‹ Précis de chimie physiologique animaleChapitre 26 sur 61 · ARG · texte numérisé non relu

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sérum d'un autre animal, et la précipitation des globules des autres animaux ne se fait pas plus rapidement dans le sérum de cheval que dans leur propre sérum. Les globules du cheval sont relativement moins riches en matières grasses que ceux d(^ autres animaux. La pré* cipitation des globules du sang extrait pendant les inflammations se fuit plus rapidement que celle des globules du sang normal ; le premier est plus riche en acide carbonique et moins riche en albumine que le second; lorsqu'il est défibriné, ses globul(» se précipi* tent aussi rapidement que lorsqu'il ne Test pas; il est à remarquer que ce sang est très riche en fibrine.

51. Le degré de coloration du sang dépend en grande partie de la configuration des globules ; il est donc déterminé par des conditions physiques. On admet que le sang paraît clair, lorsque, par 'leur contraction, les glo* bules présentent deux faoés feûssemblant à des miroirs concaves; qu'il parait au contraire plus coloré, quand les globules , gonflés par endosmose , et ressemblant à des mh*oirs convexes, diffusent davantage la lumière dans la masse du liquide: Cette manière de voir est appuyée par cette observation que toutes les substances qui agissent sur le sang en enlevant de Teau aux glo« bules et augmentant ainsi leur dépression centrale (sels alcalins, dissolutiiHi sucrée, etc.), sans exercer sur le sang aucune action décomposante , font paraître ce liquide d'un rouge clair et même d'un rouge vermillon vif; tandis que des corps tels que l'eau, l'éther, les acides organiques étendus qui gonflent les globules et les ren* dent presque sphérique«, déterminent une coloration

rouge bleuâtre foncée. Cependant la forme des surfaces diffusantes des globules ne peut avoir qu'une importance relative dans la coloration du sang ; chez les amphibies, par exemple , où les globules sont biconvexes , et ne peuvent jamais être rendus concaves, les sels alcalins et les solutions concentrées de sucre rendent le sang rouge clair.

Les sels qui colorent en rouge vermeil le sang des mammifères , des oiseaux et des amphibies sont les suivants : sulfates et nitrates de potasse et de soude , chlorure de potassium, phosphate de soude, carbonate et bicarbonate de soude, ferrocyanure de potassium, borax, iodure et sulfocyanure de potassium, sel ammoniac, sulfate de magnésie, etc.

L'épaisseur et les plis de la membrane enveloppante ne doivent pas être sans influence sur le degré de coloration du sang. Si les globules sont presque vides , la membrane sera plus épaisse ; s'ils sont gonflés, elle sera plus mince , et par suite la matière colorante intérieure apparaîtra avec sa couleur propre, d'un rouge très foncé, absolument comme une liqueur rouge-foncé paraît telle dans un verre opalin peu épais, tandis qu'elle semble rouge-clair quand ce verre a une épaisseur plus grande. C'est pourquoi toutes les substances qui font crever la membrane enveloppante ou qui la dissolvent, par exemple l'acide acétique, les alcalis, etc., feront paraître le sang rouge foncé , la matière colorante se divisant dans le sérum ou conservant sa couleur propre.

L'épaississement , les plis , les rides de la membrane enveloppante s'observent surtout très bien sur les glo*

bules des amphibies. Lorsqu'on examine au microscope le sang de ces animaux après Tavoir coloré en rougeclair par les sels mentionnés plus haut , on voit les globules tellement contractés, qu'ils ressemblent à des feuillets elliptiques chiffonnés ou à des lambeaux plissés et tachetés.

D'après certains observateurs, l'oxygène contracterait les globules, le gaz carbonique, au contraire, les dilaterait ; ils expliquent ainsi la couleur plus claire du sang artériel et la couleur plus sombre du sang veineux.

Certaines substances incolores solides, réfléchissant plus ou moins fortement la lumière, lorsqu'elles sont éparpillées entre les globules, font également paraître le sang d'un rouge plus clair. Ce cas se présente lorsque le sang renferme une quantité notable de matière grasse, ainsi qu'on l'observe chez les ivrognes ou après l'ingestion de beaucoup de graisse , ou qu'il est chargé do globules lymphatiques , comme dans les leucémies ; il offre alors une teinte rouge plus claire, absolument comme le sang normal auquel on a ajouté du lait , une émulsion d'huile ou du plâtre en poussière.

La solution rouge -foncé de l'hématocristalline , devient rouge-clair dès qu'il s'en sépare des cristaux.

Souvent, quand on examine le sang au microscope, on trouve aux globules une forme qui résulte d'une évaporation assez forte ou de l'addition des sels alcalins ; les j^obules paraissent plus isolés, aplatis, dentelés, crénelés, étoiles, ou, en général, déchiquetés. Dans le sang frais, même dans celui qu'on retire des malades, on n'observe jamais de pareilles formes. En s'aidanf de bons

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microscopes, on reconnaît que ces apparences sont dues aux nombreux plis de la membrane enveloppante.

On se tromperait si Ton voulait attribuer les divers degrés de coloration du sang uniquement à des causes physiques différentes, car certains réactifs chimiques peuvent également modifier la nuance de la matière colorante. Tels sont l'oxygène et Tacide carbonique. On n*a pas encore, il est vrai, démontré Texistence de combinaisons spéciales de cette matière colorante avec les gaz précédents ; toutefois, les faits que nous allons citer semblent autoriser à admettre l'existence de semblables combinaisons.

Le sang artériel , ou le sang saturé d'oxygène, examiné sous une faible épaisseur, parait d'un beau rouge écarlate, rouge jaunâtre clair, ou même couleur Isabelle; le sang veineux ou le sang imprégné d'acide carbonique, d'hydrogène ou d'azote, parait, au contraire, pourpre sous une faible épaisseur, vert sous une épaisseur plus petite encore; le sang veineux est donc dichroïque, le sang artériel ne l'est pas. Comme l'hématosine préparée artificiellement est monochroïque ou dichroïque selon qu'on y ajoute des acides ou des alcalis, il serait fort possible que les différences de coloration qu'on observe en faisant agir sur le sang de l'oxygène ou de l'acide carbonique, ne provinssent pas exclusivement de causes physiques.

Le sang étendu d'une quantité d'eau suffisante pour qu'on n'y aperçoive plus au microscope aucun globule, prend toujours , par l'action de l'oxygène , une couleur plus vive; par Faction de l'acide carbonique, une cou*

leur phis sombre. La dissolution rouge-foncé d'hématôcristalline subit les mêmes changements. Les mômes gaz peuvent se combiner chimiquement avec d'autres ma * tières albuminoïdes ; ea effi^t , une solution de globuline de cristallin est entièrement précipitée par Tacide carbonique; Taddition de l'oxygène redissout le précipité; par conti*e, rhématocristalline métamère traitée par Tacide acétique et les alcalis, présente le phénomène inverse ; elle est précipitée de sa dissolution par Toxygène et redissoute par Tacide acétique. D'ailleurs, nous verrons plus loin que c'est par l'effet d'une nécessité physique que l'oxygène est chimiquement absorbé par la matière même contenue dans les globules.

Après ce que nous avons dit plus haut, il est à peine nécessaire de rappeler que les acides étendus exercent aussi une acticm chimique sur la membrane envelop pante des globules ; les sels également dont l'action se manifeste d'abord par une contraction des globules et par une coloration moins intense du sang, exercent pou à peu une action décomposante sur les enveloppes, de sorte que les globules subissent non-seulement un changement de forme , mais qu'ils sont entièrement détruits après un temps plus ou moins long; d'où résulte que la couleur, primitivement rouge vif du sang, se change en une couleur rouge sombre. Les sulfates et nitrates alcalins , conservent pendant assez longtemps au sang sa couleur vermeille. Au contraire, cette couleur passe bientôt au rouge sombre, si l'on y fait agir les carbonates alcalins ou du sel ammoniac.

Les globules du sang possèdent une autre propriété

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physique : quand on filtre le sang, la majeure partie des globules traverse le papier ; ils perdent cette propriété lorsqu'on ajoute au sang des solutions concentrées de certains sels, notamment de sulfate de soude ou de nitrate de potasse. Toutefois, quelque temps après Taddition de ces sels, les globules se rassemblent en grumeaux, deviennent rouge foncé et traversent ensuite le filtre.

Si Ton fait arriver de Toxygène dans le liquide contenu dans le filtre, le passage des globules se trouve un peu retardé.

Nous avons énuméré plus haut (p. 115) les principes qui entrent dans la composition des globules, et fait connaître leurs proportions relatives.

52. La membrane enveloppante des globules qu'on a considérée à tort comme de la fibrine, forme, à l'état de pureté et quand elle est encore humide, une masse blanc grisâtre, gluante, qui fait gelée dans l'acide acétique et les alcalis étendus, et ne se dissout pas dans l'eau, chargée de salpêtre, même après une digestion longtemps prolongée à la température de 37 degrés. Elle ne contient pas de soufre , et présente , avec les acides nitrique et chlorhydrique, les caractères des corps albuminoïdes.

Si, à du sang frais, on ajoute de l'acide acétique ou des alcalis caustiques étendus, il se colore en rouge plus sombre, devient filant et gélatineux ; au microscope, on ne voit plus alors de globules. Dans ce cas, les enveloppes ne sont pas dissoutes, mais extrêmement gonflées, ce qui communique de la viscosité au sang. Si l'on y ajoute une

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dissolution saline ou de Tiode, on fait reparaître les enveloppes, mais les globules sont alors détruits.

Voici comment on peut se procurer la matière des enveloppes : Les cristaux d'hématocristalline qu'on extrait du liquide dont le caillot est imprégné, sont entremêlés de beaucoup d'enveloppes de globules ; on lave ces cristaux d'abord h l'eau alcoolisée jusqu'à ce que le nitrate d'argent ne produise plus de précipité, puis à l'eau distillée. L'hématocristalline se dissout alors, et l'on recueille ainsi la matière membraneuse qui est insoluble. On achève de la purifier par l'alcool et l'éther.

Cette matière n'offre pas toujours les mêmes caractères. Lorsqu'on ajoute de l'eau (de l'éther ou de l'acide acétique) à un sang quelconque, une partie des globules qu'il renferme, disparait tout de suite au moyen d'une très petite quantité de liquide, tandis qu'une autre partie reste sans altération même après l'addition d'un grand excès d'eau. Les globules du sang des veines hépatiques se distinguent des globules du sang de tous les autres vaisseaux en ce qu'ils ne disparaissent jamais complètement par l'addition de l'eau, et qu'ils forment un sédiment copieux au fond du vase contenant le sang ainsi étendu.

L'imperfection des méthodes empêche de déterminer exactement le rapport entre le poids des globules et celui du sérum; on peut admettre en moyenne 51,2 pour 100 de globules humides dans le sang des adultes (la proportion varie de 47,2 à 54,2); le sang de la femme, surtout durant la grossesse, est moins riche; il s'appauvrit toujours après des pertes répétées de sang ou d'autres liquides. Le sang du porc est plus riche en glo-

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bules que celui des autres animaux ; celui des amphibies en renferme fort peu.

Dans ces derniers temps, on a essayé de compter les globules; on a trouvé ainsi dans un millimètre cube de sang humain normal de 4600 000 à 5 055 000 globules.

Anciennement, on déterminait le poids des globules desséchés pour le comparer avec le poids total du sang (59). On a trouvé ainsi, en moyenne, dans le sang normal, 13 pour 100 de globules supposés secs.

L'hématosine et la globuline étaient regardées autrefois comme les éléments principaux du liquide visqueux contenu dans les globules. La globuline était considérée comme identique avec la matière albumineuse du cristallin de Toeil. Ceci n'est cependant pas exact. Pour n'indiquer qu'une seule différence entre ces deux matières, rappelons que la globuline du cristallin est précipitée de sa dissolution aqueuse par un courant d'acide carbonique, tandis qu'il n'en est pas ainsi de la matière contenue dans les globules du sang. La première n'est pas susceptible de cristalliser, tandis que le corps albuminoïde des globules, Vhématocristalline, se distingue de toutes les substances analogues par sa faculté da cristalliser. A vrai dire, cependant, rhématocristalline ne prend naissance qu'à la suite de l'action de l'oxygène, de l'acide carbonique et de la lumière sur la matière albuminoïde des globules. Il est à remarquer que ce corps, extrait du sang d'animaux différents , présente, en général , les mêmes propriétés ; cependant , il affecte des formes cristallines différentes et varie sous le rapport de la solubilité ; on a observé l'hématocristailine

SOUS la forme prismatique, tétraédrique, rhomboédrique et hexagonale. Dans les globules, humides on trouve de 18 à 26 pour 100 d'hématocristalline ; la proportion de cette substance, dans le sang total, est de 9 à 1 2 pour 1 00.

53. La substance que Ton décrit dans les traités sous le nom d*hémaiosine, n'existe pas toute formée dans le sang; elle est un produit de la transformation de la matière colorante de ce liquide. Contenue dans le sang sous forme soluble, elle ne peut être, ni séparée d'une manière complète de rhématocristalline, ni préparée à rétat soluble parfaitement pure. Si Ton consent à admettre que la matière colorante soluble qui s'attache à rhématocristalline, est identique avec Vhématosine artificielle, et contient, comme elle, 6,93 pour 100 de fer, on arrive à la conclusion que les globules du sang de l'homme adulte renferment de 16 à 17 pour 100 d'hématosine.

D'après quelques observations, il semble probable que dans toutes les circonstances où le sang renferme une quantité d'eau considérable, il y a augmentation dans la proportion d'hématosine contenue dans les globules.

Une quantité notable des matières grasses du sang se trouve dans les globules ; elle s'élève dans les globules humides de 0, 2 à 8 pour 100. Ces matières grasses consistent en margarine, oléine, margarate et oléate de potasse, cholestérine, phosphoglycérate de potasse.

Suivant quelques déterminations, les globules du sang veineux sont plus riches en matières grasses que ceux du sang artériel.

Les meilleures analyses quantitatives du sang nous

apprennent que les globules renferment, outre les principes organiques dont nous venons de parler, d'autres principes dont la nature est encore inconnue, et que Ton désigne sous le nom de matières extrociives.

Quant aux éléments inorganiques, il résulte du tableau inscrit à la page 1 1 5 que, dans les globules, les phosphates et les sels de potasse existent, en quantités bien plus considérables, que les chlorures et les sels de soude.

Les globules du sang artériel sont toujours plus riches en sels que ceux du sang veineux; ceux du sang des veines hépatiques en renferment surtout des proportions considérables.

Le fer des globules fait exclusivement partie de la composition de Thématosine.

5ft. C*est surtout dans les globules que sont renfermés les gaz dissous dans le sang : ce fait ressort d'abord de ce que le sang battu , renfermant , par conséquent, encore presque tous ses globules, possède un grand pouvoir absorbant pour les gaz, tandis que le sérum en absorbe à peine un peu plus que l'eau. Les gaz dont il s'agit sont l'oxygène, l'acide carbonique, l'azote. Le sang battu peut absorber une fois et demie son volume d'acide carbonique, et environ les 15 centièmes seulement de son volume d'oxygène. Quant à l'azote, il paraît qu'il n'est pas plus soluble dans le sang que dans l'eau.

Les combinaisons du sang avec ces divers gaz sont assez peu stables ; dans le vide, la presque totalité de ces fluides se dégage ; de plus, un gaz peut en être chassé en grande partie par un autre gaz. Les proportions d'azote

contenues dans le sang artériel et dans le sang veineux sont sensiblement les naémes; seulement le premier contient une quantité relativement plus grande d'oxygène que le second. Dans le vide, d'ailleurs, les deux espèces de sang laissent dégager des quantités considérables de gaz.

D'après quelques expériences peu nombreuses, on a trouvé que dans le sang artériel le rapport de l'oxygène à l'acide carbonique est de 6 à 16 ; dans le sang veineux, de /i à 16. Dans le sang des veaux, des bœufs et des chevaux on a trouvé en oxygène de 10 à 12,5 centièmes du volume de la masse liquide, et en azote de 1,7 à 3,3 centièmes; d'autre part, on a trouvé dans le sang artériel 66 centièmes d'acide carbonique, dans le sang veineux 78 centièmes.

Ces gaz sont, dans le sang, et notamment dans les globules, à l'état de combinaison chimique, très instable, il est vrai ; c'est ce dont il n'est plus possible de douter actuellement. Si, par exemple, l'absorption de l'oxygène était purement mécanique, le sang, c'est-àdire l'eau qu'il ccmtient, ne pourrait en retenir que 0.925 pour 100 de son volume, tandis que nous avons vu qu'il en existe de 10 à 13 pour 100. La quantité de gaz absorbé devrait être aussi proportionnelle à la pression (comme cela arrive pour l'eau et les autres liquides) ; mais il n'en est pas ainsi. Ajoutons à cela que l'hématocristalline, la substance principale des globules, est douée, à un haut degré, d'un pouvoir absorbant pour les gaz, et que le gaz qu'elle a abs«orbé peut être chassé ^ par un autre.

i30 LIQUIDES ET TISSUS DE L'ORGANISME.

Les composés instables de l'ordre de ceux dont nous parlons, ne sont pas sans exemples en chimie. Le carbonate et le phosphate de soude peuvent absorber de grandes quantités d'acide carbonique ; le gaz qui est alors entré en combinaison, peut être chassé par d'autres gaz, comme l'oxygène, ou par l'effet d'une forte dirai* nution de pression ; cette propriété, la globuline du cristallin la possède comme les sels précédents.

Que d'autres gaz puissent aussi former des combinai* sons solides définies avec divers éléments, et notamment avec le contenu des globules, combinaisons plus diffi-' ciles à détruire par d'autres gaz indifférents, cela nous parait évident ; mais, il y a plus, certains gaz auxquels on n'attribue d'ordinaire que des affinités peu énergiques, par exemple l'oxyde de carbone et divers hydrocarbures, s'unissent si intimement avec les éléments des globules du sang, qu'il devient impossible, après cette combinaison, de ramener le sang à sa constitution pri*!mitive. Ces gaz colorent le sang presque en noir, dé* truisent les globules et décomposent l'hématocristalline; du moins une dissolution pure de cette substance perd, sous leur influence, non-seulement sa propriété de cristalliser, mais encore un grand nombre d'autres propriétés.

55. Dans le sang battu on trouve souvent des espèces de grumeaux semblables à la fibrine, mais dont la nature chimique se rapproche plutôt de celle de la substance cornée ; ces grumeaux consistent en grande purtie en cellules épithéliales, provenant soit de la tunique interne des vaisseaux sanguins, soit de débris détachés

SANG. ISl

de répiderme de l'observateur et tombés accidentellement dans le sang. On les a aussi considérés comme des amas d'enveloppes de globules détruits.

Les corpuscules incolores qu'on remarque dans le sang, ont entièrement les caractères des globules de mucus et de pus; nous y reviendrons en traitant des tissus, et nous les désignerons sous le nom de corpvs^ cules cyioides. Leur nombre dans le sang est très variable, même dans l'état de santé. Il augmente beaucoup après des saignées, fréquemment répétées; il est fort considérable dans le sang des veines du foie et de la rate, ainsi que dans celui des personnes affectées de leucémie et de pyémie.

56. Parmi les éléments du sérum, la fibrine appelle immédiatement notre attention , à cause de la faculté qu'elle possède de se coaguler spontanément. Les pro*priétés de cette substance étant décrites dans tous les traités de chimie organique , nous nous occuperons ici seulement de sa coagulation dans le sang récemment extrait. Pour examiner ce phénomène au microscope, il convient de placer sur le porte-objet une goutte de sang dépouillé de globules, c'est-à-dire prise au moment où les globules commencent à s'enfoncer au-dessous du niveau du liquide, et avant qu'il se prenne en gelée. Alors on aperçoit çà et là, dans le champ, des granules isolés d'où partent bientôt des fils droits d'une extrême ténuité, et qui forment autant de rayons autour de chaque centre ; ces rayons toutefois ne constituent pas des masses étoilées et régulières, comme celles qu*on <d)serve dans une cristallisation ; les fils s'allongent grft-

duellemeiit , en passant sur les centres et en s*entrecroisant de mille manières; l'ensemble finit par présenter Taspect d'une toile d'araignée embrouillée ; ce lacis devient de plus en plus épais, en sorte qu'on n'y distingue qu'avec beaucoup de peine les corpuscules incolores qui s'y trouvent emprisonnés. Comme la fibrine, surtout celle des gouttes de sang desséchées, se présente sous forme de lamelles, plusieurs observateurs sont d'avis qu'en se coagulant, elle se sépare sous cette forme, et que son apparence fibreuse est due uniquement aux plissements des lamelles.

On ne connaît pas bien la cause qui maintient la fibrine en dissolution dans le sang pendant la circulation, et qui détermine sa coagulation en dehors de l'organisme ; il est pourtant à croire que, par Taccès de l'air atmosphérique, c'est-à-dire de l'oxygène, la fibrine éprouve une transformation qui la rend insoluble dans le liquide alcalin du sang.

La coagulation spontanée de la fibrine est retardée par la présence, dans le sang, d'une grande quantité d'acide caroonique, par l'addition de dissolutions étendues de sulfates, nitrates, chlorures, carbonates et acétates alcalins; elle est tout à fait empêchée par des dissolutions concentrées des mêmes sels.

On n'a pas encore réussi à obtenir la fibrine parfaitement pure ; cela tient à ce qu'elle retient toujours, en se coagulant, des éléments solides du sang, et en particulier des globules incolores.

La coagulation du sang normal ou malade présente diverses modifications ; le temps au bout duquel elle

commence ou s'achève, est assez variable. Des circonstances très multiples peuvent influer sur sa durée. On accélère la séparation de la fibrine en agitant vivement le sang ; TafiQuence de Tair ou de Toxygène produit le même résultat ; c'est pourquoi le sang se coagule plus rapidement dans un vase large que dans un vase étroit, lorsqu'il sort goutte à goutte de la veine que lorsqu'il s'en écoule en jet unique. L'acide carbonique retarde la coagulation; de là vient que dans les cyanoses et les inflammations le sang se coagule très lentement. Le sang aqueux se coagule plus rapidement ; mais le mélange d'une très grande quantité d'eau retarde le phénomène. Ce dernier cas se présente, en général, chez les femmes, surtout dans l'anémie ; leur sang se coagule bien plus lentement que celui des hommes ou des personnes bien portantes. On ne sait encore qu'imparfaitement jusqu'à quel point les sels cités plus haut, influent sur la durée de la coagulation du sang malade.

L'addition d'une dissolution d'albumine, de caséine ou de sucre, retarde également la coagulation du sang.

On n'a pas éclairci davantage l'influence ^e la température; on sait seulement que lorsque le sang vient à se congeler, il se coagule après le dégel, absolument comme s'il n'avait pas été solidifié. La quantité de fibrine contenue dans le sang paraît être saris influence sur le phénomène.

On ignore pour quelle raison le sang ne se coagule pas dans les cadavres des personnes frappées de la foudre, de celles qui sont mortes par strangulation, par asphyxie, ou qui ont succombé à des poisons narcoti-

iZk LIQUIDES ET TISSUS DE L'ORGANISME.

ques, tandis qu'il se fige très rapidement dans le cadavre des pestiférés ou de ceux qui ont été mordus par les -vipères.

La consistance du caillot est aussi très variée. Les différences ne doivent pas être attribuées à des modifications chimiques dans la nature delà fibrine; elles dé* pendent de quelques causes mécaniques, notamment du rapport entre la niasse des globules et celle de la fibrine. Si, en effet, le nombre des globules est peu considérable par rapport, à la quantité de fibrine, celle-ci forme, en se contractant, une masse plus dense; si la quantité des globules remporte, il se forme un coagulum moins épais. De là résulte que la partie inférieure du caillot est plus molle , la partie supérieure plus épaissa Le caillot, dans la chlorose, est petit et ferme ; dans la pléthore, au contraire, il est mou et volumineux. La présence d'une grande quantité d'eau dans le sang détermine la formation d'un caillot toujours mou, d'apparence gélatineuse; on s'en assure en observant, soit du sang préalablement additionné d'une certaine quantité d'eau, soit du sang d'individus affectés d'hydrémie. L'acide carbonique et les sels dont la présence retarde la coagulation, commu-* niquent au caillot une consistance plus molle. Dans le sang vermeil chargé d'oxygène, il se produit un coagulum dense et élastique; dans le sang chargé d'acide carbonique (cyanose, asphyxie), le coagulum est mou et gélatineux.

La forme du caillot dépend, sans doute, de celle du vase où la coagulation s'est produite ; cependant d'au* très circonstances peuvent encore la modifier. En effet.

la contraction du caillot est souvent plus prononcée vers la surface supérieure de la masse que vers le milieu ou vers le fond ; on trouve alors à la partie supérieure une couche plus ou moins épaisse de fibrine très dense (couenne fibrineuse ou inflammatoire); la surface se creuse au centre en forme de capsule, les bords se relèvent. Le contraire se présente lorsque, indépendam* ment du caillot, il s'est formé dans le sang un sédiment composé de globules colorés. Ces phénomènes dépendent du rapport qui existe entre le temps que la coagulation met à se produire, et celui au bout duquel se fait la précipitation des globules. Si ces derniers se précipitent au-dessous de la surface libre avant que la fibrine ait commencé à se séparer, la partie supérieure du caillot ne contiendra pas de globules rouges, elle paraîtra d'un blanc grisâtre, et se contractera plus fortetement que la partie inférieure qui contient des globules ; de là résulte la dépression centrale et la saillie des bords. Si, au contraire, la coagulation de la fibrine se fait rapidement, et si les globules n'ont qu'une faible tendance à se précipiter, s'ils ne s'empilent pas les uns sur les autres, ils seront en partie expulsés du caillot pendant la contraction de la fibrine, et iront former au fond du vase le sédiment rouge dont nous avons parlé.

La production d'une couenne est favorisée, lorsqu'aux circonstances mentionnées plus haut, il s'ajoute quelques conditions secondaires, par exemple, une certaine forme du vase dans lequel s'accomplit le phénomène. Dans un vase élevé, étroit, il se forme souvent une couenne avec du sang qui n'en produirait point, s'il était renfermé

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dans un vase large et plat. De plus, le nombre des globules n'est pas sans influence ; le sang qui en renferme peu (celui des femmes enceintes, des chlorotiques, celui qu'on retire d'une seconde ou d'une troisième saignée), forme bien plus facilement une couenne inflammatoire que celui qui renferme beaucoup de globules (celui des pléthoriques par exemple). La présence d'une grande quantité de fibrine a, sans contredit, une certaine influence sur la formation de la couenne, mais cette cause est tout à fait secondaire.

Le sang extrait pendant les maladies inflammatoires forme très ordinairement une couenne. Le sang veineux des chevaux bien portants en produit une constamment ; celle qui résulte de la coagulation du sang artériel est moins épaisse.

La quantité de fibrine, danslo sang normal de l'homme, varie très peu et seulement autour de 0,3 pour 100. On observe constamçient une augmentation de cette quantité, qui peut alors être portée jusqu'à 1,3 pour 100, dans toutes les inflammations accompagnées de fièvre ; elle est la plus grande possible dans les rhumatismes articulaires aigus ; on ne connaît aucune maladie dans laquelle on observe, d'une manière constante, une diminution notable dans la quantité de fibrine. Le sang artériel contient ordinairement un peu plus de fibrine que le sang veineux ; celui de la veine porte en renferme moins ; celui de la veine de la rate en renferme très peu ; enfin, il n'en existe pas du tout dans le sang des veines hépatiques.

Le sérum séparé du caillot contient parfois, notamment

dans certaines maladies, des particules indissoutes, en suspension, qui lui donnent un aspect laiteux ou du moins opalin ; ces particules consistent surtout eu corpuscules de matières grasses, ou en granules d'albumine coagulée, peu riche en sels, ou en globules sanguins incolores.

. 57. La quantité à*€au contenue dans le sérum est, en général, proportionnelle à la quantité d'eau du sang total ou des globules en particulier; lorsque le sérum contient beaucoup d'eau, le nombre des globules diminue ordinairement, d'où résulte aussi que le résidu solide du sang total est presque toujours beaucoup moindre dans de pareilles circonstances. D'autre part, il résulte cette loi physique que l'augmentation de la proportion d'eau du sérum entraîne l'augmentation de la quantité d'eau des globules.

Le sérum de l'homme adulte renferme environ 90,5 pour-iOO d'eau; celui de la femme, notamment dans la grossesse, en contient d'ordinaire un peu plus.

Toutes les conditions extérieures ou intérieures qui sont liées à une perte considérable de liquides, entraînent un appauvrissement du sang en éléments solides, et augmentent, au contraire, la proportion d'eau qu'il renferme ; le même phénomène se produit sans doute par «une privation de nourriture ou par un trouble dans l'aUmentation ; il s'ensuit que le sang devient plus aqueux dans la plupart des maladies, à l'exception de la première période du typhus, de la rougeole, de la fièvre scarlatine, du choléra.

Le sérum du sang artériel est moins aqueux que celui

du sang veineux ; le sang de la veine porte renferme surtout beaucoup d'eau ; toutefois le sang des veines hépatiques contient moins d'eau que celui des artères.

Le sang des amphibies renferme plus d'eau que celui des oiseaux, moins que celui des mammifères.

58. L'élément principal du sérum, c'est V albumine. C'est aux dépens de cette substance que prennent naissance toutes les autres matières albuminoïdes, peut-être môme tous les tissus azotés dans les transmutations de l'organisme. Les proportions d'albumine contenues dans le sang normal varient entre 6, 3 et 7,0 pour 100 (dans le sérum normal, entre 7,9 et 9,8 pour 100). Dans la plupart de^ maladies elles éprouvent une diminution plus ou moins considérable ; une augmentation n'a été observée que dans les fièvres intermittentes et pendant le choléra. Pendant la digestion, ces proportions augmentent d'une manière sensible.

Le sérum du sang artériel contient moins d'albumine que celui du sang veineux; celui de la veine porte en renferme, moins encore, tandis qu'il en existe une très gi'ande quantité dans le sang des veines hépatiques.

Le sang humain renferme, en moyenne, plus d'albumine que c^lui de la plupart des mammifères.

Il est permis de douter encore, d'après les expériences faites jusqu'ici, que la caséine soit un élément constanfr du sang normal. Il est vrai que l'on trouve dans le sérum une substance qui a beaucoup d'analogie avec la caséine, et que l'on a nommée pour cette raison caséine du sérum. Cependant, on peut tout aussi bien la considérer comme de l'albumine pauvre en alcalis et en sels.

Cette caséine du sàrum, suivant quelques observateurs, serait surtout abondante dans le sérum des femmes en* ceintes et dans celui des vaisseaux placentaires.

Les matihret grasses du sérum renferment moins de stéarine, de margarine et d'oléine que d'acides stéarique, margariqueet oléique et de cholestérine; ce que l'on nommait autrefois séroline^ est un mélange des parties cristallisables de ces matières grasses. Dans l'extrait éthéré du sérum prédominent surtout les matières grasses cristallisables, tandis que celui des globules estplushuileux et coloré en jaune. Les matières phosphorées solublés dans Téther, qui se trouvent dans les globules, manquent dans le sérum. La quantité des matières grasses, contenues dans le sérum, est assez variable; toutefois, à ce sujet, on ne possède aucune détermination exacte. Pendant la digestion, le sang se charge toujours d'une plus grande quantité de ces matières. Dans les maladies, les matières grasses ordinaires paraissent diminuer ; la cholestérine, au contraire, semble augmenter. Le sérum des femmes est, en moyenne, plus chargé de matières grasses que celui des hommes. Le sang artériel en contient moins que le sang veineux ; celui de la veine porte est le plus riche de tous.

Le glucose (sucre mamelonné) est encore un élément constant du sérum. Toutefois, dans les conditions normales, il n'y entre qu'en faible quantité. Dans le sang de boeuf, par exemple, on n'en a trouvé que 0,0007 pour 100. Après l'ingestion d'aliments féculents ou sucrés, les pro* portions du glucose peuvent augmenter beaucoup et atteindre 0,5 pour 100, Pourtant, chez les diabétiques

dont le sang contient toujours beaucoup de glucose, on n'en trouve rarement plus de 0,05 pour 100. Le sang de la veine-porte ne renferme que des traces de glucose, tandis que celui des veines hépatiques en est très chargé.

L'urée doit être comprise aussi parmi les éléments normaux du sang; elle y est cependant si peu abondante qu'il a été impossible, jusqu'ici, d'en faire un dosage exact.

On a également trouvé , d'une manière constante , Yacide hippurique^ la créatine et la créatinine.

Il est vraisemblable que le sérum renferme une matière colorante propre jaune ; mais l'existence n'en a pas été démontrée avec certitude.

La matière colorante et les acides de la bile se rencontrent souvent dans lé sang de certains malades, de ceux même dont le foie ne parait être le siège d'aucune affection ; on n'a pas encore trouvé ces matières dans le sang normal.

Lhypoxanthine n'existe qu'en très faible quantité dans le sang ; elle est plus abondante dans le sang de la rate, et dans tout le sang des malades affectés de leucémie.

La présence de Vacide urique n'a été établie, d'une manière certaine, que dans quelques maladies (concrétions arthritiques).

La gélatine^ proprement dite, n'a été observée que dans la leucémie.

Les acides formique^ acétiquCy lactique^ sont sans doute contenus, en petites quantités, dans le sang (puisque les deux premiers existent si abondamment dans la sueur, le dernier dans les muscles) ; cependant, on n'a pu en-

SANG. ik\

core en constater la présence que dans le sang de la veine splénique et dans celui des individus affectés de leucémie.

Le sang de la plupart des animaux dégage une odeur particulière à chaque espèce, lorsqu'on le soumet à Tinfluence de la chaleur, et notamment lorsqu'on le mélange avec une fois et demie son volume d*acide sblfurique. L'odeur qui s'exhale du sang de chèvre, de brebis, de chat, est des plus caractéristiques. La nature des matières odorantes qui se dégagent ainsi, est inconnue; elles appartiennent sans doute à la classe des acides gras volatils.

Parmi les principes minéraux du sérum, le chlorure de sodium surtout est abondant (les cendres en renferment moyennement 61 pour 100) ; vient ensuite le carbonate de soude (28,9 pour 100) ; la proportion de chlorure de potassium , contenue dans les cendres , est assez valiable (en moyenne, environ h pour 100) ; il en est de même du phosphate de soude (environ 3 pour 100); la quantité du sulfate de potasse dépend surtout du mode d'incinération.

La proportion des sels renfermés dans le sérum est en moyenne de 0,85 pour 100. Le sérum d'homme renferme une quantité plus considérable de matières salines que le sérum de femme ; celui des adultes, une proportion plus forte que celui des enfants. Dans les inflammations vives, on a observé une grande diminution des sels; dans le choléra, une diminution plus grande encore ; au contraire, dans les exanthèmes aigus, dans le typhus, la dysenterie, la maladie de Bright, et, en gé-

iU2 LIQUIDES ET TISSUS DE L'oUGAMSUE.

néral, dans les hydropisies et l'hydrémie, la proportion des sels s'est trouvée beaucoup augmentée.

Le sang artériel est un peu plus riche en sels que le sang veineux ; mais celui de la veine porte en contient encore plus que celui des artères. Après des saignées répétées, le sérum des dernières portions de sang' renferme plus de sels que celui des premières.

Le carbonate d'ammoniaque ne se trouve, dans le sang» que dans des maladies graves, notamment pendant cet ensemble de symptômes auquel on a donné le nom A' urémie; on le trouve par conséquent aussi dans le sang des cholériques.

On n*a encore trouvé Y acide silicique que dans le sang des poules.

50. Les procédés en usage pour l'analyse du sang n'offrent guère de précision. Dans l'examen du sang, il importe surtout de séparer d'abord les globules du liquide dont ils sont imprégnés ; or cette séparation ne réussit ni par la fitration ni par un autre moyen mécanique 11 a donc fallu avoir recours à des déterminations indirectes. Comme le caillot renferme ordinairement tous les globules, tandis que le sérum s'en sépare en plus grande partie à l'état de pureté, on a été conduit à analyser à part chacune de ces deux parties, et à attribuer au sérum toute l'eau trouvée dans le caillot. L'eau emprisonnée dans le caillot ne pouvant pas être déterminée directement , on a également considéré comme du sérum le liquide imprégnant les globules. Ainsi, après avoir déduit du résidu du caillot les éléments solides en dissolution dans l'eau (celle-ci étant supposée faire partie

du sérum), ainsi que la fibrine, on a envisagé le chiffre restant comme représentant le poids des parties solides des globules. Voilà la marche autrefois suivie et qui a donné en moyenne, comme nous Tavons déjà dit, de 12, 5 à 13, pour 100 de globules supposés secs, pour le sang normal. Outre que cette méthode est fausse en principe, parce que les globules ne renferment et ne peuvent pas renfermer, dans leur intérieur, de véritable sérum, il est à remarquer que les écarts des résultats analytiques sont si considérables, qu'il est tout à fait impossible de les comparer ; car, à égale richesse en globules, le caillot retient, tantôt plus, tantôt moins de se-, rum, de sorte qu'en suivant la marche précédente, on retranche du résidu solide un chiffre tout à fait incertain, qui n'est dans aucun rapport constant avec la quantité des parties solides contenues dans les globules. On a cherché à perfectionner cette méthode de bien des manières; mais, quoi qu'on fasse, elle n'en restera pas moins très défectueuse, puisqu'elle repose sur un principe erroné.

Les globules, traversant plus difficilement le filtre si le sang a été préalablement mêlé de sulfate de soude ou de nitrate de potasse, ou a cru pouvoir déterminer la proportion du résidu solide des globules en ajoutant au sang une dissolution saturée du premier sel (1 vol. de sang pour 8 vol. de dissolution saline). Mais on réussit rarement à séparer ainsi les globules par le filtre sans qu'ils le traversent en partie , et même les sels indiqués n'effectuent pas la séparation des globules dans le sang de divers animaux et de certains malades. D'ailleurs »

\hk LIQUIDES ET TISSUS DE L'ORGAMSME.

en employant ]es solutions salines , on ne détermine , à proprement parler, que les parties coagulables des globules (car les globules imprégnés de la liqueur saline ne peuvent être séparés du sel que par la dissolution et la coagulation), tandis qu'on perd tous les sels et les parties non coagulables, propres aux globules.

Plus récemment on a tenté, par des méthodes indirectes, de déterminer approximativement la quantité et la composition des globules.

Lorsque Ton compare entre elles les analyses du caillot et du sérum du même sang, on remarque que le résidu solide du caillot renferme toujours plus de sels de potasse et de phosphates que de sels de soude et de chlorures, tandis que le sérum renferme à lui seul la presque totalité de ces derniers sels. On peut donc admettre que, dans le caillot, il existe une quantité de sérum correspondante à la soude ou au chlore , et calculer d'après cela les éléments faisant partie des globules. Toutefois comme , suivant toute probabilité , les globules ne sont pas tout à fait exempts de soude et de chlore , le calcul ne doit pas s'appuyer uniquement sur un point, sans devenir par trop hasardé.

On a encore cherché à déterminer par des procédés micrométriques , d'une part la quantité d'eau contenue dans le sang , et de l'autre le volume du sérum emprisonné dans le caillot. On a trouvé ainsi qu'en se desséchant sous le microscope un globule perd des 68 aux 69 centièmes de son volume, et contient par conséquent (le 32 à 31 pour 100 d'éléments solides ; on a également trouvé que dans 100 volumes de caillot le plus contracté

possible, il y a encore 20 volumes environ de sérum emprisonné; les | du volume du caillot proviendraient donc des globules.

Les personnes familiarisées avec les déterminations roicroméiriques ne méconnaîtront pas les incertitudes qui s'attachent à une semblable méthode. Cependant si Ton réunit les résultats obtenus par les trois procédés , on peut au moins trouver d'une manière approchée la valeur du sérum emprisonné dans le caillot. On a reconnu , par un semblable calcul , que dans Tanalyse immédiate du sang on peut employer la première méthode , et que le nombre qu'elle fournit pour le poids des globules supposés secs, n'a qu'à être multiplié par 6 pour donner, au moins approximativement, le poids des globules humides , et servir ainsi à la détermination du poids du sérum contenu dans le caillot. La connaissance de ce poids permet de calculer la somme des éléments appartenant aux globules.

On a essayé, dans ces derniers temps, d'analyser le sang, en comptant aussi exactement que possible le nombre des globules contenus dans des volumes déterminés de sang frais et de sang additionné d'une quantité connue de sérum, et en déterminant d'une manière comparative la composition des deux liquides. On comprend que si l'on pouvait ajouter au sang une substance soluble qui ne pût se dissoudre que dans le sérum sans pénétrer par endosmose dans l'intérieur des globules, cm aurait là le moyen le plus simple et le plus sûr pour déterminer la quantité de sérum emprisonnée dans le caillot. Il suffirait, en efifet, après avoir noté le poids de

la substance ajoutée, de déterminer d'une part la quantité de cette substance renfermée dans le caillot, et de l'autre , celle qui se trouverait dans le sérum libre ; on saurait ainsi combien le caillot retiendrait encore de sérum. Après déduction de cette dernière quantité et du poids de la fibrine , on aurait le poids des globules humides. On a cru quelquefois avoir trouvé des substances de cette espèce; mais jusqu'ici on ne connaît encore aucune matière par laquelle la membrane des globules ne puisse être traversée, et selon toute apparence il n'en existe aucune qui empêche absolument les courants d'endosmose entre le contenu des cellules et le liquide intercellulaire.

Quant à la détermination des autres éléments du sang, nous rappellerons seulement que la matière que l'on obtient , soit en battant le sang , soit en lavant le caillot très divisé, n'est point de la fibrine pure ; qu'elle retient toujours des corpuscules incolores et des débris d'enveloppes des globules colorés ; que l'albumine du sérum alcalin ne peut jamais être déterminée très exactement si l'on n'a pas soin de neutraliser ou tout au moins d'aciduler faiblement au préalable le liquide par de l'acide acétique étendu.

60. Voici des faits assez bien établis, concernant la constitution particulière du sang, suivant les conditions physiologiques où il se trouve placé.

Diversvé des sexes. Le sang de la femme est un peu moins iX)Uge que celui de l'homme; sa densité est moindre; traité par l'acide sulfurique, il développe une odeur de sueur moins prononcée; il est plus aqueux,

SANG. \kl

et moins riche en globules ; contenant plus de sérum , il renferme par suite aussi plus d*albumine et de matières grasses solides. Enfin le sérum de la femme renferme une quantité de sels moindre que celui de l'homme, tandis que dans la totalité du sang on trouve plus desels chez l'homme que chez la femme.

G7'ossesse, Le sang est plus fortement coloré ; sa densité est moins considérable, puisque la proportion d'eau qu'il contient a augmenté , tandis que celle des globules est devenue moindre. La fibrine n'éprouve qu'une augmentation relative; d'où résulte un caillot plus petit recouvert d'une couche de fibrine; le sérum contient moins d'albumine , et une quantité plus considérable de cette substance que nous avons nommée caséine du sérum.

Age, Le sang des enfants contient beaucoup de principes solides, notamment de globules; il renferme moins de fibrine et de sels, plus de matières extractives que celui des adultes. Dans la vieillesse, le sang s'appauvrit en principes solides; il perd surtout des globules et de l'albumine. On prétend que la quantité de cholestérine qu'il coi^Jient augmente avec l'âge.

Digestion, Pendant que cette fonction s'accomplit, la proportion des principes solides , et notamment des globules incolores, va en augmentant; la fibrine se coagule moins rapidement. Le sang est plus riche en matières grasses, qui donnent quelquefois au sérum une apparence trouble. Les quantités de globules, d'albumine , de matières grasses et de sels augmentent d'ailleurs dans la même proportion.

Inanition , insuffisance de nourriture , perte abondante de liquides. Ces diverses influences produisent sur la composition du sang des efiTets assez semblables : les globules diminuent peu à peu ; le sérum devient plus aqueux , moins riche en albumine et autres principes organiques ; il acquiert, par contre, de nouvelles quantités de sels. De nombreuses expériences ont établi que les pertes d'albumine qu'éprouve le sang sont compensées par l'accroissement du chiffre des matières salines.

Parmi les mammifères^ ce sont les omnivores dont le sang contient le plus de globules, partant, le plus de fer et de phosphates. Le sang de ces animaux contient aussi plus de fibrine, ainsi qu'une plus grande quantité des principes solides que l'on rencontre dans le sérum, mais les sels y sont moins abondants que dans le sang des autres mammifères. Celui des carnivores renferme plus de globules et de matières grasses que celui des herbivores.

Le sang des oiseaux est aussi riche en globules que celui des omnivores, et contient plus de fibrine et de matières grasses, par contre moins d'albumine que celui des mammifères. Celui des animaux à sajig froid renferme moins de globules et plus d'eau que celui des autres vertébrés.

61 . Le sang, selon qu'il est extrait de tel ou tel vaisseau^ présente les différences suivantes : les globules rouges du sang artériel renferment moins d'éléments solides, notamment de matières grasses, que ceux du sang veineux, mais ils contiennent des quantités relativement plus grandes d'hématosine et de sels. Le sérum

artériel est plus riche en fibrine et en eau que le sérum veineux; il contient une quantité relativement moindre d'albumine et absolument moindre de matières grasses et extractives.

Le sang de la veine porte renferme moins de globules et de principes solides que celui des veines jugulaires. Les globules du sang de la première, vus au microscope, paraissent souvent tachetés, déchirés et dentelés ; ils renferment plus d'hématosine, moins d'hématocristalUne et deux fois autant de matières grasses que ceux du sang des veines jugulaires. Le sang de la veine porte contient moins de fibrine , mais cette substance retient plus do matières grasses ; le sérum est bien moins riche en albumine, mais il renferme plus de matières grasses, de matières extractives et de sels. Il ne contient que des traces de sucre.

Le sang des veines hépatiques contient beaucoup plus de principes solides que celui de tout autre vaisseau ; il est très riche en globules incolores et en globules colorés. Ces derniers s'altèrent peu sous l'influence de l'eau ; ils contiennent moins d'hématosine, de matières grasses et de sels; le sérum est dépourvu de fibrine ; il renferme moins d'albumine et de sels, et bien moins de matières grasses que celui de tout autre vaisseau. Au contraire, il renferme tant de matières extractives, et une quantité d'eau relativement si petite, que la totalité de ses principes solides est plus grande que celle du sang de toute autre provenance. Ce sang se distingue encore par une très grande richesse en sucre.

Le sang de la veine splénique est ordinairement un peu

150 LIQUIDES ET TISSUS DE l'ORGANISMK.

plus aqueux que celui des veines jugulaires. Il contient beaucoup de globules incolores très diffërents par leur diiBension et leur forme ; il renferme très peu de fibrine ; il se distingue surtout par la présence de la Hénine, de rhypoxanthine , de deux matières colorantes contenant du fer, des acides acétique , formique et lactique , et du fer tenu en dissolution dans le sérum.

Le sang de la metish^uation ne contient point de fibrine, et une quantité relativement faible de principes solides (16 pour 100).

Celui des vaisseaux placentaires contient peu de fibrine et de caséine, mais une proportion considérable de ca • sé'me du sérum.

62. Les maladies inflammatoires sont celles qui déterminent de la manière la plus constante une augmentation plus ou moins grande du chiffre de la fibrine; ce chiffre augmente avec l'intensité et la durée de Tinflammation ; le nombre des globules diminue peu d'ordinaire; Talbumine diminue surtout lorsqu'il survient des exsudations considérables; la proportion des sels demeure sensiblement constante ; les matières grasses, notamment la cholestérine, augmentent un peu.

Dans les exanthèmes aigus^ les globules deviennent moins abondants, le sérum devient plus dense, et la quantité des sels qu'il renferme éprouve un accroissement plus considérable que celle des principes organiques.

Dans l'état de pléthore^ le nombre des globules augmente, la fibrine demeure constante, l'albumine devient un tant soit peu plus abondante que dans l'état normal.

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