TISSU NERVEUX
rapproche des matières de ce groupe bien' plus que de la substance qui caractérise le tissu élastique.
Le cylindre central est formé d'une substance albuminoïde présentant, avec Tacide acétique, les acides minéraux concentrés et les alcalis, les mêmes réactions que la syntonine. Elle diffère de la fibrine par son insolubilité dans le carbonate de soude , par la difficulté avec laquelle elle se dissout dans lacido acétique; de la syntonine , par son insolubilité dans Tacide chlorhydrique étendu ; d'ailleurs elle diffère plus encore des principes qui constituent les autres tissus.
On n'est pas d'accord jusqu'à présent sur la constitution chimique de la matière médullaire; suivant l'opinion la plus probable , elle contient une matière albuminoïde et des matières grasses dissoutes à la faveur de savons aisément décomposables ; la transparence qu'elle acquiert sous l'influence de l'eau est peut-être moins la conséquence de la coagulation du composé albuminoïde, que de la séparation de la matière grasse d'avec les savons décomposés et le corps albuminoïde.
Il est encore plus diflScile , d'après les réactions précédemment énumérées , de se faire une idée de la constitution des éléments solides qui composent les cellules nerveuses, La membrane enveloppante se dissout difficilement dans Tacide acétique ; elle est complètement insoluble dans le carbonate de potasse ; à ce point de vue, elle se rapproche donc de la syntonine. Les noyaux se comportent comme ceux de la plupart des cellules animales; leur constitution est donc encore problématique pour nous. Le contenu granuleux des cellules
282 LIQUIDES ET TISStJS DE L'ORGANISHE.
semble composé d'une substance albuminoïde en partie dissoute, en partie simplement distendue; il contient moins de graisse que la matière médullaire des fibres nerveuses.
108. On n*a fait jusqu'ici aucune étude de la matière cérébrale et de la matière nerveuse, en se basant sur les résultats des recherches micrographiques. Les observations qui ont été faites sur des masses nerveuses et cérébrales plus considérables , ont donné les résultats suivants :
D'après le plus grand nombre des analyses , la matière nerveuse renfermerait une substance albuminoïde coagulée ; les analyses micrographiques apprennent au contraire d'une manière positive , que la substance albumineuse qui s'y trouve y existe à l'état soluble. Quant au cylindre central , formé aussi par un principe albuminoïde, il reste encore à décider s'il préexiste dans la fibre, ou s'il prend naissance seulement lorsque, par les réactifs chimiques , on a déterminé la coagulation d'une matière analogue à la syntonine ; la parfaite homogénéité de la fibre récemment préparée rend au moins probable cette dernière opinion.
Bien que les matières grasses du tissu nerveux aient été l'objet de fréquentes recherches , leur histoire n'en est pas moins fort obscure encore. On avait coutume de compter comme matières grasses cérébrales toutes les substances qu'on pouvait extraire de la masse nerveuse par l'éther chaud et l'alcool bouillant. Mais parmi ces substances il en est un certain nombre dont la nature est encore inconnue ; les unes appartiennent évidem-
TISSU NBRVIUX. 383
ment au groupe des matières grasses, d'autres présen* tent avec ces dernières des différences essentielles. Il est certain , toutefois, que Textrait éthéré de la matière cérébrale renferme de Voléine, ainsi que de Yacide oléique et de Yacide margarique; on y trouve aussi de la chole&térine , et enfin deux autres substances , la cérébrine et la lécitkine, qui réclament de nouvelles expériences.
La cérébrine est une poudre blanche qui ne se dissout à chaud que dans Talcool et Téther; elle fond et se décompose à une température supérieure à 100*. Elle ren-* ferme environ 0,4 pour 100 de jAosphore. Les nombres suivants font connaître les rapports de ses autres éléments :
Carbone. 66,8
Hydrogène 10,7
Azote 2,9
Otygèae 19,6
La léciihine est encore moins connue que la cérébrine; elle se présente sous la forme d*une masse gluante que les alcalis et les acides décomposent en acides oléique , margarique et phosphoglycérique.
Les principes minéraux de la matière cérébrale sont ! le phosphate de potasse et celui de soude (ce deniier, moins abondant que le premier) ; Tacide phosphorique, le chlorure de sodium (en faible proportion).
La cendre de la substance cérébrale grise possède une réaction alcaline prononcée ; celle de la substance blanche est fort acide.
2Sft LIQUIDES ET TISSUS DE l'OEGANISME.
Les déterminations quantitatives ont eu spécialement pour objet de trouver les proportions de Veau et des matières susceptibles d'être extraites par Tétber. La substance blanche contient une proportion d'eau notablement moindre que la substance grise ; mais elle est plus ricbe en matières grasses , ou, pour parler plus exactement, en matières solubles dans Téther. Dans les diverses parties de l'encéphale , la quantité d'eau est à peu près en rapport inverse avec la quantité de graisse. La substance corticale des hémisphères contient de 8^ à 88 pour 100 d'eau , de û,8 à 6,5 pour 100 de graisse , et très peu d'acide cérébrique. La substance blanche du mésolobe renferme au contraire de 63 à 70 pour 100 d'eau et de 15 à 21 pour 100 de graisse. C'est la moelle allongée qui présente le plus de graisse et le moins d'eau.
Le cerveau des nouveau-nés et celui des vieillards renferme plus d'eau que celui des adultes.
L'extrait éthéré contient de 1,68 à 2,53 pour 100 de phosphore. On n'a point trouvé de différence constante entre les quantités de ce corps simple dans le cerveau des divers animaux et celui de l'homme. Chez ceux-là , la proportion du phosphore varie, du reste, de 1,53 à 3,40.
On a trouvé dans la substance blanche de \k à 16 pour 100 de matières insolubles dans l'éther (matières albuminoïdes, enveloppes membraneuses); dans la substance grise, leurs proportions varient entre 9 et 11 pour 100. Le cerveau des sujets jeunes en renferme généralement moins que celui des sujets plus âgés.
BXSUDATIONS. 285
Bxsadactont.
109. Les exsudations présentent certaines ressemblances avec les transsudations ; jusque dans ces derniers temps , on n'avait fait qu'une seule classe de ces deux sortes de matières, erreur d'autant plus naturelle, qu'il existe entre elles de nombreux intermédiaires. Toutefois, dans une classification scientifique , il est nécessaire de les séparer et de les distinguer nettement. Les exsudations diffèrent, en effet, des transsudations par leur mode d'origine, par la manière dont elles prennent naissance aux dépens du sang, par leurs propriétés physiques et par les proportions de certains principes qu'elles renferment.
Nous avons vu (page 160) que les transsudations se forment d'après des lois simples. Tant que le sang ne reste pas absolument immobile dans les capillaires, les parois de ces vaisseaux ne sont traversées que par les éléments de ce liquide, soit parce que la perméabilité des parois se trouve augmentée, soit parce que le liquide acquiert à un plus haut degré la propriété de les traverser. Au contraire, les exsudations ne prennent naissance qu'à la suite d'une inflammation proprement dite, c'est-à-dire d'une immobilité complète du sang dans les capillaires , d'un changement dans ses propriétés physiques et d'une rupture partielle des vaisseaux. Il en résulte évidemment que les propriétés des exsudations sont différentes de celles des transsudations.
Les premières renferment toujours beaucoup de fibrine
et bien plus d'albumine que les dernières; les phosphates et les sels de potasse y prédominent ; presque toujours on trouve dans les exsudations une quantité plus ou moins grande de globules de sang altérés, qui manquent absolument dans les transsudations proprement dites. Mais la différence essentielle entre ces deux classes de matières résulte de la grande tendance qu'ont les exsudations à éprouver des métamorphoses ; les transsudations peuvent séjourner pendant longtemps dans les cavités qu'elles ont remplies, sans éprouver de changements appréciables dans leur composition , tandis que toutes les exsudations ont cela de remarquable qu'il se forme dans leur sein certains produits solides , qu'elles jouissent d'une certaine plasticité , et qu'elles éprouvent sans cesse des modifications sous le rapport de la forme et de la composition chimique. Lors même que les exsudations ne se transforment pas en véritables tissus ou en cellules , on y trouve toujours , quelque temps après qu'elles se sont formées , non-seulement de la fibrine coagulée, mais encore d'autres éléments solides qui accusent une tendance à la production fle tissus organisés.
Cette plasticité plus ou moins grande des exsudations est due évidemment à l'un ou à l'autre de leurs principes constitutifs , soit à la fibrine , soit aux phosphates, soit à l'hématocristalline provenant des globules.
On attribue ordinairement les propriétés plastiques des exsudations à la présence de la fibrine; toutefois, comme cette substance se retrouve en quantité notable dans certaines transsudations, notamment dans celles
EXSUDATIONS. 2d7
(le Vbydropifiie aiguë, sans qu'il s'y manifeste la moindre plasticité, il faut admettre que celle-ci ne dépend pas uniquement de la présence de la fibrine. Il est donc plus que probable que ce sont les éléments des globules du sang , détruits par les réactions inflammatoires , soit dans l'intérieur môme, soit à l'extérieur des capillaires, qui déterminent la plasticité des exsudations. On serait tout d'abord disposé à l'attribuer à l'hématocristalline» si apte à subir des transformations de toute espèce; mais comme cette substance paraît absolument manquer dans le liquide plastique, dépourvu de globules, qui s'épancbe des incisions récentes, une semblable hypo^ thèse n'est rien moins que démontrée. Aus^ a-t>on cherché dans les phosphates la cause de la plasticité ; cette opinion s'est trouvée confirmée par ce fait que partout ou des cellules ou des fibres prennent naissance, on constate la présence des phosphates en quantités appréciables, même cbei les animaux inférieurs, qui cependant ne renfemnoit que très peu de phosphates* Ajoutons k cela que le sang qui sort des organes oà la vitalité est la plus énergique» par exemple, celui qui sort des muscles où les n^tamorphoses des tissus sont très actives, renferme toujours moins de phosphates que le sang veineux qui vient des capillaires appartenant à des organes où l'activité vitale est moins énergique. Enfin un certain iKMSibre d'analyses faites avec soin onl Bippris que les fdiosphates sont toujours plus abondants dans les sécrétions plastiques des blessui'es^ dépourvtiea de globules, que dans le sérum du même organi^ooei Il est donc à peu près certain que les phosphates sont
indispensables à la formation des cellules et des tissus, puisqu'on les y rencontre toujours , mais il n*est pas démontré pour cela que ces sels soient la seule cause de la plasticité des exsudations.
110. Jusqu'ici on n'a pas encore suivi d'une manière satisfaisante les transformations chimiques qui accompagnent les changements de forme subis par les exsudations. On ne possède même pas d'expériences qui indiquent leur composition chimique, dans leurs différents états de développement ; on a fait, il est vrai, des recherches nombreuses sur le pus, l'un des produits de transformation des exsudations; toutefois les résultats manquent de précision , et les conséquences qu'on ^i peut tirer sont fort restreintes. Quant aux autres produits de transformation, ils nous sont parfaitement inconnus. Voici les seuls faits qu'on a recueillis sur la constitution du pus :
Le pus est un liquide ordinairement jaunâtre et visqueux; il se distingue des autres exsudations par la présence de corpuscules très nombreux qui s'y trouvent disséminés assez uniformément. Il se compose donc, conmie le sang, de globules et d'un sérum ou d'un liquide qui les tient en suspension.
Les globules, dont le diamètre varie de 0-",00902 à 0«»m 01128, se composent d'une membrane enveloppante qui paraît souvent granulée ou plissée , d'un contenu visqueux , transparent , et d'un noyau excentrique adhérent à la paroi de l'enveloppe. Comme la lymphe, le sang et les mucosités renferment des éléments solides tout à fait semblables, on a proposé de comprendre sous
la désignation collective de corpuscules cytoîdes les globules de la lymphe, les globules incolores du sang et les globules du mucus et du pus.
Il est plus difficile, pour le pus que pour le sang, de séparer les globules du liquide où ils nagent. On ne possède aucun moyen mécanique pour opérer cette séparation : l'addition de sels , avant la filtration , ne conduit à aucun résultat satisfaisant. Ces globules se précipitent comme les globules du seng ; mais la séparation se fait avec une si grande lenteur, qu'ordinairement le pus éprouve déjà un commencement de décomposition, avant que la précipitation soit nettement effectuée.
Le pus est en effet susceptible de subir diverses transformations, avec le concours de l'air; il peut éprouver la fermentation acide , alcaline ou putride. La première se manifeste, quand le pus est enfermé dans des flacons bien bouchés, à une température médiocrement élevée; il perd peu à peu sa réaction normale qui est alcaline, et acquiert des propriétés acides; il se forme alors des acides gras volatils et non volatils. On peut constater chimiquement la présence de l'acide butyrique ; au microscope, on distingue aisément de l'acide margarique provenant de la décomposition des matières grasses neutres. C'est l'action des acides sur les corpuscules qui permet de distinguer plus facilement les noyaux qui auparavant étaient invisibles ou n'apparaissaient que d'une manière confuse.
Le pus impur, contenant du mucus ou du sang, ou celui qu'on extrait des abcès, éprouve au bout de peu de
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temps la fermentation alcaline sans passer par la fermentation acide. Il s'y développe une odeur d'ammoniaque et de sulfhydrate d'ammoniaque ; les globules se déchirent ou se résolvent en une masse gélatineuse; les noyaux ne se trouvent point isolés et n'apparaissent pas dans les globules ; on n'y aperçoit que des granules et des vibrions.
Les corpuscules cytoïdes, comme les globules du sang, se laissent facilement traverser par les courants d'endosmose ; aussi leur diamètre dépend-il principalement de la densité du liquide qui les tient en suspension. C'est également par cette raison que les corpuscules de la salive sont plus gros que ceux du sang, et plus petits que ceux du pus.
La partie liquide du pus a sans aucun doute des rapports déterminés avec le sérum du sang ; les maladies qui altèrent la composition de ce dernier influent donc aussi sur les dimensions des corpuscules du pus sécrété pendant ces maladies. En effet, si l'on étend d'eau dis* tillée une certaine quantité de pus , les globules se gon^ flent fortement, l'aspect granulé ou plissé de l'enveloppe disparaît , le noyau devient plus distinct ; quelques-uns de ces globules absorbent des quantités d'eau si consi^ dérables qu'ils crèvent.
Les acides minéraux très étendus et les solutions inédiocrement concentrées des acides organiques ont une action analogue ; ils déterminent un courant dirigé du liquide extérieur vers l'intérieur des globules. C'est Surtout pa^ l'emploi de semblables dissolutions qu'on parvient à rendre les noyaux visibles ; par ce moyen on
voit fréquemment ces derniers, de simples, lenticulaires ou déprimés qu'ils étaient, se scinder en deux, en trois ou en un plus grand nombre de vésicules , où Ton distingue souvent «n ou deux granules (corpuscules du noyau?).
Les dissolutions de sels alcalins contractent les corpuscules du pus en leur retirant de Teau. Ils perdent alors leurs contours tranchés et se transforment en petits amas grenus et dentelés.
Les alcalis caustiques détruisent rapidement les corpuscules; après leur action on n'aperçoit plus dans le liquide environnant que quelques points, les uns plus clairs , les autres plus obscurs.
Il y a peu de conclusions à tirer, au point de vue de la constitution des globules, des réactions opérées par d'autres agents. Les enveloppes , les noyaux, le liquide visqueux de Tintérieur donnent , au contact de Tacide nitrique et des nitrates mercureux et mercurique , des réactions analogues à celles que présentent les matières albuminoïdes, autant du moins que Talbumine , qui se sépare en même temps du sérum du pus, permet de le reconnaître. Les granules clairs ou obscurs qu'on aperçoit, après avoir traité- le pus par les alcalis caustiques, sont composés de matière grasse.
On rencontre accidentellement d'autres éléments en suspension dans le pus, tels que des gouttelettes abondantes de graisse, des globules de sang, de l'épithélium, des cellules d'exsudation, des débris de tissu cellulaire, etc.
Le sérum du pus est parfaitement transparent, incolore
OU faiblement coloré en jaune; il possède une réaction légèrement alcaline, et se coagule par Faction de la chaleur en une massé blanche très dense. Le principe le plus important de ce sérum est Talbumine, qui en forme de 1,2 à 3,7 pour 100. Le mucus, la caséine, la pyine, ne sont que des principes anormaux du pus.
D'autres principes appartiennent sans doute à la fois au sérum et aux globules ; du moins on ne sait à cet égard rien de positif. Parmi eux il faut ranger une matière grasse , dont une bonne partie appartient certainement aux globules. La matière grasse qu'on extrait du pus desséché renferme non-seulement de la margarine et de Toléine , mais encore des acides margarique et oléique, ainsi que de la cholestérine ; celle-^i s'élève quelquefois jusqu'à 1 pour 100 du pus liquide.
Le pus normal renferme de l/i à 16 pour 100 de principes solides : desséché, il contient de 5 à 6 pour 100 de substances minérales ; le rapport des 'Sels solubles aux sels insolubles y varie de 7 à 9.
Dans le pus de mauvaise nature, les globules sont d'ordinaire moins abondants. Il renferme en conséquence moins de principes solides ; parmi ceux-ci prédominent les sels , notamment les sels solubles.
Parmi les principes minéraux insolubles , on trouve les phosphates de chaux et de magnésie , le sulfate de chaux et l'oxyde de fer.
Le pus renferme surtout plus de sels solubles que le sérum du sang; il contient aussi, par cela même, beaucoup plus de chlorure de sodium; en moyenne, il en renferme trois fois autant qu'une quantité équiva-
lente de sérum de sang. La proportion des phosphates solubles contenus dans les cendres varie entre 3 et 10 pour 100.
Le pigment biliaire, les acides résineux de la bile, l'urée et le sucre, n'apparaissent dans le pus que dans des cas anormaux.