‹ Précis de chimie physiologique animaleChapitre 25 sur 61 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

UftUIDES ET nSSUS DE L'DKOAIVISHE.

lil. Nous avons indiqué, dans Tlntroduction, la manière dont nous entendons traiter cette partie de la chimie physiologique. L'étude en présente de nombreuses exigences auxquelles il est souvent difficile de satisfaire complètement ; aussi nos connaissances relatives aux liquides et aux tissus offi*ent encore plus de lacunes qu'on n'en rencontre dans l'histoire des prin^ cipes qui entrent dans leur composition ; en effet , il est extrêmement difficile de se procurer, dans un état de pureté suffisante, les matériaux destinés h celte étude, et môme pour certains liquides , comme pour le suc intestinal , on n'a pas encore pu y parvenir.

L'analyse, d'ailleurs, rencontre ici des obstacles plus difficiles à surmonter que partout ailleurs. La plupart des composés albuminoïdes contenus dans les liquides de l'organisme sont trop peu connus pour pouvoir ôlro nettement distingués et séparés. Souvent certaines substances dont la connaissance donnerait la clef du rôle physiologique d'un liquide , y sont renfermées en pro* portions trop faibles pour se prêter à des recherches exactes.

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Ajoutons à cela que les principes minéraux des liquides et des tissus ne sont aussi qu'imparfaitement étudiés (^3). Enfin , toutes ces dirficultés se compliquent souvent de cette circonstance que certains liquides tiennent en sus-> pension des particules solides , qu'on ne parvient à enlever par aucun procédé mécanique , et qui s'opposent ainsi à la purification des matériaux soumis à Texamen. Aussi les analyses quantitatives des liquides ne peuvent prétendre à un certain degré d'exactitude relative que si elles sont contrôlées par différentes méthodes d'investigation.

Cette imperfection de nos connaissances est naturellement cause qu'il est souvent difficile de préciser le rôle physiologique d'un liquide, c'est-à-dire de déterminer son origine, ses usages, ses transformations. Sans doute l'appréciation numérique de ses parties constituantes fournit toujours des données qui permettent h ce sujet de limiter les hypothèses , et qui jettent quelque lumière sur la partie mécanique des transmutations de l'organisme ; mais elles ne suffisent pas pour asseoir sur une base solide la théorie des transformations chimiques qui s'accomplissent dans l'économie animale, et pour l'interprétation desquelles on est encore obligé de se contenter d'hypothèses plus ou moins rationnelles.

, Sanff.

liS. Le sang est le liquide qui circule dans le corps des animaux supérieurs; il est contenu dans des vaisseaux à parois plus ou moins élastiques , et mis en mouvement à l'aide d'appareils particuliers.

Ses propriétés physiques sont les suivantes : il est liquide, sensiblement plus pesant que Feau (densité moyenne de 1,055), d'une couleur rouge-cerise claire (le sang artériel est toujours d'un rouge plus vif, le sang yeineux d'une nuance plus foncée), très peu transparent. Dès qu'il est soustrait à la circulation , il devient visqueux , d'une consistance gélatineuse (il se coagule) et finit par se séparer en deux parties , savoir : en une masse solide épaifse, ordinairement rouge-foncé (le caillot ou cruor) et en un liquide assez clair, légèrement coloré en jaune (le sérum).

Le poids spécifique du sang humain varie, selon les conditions physiologiques, de 1 ,0^5 à 1 ,075; il est moindre chez les femmes que chez les hommes ; il est également moindre chez les enfants que chez les adultes ; il diminue pendant la grossesse.

Sa chaleur spécifique augmente avec sa densité.

La coagulation du sang présente trois temps : deux à cinq minutes après son extraction, il devient visqueux et prend à peu près la consistance d'une gelée; ce phénomène commence par la surface et s'étend ensuite de haut en bas ; puis il se produit à la surface une couche liquide incolore ou légèrement jaunâtre, qui augmente à mesure que la masse rouge gélatineuse diminue de volume et devient plus dense; après douze à quarante heures, le caillot cesse de se contracter et Va production du sérum semble s'arrêter. Ordinairement le caillot présente alors en petit la forme du vase dans lequel le sang s'est coagulé. Sa partie inférieure présente une couleur rouge plus foncée que le sang primitif, sa partie supérieure, au

contraire, une couleur plus claire. Le sang de l*homnie se coagule plus lentement que celui de la femme , et le caillot qui s'en sépare se contracte d'ordinaire plus fortement. Le sang artériel se fige plus rapidement que le sang veineux. La coagulation est hâtée par l'accès do l'air. Lorsqu'on agite ou qu'on bat du sang récemment extrait, il ne se foime pas un coagulum unique, mais bien un certain nombre de petits flocons ou de grumeaux plus ou moins colorés en rouge.

Ii9. Lorsqu'on examine le sang au microscope , on y découvre, outre un liquide (sérum) qui tient en dissolution diverses substances, des parties solides indissoutes, ayant une forme propre; le liquide est incolore et la plupart des corpuscules en suspension sont colorés.

Les corpuscules colorés ou globules du sang (fig. 17), dont

le poids surpasse de Fig. 17. Globules du sang,

beaucoup celui des

parties solides incolores, forment, chez l'homme, des disques circulaires épais, légèrement biconcaves, formés d'une enveloppe membraneuse incolore, laquelle renferme un liquide visqueux rouge, qui paraît jaune par transparence, et dans lequel on aperçoit parfois un ou plusieurs granules amorphes.

114 LIQDIDKS ET TISSUS DE L*ORGâNISME.

Les globules de la plupart des mammifères présentent généralement aussi la forme de disques circulaires ; toutefois ceux du chameau, du dromadaire, du lama sont elliptiques et biconvexes. Les oiseaux ont des globules ovales allongés, renflés vers le centre, amincis sur les bords; les globules des amphibies sont ovales et fort convexes.

Le diamètre des globules de Thommeest en moyenne de 0"'", 0075; chez Tembryon, ce diamètre est un peu plus grand qu'après la naissance. Chez la plupart des mammifères , il est un peu moindre que chez Thomme ; dans les amphibies, il est beaucoup plus grand (il atteint jusqu'à 0'»'»,0316).

A côté des globules colorés, on trouve toujours des globules incolores (globules de la lymphe), de forme plus sensiblement sphérique, d'un diamètre plus considérable (0'""»,01 1 3), et présentant des granulations à leur surface ; ils renferment un ou pi usieurs noyaux arrondis, ovales ou réniformes ; ils sont plus légers que les corpuscules colorés, et demeurent, pour cette raison, en partie suspendus dans le sérum, ou se rassemblent de préférence dans les couches supérieures du cruor. Pour 400 globules colorés, on trouve environ 1 globule incolore dans le sang normal.

Outre les corpuscules dont nous venons de parler, on rencontre dans le sang liquide d'autres particules microscopiques, telles que des gouttelettes de graisse, et quelquefois de ral*es cellules épithéliales.

Le sang doit la propriété de se coaguler à la fibrine qu'il contient. Le caillot se compose de la fibrine qui , en se

coagulant, emprisonne les globules et les autres matières solides ; il est toujours fortement imprégné de sérum.

Le caillot, en se contractant, expulse peu à peu le sérum qu'il retenait; celui-ci présente une composition constante pendant toute la durée de la contraction; son poids spécifique diffère toujours fort peu de 1,028.

Il va sans dire que les globules et la matière visqueuse qu'ils contiennent ont une composition différente de celle du sérum ; toutefois , à cause de la facile diffusion de certains éléments du sang, on devrait s'attendre à trouver ceux-ci à peu près uniformément répandus dans le contenu des globules et dans le sérum. Il n'en est pourtant pas ainsi.

Pour le faire ressortir clairement , comparons entre eux les résultats tirés des meilleures analyses des deux matières :

1000 parties Je globule» renrermcnt: 1000 puities de téram renrermont:

Eau 688.0000 902,90

Principes solides ... . 312,0000 97,10

Densité 1,0885 1,025

Hématosine 16,75 Fibrine 4,05

Hématocristalline.... 241,07 Albamine 78,81

Membrane cellulaire. 41,415

Corps gras 2,31 1,72

Matières extractives . . 2,60 3,94

Substances minérales

(sanslefer) 8,12 8,55

Chlore 1,688 3,644

Acide sulfurique ... . 0,066 0,115

— phosphorique. . 1,134 0,19!

Potassium 3,328 0,323

Sodium 1,052 3,341

Oxygène 0,667 0,403

Phosphate de chaux. . 0,114 0,311

— magnésie. 0,073 0,22^

116 LIQUIDES ET TISSUS DE l'ORGANISME.

50. Les propriétés physiques des globules du sang ne sont pas sans influence sur les modifications que le sang éprouve dans certaines conditions physiologiques et pathologiques. Pour apprécier ces modifications, il faut toujours se rappeler que les globules sont des ulricules qui ne sont jamais remplies du liquide rouge visqueux au point d'être tendues, et que, notamment pendant la circulation , il s'opère toujours des échanges par voie d'endosmose entre ce liquide et le sérum, par suite desquels les cellules se tendent et se distendent plus ou moins; il faut aussi considérer que le poids spécifique des globules varie selon qu'une quantité plus ou moins considérable de liquide y a pénétré. Ce sont surtout ces différences dans leur densité qui expliquent pourquoi ces corpuscules ne se précipitent pas avec la même facilité. Lorsqu'on examine divers échantillons de sang, on remarque en effet que les globules colorés ont à des degrés fort différents la propriété de se rassembler à quelque distance au-dessous de la surface libre, et qu'à partir de cette surface il se forme une couche liquide incolore , plus ou moins épaisse , dans laquelle les globules manquent absolument.

Le poids spécifique des globules augmente lorsque , par l'endosmose, ils perdent relativement plus d'eau que le liquide qui les environne ; il diminue , au contraire, lorsque le sérum étant devenu plus aqueux , une quantité d'eau plus considérable pénètre dans l'intérieur des globules. La perte d'eau peut être causée soit par l'évaporation , soit par l'addition de petites quantités de sels alcalins, de sucre ou de gomme. De même, les

globules peuvent aussi augmenter do densité , en perdant des sels ou des matières albuminoïdes (hématocristalline); c'est ce qui arrive, par exemple, pendant la circulation, après des saignées répétées; Fhématosine reste alors dans les globules en quantité relativement plus grande ; sa richesse en fer explique Taugmentatlon do la densité des globules. D'autre part , le poids spéciGque des globules peut encore diminuer lorsque la quantité relative de granules de matière grasse qu'ils renferment s'élève à un chiffre élevé , ou que par suite d'une dilution artificielle du sang, ils se gorgent d'une grande quantité d'eau.

Si la précipitation des globules au-dessous de la surface libre du liquide dépend en effet de leur densité , elle devra s'effectuer plus facilement lorsque ces glo bules viennent, ainsi qu'ils en ont la propriété , s'attacher les uns aux autres et former un assemblage semblable à une pile de pièces de monnaie. Ces piles ne s'observent jamais dans le sang récemment extrait ; la soudure des globules ne se fait en général que sous le microscope, par suite d'une évaporation partielle de Teau.

On expliquait autrefois la facilité avec laquelle les globules se précipitent, en l'attribuant uniquement à la propriété qu'ils possèdent de se souder ; mais comme ils se précipitent plus proraptement et sans se souder quand on ajoute au san3 une solution de sucre ou de gomme, il est évident que la précipitation ne dépend pas seulement de cette propriété. On admettait, d'ailleurs, que le sérum devenait plus ou moins visqueux, selon qu'il

renfermait des quantités plus ou moins considérables de fibrine ou d'albumine; mais cette explication ne saurait être admise , lors même qu'on ne tiendrait pas compte de ce fait que les globules se précipitent souvent très facilement après qu'on a retiré artificiellement la fibrine, ou quand le sérum renferme très peu d'albumine (ainsi que cela arrive dans les maladies inflammatoires). En effet, c'est précisément quand le liquide est visqueux que les particules qu'il tient en suspension s'attachent le plus difficilement les unes aux autres ; on pourrait tout au plus expliquer la soudure des globules en admettant que les parois extérieures des globules sont gluantes. L'acide carbonique qui porte les globules à s'agréger, paraît du moins distendre ces parois et les rendre ainsi plus gluantes. Au reste, la disposition des globules en piles paraît souvent n'être que la conséquence de la plus grande facilité avec laquelle ils se précipitent. Il arrive nécessairement que les globules tombés à la partie inférieure du liquide, et conséquemment plus rapprochés les uns des autres, se soudent par leurs faces planes.

Les faits suivants justifient l'interprétation que nous venons de donner : Les globules du cheval se distinguent de ceux de tous les autres animaux par la grande facilité avec laquelle ils se précipitent ; cette facilité diminue successivement dans les animaux suivants : cheval, chat, chien, lapin; clièyre, brebis, bœuf, oiseaux, cochon. Le sérum du sang de cheval est à la vérité très visqueux ; mais les globules de ce sang se précipitent tout aussi rapidement quand on les transporte dans le

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