les acides ou certaines huiles essentielles oxygénées. Les éthers formés par des acides à 3 éq. d'oxygène , paraissent en général se comporter ainsi (Cahours). D'ailleurs les alcools sont eux-mêmes dans ce cas; seulement les combinaisons métalliques qu'ils produisent sont fort peu stables.
84. La nomenclature dont nous nous sommes servi jusqu'à présent pour désigner les éthers, est assez claire pour qu'on l'ait saisie sans difficulté. En disant éther salicylique du méthol ou esjn-it de bois , éther formique de l'alcool , etc., nous avions en vue l'éther qui se produit par l'acide salicyli^pie et l'esprit de bois , par l'acide formique et l'alcool, etc. Mais ces dénominations sont tmp longues pour être conservées dans notre système.
Nous aurions voulu , comme tous les chimistes , représenter les éthers par deux parties , afin d'en rappeler la propriété fondamentale. Cette manière de les formuler serait fort avantageuse si elle n'entraînait pas certaines hypothèses relativement au mode de groupement des éléments ; on peut en faire usage lorstpi'on envisage les éthers isolément ; mais elle présente beaucoup d'inconvénients dans un système général oîi l'on fait abstraction de la prédisposition des éléments pour n'en considérer que les relations atomiques.
Ciiaque éther appartenant à un genre particulier, nous classerons ces corps suivant la formule brute de leur équivalent, connue nous l'avons fait pour les autres substances organiques : ainsi, par exemple, l'éther formique de l'alcool ordinaire C^H'-O^, sera rangé au troisième échelon dans les combinaisons (le la forme RO^ ; l'éther acétique du même alcool C^H^O^, figurera pareillement au quatrième échelon dans les combinaisons KO^ etc.
Nous considérerons les éthers formique, acétitpie, oxaM- (jue, etc. , de l'alcool , comme des espèces normales appartenant aux genres formalcool , acétalcool, oxalcool, etc.; dt-mèuic, les mêmes éthers dérivés de l'esprit de bois , comme des espèces normales appartenant aux genres forméthol, acéméthol , oxamélliol , etc.
144 C.AUACTEUES I)l> (.uMl'OSES OIU.ANKjlEs..
Comme les éthers produits par les hydracides minéraux fournissent sous l'iniluence du chlore les mêmes produits que certains hydrogènes carbonés (par exemple, gaz des marais), il nous semble convenable de les classer dans le même genre que ces derniers (voy. Quatrième partie , g. formène et acétène). Les éthers nitriques seront classés dans le même genre que leurs alcools respectifs (voy. Substitut, j^ar résidus).
85. Deuxième cas. — Les acides polybasiques peuvent produire des sels copules avec les alcools; ces acides s'unissent directement aux alcools , comme dans le cas précédent , en même temps que les éléments de l'eau sont mis en liberté ; mais dans les produits combinés les proportions ne sont pas les mêmes que dans les éthers neutres.
Ainsi , par exemple , tandis qu'un acide bibasique , pour former un éther, s'unit à 2 équivalents d'alcool , et élimine 2 équivalents d'eau , ce même acide , lorsqu'il forme un sel copule , ne se combine qu'à un seul équivalent d'eau. Les combinaisons du méthol avec l'acide sulfurique mettent ce point en évidence :
Éther neutre :
2CH^0 + SIl20^ = 21120 -f C2H6SO* sulfomélhol normal.
Sel copule ou vinique :
CH40 -1- SIPO^ = H20 -f CH<SO< sulfométhylate normal.
D'ailleurs, si la loi que nous avons énoncée plus haut sur la capacité de saturation des acides copules, est conforme à la vérité, il ne serait guère possible qu'un acide monobasique produisît de pareils composés avec l'alcool ; car ce dernier étant neutre , donnerait avec un acide monobasique (0-|-l) — 1 = 0, c'est-àdire un corps neutre. En effet , on n'a- encore obtenu que des éthers neutres avec les acides monobasiques , tels que les acides nitri(iu(\ formicpie, ;u'étl(|Li(\ l)enzoï(|ue, anisi(|uc, stéarique, etc.^ tandis (juc tous les sels copules , dits viniqucs., ont été obtenus
ÊTHERS, 145
avec les acides sulfurique , carbonique , oxalique , camphorique , tartrique, etc., qui sont bibasiques.
Nous avons déjà fait remarquer que la basicité de ces sels copules est moindre d'une unité que celle des acides qui les produisent : conséquemment , les sultbvinates, les sulfométhylates , les sulfoamilates , les campliovinates , etc., ne satureront qu'un équivalent de base.
Il est possible que certains éthers ne soient que le produit de la décomposition des sels copules correspondants. Les expériences qu'on possède toucliant l'action de l'acide sulfurique sur l'esprit de bois semblent justitier cette opinion. En effet, quand on mélange de l'acide sulfurique concentré avec cet alcool, il ?e produit immédiatement du sulfométhyiate, et celui-ci fournit par la distillation du sulfométliol et de l'acide sulfurique :
2CH^S0< = SII^O^ -4- C2H6SO<. Sulfométlijlato Ac. sulfiir. Sulfomélhol.
Au reste, ce dernier fournit de nouveau du sulfométhyiate et de l'esprit de bois quand oft le fait bouillir avec de l'eau.
On ne coimait pas à l'état libre l'homologue du sulfométliol pour le genre alcool ; car, par l'ébullition du sulfovinate normal , qui est l'homologue du sulfométhyiate , le sulfalcool se détruit , à ce qu'il parait , et l'on obtient la substance C^H'"0 , vulgairement appelée éther sulfurique; ce dernier est un des produits secondaires dont nous allons nous occuper.
86. Troisième cas. — Lorsque les produits de la combinaison d'un alcool avec les acides ou avec certains chlorures, bromures ou fluorures métalli(pies, sont soumis à l'action d'une température élevée , il en résulte des produits tlout la nature varie suivant la nature des corps réagissants, suivant le degré de chaleur, et suivant \os proportions du raiHangc.
A part les conq)osés minéraux, tels que l'eau, l'acide hydrochlorique, l'acide carbonique , etc., qui s(; produis(;nt dans cette réaction , on y remarque surtout dt.'s hydrogènes carbon<'!s lifjuides ou gazeux, ainsi ([ue des huiles neutres et oxygénées, parmi les- (luellesTéther ordinaire est une des princi[)ales lorsc^u'on opère avec l'espi'it de vin.
Peu de substances ont eu, autant que l'éther, les honneurs de la discussion. Les chimistes ont beaucoup écrit sur la formation et la constitution de ce corps; et cependant, à voir le résultat de leurs querelles, on est obligé de convenir qu'en définitive elles n'ont abouti (^u'a nous apprendre les meilleures conditions pour obtenir l'éther, sans en définir la vraie nature chimique.
En comparant la formule de Tétlier C''H'"0 (2 vol.) avec celle de l'alcool C^H^O (2 vol.), on remarque que le premier résulte de la décomposition d'au moins deux molécules d'alcool, et qu'il renferme toujours assez de carbone et d'hydrogène pour fournir de nouveau de l'alcool ou ses dérivés, par l'action des agents de combustion. M. Liebig a remarqué , en effet , que dans la préparation de l'acide iséthionique par l'éther pur et l'acide sulfurique anhydre , il se dégage des vapeurs d'alcool lorsqu'on fait bouillir la solution acide ; nous-méme, en nous occupant de l'action de l'acide sulfurique concentré sur l'éther , nous avons remarqué qu'en portant à lOi ° un mélange de parties égales d'acide sulfurique et d'éther, et saturant ensuite le mélange par la baryte, on obtient du sulfovinate barytique parfaitement pur, et identique avec celui que l'on obtient directement avec l'alcool.
Ce qu'on a appelé huile douce de vin (sulfate double d'oxyde d'éthyle et d'éthérole, Liebig) est un produit de décomposition de l'éther lui-même , sous l'influence de l'acide sulfurique concentré , lorsqu'on élève trop la température du mélange. L'huile de vin légère résulte de la décomposition de l'huile douce. D'ailleurs non seulement l'acide sulfurique donne avec l'alcool de pareils et d'autres produits , mais on en obtient encore avec le chlorure de zinc , les chlorures d'étain, le fluorure de silicium, le fluorure de bore , etc.
Ces cas particuliers ne sauraient trouver place ici.
ALDÉHYDES.
87. Ce nom s'applique, comme nous venons de le voir (73), à des substances neutres qui ont la propriété de se transformer directement en acides monobasiques par la fixation pure et simple d'un équivalent d'oxygène.
Les aldéhydes dérivés des alcools sont homologues entre eux ,
ALDÉHYDES. l47
mais on en connaît plusieurs autres qui s'éloignent des précédents par les proportions de leurs éléme.nts.
Plusieui"s aldeiiydes se rencontrent dans les végétaux comme huiles essentielles : on en trouve, par exemple, dans l'essence de cannelle, de cumin, d'ulmaire, etc. L'essence d'amandes amères constitue aussi un aldéhyde.
Aldéhydes. . Acides.
C'11^0. Benzoïlol (dans l'ess. d'am. am.). C^H''0-. Ac. benzoïque.
C^H^02. Salicylol (dans l'ess. d'ulmaire). C'Il^O^. Ac salicylique.
C^Il^O. Cinnamol (dans Tess. d€ cannelle). C^^H^O^, Ac. cinnamique.
C'ii'-O Cuminol (dans i'ess. de cumin). G'^H'^O^. Acide cuminique.
Au moyen de l'hydrate de potasse ou de la chaux potassée , on peut opérer la transformation de ces aldéhydes en leurs acides respectifs. Il serait intéressant d'examiner sous ce rapport toutes les huiles essentielles oxygénées. Comme les essences naturelles renferment ordinairement aussi un hydrogène carboné , il faudrait opérer sur les produits les moins volatils de la distillation de ces essences. En opérant dans un bain d'huile, et chauffant jusqu'à ce que le point d'ébuliition du liquide fût constant , on serait a peu près certain d'avoir pur le principe oxygéné des huiles essentielles.
Les aldéhydes se transforment aussi en acides sous l'intluence de l'acide nitrique et de l'acide chromique.
Le chlore et le brome donnent avec eux des espèces chlorées ou bromées , dérivées du même type.
88. On connait deux akhîhydes, le benzoïlol (essence d'amandes amères) et le salicylol (essence d'ulmaire) , dont la formation est assez curieuse pour <|U(! nous en parlions.
Ces deux essences ne préexisUait pas dans les parties végétales d'où on les extrait, mais elles sont le résultat d'une réaction particulière éprouvée par deux principes fixes et neutres, l'amygdaline et la salicine.
Les amandes amères contiennent de ramygdalin(! , piincipe cristallisabliMivi'on peut en extraire au moyen di; l'alcool; telles reiitcrniciil (;n oiitic un principe albuniinoïd»; ( cvnitsinc de SIM. Wd'hicr cl Licltig, symiplase de llo!>i([uelj , qui a la propriété d'agir en véritable ferment lorsqu'il <.'st mis en contact avec
l'amygdaline , en présence de l'eau. Quand les amandes amères sont bien sèches , elles n'offrent aucune odeur ; mais , dès qu'on les humecte , on remaque une odeur d'acide prussique , et les amandes fournissent alors à la distillation du benzoïlol mélangé de cet acide.
Dans cette réaction l'amygdaline se dédouble en plusieurs composés ; les éléments du ferment ne prennent aucune part à la formation de ces nouveaux produits ; en effet, l'amygdaline ,. en fixant tout simplement 2 équivalents d'eau , se convertit en benzoïlol , acide prussique et sucre de raisin :
C20H27NO»! + 2IP0 = C'HSO + CNH -|- Ci'-îtP^Qiî.
Quant au salicylol , il ne préexiste pas non plus , dit-on , dans les fleurs d'ulmaire [Spiraea nlmaria). M. Piria l'a aussi obtenu en faisant agir de l'acide chromique sur la salicine.
Il est fort probable que plusieurs autres huiles essentielles obtenues par la distillation de c^prtaines parties végétales avec de l'eau ne sont que des produits de décomposition semblables à l'essence d'amandes amères , et ne préexistent pas dans ces parties.
L'huile de pommes de terre ou de marc de raisin (amylol) est un alcool qui se produit d'une manière semblable dans la fermentation du sucre.
M. Bueclmer a également observé que la petite centaurée, dont l'herbe est entièrement inodore, subit une espèce de fermentation quand on la délaie dans l'eau et qu'on l'expose à une température un peu élevée. Cette fermentation s'annonce par une odeur pénétrante. En distillant ensuite l'infusion , on en retire une essence extrêmement volatile , qui irrite beaucoup les yeux, de manière à provoquer des larmes.
89. Les aldéhydes paraissent avoir une grande tendance à former des composés isomères.
Du moins, on sait (pie l'acétol ou aldéhyde acétique se transforme spontanément, à la longue, en deux autres corps, qui possèdent la môme composition (|ue lui; l'un d'eux , le métaldéhyde , est solide à la température ordinaire , et st? volatilise à 1 20° sans fondre, tandis que l'aldéhyde bout déjà à 21", 8 c. ; l'autre.
ACÉTONES. M 9
l'élaldéhyde, est liquide, bout à 94", et paraît avoir un équivalent trois fois plus élevé que l'aldéhyde, à en juger par la densité de sa vapeur.
Le benzoïlol a également fourni deux isomères : la benzoïne , observée par Stange , et dont la molécule est sans doute double de celle du benzoïlol, et la benzodine (hydrure de benzoïline), découverte récemment par 31. Laurent. Cet état d'isomérie se remarque môme (^ans certains dérivés du benzodol; car, de même que celui-ci fournit , sous l'influence de l'ammoniaciue , de l'hydrobenzamide, les isomères du benzoïlol donnent, dans les mômes circonstances, des isomères de l'hydrobenzamide (bonzoïnamide , benzhydramide et hydrure d'azobenzoïline de M. Laurent).
Quant au cinnamol (hydrure de cinnamyle ou essence de cannelle), son isomère a été trouvé par M. Frémy dans le baume du Pérou. Ce chimiste a donné à ce composé isomère le nom de métacinnaméine.
Enfin la cire d'abeilles offre un exemple semblable : elle renferme deux composés isomères , appelés par M. John cérine et myricine. La cérine est le véritable aldéhyde stéarique. La myricine , sans doute , est à cet aldéhyde ce que la benzoïne ou la benzoïline est k l'essence d'amandes amères.
ACÉTONES.
90. Lorsqu'on soumet à la distillation sèche l'acétate de chaux ou de baryte , on obtient du carbonate, ainsi qu'un licpiide neutre et volatil, qui renferme dans sa molécule plus d'équivalents de carbone que le g. acétate , et dont la propriété caractéristi(iue est de fournir de nouveau de l'acide acéti([ue par l'action de l'acide cliromi([ue. Ce liquide a re(,'U le nom iVacétone. L'acide acétique lui-même en fournit lorscju'on dirige sa vapeur à travers un tube chaufïé au rouge sombre.
2C2(U3Ca)02 ^ C02, Ca^O + C^lico.
accUone.
L'acétone se forme dojic aux dépens de deux molécules d'acé-
tate; c'est un produit de réduction. Il représente un corps type qui parait se produire dans la distillation de beaucoup de sels de chaux ou de baryte. Du moins on en a déjà obtenu de semblables avec les benzoates, valérates, butyrates, margarates et stéarates, ainsi qu'avec quelques sels bibasiques , tels que les camphorates, succinates et subérates :
2C<(H'Ca)02 = C02, Ga2o -f- C'Hi^O biityrone. 2G"(Ii9Cfl)02 == C02, Cf/20 — C^H'^O v.ilérone. 2Cï(ir5Cff)02 = C02, Co2o + Ci3i]ioo benzone. 2Ci'(ll33Cr/)02 = C02, Ca20 + C«I{66o margarone. 2C<9(113'C«)02 = G02, Ca20 -j- C3'H''«0 stOarone (1).
Jusqu'à présent l'acétone acétique est le seul corps de ce genre qui ait été un peu étudié. Toutefois le travail de M. Kane sur ce sujet offre encore quelques lacunes qui nécessitent de nouvelles recherches.
Quant aux acétones des sels bibasiques (camphorates, succinates , subérates) , on ne sait rien de positif touchant leur constitution (-2).
HYDROCARBURES
91. Les hydrogènes carbonés naissent dans une foule de circonstances. La végétation en produit un grand nombre; car beaucoup à'htdles essendêilcx , comme, par exemple, celles de térébenthine , de citron , de copahu , de cubèbe , etc. , ne renferment que du carbone et de l'hydrogène ; et même , lorsque ces huiles contiennent aussi de loxygène, elles ne constituent pas des principes uniques, mais renferment ordinairement un hydrogène carboné , en même temps qu'uji i)rincipe oxygéné. Cet état de mélange fait beaucoup varier le point d'ébidlition des huiles
(1) CeUe n:!Tuilc diffôre de celle de M. Bussy, calculée sur l'ancien poids atoniii, ' du cariwiie. La nôu-e exige : caihone 83,1, hy.lrogène ]3, 8, qui s'accorde avec les analyses de 'ce chimiste. Il en est de menie de la margarone.
(2) Voir quelques renseignements sur la subéronc (ou bydrnre de subéryle de M. Boussingault) dans les Annal, der Cheni. ti. Phurm., t. XXXIX , p. 166.
HYDROCARBURES. 151
essentielles qu'on retire des plantes; car la combinaison hydrocarbonée est ordinairement bien plus volatile que le composé qui raccompagne, de sorte que la température à laquelle les essences entrent en ébullition dépend des proportions dans lesquelles les deux principes se trouvent mélangés. A la distillation, l'hydrocarbure passe dans les premières portions , en entraînant une çertainequantitéde l'autre principe, de sorte que par ce moyen seul il n'est guère possible d'en opérer la séparation complète. Il faut alors avoir recours a un procédé ch!mic(ue, qui consiste à traiter les essences par de la potasse caustique : tantôt celle-ci s'empare, déjà en solution aqueuse, de la partie oxygénée, comme c'est le cas de l'essence de girofle et de l'essence d'ulmaire; tantôt elle ne l'attaque qu'a l'état de fusion , et alors elle acidifie quelquefois l'huile oxygénée à ses propres dépens en déterminant un dégagement d'hydrogène { essence de cumin , essence de cannelle).
Dans notre Mémoire sur les huiles essentielles (1), M. Cahours et moi , nous avons décrit un procédé a l'aide duquel on parvient ainsi à dédoubler avec facilité un grand nombre d'huiles essentielles. On fait fondre, dans une cornue tubulée, de la potasse caustique ; la tubulure de la cornue est fermée par un bouchon traversé par un tube effilé. Au moyen d'une pipette on fait arriver l'essence à travers le tube sur la potasse en fusion , qui s'empare alors de l'huile oxygénée et laisse distiller l'hydrocarbure. Il suffit de rectifier celui-ci deux ou trois fois sur la potasse pour l'avoir pur. Ce procédé, il est vrai, ne s'applique pas a toutes les huiles essentielles, car toutes ne s'acidilient pas au contact de la potasse; mais du moins, dans ces circonstances, la plupart d'entre elles sont résiniliées dans leur partie oxygénée, ce qui permet à l'hydrogène carboné de se dégager. Plusieurs essences, comme celles de carvi, par exemple, fixent sur la potasse leur partie oxygénée sans qu'elle s'altère, et, dans ce cas aussi, rhy(h-ogènc carboné peut être recueilli. Sagit-ii de se procuiei- la partie oxygénée elle-même, on maintient l'Iiuile essentielle a la t(;mp(''ratur<.' de 2()0" dans un bain d'Iiuile, jusqu'à ce (jue toul(; (îbnllilion ail (■(•ssf- ; l'Iiydrogèiit' (•arli()n('', bouillant
(1) Annal, de cliini. cl dv piiijs. , I. I , .T st'ric.
ordiiiairomeiit vers 160", passo à la distillation en entraînant une bonne [lortion de l'huiU; oxygénée.
9.'i. La distillation sèche des matières organiques non aiotécs, soit seules, soit avec de la chaux, delà baryte caustique, du chlorure de zinc ou de l'acide phosphorique anhydre , fournit des hydrogènes carbonés. On en rencontre beaucoup dans les produits de la distillation du goudron de houille, des résines , de la cire , des matières grasses, etc.
Les hydrogènes carbonés ont été fort négligés jusqu'à présent par un grand nombre de chimistes , et cependant peu de corps se prêtent avec autant de facilité à l'action des divers réactifs ; les ' acides , les alcools , les aldéhydes , présentent avec eux des rapports de composition bien définis , et il n'est pas rare de voir les hydrogènes carbonés servir de lien entre deux familles : ainsi , par exemple, le gaz des marais ou formène CH^, rattache directement la première famille à la deuxième ; résultant lui-même de la décomposition de l'acide acétique par les alcalis, ce gaz peut échanger son îiydrogène pour du chlore , et fournir ainsi le chloroforme OUCl^) que les acides convertissent en acide formique CH202. ^
Il est d'usage en France de terminer en ène les noms des hydrogènes carbonés.
94. Le formène, l'éthérène et le ([uadricarbure de Faraday sont gazeux à la température ordinaire ; les autres sont liquides , et quelques uns d'entre eux solides, comme, par exemple, la naphtaline , la paraffine.
Ils sont incolores , fort solubles dans l'alcool et l'éther , et pour la plupart insolubles dans l'eau. Ils ont ordinairement de l'odeur (|ui, chez les hydrogènes carbonés naturels, est quelquefois agréable et suave ; la plupart des produits factices possèdent une odeur empyreumatique. Les hydrocarbures naturels se dissolvent légèrement dans l'eau, en lui conmmniquant leur odeur {eaux distillées , : toutefois les essences oxygénées s'y dissolvent bien mieux.
Il paraît que l'odeur des hydrocarbures, du moins celle des l)roduits naturels, est une conséquence de l'action que l'air exerce sur eux ; cet agent en est absorbé , et l'on remarque que les essences sentent d'autant plus fort qu'elles s'oxygènent plus vite. Lors-
UVDROCAUl?! RES. 153
qu'on distille de semblables hydrogènes carbonés sur de la chaux récemment calcinée, et dans le vide ou dans un courant d'acide carbonique, ils donnent un produit qui n'a point d'odeur, si bien qu'il est difficile de distinguer entre elles, après les avoir ainsi traitées , l'essence de citron d'avec l'essence de térébenthine ou de genièvre (l) ; mais le contact de l'air suffit pour rendre à ces essences l'odeur forte qui les caractérise à l'état naturel.
Les hydrogènes carbonés liquides réfractent beaucoup la lumière ; ils sont plus légers que l'eau, et volatils sans décomposition, du moins à l'abri du contact de l'air.
Beaucoup de résines, la colophane, par exemple, sont les produits de l'oxydation d'un hydrogène carboné: aussi, parla distillation sèche, donnent -elles ordinairement des hydrocarbures à côté d'autres produits.
La volatUité des hydrogènes carbonés permet , dans la plupart des cas, d'en prendre la densité k l'état de vapeur, ce qui donne la valeur de leur équivalent chimique. Deux volumes de vapeur représentent cet équivalent.
Les hydrogènes carbonés naturels se combinent directement avec le gaz hydrochlorique , et forment ce qu'on a appelé des camphres artificiels, tant(')t solides, tantcH liquides; mais ces combinaisons ne sont pas de véritables hydrochlorates, car l'acide n'y est pas décelé par les sels d'argent. Le gaz hydrobroini(iu(.' produit des composés semblables.
Il y en a (jui, dans certaines circonstances , fixent les éléments (le l'eau , et se convertissent ainsi en substances concrètes, également camphrées; telles sont, par exemple, les dépôts cristallins qu'on observe; quelquefois dans les essences de térébentliine, de basilic , de valériane, etc.
La potasse caustique n'exerce pas d'action sur eux; l'ammoniatjue non [)kis. L'acidi; sulfurique donne souvent avec eux des acides copulfîs.
L'action (l(î l'ficide nitri(|ue varie suivant son état d(; concentration; l(.'s essences se résinifient pour la plupart si l'acide est concentré, et donnent en même tenjps dt; l'achle oxalique; cjurlquefois elles donnent aussi d'autres aciiles. Les hydrocarbures
(l) Liel)it;, Traite de chimie, l. Il, j). 308.
Dés SOUS l'influence de la chaleur sont généralement plus stables que les essences naturelles , ne donnent pas de résine , et produisent des composés renfermant les éléments nitri([ues à la place d'une certaine quantité d'hydrogène.
Le chlore, le brome et l'iode peuvent se combiner avec eux.
95. Il paraît que certains hydrogènes carbonés sont capables de donner, avec les acides , des combinaisons neutres semblables aux étliers. Le benzène , en effet, donne avec l'acide sulfurique un composé connu sous le nom de sulfobenzide , et dont la composition offre la plus grande analogie avec celle du sulforaéthol (sulfate de méthylène). Lorsqu'on fait arriver des vapeurs d'acide sulfurique anhydre sur le benzène, il se produit un liquide visqueux d'où l'eau sépare la sulfobenzide sous forme cristalline.
Ce corps renferme C'^H'^SO^ ; 1 équivalent de benzène= 2 vol., contient C^'W. Il manquerait donc à la sulfobenzide les éléments de deux équiv. d'eau pour reconstituer deux équiv. de benzène et 1 équiv. d'acide sulfurique hydraté :
2C6H6 + SH20* = C>2hioS02 + 2H20.
Or l'acide sulfurique est un acide bibasique. On sait (p. 139} que, pour former un éther, les acides bibasiquesse décomposent avec dei(x équiv. d'alcool , en éliminant deux équiv. d'eau. On a donc pour le sulfométhol :
2CH<0 4- SH-0< = C2lieS0< + 2H20,
Cette analogie entre le sulfobenzide et le sulfométhol se trouve en outre appuyée par l'existence de l'acide sulfobenzidique et de l'acide sulfométhylique , dont la formation est entièrement semblable , car on a :
Benzène G^Iie -f SH20< = ceH^SO^ + H20. Alélliol CIJ^OH- SU-0* = CH^SO^ + IPO.
Enfin, la formation du benzène nitrique (pitrobenzide) est sou-
HYDROCARBURES. 155
mise à la même loi que celle du méthol nitrique (nitrate de méthylène) par l'acide nitrique, qui, comme on sait , est monobasique :
Benzène. C^ne + MIO^ = ceRWO^ + Il2o. Métliol. ClHO-1- NliO-» = CF13N03 + H'O-
t6. Il est assez difficile de déterminer d'une manière précise l'équivalent des hydrogènes carbonés qui ne résultent pas d'une réaction assez nette pour nous guider à cet égard. Oii déduit ordinairement cet équivalent de la densité des corps à l'état de vapeur, et l'on considère alors comme équivalent la formule qui correspond à 2 volumes de vapeur ; voilà du moins la marche qu'on a suivie pour le plus gi^and nombre des hydrogènes carbonés, l'expérience ayant prouvé qu'elle donne des résultats assez exacts. Les combinaisons de ces corps avec l'acide hydrochiorique ne peuvent pas se réaliser dans tous les cas ; sous ce rapport , d'ailleurs , on n'a pas établi de règle bien fixe , et les chimistes , par une espèce de convention tacite , choisissent tantôt l'un , tantôt l'autre procédé, suivant que le permet la nature du corps. La transformation des hydrogènes carbonés en sels coiiulés nous paraît le meilleur moyen d'en déterminer l'équivalent par l'analyse.
Lorsqu'on compare l'équivalent d'un hydrogène carboné avec son point d'ébullition , on est frappé de voir celui-ci s'élever a mesure que ré(iuivalent s'accroît; cette circonstance devient ti'ès sensible pour des corps dont les équivalents présentent entre eux de grandes différences, mais on y observe quelquefois des anomalies dont voici l'explication. Qu'on prenne deux hydrogènes carbonés renfermant Uun et l'autre le même nombre d'équivalents de carbone dans leur molécule, on verra que celui qui contient le plus d'hydrogène bouillira a la tenq)éralure la plus basse. D'un autre côté, qu'on compare de la même manière deux carbures contenant un même nombre d'équivalents d hydrogène, mais dont le carbone difière, le plus carboné aura le point d'ébullilion le plus «'li.'vé. Exemples :
F»oint dV'hiill.
Olé.'iic CC||i2 a 35" (i.rrmy).
Benzène C^ll'i à 86" ( Milsclieiiicli ).
Amilène OHl-'^ à 160» (Caliours).
Naphtalènc C'"H8 à 212» ( Liiinciit).
Oléène C^H'Z à 55» (Frémy).
Curaène C^H'^ à IZiZi" ( Cahouis et Gerhardt) ,
Rétinaphtine C'Il^ Aaphlulc'ne O^H^
108" (Pelletier et Walier).
212' (Laurent). •
Il paraît que le point (rt'bullition des hydrogènes carbonés est soumis à une loi fort simple , d'après laquelle il s'élèverait ou s'abaisserait d'un certain nombre de degrés suivant le nombre (les équivalents de carbone ou d'hydrogène renfermés dans leur équivalent.
Nous avons réuni dans les deux tableaux suivants quelques hydrogènes carbonés avec l'indication de leur point d'ébullition. D expriniC la différence entre les équivalents d'hydrogène de deux carbures, S celle qu'on a constatée entre leurs points d'ébullition ; de même D' représente la différence relative aux équivalents de carbone , et o celle des points d'ébullition pour ce second cas.
Premier cas. — • Hydrogènes carbonés renfermant dans leur molécule le même nombre d'équivalents de carbone :
HYDROCARBURES
OJ
aJ
Ce tableau fait voir ([ue de deux iiydrogènes carbonés renfermant le même nombre d'équivalents de carbone, celui qui contient n équivalents d'hydrogène de plus que l'autre entre en ébullition à une température qui est de n fois 5,7 degrés plus basse que le point d' ébullition de cet autre hydrogène carboné.
Deuxième cas. — Hydrogènes carbonés renfermant dans leur molécule le même nombre d'équivalents d'hydrogène :
HYDROCARBURES
h es fin O